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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 14:56

Le dîner de Babeth 

Karen Blixen

Gallimard (1958)

 

« Combien vous enchanterez les anges ! »


Pourquoi Babette enchantera-t-elle les anges du paradis ? Parce que Babette est une grande artiste prête « à donner de son don » aux autres, à tous les autres. Ce don qu’est l’art culinaire. Cette nouvelle est l’histoire d’un billet de loterie de dix milles francs transformé en un repas. Babeth donne à Martine et Philippa tout ce qu’elle possède : son art de la cuisine dans la douce et absolue générosité de son amour pour elles, de son amour et de sa gratitude. Tout : ses souvenirs, son talent si immense, le Café d’Angleterre autrefois... Un autrefois si plein de nostalgie que nous livre Karen Blixen dans une courte nouvelle qui dit le talent, le don de soi d’une femme et de toute artiste. Cette nouvelle est un court hymne tendre et poétique à la création « Les seules choses que nous pourrons emporter en quittant la vie terrestre seront celles que nous auront données aux autres ». Babeth leur a donné un repas qui les combla de félicité, qui les fit sourire, se souvenir de leur jeunesse, qui les fit réfléchir sur les choix de leurs vie, sur ces coeurs qui autrefois battaient de passion. Douze ans déjà que Philippa et Martine, ces deux vieilles demoiselles protestantes ont recueilli Babeth la papiste en pleine détresse de son passé de communarde sur cette côte si sauvage de la lointaine Norvège. Une sorte de bout du monde désert et plein d’écume.


Dans cette nouvelle tous les personnages respirent de bonté, d’humanité, de tendresse. De mélancolie enfin. Des embruns du passé nous atteignent, des palpitations timides du présent nous effleurent comme de douces caresses pleine de sensualité. Le repas de Babeth retient notre souffle et celui des douze invités de Martha et de Philippa. Les invités sont effrayés par ces mets inconnus, par leur finesse, par tous ces goûts subtils et inconnus de leurs palais. De la joie pure qu’on ose pas nommer. Martine et Philippa, ces timides anges de bonté n’imaginaient pas jusqu’à ce jour que les vins portaient des noms. » Du clos-vougeot »1848, de l’Amontillado », et cette étrange limonade « La veuve Cliquot » 1860. Les invités demeurent tremblants devant « les cailles en sarcophages ». Tant de douceurs ! Tant de finesses dans un seul repas ! Et cet étrange velouté de tortue ! Et ces incroyables Blinis Demidoff ! Les mains jointes disent la ferveur, les mots timides disent les émotions à peine perceptibles.

 

« Puisse ce repas maintenir la forme de mon corps,

Puisse mon corps soutenir les forces de mon âme,

Puisse mon âme en actes et en paroles

Louer le Seigneur pour tous ses bienfaits ! »

 

Tous les invités sont touchés par la grâce. La grâce et la bonté de Babeth. Les langues se délient, les oreilles s’ouvrent, les souvenirs abondent. Autrefois leur jeunesse, leurs amours, maintenant la douce lumière de ce repas. Dans cette grâce de Dieu. Babette, cette servante presque muette,  règne dans cette nuit nordique et froide  presque bleutée. Autrefois Paris, le Café  D’Angleterre,Babeth l’exilée, la réfugiée politique. Une solitude de femme généreuse. Ils sont morts, son mari, son fils et tous les autres qui venaient au Café D’Angleterre. Paris, ses souvenirs. Paris les deuils. Babeth crée avec sa peine,  avec son amour, avec sa sérénité. Paris, elle n’y retournera plus. Dix milles francs. Avec son repas elle a donné tout ce qu’elle possédait son passé, son avenir. Elle n’est plus qu’un présent d’amour et de création. La création est ou n’est pas, elle est entière, absolue, sans retenue. Elle emporte tout , donne tout.Karen Blixen est un ange de création.A lire dans la douceur de la vie quand elle se fait nostalgie, quand elle dit qu’il fait bon de créer, d’aimer de donner jusqu’aux limites de la douceur et de soi-même.   

