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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 12:49

Association « Femmes pour le dire, Femmes pour agir »

Présidente Maudy Piot


J’ai présenté Maudy Piot récemment dans cette mêmes catégorie « femmes » et je vous invite à vous y reporter pour mémoire.


Ce jour, je vais vous présenter l’association dont elle est présidente :


Femmes pour le dire, Femmes pour agir.


L’énoncé du nom de cette association m’a immédiatement fait penser au livre d’Hannah Arendt dont je vous ai déjà parlé : La condition de l’Homme moderne.


Je me suis dont reportée à mes notes de lectures dont j’extrais pour vous trois idées qui me seront utiles pour parler de l’association Femmes pour le dire, Femmes pour agir.


-  Les chagrins sont supportables si on les raconte 

-  Nous prenons place dans l’humain par l’acte et la parole.

- Chaque naissance est promesse d’un nouveau recommencement de l’humain et donc de l’être


Enfin, je me suis également reportée au texte de Françoise Collin Un Héritage sans testament dont j’ai fait un commentaire dans mon blog « La Padéïa » que vous trouverez dans la même catégorie « femmes ». Françoise Collin nous dit que reconnaître une femme c’est avant tout reconnaître sa parole, c’est assumer sa présence dans la différence de son « qui «  (référence encore et toujours à Hannah Arendt) dans le dialogue à travers l’action et sa parole. Ainsi les femmes se génèrent et se transmettent.


Voilà l’essentiel : permettre à toutes, en situation de handicap ou non de se dire, de parler, de raconter, reconnaître et entendre chaque parole de femmes non pour exclure mais pour transmettre et nous engendrer femme dans une temporalité symbolique. La compassion n’a rien à voir la dedans ! Il s’agit d’affirmer une fois encore la féminitude et de lutter contre la discrimination ancestrale des femmes qui parfois se redouble quand il y a un douloureux handicap.


J’aime profondément le nom de cette association qui résume avec talent tout ce qui précède  en trois mots : Femmes, Dire, Agir.


Approfondissons maintenant du côté du handicap, mais surtout, surtout, ne perdons pas de vue le cadre symbolique (voir début du commentaire) dans lequel s’inscrit le livre :


Femmes Handicapées : La vie devant elles avec le parrainage de Simone Veil coordonné par Maudy Piot. Editions L’Harmatthan 2006


Ce livre relate le forum FDFA (Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir) qui s’est dans la mairie du 13ème à Paris le 16 novembre 2005.


Sur le podium Anne Hidalgo, première adjointe du maire de Paris, Serge Blisko, maire du 13ème , Maudy Piot, présidente de l’association FDPA, Philippe Miet animateur de la matinée. Puis vont se succéder pour intervenir, chacune du lieu de leur engagement de citoyen, Marie-Louise Briard, Simone Veil, Colette Foulon, Geneviève Lang, Ségolène Royal Michelle Perrot, Garance Upham et pour la synthèse de la journée : Françoise Madray-Lesigne et puis enfin Patrick Gohet, ancien directeur général de l‘UNAPEI


Vont aussi intervenir du lieu de leur différence et de leur citoyenneté chèrement gagnée : Eugénie, Delphine, Marine, Danièle, Karine, Liliane, Dinah, Brigitte, Roxane, Hélène.


I. « Femmes pour le dire » :


Ce qu’elles disent toutes, handicapées ou non : l’égalité à inventer dans le fil des jours et des handicaps, ce qu’elles disent c’est leur vécu, le désir de partager leurs souffrances mais aussi leurs victoires sur la douleur ou la maladie, ce qu’elles disent c’est leurs  recherches et leurs engagements citoyens, leur souvenir d’humiliations aussi, c’est leur désir de progresser dans cette invalidité qu’est être femme, trop souvent définie comme un « homme manqué » (combien j’ai aimé les dires de la si intelligente Michelle Perrot qui toujours du lieu de l’histoire raconte les femmes), elles disent leur sexualité et leur désir de mère si tabou dans la société, elles disent leur relation au travail, elles disent leurs  luttes par le savoir et par leur engagement quotidien d’assumer et de faire reconnaître leur différence, inventant l’égalité si nécessaire pour se vivre femme et humaine,

Elles disent l’aménagement de leur vie dans le progrès de la technique et par le soutien de leurs proches. Elles disent la solidarité entre recherches scientifiques et affection, amitiés, sororité de leur environnement. Elles disent la citoyenneté à conquérir par les lois et par les regards. Elles disent enfin et surtout le possible d’être femme aimée, aimante, cherchante, tâtonnante, fragile, vulnérable mais si triomphante de leur identité forgée par la parole de tous quand le symbolique crée l’égalité dans ses intervalles de différences !


Bravo à ce dire qui triomphe de tant de lieux de communs, de tant de maladresses du cœur ; parfois de tant d’insensibilité et de regards qui poignardent l’être peut-être malade mais si vivant de féminitude, de chair et de  mots.


Des femmes pour dire NON ! à ceux qui les stigmatisent, des femmes pour dire OUI au possible d’être femmes différentes les unes des autres, mais portant leurs paroles qui inventent leurs actions de citoyennes, avec courage, avec détermination. Ensemble et solidaires.



II. « Femmes pour agir »


Elles agissent pour inventer leur vie devant elles : elles lisent et commentent les lois, elles vont travailler, elles enfantent, elles imposent le respect et luttent dans le fil de leurs actes, au jour le jour, pour changer l’image du handicap, qu’elles soient chercheuses ou porteuses de handicap, elles interpellent les pouvoirs publics et les représentants d’une société souvent trop défaillante à les entendre et à les reconnaître égales de tous et citoyennes, elles posent la réalité difficile du handicap et cherchent des solutions politiques, car le handicap c’est bien plus une histoire politique qu’une histoire de compassion qui diminue l’autre. Elles luttent par leurs mots vigilants pour défendre leur insertion, certes dans l’emploi mais aussi dans la cité et dans le culturel. Elles luttent certes pour l’accessibilité de leur corps mais aussi de leur âme et de leur intelligence, de leurs mots enfin.


Je finirai en transmettant  les idées de Maudy Piot qui dit parfaitement le Dire et l’Agir de ces femmes au travail de leur différence, de leur égalité et de leur citoyenneté et comment ne pas penser à Hannah Arendt, Françoise Collin et tant d’autres encore  dont nous dans le présent de notre détermination à nous inventer femmes...


