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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 16:33

Note de l’auteur

 

 

De juin 1993 à décembre 2007, j’ai écrit des notes de lecture dans EMPAN.

 

Je remercie le Comité de rédaction et tout particulièrement mon ami Rémi Puyuelo.

 

Tous m’ont accueillie dans la régularité des années, dans la durabilité du temps de notre amitié qui nous a fait nous reconnaître les uns, les autres, à partir des valeurs communes d’un humanisme à la mesure si pleine de l’Empan, quand la main s’écarte et se tend.

 

Au détour d’un chemin de lune, j’ai désiré prêter mes livres et mes notes remaniées à Clara, peut-être un peu moi tant il est vrai que les livres que nous prêtons nous les prêtons avant tout à nous-même.

 

 Peut-être un peu vous tous tant il est vrai que je me suis appliquée à écrire dans le respect de nos similitudes et de nos différences.

 

Par mes lectures et leur écriture j’ai tenté de raconter nos chemins de résistance dans le travail social.

 

Par mes lectures j’ai voulu rappeler qu’il était toujours possible d’exister debout, forts de nos valeurs, de nos certitudes dans un monde que nous pouvons exiger moins injuste, dans un monde où pourra vivre dans la continuité des adultes que nous sommes,

 

Mon petit- fils Matthias qui a choisi le jour du printemps 2007 pour naître.

 

Tant il est vrai que pour moi, amitié et paix, adelphité et égalité sont des valeurs fondamentales pour écrire la liberté, des hommes et des femmes, pour écrire leur naissance, pour que s’élance la Promesse dirait Hannah Arendt.

 

J’ai désiré composer un bouquet de mes lectures à partir de mon intimité, tant il est vrai que lire est un acte intime.

 

 Un bouquet pour la paix,

 un bouquet d’humanisme

Un bouquet d’espoirs

Malgré les chagrins

Un bouquet crée

 pour notre amitié.

 

 Le voici donc.

 

A tous, bonne lecture !

 


La lecture, mon engagement, ma boussole, mon guide, mon cheminement, ma route, ma direction, mon ciel, mon miel, mes jours, mes toujours, ma nuit, mon firmament, ma terrasse,  mon toit, mes lunes, mes dunes, mes doutes, ma faille, mon manque, ma marque, mon départ, ma solitude, mon temps, mon abandon, mon espoir, mes bleus, mon gris,  ma foi, mon « comme moi, » « mon comme toi », ma colère, ta révolte, je tonne, je donne, je continue,  ma grange, mes langes, mon ange, mes réponses, mes rencontres, ma gentillesse, ma marge,  ma couverture, ma protection, ma construction, mon identification, mon identité, ma citoyenneté, ma fortification, mon invention, ma création, ma récréation, mon carnet, mon cahier, mon clavier,  ma confidente, mon miroir, mon or, jamais ma mort,  ma page trop sage, mon âge, mon rivage, ma spirale, ma feuille, mon deuil, mon gouffre, ma plaine si pleine, mon silence, mon regard ma conversation, ma répétition, ma dormition, ma séparation, ma souffrance, mon articulation, ma mémorisation, ma réparation, ma ville, mon île, ma catastrophe, mon apostrophe, mon ordinaire, mon imaginaire, mon extraordinaire, ma terre, mon commentaire, ma mère, mon ère, mes pères,  ma mémoire, l’Histoire, mon histoire, mon je, mon suspens, ma pause, mon absence, mon navire, mon repos, mon dodo, mon doudou, mes ateliers, ma recherche, mon théâtre, mes tragédies, mon dit, mon lit, ma scène, l’autre, mon autre, mes autres, mon lien, mes biens, ma victoire, mon espoir, mon application, ma duplication, mon risque, mes coussins, mes efforts, mon attente, mon enfance, ma latence, mon évanescence, ma permanence, mon errance, ma phosphorescence, ma persévérance, mon insistance, mon oubli, mon éblouissement, ma force, mon enthousiasme, ma ferveur,  ma fenêtre, mon chant, mon blanc, mon dedans, ma musique, ma majuscule, mes minuscules, mon souffle, ma rature, mon écriture, mon écran,  ma culture, mes larmes, mon rire, mes dires, mon arme, mon air, ma splendeur, mon heure, mon arbre, ma parole, mon balbutiement, ma verve, mon rêve, mon Eve, ma sève, mon verbe, ma rime, mon lien, mon partage, mon écoute,  mon coquelicot, mon intérieur, mon antérieur, mon oblique, ma demeure, mon abri, ma maison, mon seuil, mes deuils, mes écueils, mon recueil, mon rocher, mon désert, mon vertige, mes vestiges, mon alphabet, mon relatif, mon absolu, mon mieux, mon soir, mon tilleul, ma fierté, ma priorité, ma date, ma naissance, mon immense, ma renaissance,  ma profondeur, ma couleur, ma chaleur, ma santé, mon paysage, mon âge, mon  voyage, mon ventre, mon antre, mon attente, ma chambre, mon creuset, mon érosion, mon évasion,ma balade, mon souffle, mon choix, mon plaisir, mon enchantement, mes lettres, mon être, ma dette, ma culpabilité, mon mensonge, mon secret. Mon secret, dans le temps du lire jamais dit, mon nom quand il dit non, dans l’inépuisable.

 

 J’inventerai la fiction de toutes mes fictions qui me créent loin des secrets.