 

Bonne lecture !

Marie-José Annenkov

Empan le 3 décembre 03

 

 

 

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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 19:59

 

 

Condition de l’homme moderne

Hannah Arendt

Préface de Ricoeur

 Calmann-Lévy

  1961, 1983

Collection (pocket)

 

 

Une préface de Ricoeur débute l’ouvrage»dans laquelle il nous livre une clef pour lire La condition de l’homme moderne :

 

« Le rapport entre La condition de l’homme moderne » et « les origines du totalitarisme » résulte de l’inversion de la question posée par le totalitarisme ; si l’hypothèse : tout est possible conduit à la destruction totale, quelles barrières et quelles ressources la condition humaine elle-même oppose-t-elle à cette hypothèse terroriste ? C’est ainsi qu’il faut lire la Condition moderne comme le livre de la résistance et de la reconstruction. »

Idée force d’Hannah Arendt dans le prologue du livre :

« Ce que je propose est donc très simple : rien de plus que de penser ce que nous faisons.»

Puis nous rentrons dans le vif du sujet :

La vita activa est la condition humaine.

« Je propose le terme de vita activa pour désigner trois activités humaines fondamentales : le travail, l’oeuvre et l’action. »

 

LE TRAVAIL 

 

L’homme qui travail c’est l’homme laborans. Travail, notion de labeur, de sueur. Travail avec le corps. Notion de renouvellement biologique, de processus de vie à toujours entretenir, recommencer. Le travail est engagé dans un mouvement de nécessité sans durabilité. Notion de futilité.

P.141 « les objets tangibles les moins durables sont ceux dont a besoin le processus vital. Notion de consommation « épuiser les objets. » Notion d’entretien du corps qui se consume. Corps qui se consume, qui consomme et qui s’épuise. Ça ne prend jamais fin. Ça s’arrête avec la mort.Ce serait ma façon de résumer ce que H.Arendt dit sur le travail.

 

L’oeuvre 

 

L’oeuvre c’est le produit de l’homme faber. L’homme faber c’est l’homme qui fabrique  de l’utile par opposition à l’homme labour qui fabrique du nécessaire. La notion de fabrication implique la notion de durabilité par opposition à la notion de futilité du travail. C’est l’édification de l’artifice du monde humain, de notre décor par opposition au processus biologique du travail. Par homme faber, Hannah Arendt entend :

- l’artisan : la fabrication a un début et une fin. Le public des artisans n’est pas la politique mais le marché sur lequel il expose ses marchandises fabriquées. Les artisans sont en relation avec les autres par les produits fabriqués.

- l’artiste : objets de pensées mais objets

- Le poète : la poésie comme condensé de langage, la mémoire se change en muse : objet le plus durable selon H.A

- l’historiographe : constitue la mémoire du pays, la patrie

L’activité de pensée ressemble à celle du travail parce qu’elle est incessante, nous rappelle-t-elle.

 

L’action 

 

« Tous les chagrins sont supportables si on en fait un conte ou si on les raconte » Isak Dinesen.

Dans cette partie de l’ouvrage, la question est celle de la révélation de l’agent, du « qui » par l’action et la parole. La question est celle de la pluralité humaine. Les hommes ne sont pas l’homme parce qu’ils vivent avec des hommes.

« La pluralité humaine, condition fondamentale de l’action et de la parole, a le double caractère  de l’égalité et de la distinction. Si les hommes n’étaient pas égaux, ils ne pourraient se comprendre les uns, les autres, ni comprendre ceux qui les ont précédés ni préparer l’avenir et prévoir les besoins de ceux qui viendront après eux. Si les hommes n’étaient pas distincts, chaque être humain se distinguant de tout autre être présent, passé ou futur, ils n’auraient besoin ni de la parole ni de l’action pour se faire comprendre. Il suffirait de signes et de bruits pour communiquer des désirs et des besoins immédiats et identiques. »

(...)« C’est par le verbe et l’acte que nous nous insérons dans le monde humain.". Cela nous amène à la problématique de l’exclusion : c’est quand ça dysfonctionne du côté acte ou verbe qu’il y a exclusion et à l’éthique de nos métiers de psy ou travailleurs sociaux : donner à chacun, la possibilité d’agir et de parler dans la société...