Certes les lois et les décrets sont importants mais ils ne doivent pas faire perdre de vue l’essentiel : ce qui est premier c’est que les personnes porteuses de handicap sont avant tout des citoyens à part entière, des hommes ou des femmes dont l’égalité doit être reconnue malgré la différence et dont la parole doit être entendue. Ce sont des hommes et des femmes de « dire et d’agir. ». Mais « « dire et agir » c’est particulièrement difficile pour les femmes. C’est une histoire de siècles, de préjugés et d’enfermement à  remonter, alors quittons-nous si voulez bien sur l’immense travail de l’association


« Femmes pour le dire, femmes pour agir. ».





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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 16:52

Dans mes mains, un livre ouvert :


Le handicap par ceux qui le vivent

Sous la direction de Charles Gardou

Erès. Reliance 2009


Ouvert au chapitre : Une vie presque ordinaire

( page 165-173) écrit par


Rapahëlle Dessertine


Ce chapitre m’obsède, me taraude depuis plusieurs jours.


 Je crois que cela tient à son style, si sage, si calme, à son absence de révolte ou de colère. Est-ce le style des deux personnes qui l’interviewent, est-ce le sien ? Je ne sais. Mon regard parcourt les lignes sur lesquelles s’est déposée une poussière d’enfance sur une histoire de trisomie 21.


Ce texte me hante et me taraude par sa dernière phrase que je cite :


« J’ai une trisomie, je fais avec elle et je peux maintenant en parler, il n’y a pas de problème. Mais j’aurais voulu être comme vous : normale, enfin soi-disant normale »


Si j’étais enseignante de philosophie, je donnerai cette phrase à mes élèves comme sujet de dissertation.


Il y a là tant de chagrin et tant de dignité. Qu’est donc notre société qui engendre de telles phrases ?


J’aime le travail de Charles Gardou et de ses collaborateurs qui permettent l’expression de telles phrases qui si elles étaient tues enfermeraient des êtres de qualité, comme Raphaëlle, dans un silence qui pourrait être mortifère parce que désespéré.


Il est bon qu’un tel livre, chapitre après chapitre, pose sur l’établi la question de la pseudo normalité et du terrible regard des uns sur les autres qui créent une pathologie du regard qui vient s’ajouter à une pathologie du corps.


Il est bon qu’un tel livre, chapitre après chapitre pose sur l’établi la question de l’âme quand elle est traversée de lignes de vulnérabilités plus « visibles ».


Il est bon qu’un tel livre, chapitre après chapitre pose sur l’établi la question de la différence quand elle réduit quelqu’un à cette différence.


Il est bon qu’un tel livre, chapitre après chapitre pose sur l’établi la question de l’exceptionnelle force d’âme d’être humains parfois vulnérables dans leur corps.


Qu’ est la  normalité ?  celle qui articule la force d’âme ou celle qui articule la vulnérabilité du corps ?  Celle qui dans un alliage d’or dit le corps et l’âme ?


C’est à partir de l’histoire de Raphaëlle que je voulais poser ces questions qui découlent de son affirmation existentielle si lourde de sens :


« J’ai une trisomie, je fais avec elle et je peux maintenant en parler, il n’y a pas de problème. Mais j’aurais voulu être comme vous : normale, enfin soi-disant normale »


Je vous laisse réfléchir sur cette phrase qui m’a tant émue et je vous laisse inventer une réponse humaine et solidaire, une réponse qui saurait engager l’humanité dans un « vrai être ensemble » , ensemble dans le mêli mêlo de nos lignes de forces et de vulnérabilité, âmes et corps confondus…


Merci, à Charles Gardou pour sa réflexion de fond mais surtout merci à Raphaëlle d’avoir su poser, à partir de sa vie si courageuse que je vous laisse découvrir,  une question aussi essentielle que celle de la normalité, dans le fil des jours, dans le fil de nous, hommes et femmes de bonne volonté.


A cette question, inventez une bonne réponse, l’humain en dépend !  MJC


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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 10:39

Vivre : une très belle chanson de Noa ainsi que There must be another way, duo avec  Awad Mira pour la paix en Palestine


Pour des raisons de Droits d’auteur, je ne peux reproduire les paroles de cette très belle chanson de Noa, chanteuse Israelienne qui chante de sa splendide voix, la paix, l’amour. Surfeurs, découvrez la vie de Noa qui se définit « chanteuse, juive, israélienne, laïque ». Elle a un parcours de vie étonnant, comme j’aime.

 

Découvrez aussi, toujours en surfant, la vie de Awad Mira, actrice de théâtre et de cinéma, israélienne , d’origine palestinienne.


Moi, je le crois, la paix en Palestine passera par des décisions politiques exigeantes mais aussi comme toujours par le meilleur de l’homme : ses créations et donc par la chanson.


Prenez le temps de découvrir, d’écouter Noa et le si beau duo de Noa et Awad Mira. Il y a tant à faire pour la paix en Palestine. Ce conflit est tellement terrible, douloureux, tellement difficile …


Quant à moi, j’ai du mal à me situer. Je suis si ignorante.


J’espère ne pas me tromper. Je vous en demande pardon si à vos yeux, je le fais.


J’aime ces chanteuses. Elles sont ma douce boussole d’aujourd’hui, mon pauvre espoir de colombes en Palestine. 

 

Merci Noa et Awad Mira pour l'espoir que vous me donnez, merci pour vos jolis textes et surtout merci pour vos jolies voix de femmes écrivant la possible espèrance.  MJC

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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 19:41


« Ce qui pourrait encore se dire à la manière de Valère Novarina : Clara n’avait eu ni une enfance heureuse, ni une enfance malheureuse. Elle n’avait pas eu d’enfance.

           Ce qui pourrait se dire encore ainsi. Alexandre était le mari de Flora. Il avait 28 ans de plus qu’elle et avait reconnu Clara à deux ans. Avant c’était du blanc. Tant pis pour Clara ! Clara avait eu trois demi sœurs. Sylvie de cinq ans son aînée qui était la fille de Flora et de Gérard son premier mari. Véra et Sonia étaient filles d’Alexandre et de Tatiana, première femme d’Alexandre. Véra et Sonia étaient plus âgée que Clara de vingt ans environ. Clara ne l’avait jamais bien su. La légende disait que Clara passa les premières années de sa vie en nourrice puis en pension. Elle commença à vivre près de Flora à onze ans en 1959, date de la mort d’Alexandre dans un accident de voiture à Brioude et ses relations avec Flora furent difficiles. Tout avait toujours été pensé pour le bien de Clara mais jamais pour elle. Autant en avait emporté le vent des adultes, ceux-là même qui constituaient sa famille. Clara avait toujours aimé sa famille et l’aimait encore. Mais la question pour Clara n’était pas là. La question était celle de son identité et de sa liberté et de l’identité et de la liberté de Flora.