 

 J’existe à partir des livres, je suis née pour les connaître et les nommer « Liberté »

 


L’origine. Une amie de Clara dont le prénom rime avec elle. C’était un samedi, Clara l’avait invitée à dîner avec son mari. Il y avait eu une histoire  de rivalité entre Clara et une autre femme qui malencontreusement était amie aussi avec celle dont le prénom rimait avec elle. Une histoire de violence et de rivalité, dont  Clara  n’avait jamais rien voulu savoir si imbue d’elle-même et de son égo pacifique. Et puis ce soir là, tragique, elle avait invitée son amie qu’elle aimait. Son amie et son mari. Elle les aimait tant tous les deux. Et soudain, dans la fulgurance d’un coup de téléphone, la colère avait jaillit et s’était trompée de cible. L’horreur absolue. La honte jusqu’à la fin des temps. Elle avait annulé le dîner avec celle dont le prénom rimait avec elle. Et cela avait provoqué l’inévitable rupture avec eux, ses amis tant chéris, la rupture avec elle-même. Clara avait perdu à tout jamais son égo de non-violente. Ainsi elle était comme les autres, destructrice. Jamais Clara ne devait oublier ce soir là où elle avait basculé dans la presque haine, quand sa voix, à la dérive du temps et des autres,  s’était égarée dans ce labyrinthe d’obscurité pour la projeter dans un ailleurs  que celui de ses livres qui signaient sa non destructivité, dans un  ailleurs de ses amis qui éclairaient sa vie.

 

Les années passèrent. Celle dont le prénom rimait avec elle perdit l’homme qu’elle aimait. Le compagnon de ses toujours et peut-être parfois de ses jamais. Lui, Clara pouvait le nommer. Christian. Elle se souvenait de son regard et de son sourire, cette façon intègre d’être au monde, avec tous. Dans la douleur de la peine, Clara et elle se rencontrèrent. Ecrasée de honte et de tristesse, j’écoutais mon amie, recueillais ses larmes, sa mémoire éclatée, brisée à tout jamais comme du cristal si pur et si fragile, qu’elle ne supportait pas le moindre son sans éclater en larmes.

 

Elles parlèrent de Proust que toutes deux aimaient et que toutes deux lisaient en boucle, elles parlèrent de Julien Gracq que Clara n’avait jamais lu mais devant la passion qu’éprouvait son amie pour cet auteur Clara eût soudain un intense désir de lire Julien Gracq et de partager par lui la solitude de celle qui pleurait. Je me promis alors et lui promit de lire tout Gracq. Elles prirent un thé et parlèrent encore de littérature et de  lecture, de l’égo et de « ce morceau de moi » qu’elles  emportaient. Clara savait depuis l’ombre des heures de toujours que partager les livres c’était partager une déchirure.

 

Le lendemain, Clara s’était rendue en ville pour acheter l’oeuvre de Julien Gracq dans les Editions La Pléiade, pour l’offrir à son amie, si elle ne l’avait déjà. Elle voulait un bel écrin pour cette déchirure là. Mais si comme cela fut probable , elle l’avait déjà dans son nid, Clara le garderait pour elle comme un lien ténu qui la relierait à son amie dont le prénom rimait avec elle.

 

Pour Clara, depuis toujours,  lire c’était aimer.

Pour Clara, depuis toujours lire c’était  chercher.

Pour Clara, depuis toujours, lire c’était se souvenir.

Pour Clara,  depuis toujours, lire c’est lutter contre le pire.

Pour Clara, depuis toujours, lire c’était inventer l’avenir

 

Lire, écrire, inscrire

 

 Clara était enfant lorsque qu’elle avait ouvert la première  porte des  sables, celle du temps de la lecture.

 

J’étais une femme lorsque j'ai ouvert la seconde porte des sables, celle du temps de l'écriture.

 

Ecriture, lecture. Une aventure. Un long voyage immobile au centre de soi. Un long voyage au centre de tous.

 

Un passage. Des bagages. Des livres pour une identité incertaine, fluctuante, étonnamment permanente. Un récit de voyage. Ce serait un texte qui dirait d'autres textes que lirait une femme. Clara. Ce serait un texte qui dirait la mémoire de ce qu’avait lu cette femme. Ce serait un texte qui dirait le silence des livres et le bruit de la vie, des amis et des amours, des chagrins, des jours et des nuits quand le corps  s'endort.

 

Ce serait La Femme qui lit. Ce serait un texte pluriel.


 

                                                                                                                                                                                                                                             Pour  Clara, depuis  toujours, lire c’était oublier pour retrouver un jour d’immobile et de chagrin , un jour d’espoir et de nécessité la force de continuer comme un coup de  pied dans l’eau du fond d’une piscine. Inventer la glycine de Proust, le paysage de Gracq, la mémoire de Perec et de Saint Augustin, l’Inconscient de Freud,  retrouver l’histoire de la lecture de Manguel,  la simultanéité de Laurence Durrell, l’ivresse de Bohumil Hrabral, l’engagement d’Hannah Arendt, de Simone de Beauvoir, de Gisèle Halimi, caresser la douceur de Katherine Mansfield ou d’Anaïs Nin, retrouver les silences de lumières de Marguerite Duras, vaincre l’horreur de tous ceux-là qui ont écrit sur la Shoah, sa possible mémoire et son possible après.

 

Lire pour, moi, c’était le possible après la Shoah.

 

Clara n’avait jamais connue sa grand-mère. Elle était morte dans un convoi pour Sobibor. 23 mars 1943. Voilà, apprendre à lire  m’avait servi à cela : lire cette date là : 23 mars 1943. Le socle des lectures de Clara c’était cette date là. 