C’est à ce point de sa pensée que H.A introduit son concept de « Qui » qui se révèle par l’acte et la parole. Il lui donne sa signification dans « l’inter-est » (c’est beau !!!) et dans « l’entre-deux » (sujets). Importance du réseau humain dans lequel s’inscrit et se révèle « le qui. » l’action et la parole sont toujours entouré par le réseau humain.

C’est ce qui fait de la vie associative qu’elle est garant de la démocratie, de la citoyenneté quand « les qui » se révèlent  par actes et paroles dans le réseau associatif.

De par ce réseau, l’action et la parole n’atteigne jamais la fin de l’histoire... ni le début. Les histoires, l’Histoire n’ont jamais de commencement. Quelqu’un a commencé l’Histoire mais personne ne sait qui.

Du fait du réseau « le qui » ne sait pas qui il révèle d’où imprévisibilité des résultats ».

« L’histoire « sans commencement ni fin » parce qu’elle n’est pas fabriquée.

C’est ce qui fait que chaque être humain invente l’inattendu,  l’imprévisible que de vivre et de se connaître. Toute la vie et le malentendu que d’exister et d’aimer. Et ce n’est donc qu’à la mort que nous pouvons connaître l’essence d’un être humain...

La pensée d’Hannah Arendt est à la fois difficile et lumineuse. Elle éclaire le quotidien de nos pratiques sociales et nous livre une éthique à notre travail au jour le jour dans le mouvement des êtres rencontrés et des « qui » révélés par nos actes et nos paroles, par nos oeuvres et notre travail qui devient histoires de notre Histoire. A lire passionnément crayon en main dans l’attente du miracle d’une nouvelle naissance de demain, celle du recommencement nous dit Hannah Arendt. MJA

 

 

 

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 21:37

Idées reçues

La Lecture

Jacques Fijalkow

Eliane Fijalkow

Le Cavalier bleu  2003


J’ai aimé ce livre mais ce n’est qu’en lisant sa conclusion que j’ai compris pourquoi. Les auteurs écrivent alors  :

 

« « Déshabiller » les idées reçue liées à la lecture demandait de distinguer soigneusement trois objets :

la réalité de la lecture, le discours des chercheurs autour de ce thème et celui des médias, véhicule privilégié des idées reçues. »

 

Ce que j’ai aimé c’est la démarche intellectuelle du livre, qui à chaque fois, aborde l’idée reçue sur son socle idéologique et politique. Parler lecture c’est parler politique.

 

Eliane et Jacques pour chaque idée démonte avec une brève lenteur le mécanisme de l’idée reçu et se faisant ils posent leurs idées de chercheurs.

 

Les auteurs posent la question du capital symbolique de tous et de la crainte ancestrale des clercs détenteurs de ce capital de voir chacun se situer dans un choix possible pour organiser ses loisirs dans un savoir-vivre et savoir être qui lui appartient comme sujet au monde de la vie associative au bricolage en passant (pourquoi pas) par l’art de lire.

 

Les auteurs posent la question de la mutation de l’écrit qui ne fait pas pour autant disparition de l’écrit.

 

Les auteurs posent la question des rapports nuancés existant entre ordinateur et livre. Peut-être ne s’agit-il pas d’une rivalité mais là encore d’une autre organisation du savoir.