Ce qui pourrait encore se dire, l’enfance de Clara dans le bruit des adultes fut cachée dans un immense silence trop sage.

Ce qui pourrait encore se dire : l’enfance de Clara portait en germe son destin de femme dans une identité à reconnaître et dans une liberté toujours à conquérir. Clara le savait, et le disait à ses filles Emma et Marie. Clara existait, avançait jour après jour sur le fil d’or des générations et de la transmission, dans un temps qui savait dire la mémoire et l’avenir des femmes et cela était sa lumière et sa force. Elle le savait. ».

Marie-José Colet La Femme e Retard. Editions La Brochure (Automne 2008)

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 15:35


Dans mes mains, un livre ouvert :


Le handicap par ceux qui le vivent

Sous la direction de Charles Gardou

Erès. Reliance 2009


Ouvert au chapitre : « Les Yeux ont inventé la nuit par Maudy PIOT

( page 135-148)


J’ai lu ce chapitre comme une longue confidence d’intelligence, comme un cri dans la nuit, dans sa nuit à Maudy, dans ma nuit. Maudy, avec ses livres, éclaire nos nuits mais la sienne surtout.


Commencer sagement par le début, même si profondément émue par ma lecture, j’aimerai dire la fin : son cadeau d’amour à nous.


Le début donc de ce chapitre, la présentation de Charles Gardou dont la direction de ce livre insuffle la vie et l’expression de ces témoignages ; Charles Gardou, qui comme Socrate permet à chacun, chacune, l’accouchement du texte en devenir. Ils nous présente donc Maudy ainsi et je le cite dans le mot à mot de son désir d’écrivain :


« Maudy Piot est l’auteur de « Mes yeux s’en sont allés. Variation sur le thème des perdant la vue. » Ses difficultés visuelles l’ont contrainte à abandonner ses études de médecine : après avoir été infirmière, elle est devenue kinésithérapeute et elle est aujourd’hui psychanalyste. Très tôt militante (« Dès avant ma naissance » a-t-elle coutume de dire ), elle a créé en 2003 l’association des Femmes pour le Dire, Femmes pour agir, où elle lutte contre la double discrimination dont sont encore victimes les femmes en situation d’handicap. »


Et le chapitre commence dans la splendeur de l’humain quand Maudy écrit qu’avant tout  elle est une personne et un être vivant. Une personne et une femme vivante, voilà ce que nous révèle ce chapitre.


Elle refuse d’être réduite à un substantif : « une handicapée » et déjà perce dans la nuit son intelligence qui fait clarté. J’aime comment elle repère la violence du langage qui transforme sans crier gare le participe passé « handicapé » en nom commun « handicapé(e )». J’aime l’analyse du langage qui en dit tant  sur l’humain parlant. Voilà que par la réduction à un lugubre et mortifère substantif de la femme qu’elle est,  chute sa féminité, sa presque complétude de femme avec des droits  et des devoirs de citoyenne, sa presque complétude de femme inscrite dans sexualité et séduction, inscrite dans une possible maternité, inscrite dans une profession où se joue son potentiel d’intelligence. Oui, c’est ça la substantiver c’est l’exclure de ses naissances et de ses morts successives qui à chaque fois l’écrivent femme qui parle et qui agit, qui rêve et qui aime, qui invente et qui crée, c’est l’exclure du sujet de sa phrase si nécessaire : « moi, Maudy, femme, je vis. » Je vis entre sérénité et angoisse. Ses angoisses, elle nous les confie dans la simplicité, la tendresse de son texte. A nous, de les recueillir avec amour. A nous de la lire avec empathie mais non avec compassion. Une fois de plus, comme les auteurs des autres chapitres de ce livre, elle affirme avec vivacité et fermeté que le handicap ne peut être sujet de compassion. Oui, ce qu’elle affirme c’est qu’aussi loin que remonte son handicap, elle a fait preuve de son être au monde « capable autrement ». Et Maudy, la malvoyante, trahie par ses yeux et sa nuit écrit un chapitre sur le regard des autres portées sur sa nuit. Oui, c’est cela on peut avoir les yeux confisqués pour cause de maladie mais cela n’empêche pas de sentir très fort le « regard » des autres porté sur soi, ce regard qui ne comprend rien à rien et qui fait cumul avec l’angoisse existentielle et la maladie, qui fait d’elle « un papillon de nuit dans la grande clarté du monde » alors que tout simplement elle est, j’en suis convaincue « papillon de vie dans l’immense savoir du monde ». Papillon de vie, papillon d’intelligence. Oui bien sûr, Maudy parle de sa différence et de sa souffrance, de sa force de refuser le handicap, de sa ruse pour inventer mille et une stratégies pour la camoufler cette différence. Mais ce n’est pas de cela que je vous parlerai. Je vous parlerai de son intelligence qui a tant ébloui  ma nuit de femme à la dérive de mon ignorance que j’essaie « de refuser », inventant des stratégies moi aussi, pour la camoufler par mes lectures et l’écriture quotidienne de mon blog.


Au coeur de son chapitre, je lis deux sous-chapitres concis mais lumineux d’intelligence :


I. « Se reconnaître dans le regard d’autrui. »


Maudy Piot fait référence à plusieurs auteurs et ces nombreuses références me donnent le désir de passer ce printemps en bibliothèque et de la suivre dans ses chemins de savoir ; elle nous propose des textes fondamentaux, relatifs au concept non moins fondamental de « reconnaissance » :


1° Ricoeur :

Paul Ricoeur, Parcours de la reconnaissance , Paris Gallimard, coll. « folio essais,2004


Dans reconnaissance, il y a connaissance ; Paul Ricoeur montre comment subtilement, dans la douceur des nuances du savoir et du langage, nous passons de l’un à l’autre, mais surtout dans « l’imperceptible  non dit ». Ricoeur dégage 3 significations au verbe reconnaître : reconnaître comme distinguer, reconnaître comme s’identifier, reconnaître comme courir le risque du malentendu.