 

A, B, C, D , E, F. F de Femme. Clara savait lire le mot « Femme » Clara était une lectrice. Féminin de lecteur car le mot lecteur contrairement à beaucoup de mots connaît son féminin.  « lectrice ».  Depuis des siècles la femme lit et dans cette activité là qui signe son intelligence et l’intelligence qu’elle a du monde, elle devient libre. L, Liberté. Clara avait toujours cherché à épeler le mot liberté. Enfant, elle ne se laissait pas vaincre ; elle se souvenait en pension avoir refusé de cirer des chaussures jusqu’à l’extrême pointe d’une brillance exigée. Elle pleurait sur la qualité impossible du cuir qui n’autorisait pas la brillance. Muette, devant « ses chaussures à elle », elle avait posé le chiffon aux prises avec une résistance qui devait être sienne toute sa vie. Ses chaussures lui appartenaient et n’étaient pas celles de ses autres camarades de vie. Alors on avait usé de la violence. Il fallait que ses chaussures brillent. C’était la règle. On l’avait attrapée par ses cheveux si courts et si douloureux, on l’avait traînée à même le sol dans le bureau de la Directrice, tandis qu’elle hurlait « c’est  la qualité de la chaussure ! »  Elle avait été punie pour sa rébellion comme toute sa vie elle devrait l’être pour sa résistance au pouvoir. R de Résistance. Voilà ce que lui avait permis d’épeler son Alphabet. Les vingt-six lettres de l’alphabet ont épelé sa vie de sujet , femme libre, écrivaine , lectrice, mère, épouse, amie. Cet, alphabet, elle l’avait conquit durement, elle continuait de le déchiffrer et le  déchiffrerait jusqu’à sa mort ; Le joueur d’échec Fischer est mort à soixante-quatre ans, nombre symbolique des soixante-quatre cases  du jeu d’échec. Clara aimerait mourir un vingt-six du mois, chiffre symbolique de l’alphabet. Elle aimerait aussi mourir un 26 mars, mois du printemps, saison du recommencement. J’ai connu tant de morts et de renaissances. Comme un arbre, traversant les hivers et les automnes, les printemps, et les étés, connaissant les orages, et la douce brise, connaissant le désespoir et l’espoir, toujours aux prises dans le mouvement de la vie, s’élançant dans le ciel changeant de ses émotions. Clara, l’arbre de vie dont les branches noueuses abritent ses livres. Une multitude de livres qui l’écrivaient elle, femme de persévérance et d’amour, femme de violence et de douceur, femme d’ombre et de lumière, femmes de fontaines et de clartés, femme d’ombre et de pénombre, femme toujours changeante, femme de liberté, femme insaisissable mais femme si présente au monde et à son entourage. Quand une femme disparaissait , c’est une famille qui pleurait. Quand un être humain mourrait c’est une forêt toute entière qui disparaissait. Clara avait connu la mort de sa forêt avec la mort de son père adoptif, avec la mort de celui qui l’avait conçue, Clara avait connu sa forêt brûlée avec la mort de sa mère, puis celles de sa soeur  Sylvie qui était sa meilleure amie et celle de sa meilleure amie Elisabeth qui était sa soeur. Dans la forêt de Clara manquaient de nombreux arbres alors Clara à force d’épeler le M de mort, avait tant pleuré qu’elle s’était usée les yeux ; ses yeux étaient à jamais salés. Je suis une femme de sel et d’encre ; l’encre des livres m’a sauvée de tant morts, la mienne et celle de ceux que j’aimais tant.  Sel, Soi, Elle, L, Livres. Livres de l’oubli jamais oublié, oubli suspendu aux quatre coins du présent, oubli qui inventaient les souvenirs écrans de l’inconscient.

 

Lire l’inconscient à partir des livres, donner sens à la vie, à sa vie. Donner du sens, extraordinaire pouvoir  d’or des livres. C’était cet or là que Clara amassait depuis des années dans sa caverne d’Ali Baba.  Sésame, ouvre-toi !  Ouvre-toi sur ta mémoire, sur tes grimoires, ouvre toi sur tes noires mais aussi sur tes blanches, ouvre-toi sur ton solfège, tes diamants, tes pluies de lunes, tes larmes de givre, tes nacres de mots, ouvre-toi sur tes virgules et tes points de suspension, sur tes sapins brûlés, sur tes mots rares, ceux qu’on cherche dans le dictionnaires, ceux-là  Clara les aimait tant, ils disaient les secrets du langage et de ses bagages, Sésame, ouvre toi ! sur les connaissances de Clara, sur ses poèmes, sur ses livres préférés, sur ses amis les auteurs, sur ses pages tournées, froissées, soulignées, caressées aimées,  Sésame, ouvre –toi ! sur ses heures de bibliothèques boisées, sur ces heures de crépuscules ou de nuits d’insomnie, Sésame, ouvre-toi ! sur ses romans d’amours, Clara aimait tant les romans d’amours, ceux qui finissaient bien, quand après tant d’épreuves ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, Sésame ouvre-toi ! sur ses livres de recherche qui inventaient et recommençaient l’humanité toujours au bord de la destruction et des guerres,  Sésame, ouvre-toi ! sur les mots, sur les soleils, sur l’espérance, sur la promesse de la renaissance, sur l’attente de la naissance. Sésame, ouvre-toi ! j’abrite en suspend de mon clavier  « La femme qui lit ».Je le sais ce noeud en moi de lecture et d’écriture, de quotidien et de solitude, ce silence si plein de moi-même et des livres. Cette mémoire qui assaillait Clara, ce souffle qui se confondait avec le sien, cette boule de solitude qui roulait, qui roulait dans la foule et dans la houle comme la vague d’un poème.


La vague

 

            Faire fondre en elle

            cette boule de silence

             dure et  pure

            qui vers le ciel blanc s'élance

            Cette boule de silence

             roule en elle

            depuis tant d'années

            amassant les fleurs fanées

            sur les rives de la mélancolie

 

            Une boule de silence

             coule en elle

            avec l'habitude de la solitude

             du temps emporte l'éternité,

            des heures épelle la multitude

            et brise l'infini

 

            Une boule de silence

             vers les autres s'écoule

            au coeur de la houle et de la foule

            recevant de chacun

            les vagues embruns de l'âme

 

            Une boule de silence

             dans un terrain vague échoue.