 

Les auteurs posent la question de l’illettrisme non pas dans sa fonction d’exclure mais dans la dimension un fois encore de la personne qu’ils nomment alors non pas illettrée mais en situation d’illettrisme. Il n’y a pas là un phénomène radical, irréductible, « d’essence » mais des êtres en situation de souffrance, de manque, de différence à reconnaître, à entendre. Ils analysent avec efficacité les ressorts politiques du processus qui engendrent ces situations. Ils reconnaissent combien la tâche est ardue de comprendre ces processus « d’illettrisme » ou « d’échec scolaire ». Cela varie d’un pays à l’autre, d’un temps à l’autre. L’exigibilité sociale n’est plus la même et change à chaque fois la donne des recherches. Il est difficile de s’accorder sur l’objet de la recherche « illettrisme » comme autrefois avant Binet, il était difficile de s’accorder sur l’objet de la recherche « Intelligence. « L’objet d’une recherche c’est ce qu’elle cherche dirait la Palisse. Oui, mais alors quelle mouvance mais peut être aussi et heureusement quelle vie, quel dynamisme possible, quelle ouverture possible.

 

Les auteurs posent la question de l’apprentissage de la lecture, avec le code, avec le sens, avec les phonèmes. Ils distinguent le savoir lire du savoir relire, du savoir dire, le livre ouvert, le livre fermé, le livre à l’envers, le livre dans tous les sens, le livre dans le mouvement de l’expérience de la classe, le livre dans la classe, quand le livre fait jaillir la lecture et taire la pseudo lecture, le livre avec les parents. J’ai aimé cette phrase que je recopie pour mon ami Dominique Piveteaud :

 

« Apprendre à lire est suffisamment important pour que cette étape du cursus scolaire implique non seulement l’apprenti lecteur mais aussi ses parents. »

 

Les auteurs posent aussi l’âge de la lecture  et lors d’un chapitre cite en exergue Jean-Louis Baudry cet auteur que j’aime tant. Je vérifie une fois de plus l’adage « Les amis de mes amis sont mes amis ».

 

Et puis c’est le douloureux chapitre de la dyslexie : les opinions, les contre verses, la sciences, les savants,les gauchers et les autres. La coercition encore sur les différents. Tout le monde est droitier  alors pourquoi être gaucher ? Moi, ça m’épuise ces gens qui ne peuvent reconnaître la différence autrement qu’en la combattant.

 

J’en arrive alors à ce que j’aime le plus dans ce livre : sa non-violence. Être non violent c’est l’être dans sa vie, dans ses recherches. Eliane et Jacques sont des non violents. Pour chaque idée reçue, ils posent leurs arguments. Ils ne s’opposent pas aux autres. Ils ne se confrontent pas. Ils articulent leurs idées comme les pièces d’un puzzle symbolique à reconstituer dans l’intelligence de l’humanité, dans la complexité et la pluralité de tous pour que nos enfants, s’y logent. Une transmission douce que me chantait ma maman.

 

Enfin, au détour d’une page, la douceur d’une rencontre inattendue avec Nina Catach,  auteur entre autres ouvrages de L’orthographe française, la cousine germaine et meilleure amie de jeunesse de ma mère. Je la revoie, elle, Nina, belle souriante dans un éclatant chemisier jaune quelques semaines avant sa mort. Quand le savoir se fait souvenir dans la saveur d’une Madeleine de Proust et de sa jolie phrase :

 

« La pédagogie est une imitation : quand tout est clair dans la tête des maîtres, le reste importe peu. Les manuels eux-même ne serviront à rien, si la raison d’être des matières échappe à celui qui les enseigne. Au contraire, c’est sans y penser, comme par osmose, que les connaissances les plus ardues imprègnent l’enfant quand le maître en est imprégné. »

 

Et si nous tous donc, les inventeurs de lectures nous formions une famille unie où tous différents, nous chercherions, patiemment, penchés sur le même puzzle des alphabets ? J’imagine déjà « L’arbre aux chercheurs » où chacun sur sa branche inventerait dans une sève commune. Les branches se rejoindraient, se noueraient, se délieraient , s’élanceraient dans le ciel de nos livres ! Et ensemble, chercheurs d’or, chercheurs de sciences, chercheurs de terrains, chercheurs de nos humanités,  nous inventerions la paix !