Maudy insiste sur le risque du malentendu pour les « handicapés » réduits au substantif et à la méconnaissance de leur singulier mais aussi de leur pluriel qui les écrivent humain, certes dans du générique mais aussi dans l’unique de leur personnalité. Le malentendu est au coeur du vécu des personnes capables autrement vivant trop souvent le passage de la méprise au mépris qui fait passer son chemin à celui qui devrait reconnaître bien plus que compatir et discriminer.


2° Nietzche

Connaître, c’est entrer en osmose et non asservir. Connaître quelqu’un c’est reconnaître sa dignité et non violer sa différence.


3° Hegel

Hegel situe la reconnaissance dans la dialectique Maître/Esclave et pose le problème de la soumission qui supplée à l’échange. L’esclave s’identifie alors au maître mais le maître ne peut être reconnu par quelqu’un qu’il méprise. Selon Hegel que cite Maudy Piot : « toute conscience humaine a besoin de la reconnaissance par une autre conscience pour exister en tant que telle. »


4° Jacques Lacan :

Maudy présente le stade du miroir élaboré par Lacan quand l’enfant jubile dans son miroir à condition qu’il soit tenu par une mère aimante. Sa jubilation, sa joie d’être lui suppose d’abord le regard reconnaissant de la mère


5° Winnicott

Lui aussi insiste sur le regarde structurant de la mère pour l’enfant. Seul l’amour permet la reconnaissance et c’est là le chagrin pour la personne capable autrement qui est vécue comme « dérangeant son prochain ». alors c’est une rude lutte pour atteindre la dignité d’homme ou de femme.


Nécessité de la reconnaissance de l’autre pour se situer dans la dignité : c’est là l’écueil douloureux que doit vivre la personne qui porte un handicap qui « l’invalide » dans sa capacité d’humain en toute chose égale aux autres c’est pour cela qu’elle raconte  son combat quotidien pour rester avec tous, pour rester égal à tous avec (et non malgré) son handicap. Ainsi, invente-t-elle sa liberté de femme qui la poussa à frapper à la porte d’un psychanalyste puis de devenir à son tour psychanalyste. C’est le temps de Lacan.


Chacun désire être reconnu et aimé pour ce qu’il est dans ses failles et dans sa force, entre vulnérabilité et force écrit Charles Gardou. Chacun a besoin d’être reconnu dans sa singularité et accueilli dans le pluriel de tous sinon ça fait du tragique à réparer et c’est le second sous chapitre au coeur de la réflexion de Maudy Piot :


 II. Réparer l’injustice

Il est temps pour Maudy Piot de raconter son engagement dans son aventure lacanienne. Elle le fait avec fougue et érudition. Elle partage ses réflexions issues de ses lectures et de son expérience.


Elle revient sur le stade du miroir et sur l’engagement de chacun à être connu, reconnue par la mère et du « c’est moi » qui naît du « c’est toi ». Du « un » qui naît du « deux ». (Du côté de Hannah Arendt et de Levinas.).  Du côté de tous, ces chercheurs d’humanité, ces chercheurs d’identités. Passionnant. Mais revenons à Lacan et à Maudy Piot.


La personne handicapée, elle aussi est  mais elle se heurte à un miroir de la peur de ce dont ne veut pas : la faiblesse, la différence morcelant, la différence qui fait mal au Narcisse qui se penche sur l’eau pour se sentir si beau, un miroir de la peur qui structure rejet et agressivité, qui structure solitude et chagrin jusqu’à la révolte. Et c’est l’histoire de l’assujettissement du manque. C’est l’histoire du rejet, de l’exclusion, de la violence. C’est l’histoire de l’amour qui ne peut se donner, qui ne peut-être, qui ne peut-être reçu. (Voir mon article Moi, Lacan et l’autre).


Maudy démonte avec  talent le système des projections qui emprisonnent les personnes handicapées comme dans une toile d’araignée. Je te donne de la compassion même si tu n’as besoin que de dignité, je te donne de « l’amour » même si tu n’as besoin que de reconnaissance. Reconnaissance et amour, ce n’est pas du pareil au même, je te donne de l’avoir, des fauteuils roulants et des cannes blanches même si tu as surtout besoin d’être validé dans un processus d’égalité, je souligne ton manque même si tu as besoin justement de presque l’oublier. Je te mets du toujours immobile, du définitif mortifère même si tu souhaites être ouvert sur de la mouvance, de la progression, je t’enferme dans ton noir même si tu rêves de lumière, je te livre à la fadeur de l’uniformité même si tu rêves de saveur et tout ça au nom de l’amour !


.


Mais pour conclure, sur vos mots Maudy Piot, je veux dire combien j’ai aimé votre travail, votre écriture, qui emportent à la fois de la faiblesse et du savoir, de la révolte et de la sagesse et qui surtout laissent pressentir votre identité de femme psychanalyste. Je ne sais pas si vos yeux ont inventé la nuit mais je sais, j’en suis certaine, votre identité de femme a inventé du possible pour bien d’autres humains.

 


Alors merci Maudy Piot et bonne continuation !


MJC






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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 16:03

Femme devenue.


Je suis une femme dans la brume


chacun m’attend,

chacun m’appelle

par mes mots

je m’épelle.


Derrière moi une mère qui m’a fait naître à mon destin, devant moi, la plage, celle de mes jours et de mes toujours. Cette plage, mon sol pour femme si peu sage, pour femme navigant aux larges des autres, si sages, si déterminés dans leur force et leur lucidité, dans leur solidité, dans leur identité. Ma vie est un long handicap vaincu dans la persévérance de mes jours et de mes nuits. Une douloureuse espérance apaise mes tourments, de l’autre côté de mon miroir brisé par l’Histoire qui de ma pauvre histoire a fait un champ de bataille, je sais les étoiles.


Chaque matin, je m’éveille, j’attends le soleil, j’attends ses rayons qui viendront réchauffer mon âme si fragile aux confins de tant de  brisures, de tant de cassures.


Ma vie est une longue espérance. Ma vie est une longue chance.


J’irai dans la lune, je traverserai des dunes, j’écrirai mes cernes de femme ensommeillée, j’ensevelirai de sable mon corps quand il dort, je tairai à tout jamais ma désespérance, j’inventerai scrupuleusement mon espoir. Je décrirai mes combats et poserai les armes sur la terre endeuillée par mes chagrins. Je ne me laisserai plus submerger par la peur et j’écouterai le ressac quand il me dira avance ! Je ne me hâterai pas et doucement, je déchiffrerai l’énigme de ceux qui inventent le monde. Je ne répondrai pas par oui ou par non. J’inventerai les points de suspension, j’accrocherai sur le fil de ma vie, le point d’interrogation, je répandrai de multiples virgules et des points virgules.