            De son enfance elle se souvient

            de ce terrain vague là

            C'était en face de son immeuble

            toute seule elle y jouait

            déplaçait les cailloux

            cherchait des secrets

            créait sa solitude et la cachait

 

            Une boule de silence

             vers son enfance roule

            dans un vague terrain vague

            Un vague sentiment de vague à l'âme

            Soudain ça hurle  ça l'enroule

            La vague l'emporte loin et elle coule

 

            Au loin, dans la lumière

            sur la vague roule

             comme une pierre

            une boule de silence 


  Le silence avait toujours été pour Clara la robe de ses jours. Elle la portait parfois en décolleté, parfois bras nu, parfois recouverte d’un épais manteau d’hiver, parfois elle était visible, parfois non. Le silence était une drôle d’histoire pour Clara. Parfois intime et caressant, parfois revêche et résistant aux contours de l’agressivité. Le silence lui jouait de drôle de tours et de détours, des entendus et des malentendus. Des silences d’enfance, des silences terribles, des silences de culpabilité. Les livres, la caverne d’Ali Baba étaient  pour oublier la culpabilité,  la déchirure que d’être enfant qui n’a pas eu d’enfance. L’enfance cachée. L’enfance brisée. L’enfance cruelle. L’enfance bafouée. L’enfance de silence. L’enfance trop sage dans une pension si sage. L’enfance tuée. L’enfance jamais cicatrisée. L’enfance toujours retournée. L’enfance labourée. L’enfance broyée. L’enfance génocidée. Et dans la solitude de la page blanche, je sais une fois encore combien les livres avaient couverts et recouverts le mensonge de ma fiction. Une montagne de livres. Des siècles de livres. Ma bibliothèque. Ses milles un livres, classées parfois en ordre alphabétique pour les romans, parfois par thèmes pour les essais sur la Shoah, ou les différentes cultures, ou les femmes, parfois par format pour les grands livres d’art. Classés, rangés, répertoriés, mais surtout lus. Ses livres. La maison de l’être de Clara. Ses lettres. Mes livres. Elle. Ses ailes, pour s’envoler du secret. Inventer la lumière et tout recommencer à partir de la mémoire déviée de sa course, de cette mémoire là, métonymie de mon enfance, de cette mémoire là qui écrit le temps oblique ; ce temps sans chronologie, ce temps diffracté par sa psychanalyse, ce temps éparpillé, morcelé puis reconstruit par les livres qui construisaient et reconstruisaient Clara, qui la dessinaient et m’inventait, la caressaient  et me chantait. Clara la musicienne. J’écoutais la symphonie N°4 de Schumann.

 

Clara écoutant La Callas,

Clara écoutant La Traviata

Clara aux portes de la musique 

Clara la symphonie de livres

Clara  la Femme qui lit

le temps.

 

 

J’écris les mots,

 je les cherche,

je les rature

 je recommence

j’avance dans ma peine

Je suis l’écrivaine

du temps oblique


L’histoire commence comme suit, surprenant  Clara dans une lecture de Julien Gracq

Elle lisait dans la tristesse d’un hiver difficile. Par sa fenêtre elle savait apercevoir son tilleul tant aimé, dénudé. Clara habitait une jolie maison basque dans une ville du sud-ouest de la France. Le jardin derrière la maison à l’abri de la route du monde engrangeait ses rêves et ses lectures.  Elle découvrait Julien Gracq dans la douce lenteur du temps. Elle savait en le lisant qu’elle ne mourrait pas avant d’avoir lu  la totalité de ces pages de paysages et d’âmes. Elle savait qu’elle irait un jour faire un voyage dans les Ardennes Ainsi elle avait  lu Freud et n’avait eu de cesse d’aller à Vienne.  Ce voyage, elle l’avait réalisé  avec sa soeur Sylvie, quelques années avant sa mort, quelques années après la mort de sa mère. Vienne, le voyage entre deux deuils. Elle avait visité  la maison de Freud et tous les livres de sa vie d’étudiante étaient venus se loger  ce jour là dans son regard de femme voyageuse. Freud qu’elle avait tant lu, Freud qu’elle avait vécu sur le divan, Freud  qui avait marqué  de son empreinte sa vie. Freud qui lui avait fait découvrir un humanisme possible où la culture remplace la violence, Freud qui lui avait appris à lire, Freud, Eros et Thanatos, Freud la colère de Moïse, Freud le juif et Freud l’athée, Freud, la révolte contre le carcan de l’enfance, Freud, la victoire, Freud, la paix avec Einstein. La lutte pour la paix était essentiel pour Clara.

 

Depuis quinze ans, j’écris dans une revue, dont le nom est métaphore de cette mesure de longueur qui représente l’intervalle  compris entre l’extrémité du pouce et celle du petit doigt, lorsque la main s’ouvre. Empan. J’aime cette image de la main ouverte sur le monde et sur les êtres. J’écris de simples notes de lectures qui disent les livres que lit Clara. Mon leitmotiv dans ses notes de lectures est la paix dans le monde, l’égalité entre tous, entre hommes et femmes, la lutte contre l’auto destruction ou la destruction tout court, la nécessité de cultures plurielles, le droit à la différence, la mémoire.  Clara, lectrice passionnée lutte par les récits qu’elle lisait, comme Shéhérazade contre sa propre mort, quand parfois le désespoir de son histoire et de l’Histoire l’emportait sur le bonheur des jours présents, sur le bonheur de sa maison et de son tilleul, sur le bonheur de sa vie de femme au quotidien. Clara lit tandis que j’écris ; nous sommes ensemble dans nos chants de femmes, séparées par un léger souffle de temps

 

Il était une fois, le temps de  la lecture, temps simultané de l’être, temps d’une ville invisible de ses livres et de leurs personnages dans laquelle vivait Clara. Elle était l’un,  elle était l’une, elle était l’autre, elle était tous.  Quand elle lisait, elle pliait l’éternité, elle pensait, elle classait, elle énumérait, elle rusait. Dans ses lectures elle disparaissait, datait, se nommait, elle riait, elle dormait, s’endormait, elle rêvait, elle cherchait, elle jouait et déjouait, courait au nord et au sud, à l’est et à l’ouest de sa mémoire. Elle lisait, identifiait, cachait, embuait le secret. Pleurait. Se taisait  et dans les pages tournées de sa vie se glissaient les pages tournées de ses livres

 

Il était une fois Le quatuor d’Alexandrie. Combien elle avait aimé ce livre ! tant et tant qu’avec son amie Elisabeth, l’anglaise, la jamais française, la toujours en exil , elles avaient toutes deux rencontré Laurence Durrell dans sa maison de Sommières. Tendre après-midi de thé, de livres et de souvenirs. Laurence Durrell, l’ami, le maître, la caresse de sa voix, son accent. Un souvenir inoubliable pour Clara.