 

Mais pour revenir sagement au patient travail d’Eliane et Jacques Fijalkow, il faut nommer un glossaire rigoureux et une bibliographie qui donnent envie de lire et de s’associer à ce travail contre les idées reçues qui tuent la lecture et la lutte pour la lecture.

 

Avec Eliane et Jacques Fijalkow, bon travail  et ... montons aux arbres du savoir et de la paix ! MJA

 

 

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 20:08

Le Procès d’AZF

 

J’ai entendu à FR3 que le procès AZF commençait à Toulouse aujourd’hui. Toute ma pensée va vers ceux qui ont tant souffert de cette explosion, qui en sont morts.

 

Que justice soit faîte !

 

J’invite les Inventeurs à lire le dossier d’Empan a consacré  à ce drame.

« Travailleurs sociaux face à la crise » Le cas AZF. De mémoire, je dirai qu’au cours de nombreux numéros mes amis ont abordé « le cas AZF » et ont participé à de nombreuses actions de solidarité.

 

Surtout n’oublions pas et NOMMONS  les coupables ! MJA

 

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 19:25

 


 

                         J’ai aimé la couverture constituée d’une photo signifiante de la pluralité   des alphabets, qui inscrit la relativité de l’illettrisme, une photo de Valérie Rudelle.

J’ai ouvert la revue « au hasard » ; j’ai cueilli en plein vol, une citation splendide de Victor Hugo que j’aime tant. C’est Bernard Bensidoum, sur qui je reviendrais, qui l’a choisie et recopiée p.43 

 

« Car le mot qu’on le sache, est un être vivant

La main du songeur vibre et tremble en l’écrivant ;

La plume, qui d’une aile allongeait l’envergure,

Frémit sur le papier quand sort cette figure,

Le mot, le terme type qu’on ne sait d’où venu,

Face de l’invisible, aspect de l’inconnu ;

Crée par qui ? forgé par qui ? jailli de l’ombre ;

Montant et descendant dans une tête sombre,

Trouvant toujours le sens comme l’eau le niveau ;

Formules des lueurs flottantes du cerveau.

Oui, vous tous, comprenez que les mots sont des choses...

Les mots heurtent le front comme l’eau le récif ;

Ils fourmillent, ouvrant dans notre esprit pensif

Des griffes ou des mains, et quelques-uns des ailes ;

Comme en un âtre noir erre des étincelles.

Rêveurs tristes, joyeux, amers, sinistres, doux,

Sombre peuple, les mots vont et viennent en nous ;

Les mots sont les passants mystérieux de l’âme. »

 

                        Victor Hugo, Les contemplations,  I, VIIII

 

« Les mots sont les passants mystérieux de l’âme »

« Les mots sont les passants mystérieux de l’âme » de ce beau N°. Je ne l’ai qu’effleuré mais je l’ai aimé.

             J’ai aimé l’éditorial de résistance, de respect de l’humain, où sont cités avec bonheur Edgar Morin et Stéphane Hessel, éditorial où chaque lecteur d’Empan, chaque fidèle lecteur peut s’identifier et continuer d’exister intègre dans sa résistance et puis toujours et toujours se souvenir des traces imprimées dans l’enfant qu’il fût. C’est bien. Illettrisme et enfance, ça a à voir. Ce bel éditorial, à ne pas manquer, est signé Paule Amiel, Alain Jouve, Pierre Teil.