De mon texte de femme,

j’inventerai la ponctuation

 je trouverai les solutions

 j’écrirai la partition,

je serai heureuse.


Je sourirai aux mots

quand ils se feront miens,

quand ils se feront tiens,

quand ils se feront biens.

Quand ils se feront liens


entre toi et moi


Dans la clarté du ciel,

dans l’azur si pur,

dans le monde clair

de nos âmes enchantées

de nos cœurs bouleversés

 

je me dirai qu’avancer est possible. Je poserai ma valise autrefois si douloureuse, je n’aurai plus peur de la houle ni du monde de l’eau. Je ramasserai des coquillages, à mes oreilles je les porterai, j’entendrai le roulement de la mer, fière, je quitterai ma solitude, pour enfin naviguer au large de moi-même et des autres. Dans le silence de la nuit, perdue et fragile, j’inventerai les océans et doucement, je m’endormirai au seuil de mon existence en balance. J’avancerai en cadence et soudain, pulvérisée par le temps, je m’élancerai. Je  me loverai dans la lumière. Quand elle imprimera avec sa large plume le bleu du monde, j’écrirai un solfège pour  une possible ronde. Je dévorerai les sillons du temps, à pleines dents, je mordrai le firmament.


L’événement de ma vie adviendra.


Ce sera un miracle. Celui des oracles réalisés de toutes les  fées penchées sur mon berceau d’enfant fragile devenue femme d’écriture.


Ainsi, dans le pas à pas de mes livres, j’aurais traversé le miroir, dans l’autre sens, abandonnant le noir de mon désespoir.


Femme, je serais devenue dans le temps advenu, dans les avenues de ma mémoire souvenue, bordées de tilleuls qui dans l’ombre des soirs lentement s’élancent dans le bleu des nuits de ma vie écrivant sur mon sommeil les courbes du possible retrouvé.


Celui de la femme devenue.


MJC

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 23:09

Elles sont belles ces photos

Nous sommes enlacées 

Toi ma sœur, et moi


Elles sont belles ces photos

Nous sommes enlacées

Toi ma meilleure amie, et moi


Elles sont violentes mes larmes

Nous ne sommes plus enlacées

La mort nous a séparées


C’est un dimanche blanc

Ma vie s’en est allée sur la page

Laissant nos jeunesses sur la plage


Nos sourires ignoraient le pire

De mon long chagrin

De mes longs sanglots


Nous étions jeunes

Accueillant notre avenir

Mais votre mort a tout brûlé


Je reste seule et brûlée

Sur ma pauvre terre

Je suis en pleurs


J’ai vieilli en silence

Dans votre absence

Dans mon impossible danse


J’ai vieilli

Sans espoir

Dans le noir


C’est dimanche

Demain sera lundi

Viendront les autres jours


Mais toujours

J’aurai mal à l’écueil

De mes deuils


Jamais plus je n’aurai ce sourire

De ces si belles photos

Qui disaient notre jeunesse


Nos espoirs et  notre amour.


Basta !

Demain sera peut-être un autre jour

de ma vie de femme au jour le jour


MJC

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 23:06



"Les exilés ne sont pas des animaux"

Plaidoirie lycéenne des droits de l'homme : les exilés ne sont pas des
animaux]

Elle a 16 ans, elle est lycéenne à Rennes, s’appelle Enora Naour et elle
vient de remporter le premier prix du concours international de
plaidoiries pour les droits de l’homme. Catégorie lycéens. Ce 21e
concours du nom, organisé notamment par le Memorial de Caen, s’adresse
chaque année à des avocats (ou des lycéens pour l’autre catégorie) du
monde entier afin de dénoncer un cas de violation des droits de l’homme.
Et comme cette fois-ci, il s’agissait des migrants de Calais, nous vous
livrons un condensé de la plaidoirie de cette adolescente.

*Les réfugiés de la « Jungle » ne sont pas des animaux*

Mesdames, Messieurs

Je me dresse aujourd’hui devant vous pour plaider la cause de Mendaye,
Aman, Maryam ou Hamed. Ces personnes viennent du Soudan, d’Érythrée,
d’Éthiopie, d’Afghanistan, d’Iran, du Pakistan ou d’Irak. Ce sont des
femmes enceintes, des chefs de famille, des enfants qui ont quitté leur
pays d’origine afin de rejoindre nos civilisations Occidentales,
porteuses d’espoirs et d’avenir.

Ils possédaient pourtant une maison, une famille, un métier. Ils
pouvaient manger à leur faim, et se laver correctement, mais malgré
cela, leur vie était en danger. Guerre, régime totalitaire ou
intolérance religieuse sont les principales raisons qui ont poussé ces
êtres humains à s’enfuir. Pour survivre.

Ils ont traversé l’Europe d’Est en Ouest, lors d’un voyage qui pour
beaucoup, aura duré plus de 2 ans. D’autres sont passés par le Sahara,
et ont franchi le détroit de Gibraltar. Certains ne sont jamais arrivés.

Leur but ? Rejoindre la France, pays fondateur de la Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme, avant de passer en Angleterre. Tout
espoir leur était permis car, d’après l’article 13 de cette fameuse
déclaration, « devant la persécution, toute personne a le droit de
chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays. »

J’aimerais pouvoir vous dire, Mesdames et Messieurs, que leurs désirs de
bonheur et de liberté ont été exaucés. Mais cela serait une utopie, et
je ne suis pas venue pour vous mentir.

Tous ces êtres humains rejoignent le Nord de la France, et s’installent
à Calais, port le plus proche de leur destination finale. C’est à partir
de ce moment qu’ils se rendent compte que la France n’est pas en mesure
de leur offrir le respect et la dignité qu’ils méritent. Ces personnes
sont, au regard de la loi française, en situation irrégulière. Et cette
situation semble être un prétexte pour les priver de toute part d’humanité.

Ils sont 700, à s’entasser dans des logements de fortune ,à la
périphérie de la ville où chaque communauté a établi son campement avec
ce qu’il a été possible de trouver : du carton, de la tôle, du tissu…

Les médias ont surnommé cette zone la « Jungle » de Calais, et cette
appellation est entrée dans les mœurs. Si l’on prend ce terme au sens
propre, il désigne l’endroit de vie des animaux sauvages, et par
extension, tout milieu où règne la loi du plus fort. Peut être serait-il
important de s’interroger sur l’origine de ce surnom ?