 

Il était une fois Le quatuor d’Alexandrie que Clara avait lu et relu. Elle s’était perdue dans cette écriture limpide, sensuelle, jouant des reflets et des couleurs, elle s’était perdue dans un feu d’artifice de vérité mouvantes, qui à peine lues dans le ciel d’Alexandrie, s’évanouissaient dans la nuit de Clara, lorsque épuisée de mots, elle refermait le livre. Laurence Durrell racontait dans une simultanéité éblouissante du temps, la quête de soi. C’était cette quête qui toujours avait passionnée Clara. Clara, l’introspective, Clara qui n’en finissait pas de se chercher, de ne jamais se trouver, de s’arracher à sa solitude pour retrouver les autres, là, qui tournaient dans sa ville à elle. Ce qu’elle aimait chez Laurence Durrell, c’était cette façon qu’il avait de capter le réel et sa lumière, de saisir ses personnages qui allaient, venaient, voulant tout savoir d’eux-mêmes et des autres, qui conjuguaient à tous les temps les verbes vivre, aimer, souffrir, qui voulaient, voyager, peindre, se souvenir, créer dans cette Alexandrie imaginaire qui fait les enfants mais les enlève aussi,  qui viole les femmes et les fait avorter, qui les fait exister dans cette Alexandrie symbolique, celle où tout le monde et parlée par tout le monde, celle qui situe chaque personnage dans le battement de deux paroles. Clara pensait  que seuls des peintres pourraient commenter le style de Laurence Durrell. Un peintre nommé Seurat qui imagerait le pointillisme des paragraphes. Avec Laurence Durrell on ne restait jamais plus de 10 lignes en compagnie du même personnage et c’est ce que Clara aimait ce mouvement d’avec tous. C’était ça la lecture pensait-elle : du pur mouvement sur du pur oubli. Parfois, elle pensait aussi à Degas pour les effets de miroirs qui démultiplient la réalité. Il y avait aussi Monet pour les couleurs d’Alexandrie, il y avait aussi Picasso pour les lignes brisées de tous ; lignes brisées des personnages qui habitaient  le temps relatif d’un présent continu, happé par la spirale du calendrier du désir de chacun. Clara suivait Durrell dans les crépuscules d’Alexandrie et menait avec lui une inlassable quête du réel à travers une fiction que sans cesse il renouvelait : l’Amour, la Femme, La Vérité, l’Art, les Cultures, les Religions, la Sexualité, la Création, L’Ecriture. Clara lisait, lisait et tournait comme sur un manège, celui de la création humaine.

 

Selon Clara,  Laurence Durrell avait inventé une métaphore possible de la lecture.


Clara aimait passionnément lire mais ses lectures aussi passionnantes étaient elles ne pouvaient lui faire oublier le chômage kyste noir dans  sa vie. 

 

Les jours s’écoulaient avec la teinte du désastre. Clara en était toute entière meurtrie.

Le chômage, c’était être assise sur un banc et regarder les autres vivre.  Clara avait mal à cette différence qui lui interdisait autonomie et travail. Clara se posait douloureusement la question de son indépendance et de sa liberté.  De sa disponibilité aussi. Parce qu’elle n’avait pas su construire un espace professionnel utile pour les autres, les portes de son identité étaient  ouvertes et claquaient à tout vent  sur  tous. Elle perdait son sens de gravité. Elle avait tant à donner dont personne ne voulait ! C’était  une chose terrible pour Clara qui aimait tant son métier de clinicienne. Certains jours sa solitude était immense et son corps l’exprimait par d’épouvantables migraines et par de terrifiants cauchemars.

 

Sans compter les difficiles relations avec Flora. J’ai mal à Flora.. Toute sa vie Clara avait eu mal à sa mère.

 

Clara avait froid de sa solitude.

 

Lire... Lire... Clara lisait Elie WIESEL,  Marc Alain OUAKNIN, Isabelle EBERHART, Hélène PIRALIAN, Paul AUSTER, Edgar Morin, une biographie de GANDHI, La non-violence lui tenait tant à coeur. Enfant, Clara avait connu la violence d’une séparation trop précoce d’avec ses parents, adolescente, elle avait connu la violence de la mort de son père adoptif, elle avait alors 11 ans et puis Flora était une mère violente. Violente dans ses émotions, dans ses goûts, dans ses propos qui trop souvent la cinglait. C’était dans la violence drainée par son histoire que Clara avait appris la non-violence. Une sorte de réaction de l’être, d’anti-corps, de vaccin.

 

Dans ce temps là de la solitude, Clara dormait beaucoup, se couchait tôt, faisait des siestes. Sur la porte de sa chambre Clara avait épinglé une petite carte postale montrant le « Petit paresseux » de Greuze qui représentait un petit garçon  endormi sur son livre ; Clara s’identifiait souvent à ce petit garçon

 

Lire, c’était vivre deux fois pensait souvent Clara mais trop souvent les larmes coulaient. Clara usée par le chômage ne sentait plus aucune force intérieure pour son foyer.

 

Clara couvrait, recouvrait, entortillait, caviardait, niait, déniait, cachait, se cachait sa douleur d’être une femme « entre deux âges » et de n’avoir rien créé, de n’avoir pas de travail, de souffrir à hurler de Flora, cette mère, la sienne qui ne comprenait rien, d’être toujours et pour toujours une enfant douloureuse. Clara n’était ni jeune, ni vieille, ni belle, ni laide, ni ridée, ni éclatante. Clara était inexistante et lisait. Clara était épouse et mère de famille. Clara était étonnamment elle. Clara se remplissait de livres et réfléchissait sur ce remplissage.  Clara cherchait. Elle était écrasée de culpabilité. Clara était une femme au chômage.

 

 

Couleurs du chômage (N°13)

 

Le noir ce pourrait être le découragement

plus épais que la résine

ce découragement qui lamine jusqu’au trognon

qui submerge amèrement.

 

Un sentiment si intense d’inutilité

qui me saisit face à l’autre

qui ne comprend rien

n’entend rien

piétine mes espérances

broie mes rêves.

 

Ce découragement  quand poussière je me sens

alors que pollen j’aimerais être...

Chômage noir de la crasse du désespoir

Chômage blafard de l’ennui

Chômage cafard bleu des nuits

Chômage téléphone muet

Chômage téléphone de l’indifférence

Une lettre courtoise

« Nous avons le regret... »

« Notre équipe est au complet... »

 

Méandre des mots

Fleuve de l’impossible

Océans de silence

Lancinante banalité

Ecrasante brutalité

Couleurs du destin

Divagations insensées

Jamais cela n’adviendra

Et je pleure d’impuissance.

 

Quelques années plus tard Clara lirait un livre  de Jean MAISONDIEU, La fabrique des exclus (N°26) qui donnerait sens à cette difficile période de sa vie. Dans ce livre l’auteur distinguait désespoir du chômeur et dépression. Il disait aussi combien il était beaucoup plus facile de fabriquer des chômeurs que de créer des emplois, il disait encore que l’exclusion moderne n’était pas une fatalité, mais le symptôme d’une négation de la fraternité entre les hommes. Clara aimerait beaucoup ce livre tout à la fois rigoureux et emprunt d’humanité.

 

C’est dans cette période là, si difficile de la vie de Clara que j’ai rencontré Rémy Puyuelo, le rédacteur en chef d’Empan,  revue  à  laquelle je confierais des années durant les lectures de Clara. Cette rencontre fut placé très rapidement sous le signe de George Perec. Je lui parlais du séminaire W ou le souvenir d’enfance auquel j’avais participé durant l’année scolaire 1986-1987 et paru dans un N° de textuel (N°21 Nous parlâmes de Perec et de son souvenir d’enfance. Par le partage de ce livre, nous partagions, sans nous le dire, l’essentiel : notre enfance. Lui, ses pieds nus dans le sable, moi courant après les pigeons dans les ruelles de ma banlieue parisienne. Nos différences se jetant dans l’oeuvre sublime de Georges Perec que nous sublimions, par notre lecture de ce roman W ou le souvenir d’enfance qui écrivait un rapport disjoint entre un texte et l’enfance toujours là. Le texte de notre rencontre  et notre enfance... La première de cette longue aventure « en écriture » et en lecture fut un chant retrouvé.

 

Grâce à  la lecture de Valère Novarina et plus précisément grâce à la lecture du Discours aux animaux Clara retrouva son chant et décida de vivre, de lire, d’écrire. De continuer. Empan choisit dans le fil des jours, des mois, des années d’accompagner de Clara dans ses lectures.

 

Clara choisissait de vivre pour se venger de n’avoir jamais été, . Lire, couvrir et recouvrir, ouvrir et découvrir pour ne pas mourir. Dire et en finir de se taire. Pétrir les mots lus, composer avec ses lectures et avec elles lutter pour une éthique de vie, pour sa liberté de femme.

 

          Au clair de la lune

              mon ami Pierrot

              prête moi ta plume

              pour écrire les dunes

              Prête moi ta plume

              pour écrire les mots

              J'ai toujours du feu

              Ma chandelle vit

              la ! la ! la !!

              Ma chandelle vit et danse ma vie !

 

A tue-tête, atout coeur, la dame de pique perdait la bataille. Le temps passant, Clara avait semé ses cailloux, elle reconnaissait ses trous. Restait pour elle à chanter l'éternelle ritournelle d'une femme cannelle et sur ses deux ailes elle écrivait : j’existe femme. J’existe écrivaine.

 

 

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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 21:54

J’ai mal à toi

Toi nécessaire et suffisant

Toi qui m’a fait ça de mourir

De mourir me laissant seule

Devant les générations

 

L’homme part du ventre de sa mère

Pour vivre, pour aimer,

Il trouve le sein de son amante

Pour aimer pour hanter

 

A nous les larmes de la naissance

De l’amour, de la mort

A nous toutes les larmes.

 

Tiré du classeur marron tout rafistolé de ma mère qui a tant aimé. Elle s’appelait Flore Annenkov.

 

Ce soir, je pense à elle. MJA

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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 10:06

Un bouquet de fleurs

Un bouquet de fêtes

Quand la fête des mères

Parfume ma solitude

La fleurit

 

Je ris alors de mon âge

Si peu sage, si peu sage

Toujours dans les livres

Toujours dans mes écrits

Dans le temps de ma passion

 

De ma passion de l’intelligence

Du monde et de sa ronde

Des recherches de tant d’anonymes

Qui de l’horreur de la lourde bêtise

Minent obstinément les fondements

 

Un bouquet de fleurs

Un bouquet de fête

Quand la fêtes des mères

Me fait souvenir

De mes enfants et de leurs rires

 

Un bouquet de fleurs

Un bouquet de fête

Parfume mes jours

Dans ma solitude vaincue

 

Un bouquet de fleurs

Roses et blanches

Et le possible de ma vie

Dans  toutes ses couleurs

Sur mon cœur s’épanche

 

Lire, écrire, aimer

Est un doux pari

Que dans ma vie

D’ombre et de lumière

J’ai joué chaque jour

 

 

Un bouquet de fleurs

Un bouquet de fêtes

Quand la fête des mères

Me dit en douceur

Marie-José tu as gagné !