La raison est assez simple. Le conseil municipal de Calais a récemment
refusé que le Secours Populaire installe des douches dans son centre
d’accueil.

Ils sont donc 700 à se battre pour pouvoir accéder à un point d’eau. 700
prêts à se priver de repas, qu’ils n’ont déjà que rarement, pour avoir
le droit de se laver.

Au mois de Juin 2009, un jeune Érythréen est mort noyé car il avait
voulu se laver près d’une écluse. Le courant l’a emporté, et lorsqu’il a
été rattrapé, il était déjà trop tard. A Calais, voilà le prix à payer
pour rester propre.

Les infirmières bénévoles ne peuvent plus prendre soin des diabétiques,
des personnes âgées, ou des enfants malades, car elles sont trop
occupées à faire face aux cas croissants de tuberculose ou de gale.

Y-a-t-il ici quelqu’un prêt à accepter qu’au 21eme siècle, une telle
épidémie se développe dans une ville de notre pays ?

C’est pourtant le quotidien scandaleux de la « Jungle ».

Le 22 septembre dernier, la police, sur ordre du ministre de
l’immigration, a fait évacuer le campement. Des membres du réseau No
Border , qui luttent pour la défense des droits des immigrés, étaient
présents lors de cette rafle et témoignent :

« Les policiers arrachaient les migrants au groupe, traînant certains
d’entre eux sur le sol, qui nous regardaient implorant et apeurés.Dans
cette rafle, les migrants ont été considérés et traités comme du gibier,
déshumanisés et humiliés pour longtemps.»

Ce jour là, 276 personnes ont été interpellées, puis transférées dans
différents centres d’accueil dans le sud de la France. Une procédure de
demande d’asile d’urgence leur a été proposée, mais celle ci reste
complexe et a peu de chances d’aboutir. Beaucoup sont donc retournés à
Calais, dans l’attente d’un passeur qui accepterait de leur faire
traverser la Manche illégalement. Et toujours dans les mêmes conditions.

Pendant ce temps, les pouvoirs publics semblent se poser beaucoup de
questions, dont la réponse paraît pourtant évidente.

Pourquoi permettre à ces individus d’avoir une hygiène décente ?

Parce que ce sont des êtres humains.

Pourquoi la police arrêterait-elle de traquer ces individus en situation
irrégulière ?

Parce que ce sont des êtres humains.

Pourquoi offrir à ces individus la possibilité de vivre librement et
dignement ?

Parce que ce sont des êtres humains.

Bien sûr, me direz vous, Calais n’est qu’un lieu de passage, une plaque
tournante. Les immigrés ne vivent pas plus de quelque mois dans cette ville.

En 2008, 1819 personnes ont été arrêtées en tentant de rentrer
illégalement au Royaume Uni, mais des milliers d’autres parviennent tout
de même à franchir la frontière

Cependant, un chiffre ne nous est pas communiqué. Celui du nombre
d’hommes, de femmes, d’enfants tués alors qu’ils tentaient de passer
Outre-manche. Asphyxie, noyade, hypothermie semblent être le prix à
payer pour obtenir le droit d’asile. Ce droit qui, en 1948, lorsque la
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme a été signée, semblait
naturellement acquis par tout être humain.

Mais les chiffres dérangent, et les politiques au niveau local, national
et européen préfèrent fermer les yeux. S’imaginent-ils que ne pas
évoquer ce problème le fera disparaître ?

Lorsque Philippe Lioret a sorti son film Welcome au printemps 2009, la
population française a découvert avec effroi les conditions de vie d’un
jeune immigré kurde dans la « Jungle » de Calais. Des cris de
protestation se sont élevés. Les médias ont largement relayé le message
transmis par le film. Nous avons pu croire un moment que tout allait
changer. Que plus personne ne cautionnerait de telles horreurs après les
avoir vues sur grand écran. Pourtant, quelques semaines plus tard, la
diffusion de Welcome s’est interrompue et avec elle, le mouvement de
révolte qui venait d’éclore.

La France est une démocratie. Le pouvoir appartient au peuple et à lui
seul. Mais pour défendre une cause, encore faut-il être informé. Aucun
citoyen français ne pourra s’engager tant que les migrants de Calais
seront considérés comme inexistants . Aucune mesure ne pourra être prise
tant que les médias ne décriront pas avec précision et objectivité les
horreurs quotidiennes de la « Jungle ».

Il ne faut cependant pas oublier de mentionner les nombreuses
associations humanitaires. Celles qui chaque jour se battent pour offrir
un repas chaud à toutes ces personnes en attente d’avenir. Tous ces
bénévoles qui recherchent les enfants, restés cachés par crainte de la
police, pour leur apporter de l’aide. Avez vous déjà entendu parler
d’eux ? Probablement pas. Ces acteurs, indispensables à la survie des
immigrés de Calais, restent cachés. Tapis dans l’ombre eux aussi. Car
leur humanité, leur désir de solidarité fait d’eux des hors-la-loi.
Paradoxal me direz vous ? Et pourtant…

Je vais peut être vous apprendre que l’article L622-1 du code des
Étrangers indique que : « toute personne qui aura, par aide directe ou
indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le
séjour irrégulier d’un étranger en France sera puni de 5 ans de prison
et de 30000 euros d’amende. »

Ce texte est une aberration ! Il l’est d’autant plus lorsque l’on sait
que la fraternité est l’un des piliers fondateurs de la République
Française. Cette belle fraternité dont on nous parle tant depuis notre
plus jeune âge !

Nous savons tous que la question de l’immigration en Europe et en France
est un sujet délicat. Je ne suis sûrement pas bien placée pour parler
d’un point de vue politique, mais je le suis suffisamment pour me rendre
compte de la dimension morale et éthique de ce problème.

Depuis quelques années, l’Union Européenne entame une politique de
fermeture des frontières, alors que les demandes d’asile ne cessent
d’augmenter, conséquences des climats politiques de plus en plus tendus
au Moyen Orient.

Cette politique n’empêche pourtant pas les migrants de quitter leur pays
pour rejoindre l’Europe. Elle les oblige juste à rester cachés. A mettre
leur vie en danger.

Toutefois, des solutions existent, à échelle locale, pour que les
migrants de Calais ne soient plus traités comme des animaux. Ce dont ils
ont besoin avant tout, c’est de soutien. Beaucoup ne parlent pas le
français, et ne connaissent pas leurs droits concernant les demandes
d’asile. L’Angleterre est pour eux un idéal, mais ils ne savent pas que
ce pays accepte moins facilement les réfugiés que la France. Lorsqu’ils
parviennent à traverser la Manche, beaucoup sont donc renvoyés sans
délai ni formalités dans leur pays d’origine. Ils doivent être informés
des possibilités qui leur sont offertes, et des dangers qu’ils courent
en tentant la traversée. De plus, dans une lettre ouverte adressée à
Monsieur le ministre de l’immigration, l’association Médecins du Monde
insiste sur certaines propositions destinées à améliorer l’accès aux
soins des populations migrantes. Parmi celles ci figurent l’accueil et
l’accompagnement des jeunes migrants dans des centres spécialisés. La
France est signataire de la Déclaration des droits de l’enfant, et la
situation des mineurs à Calais est extrêmement préoccupante. Les
Permanences d’Accès aux Soins de Santé, « permettant la prise en charge
des publics en situation de précarité » doivent aussi être développées
dans la région de Calais. Celles ci devraient d’ailleurs être complétées
par des Lits Halte Soins Santé qui « permettent de poursuivre les soins
des personnes sans abri et sont destinés à l’accueil temporaire des
personnes, quelle que soit leur situation administrative. » Ces
solutions sont la base d’un respect envers les migrants de la « Jungle
», et la reconnaissance de leur droit à la dignité.

Il est temps de mettre les différences instances publiques face à leurs
responsabilités et leur hypocrisie.

Je profite de la tribune qui m’est offerte aujourd’hui pour lancer un
appel à la mairie de Calais. Un nombre correct de douches doivent être
installées et mises à la disposition des migrants de la Jungle. L’idéal
serait d’ailleurs de fournir les moyens nécessaires afin que cette
appellation n’ait plus lieu d’être. Leur statut d’immigrés illégaux ne
doit pas être une raison pour les priver des conditions de vie
convenables qui siéent à tout être humain.

Je lance un appel au gouvernement français, pour que l’article L622-1 du
code des étrangers soit purement et simplement abrogé. Le délit de
solidarité n’a plus lieu d’être dans le pays fondateur de la déclaration
universelle des droits de l’Homme dont l’article 3 précise que « tout
individu a droit à la vie, à la liberté, et à la sûreté de sa personne.
» Si cette sûreté doit être assurée grâce à une aide extérieure, aucune
loi ne peut la punir.

Enfin, je lance un appel aux grandes instances européennes. Des lois
concernant le droit d’asile et l’immigration existent, mais ne sont pas
appliquées de façon homogène dans tous les pays membres de l’Union. Le
monde est en changement permanent, et il est nécessaire de s’adapter à
l’arrivée de réfugiés qui fuient des climats politiques devenus trop
extrêmes dans leur pays. Si des personnes restent réticentes, qu’elles
se disent que nous ne sommes pas en bonne position pour juger celles qui
migrent afin d’échapper à des problèmes que nous ne connaissons pas dans
nos régimes Occidentaux.

Des changements sont réalisables et il semble important que la situation
désastreuse des habitants de la « Jungle » de Calais devienne une
préoccupation politique le plus rapidement possible, afin que plus aucun
Calaisien, Français ou Européen n’ait à rougir de ce qui se passe à ses
frontières.

Merci pour eux. http://dailynord.fr/2010/02/plaidoirie-jungle-calais/

Bravo Enora Naour  ! Votre plaidoyer est splendide d’efficacité politique.Vous commencez bien votre vie de femme ! MJC



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Le savoir-déporté

Camps, Histoire, Psychanalyse.

Anne-Lise Stern

Précédé de Une vie à l’œuvre

Par Nadine Fresco et Martine Leibovici

La librairie du XXIè siècle

Seuil 2004

Aujourd’hui : dernier chapitre du livre :

« Le temps des cerises »

Où il est question de remarques fort pertinentes d’Anne-Lise  concernant des cerises qui auraient même poussé pendant le temps de la Shoah, d’une boîte ouverte de sardines qui vient se loger dans ses sobres retrouvailles avec ses parents, où il est question de la sorcière de Hans et Gretel et d’une tomate pourrie qui roule dans un caniveau, mais c’est plus fort qu’elle Anne-Lise, la pimpante Anne-Lise lui court après. L’histoire ne dit pas si elle l’a rattrape et la mange.

Bref, tout est bien qui finit bien.

Nous pouvons lire ce beau livre, si difficile, si courageux, si émouvant. La nature est belle et surtout, c’est le plus important, notre conscience est en paix. Continuons comme ça et laissons faire la politique des quotas d’expulsions. (bien sûr, je le mentionne, c’est du second degré. Au premier degré, je suis très inquiète par le traitement que subissent les étrangers en France. En 2010 et j’invite mes lecteurs à lire avec sérieux mes articles « Cimade »,  en attendant le temps des cerises

Infiniment merci,  Nadine Fresco et Martine Leibovici d’avoir rassemblé avec talent et affection, du lieu de votre histoire et de votre intelligence ces textes d’Anne-Lise

Infiniment merci, Anne-Lise Stern d’avoir survécu  pour transmettre, votre vie durant, par la psychanalyse  le génocide de la Shoah

Merci, Anne-Lise de m’avoir dit ce que ma mère n’a pu me dire pour fautes de sanglots et merci de me faire aimer une fois encore ce splendide métier, trop méconnu qu’est la psychanalyse.

. MJC

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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 23:03

Le savoir-déporté

Camps, Histoire, Psychanalyse.

Anne-Lise Stern

Précédé de Une vie à l’œuvre

Par Nadine Fresco et Martine Leibovici

La librairie du XXIè siècle

Seuil 2004

Aujourd’hui : « Lecture-Montage. »

Dans ce block (orthographe volontaire) Anne-Lise Stern se fait conteuse.

Elle nous conte l’échec de sa première passe en 1971 : ça n’avait pas marché. C’était à l’époque du « Labo de la Bastille » : laboratoire de psychanalyse, ouvert avec Pierre Alien et Renaude Gosset. De quoi avait-elle parlé à ses passeuses ?

de ses parents juifs d’obédience marxo-freudienne ; du rouge, cher à leur cœur. Cela expliquait dit-elle, sa participation au Labo de la Bastille », lieu politique issu du groupe Lander, là où s’étaient élaborées les propositions de Lacan sur la Passe.