 

Les livres, l’intelligence et l’amour sont au rendez-vous de ta douce vie de labeur et de fleurs parfumées, colorées. Ta vie est un champ de blé et de coquelicots, ta vie est un champ de fleurs parfumées, roses et blanches. Au jour le jour, tu sais les cueillir et les accueillir, au jour le jour, tu vis avec tous, près de tous. De chacun, tu aimes les livres et les parfums et du savoir tu veux tout savoir.

 

Merci pour ce bouquet de fleurs, ce bouquet de fête, ce bouquet pour moi votre mère qui à pleins poumons respire les rires de ce jour de la fête des mères !

 

Bonne fête à toutes les mamans, que de jolies fleurs parfument vos heures de tendre douceur et de chauds soleils. MJA

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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 08:37


 

Spectacle possédant une variante pour public jeune à partir de 15 ans intitulée:

Rose pour les filles, bleu pour les garçons?

 

Mardi 29 mars 2011 – 20h30 – Théâtre le Local – Montauban

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Autres dates de la Compagnie Marie Ruggeri

Louise Michel, écrits et cris à 6 avril – 20 h – Luxembourg – CCR Neumünster

Louise Michel, écrits et cris à Du 14.4 au 1.5 – jeu., ven., sam. :19h/dim. :15h + ven.29 :14h30 - Paris - Théâtre de Ménilmontant

Louise Michel, écrits et cris à 2 mai – 12h15 – Paris - Université Paris-Descartes/Amphi Binet

Vagabundin (version franco-allemande de Vagabonde) à 6 mai – 20h30 – Baden Baden (D) – Rantastic

Retrouvez toutes les dates et renseignements sur http://marieruggeri.free.fr/

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BIENVENUE!

Réservations : 06 64 16 37 35 ou compagniemr@yahoo.fr

 

Hélas, je ne pourrai être présente ! Mais comme je le regrette !!! Allez(-y nombreuses et nombreux. Récemment, j’étais présente à une soutenance de thèse dont l’objet était l’impacte des violences conjugales sur les enfants. Vous ne me croirez peut-être pas : pas un seul homme dans la salle ! Aïe ! Aïe ! Aïe ! MJA

 

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 21:29

   L’écriture sait se faire longue douleur. Ce printemps, entre Japon et Lybie , ne se laisse ni fleurir ni écrire. Où va le monde ? Ce monde qui a peur des fous, des jeunes et des étrangers, ce monde de fracas et d’angoisse. Oui, où allons-nous ? Je l’avoue, j’ai dû mal à tenir mes activités intellectuelles. Oui, j’ai du mal à écrire. Je parviens encore à lire mais le doute s’intalle et me fissure. Moi, la fervente... J’ai du mal à poser l’humain dans ce gris ciel de printemps muet de ses fleurs et de sa rosée.

    Oui, j’ai du mal à continuer. MJA

 

 

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 18:47

9ème "Journée

Internationale

des Femmes "

organisée par :

l’Association pour Perpétuer

le Souvenir des Internées des

Camps de Brens et de Rieucros

 

Renseignements et réservations :

Office de Tourisme : 05 63 57 14 65

du lundi au vendredi, de 10 à 12 h et de 14

à 17h ; jusqu’à 18h les samedi, dimanche et

tous les jours durant les congés scolaires

 

Vendredi 4 mars 2011, 20h30

Salle de Spectacles, Gaillac

Mardi 8 mars 2011, 18h

Cinéma Imagin’ L’Olympia, Gaillac

Vendredi 11 mars 2011, 20h30

Auditorium Dom Vayssette, Gaillac

Samedi 12 mars 2011,

de 14h30 à 19h30

Espace Socioculturel, Brens

 

Vendredi 4 mars à 20h30 à la Salle de Spectacles de Gaillac :

Théâtre : Camille Claudel, l'Interdite !

Scénographie, dramaturgie et mise en scène de Jean-Pierre Armand avec Dominique Bru, comédienne « Camille Claudel... On pense aussitôt au film de Bruno Nuytten avec – Adjani et Depardieu – qui contribua à faire connaître l'oeuvre et la vie de cette artiste exceptionnelle, si longtemps enfermée, si longtemps interdite !

Pas plus qu'à ses contemporains, ce n'est pas par son art que Camille Claudel s'est imposée à la postérité. Plutôt par un désastre : celui de son existence. Sa beauté, sa passion, sa folie, son enfermement.

Notre spectacle vise à surprendre l’artiste maudite dans sa propre lumière enfantant ses démons avec ce défi et cette audace qui n’appartiennent qu’à elle… Puis suivra la Camille de la nuit finale, hantée par Rodin, abandonnée par son petit Paul, assistant impuissante au déroulement de sa vie ; sa vie pareille, en fait, à ses magnifiques sculptures, tout en déséquilibre et fragilité ! » Jean-Pierre Armand – Création en novembre 2010 à la Cave Poésie – René Gouzenne de Toulouse

Mardi 8 mars, à 18h au Cinéma Imagin’ L’Olympia de Gaillac :

Film-débat avec « Paroles de femmes » : Un silence assourdissant de Marion Lary

Aujourd'hui, en France, tous les trois jours une femme meurt sous les coups de son mari ou compagnon. Une femme sur dix a été, ou est, victime de violences conjugales. Marion Lary suit sur le terrain, en région parisienne, en Alsace et à Marseille, des militantes engagées dans le combat contre les violences conjugales. Bénévoles ou professionnelles, elles accompagnent, soutiennent,

encouragent les victimes et combattent ce fléau. La réalisatrice a voulu ce film comme un film d'alerte : brûlot compassionnel qui dénonce l'insupportable, remue, trouble... mais aussi état des lieux qui en démonte les mécanismes, les articulations, ouvre des perspectives et propose des moyens d'action...