Du camp et de ses textes non publiés, accueillis par Jacques Lacan.

Du texte de son père sur ses jeux d’enfant, à elle Anne-Lise, avec son nounours. Référence au séminaire de Lacan 1956-1957, quand Lacan parle de Winnicott

Encore une pierre angulaire avant d’aborder le corps du chapitre, le cœur du block. : le livre de  Toni Engerer : Otto, autobiographie d’un ours en peluche, traduit de l’anglais par Florence Seyros. Paris, l’Ecole des loisirs 2001

Il était une fois un livre de Tomi Ungerer. Il était une fois l’ours Otto. Il était une fois deux enfants : un enfant allemand, un enfant juif. Il était une fois leur amitié. Il était une fois leur objet transitionnel à tous deux : leur ours Otto. Il était une fois la longue déchirure de leur vie ; Il était une fois leurs retrouvailles grâce à Otto. Il était une fois un livre poignant quand Otto joue le rôle de passeur entre les générations.

Ainsi, Anne-Lise Stern introduit-elle « son séminaire » qu’elle a nommé « Recherche-témoignage »  commencé en 1978 et qui plus de 20 durant, s’est parlé devant un public pluridisciplinaire à la Maison des sciences de l’homme. .

Le thème de  « Recherche-témoignage » est le nouage entre « camp, histoire, psychanalyse ».

Ce chapitre est poignant d’intelligence et ma profondément émue, bien que n’ayant pas compris la fin « Le plagiat et la passe ». Trop difficile pour moi, mais quand je lis, j’accepte toujours de laisser choir du sens, j’accepte de ne pas tout comprendre, j’accepte d’être éclaboussée de l’écume mais non de me rouler dans la vague profonde.

C’est donc de l’écume que je vais vous parler, une fois de plus.

J’ai aimé, cette façon qu’elle a de dire qu’on la nommait « Lecan » parce ce que toujours elle a choisi le camp de Lacan mais que toujours aussi elle parlait des camps. J’ai été touchée aussi, lorsqu’elle parle d’un ancien déporté qu’elle connaissait qui disait « j’ai eu le camp » comme on a eu la varicelle… Comme elle, j’aime les mots qui disent tant quand on sait les entendre. Elle, Anne-Lise Stern,  sait entendre, non le jeu des mots, comme certains lacaniens parfois trop légers, mais leur humanité, ainsi donne-t-elle au mot de Psychanalyste ses « lettres » de noblesse.

A la Maison des sciences de l’homme ( extraits 1999-2001)

Anne-Lise Stern, devant son public parle de livres, de textes, d’images « comme autant de vignettes » , explorant son désir de psychanalyste et de déporté. J’en reste très admirative, admirative de son intelligence, de sa force d’analyse, des émotions qu’elle sait transmettre, de son humanité enfin et surtout.

Soins et réparations  :

Comme ça, pour guider mais à vous de faire le travail de lire. Je l’ai déjà écrit, psychanalyse et déportation c’est une histoire de transmission dans la solitude de celui qui transme, de celui qui reçoit…

Anne-Lise en citant un passage du livre : « Mon père couleur de nuit »  (2001) nous donne le désir de lire son auteur / Carl Friedman, fille d’un survivant. Elle est aussi l’auteure de « Histoire perdue » (2003). Les deux livres sont parus chez Denoël

Elle parle ensuite d’un volume de La psychiatrie de l’enfant, où il y a un article en l’honneur de Serge Leibovici qui a créé cette revue où il est question de psychanalyse et de psychiatrie. Elle parle de l’institut Loczi et d’un autre orphelinat post-Ceausescu où  il y a eu l’intervention d’un groupe de psys en Roumanie, avec statistiques, tests pour mesurer le contact humain des enfants ; Ils se sont fait virer et Anne-Lise en est fort contente ; Elle nous le dit, elle aurait préféré qu’on prenne ses enfants dans les bras et qu’on attende de voir alors ce qui se passe. J’aime l’humanité d’Anne-Lise Stern.

Ensuite, elle raconte comment en octobre 1944, partant d’Auschwitz pour Bergen-Belsen, sachant l’allemand, elle avait choisi par ses camarades  comme responsable du block en arrivant à Belsen. Elle, a alors institué des « soirées culturelles ». (Je me souviens des soirées de poésies de J.Semprun.) Elle a parlé d’Œdipe et une déportée qui s’en est sortie a rêvé ; Anne-Lise à l’écoute de son rêve, lui a dit « toi, tu vas t’en sortir ». Oui, j’aime l’humanité d’Anne-Lise Stern.

Elle parle de Budapest, de Myriam David et de « l’importance des soins ».

Elle parle de Drancy qu’on voudrait vider de ses habitants pour en faire un grand lieu de mémoire.

Elle parle du film d’Arnaud des Pallières : « Drancy-Avenir » et des larmes qu’elle a versées en voyant des enfants jouer sur leur ancien terre-plein de déportés. Elle parle de sa carence maternelle de là-bas, celle de Parent de Rosan. Elle parle des caves et de toutes les inscriptions et elle dit qu’il faudrait faire attention à tout ça et réfléchir avant de faire disparaître pour faire un lieu de mémoire qui paradoxalement en effacerait les traces. Paradoxe de ce qui s’institue sur ce qui a été mort et destruction.

Elle parle de son arrivée à Thérensienstadt et là c’est vraiment émouvant : elle met en regard deux textes : un premier, traduit de l’allemand, écrit par une infirmière qui accueillait et soignait, un second, par elle, Anne-Lise , recevant les soins. Le contraste et saisissant comme un film en noir et blanc, comme entre nuit et lumière. Cette mise en regard m’a beaucoup émue.

Enfin, vient l’étude érudite du plagiat. J’aime relire mes livres, un jour je relirai, j’approfondirai et je comprendrai. Alors peut-être je vous raconterai. Alors patience ou… lisez  et prenez le temps de me faire un commentaire explicatif !

J’ai été très touchée par cette partie du livre et par le fort pouvoir de narration d’Anne-Lise Stern. J’ai la senti la nécessité du récit, cette nécessité si souvent interrompue par ceux « qui ne veulent pas entendre » (ainsi le racontent douloureusement Primo Lévi, et de nombreux autres.)

Demain, je vous lirai les dernières pages, « Le temps des cerises » et nous quitterons ce livre d’Anne-Stern difficile mais si nécessaire : « Le savoir-déporté ». MJC

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