Vendredi 11 mars à 20h30, à l'Auditorium Dom Vayssette de Gaillac :

Concert de musique sépharade : Maayan : De l’Andalousie à l’Orient… Le chant des femmes sépharades.

avec Naïma Chemoul au chant, Samir Hammouch au qânoun, et Bonaventure Akoto aux percussions

Dans ce spectacle, Naïma Chemoul explore ses origines, celle des femmes sépharades. Elle chante leurs mots, leur langue, leur quotidien. Elle honore leur mémoire et conte leur histoire. Elle fait entendre leurs voix.

Samir Hammouch et Bonaventure Akoto mettent leur connaissance de la musique arabo-andalouse et orientale, leur talent et leur sensibilité artistique au service de ces chants de femmes et de la voix de la chanteuse. Ensemble, ils explorent différents styles et modes musicaux, de la partition à l’improvisation, en passant par la composition. Ils affirment leur liberté d’artistes d’aujourd’hui,

entre occident et orient, tradition et modernité et jouent une musique intemporelle et sans frontière.

 

Samedi 12 mars à l’Espace Socioculturel de Brens :

à partir de 14h30 : Visite des expositions et des stands associatifs

·  Exposition artistique : Rétrospective de Béatrice Dupuy-Salle

·  Expositions documentaires : Renée Taillefer. Une jeune fille dans la Résistance réalisée par le Conseil Général du Tarn – « Il n’y a pas d’avenir sans mémoire » : Un camp pour femmes : Brens,

1942-1944 réalisée par l’Association pour Perpétuer le Souvenir des Internées des Camps de Brens et de Rieucros à partir de 15h :

·  Ouverture avec Michel Terral, Maire de Brens et présentation des associations organisatrices

·  Rencontre littéraire avec Maya de Chanterac – en partenariat avec la Médiathèque de Brens – pour une présentation en avant-première de la parution du livre de photos accompagnées de poèmes de Maya de Chanterac : Le Souffle et la Poussière de Dominique Laugé

·  Lectures, chansons et musiques par « Les Amis de la Poésie » et Jean-Christophe Le Clanche, saxophoniste

·  Spectacle : Âmes soeurs, Histoires de femmes racontées par Marie-Noëlle Pfend-Bodart et Nane

Vezinet accompagnées à l’accordéon par Pascal Calvet

« L’écriture qui ouvre bien des chemins fait parfois éclore des histoires, des histoires de femmes croisées au hasard de la vie, femmes insoumises, femmes amoureuses, femmes de tous les jours modestes et effacées, trop souvent oubliées. Ces récits collectés ça et là au fil du temps et des souvenirs, nous sont revenus en mémoire. Ceux d’Artémise la pauvresse, d’Emma la rebelle, d’Adèle- Marie et de Louisette, servantes révoltées, de Monique dans son café au pied du château et bien d’autres encore… Autant d’histoires chères à nos coeurs que nous avons souhaité partager avec vous. » Marie-Noëlle Pfend-Bodart, Nane Vezinet

·  Apéritif offert par la Municipalité de Brens

 

La Médiathèque de Gaillac propose :

- Vendredi 18 mars à 18h30 : Apérilivre avec Emilie Giaime pour son livre  « Poil à gratter »

- Samedi 19 mars à 17h : Rencontre suivie d’une projection avec Marina Vlady, comédienne et féministe

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 20:10

José,

Alice et Magali , elles font bien à manger ? Et la maman du mari de Magali ? Et la maman du mari d’Alice ? Toi, tu fais bien à manger

C’est bien on se connaît mieux

Tu as refais ton visage

Tu es plus belle

 

Des bribes de phrases qui disent de la femme, combien il est essentiel qu’elle fasse bien à manger

Des bribes de phrases qui disent l’intimité des deux femmes que nous sommes

Des bribes de femmes qui disent nos instants de femmes, ceux auxquels on ne prend pas garde et qui s’envolent chaque jour.

Vivre sa vie,  c’est peut-être cela, réussir son repas pour l’autre, changer son visage pour l’écouter.

Vivre sa vie, c’est peut-être cela, être assise sur une chaise, dans la tendresse de l’instant d’un ciel d’hiver commençant, écoutant l’ancêtre.

Mamie, du fond de votre mémoire vous m’apprenez ma vie de femme, vous me donnez les secrets de  celle que vous avez été,  vous nous épelez toutes deux au temps de votre mémoire-dentelle et je vous en remercie Mamie.

 

  Texte écrit par MJA

Tiré du recueil inédit

Le Temps rompu

(Hiver 2009)



 

 

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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 11:10

Tu as donné

Ta forme au vide

Ta chair a refleuri ma main

Ton être constelle

Ma nuit ignorée

Ton sourire ferme l’horizon

Et le révèle

Ma solitude sonne

Plein

 

Catherine Lion-Méric

 

Poème du recueil inédit, non daté : La Concierge est à Cithère

 

Soeurette, dans le ciel gris de ce dimanche, d’hiver, je pense à toi, autrefois si gaie malgré ta solitude qui sonnait plein.  Le dimanche matin, nous nous téléphonions longuement. Toutes deux , nous voulions changer ce monde d’injustice et nous parlions à perdre haleine et c’était bien, c’était bon, c’était doux, c’était merveilleusement vivant. De tout cela, reste mon souvenir de toi, de nous. MJA

 

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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 20:37

« La femme a le droit de monter sur l'échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune. » Femme de lettres et de tête, Olympe de Gouges (1748-1793) s'illustre dès les premières heures de la Révolution par ses idées de réforme. Devant l'Assemblée constituante, elle réclame l'égalité des sexes. Avec sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791), son œuvre la plus célèbre, cette première théoricienne du féminisme reprend point par point la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1789 en une inversion parodique : « La femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits. » Son texte, à l'instar de son exhortation finale, « Femme, réveille-toi », garde une étonnante actualité.

 

Pas de commentaire ! MJA

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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 10:45

A vous, Inventeurs de lectures, je souhaite un bon hiver ! MJA

 

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