Puis j’ai lu l’introduction au numéro, écrite par Eliane Bouyssière-Catusse, Pierre Roques, Chantal Zaouche-Gaudron qui ont coordonné le dossier de ce numéro 81

Il nous font souvenir, dès la première phrase, le risque existentiel que constitue l’illettrisme parce que pour être citoyen, il faut avoir accès à l’écrit. Oui, l’illettrisme, est un risque de la citoyenneté barrée même si les choses peuvent se nuancer. Je me souviens d’un colloque mouvementé à Bourganeuf. (voir mon blog) ! Ce N° étudie donc, d’article en article, les causes et les conséquences de l’illettrisme mais bien plus que cela encore, les auteurs ont souhaité se pencher  sur les pratiques de formation (partie I du dossier) et sur les différents publics (partie II du dossier). L’espace pénitencier, n’est pas oublié. Chers Inventeurs, je vous laisse découvrir, lire et relire les articles des ténors de la recherche obstinée dans le domaine de l’illettrisme pour dépasser et construire. Moi, même, je le ferai avec sérieux, bousculant une fois encore mon calendrier de lecture du meilleur.

Mais aujourd’hui, je vous confierai simplement le murmure étonnant de trois articles qui disent l’approche de l’illettrisme par une écoute attentive de l’enfance. Oui, l’illettrisme est une histoire d’enfance, parce que « l’âtre noir » dont parle Victor Hugo, est celui de notre préhistoire. Préhistoire de l’humain, préhistoire de son ontogénèse mais aussi préhistoire de sa phylogénèse. J’ai lu ça quelque part, déjà, dans Vygotski, je crois. Avançons d’auteur en auteur  et progressons dans l’âtre noir de notre savoir éclairé des « si belles étincelles que sont nos mots », comme nous le versifie si bien dans ses métaphores, Victor Hugo.

           Et donc, parce que la fin de l’introduction  nous soufflait la poésie, sa nécessité et sa force, je suis allée découvrir les trois articles, électrons libres du dossier écrits par Bernard Bensidoun, Rémy Puyuelo et Bernard Molinié

Bernard Bensidoun a intitulé son article : « Métaphore ! » Comme je l’ai écrit plus haut, il a introduit son article par des vers de Victor Hugo. Heureux choix ! Puis, avec lui, grâce à lui, nous retrouvons le bonheur du film de Mickael Radford : Le facteur avec, si ma mémoire ne me trahit pas Philippe Noiret dans le rôle de Pablo Neruda et Gino Maria Volonté (là, je ne suis pas sûre) dans le rôle du Facteur. Combien, j’avais aimé ce film de soleil et de poésie ! Avec ce film nous sommes au cœur de la lutte contre l’illettrisme, parce que ce film est l’histoire d’un LIEN et d’un PARTAGE entre le poète si cultivé et le facteur si « illettré » mais comme nous le verrons aussi dans l’article de Rémy Puyuelo, le facteur ne « se résume pas » à son illettrisme. Le facteur, comme Pablo Néruda, comme Camus, a une histoire. Une histoire de mère et de père, une histoire d’absence du père, une histoire où la mère « est la sépulture du père ». Trop beau à lire, cette analyse du psychanalyste qu’est Bernard Bensidoun, qui  dans la patience de ses phrases nous amènent à réfléchir sur la carence des figures parentales de Pablo Neruda qui s’entrelacent avec celles du Facteur, avec celles d’Albert Camus dans une  référence insistante au savoir de la psychanalyse, celui de Spitz et de Winnicott, dans une approche anthropologique aussi qui nous livre quand l’humain se fait irreprésentable et représentable,  La psychanalyse, la poésie, l’anthropologie nous content l’histoire de l’écriture et de la lecture dans son parcours de l’humain, de l’absence à la trace, de la voix de la mère, à son visage à lire et à inscrire dans la solitude.  La métaphore là dedans, nous rappelle Pablo Neruda nous dit combien les hommes n’ont rien « à voir avec le simple » et combien la métaphore nous aide à nous constituer être de parole parce que négociant avec l’absence sans la dénier. Vous le savez, je n’aime pas résumer mes lectures, j’aime vous inciter à les lire, alors à plaisir, je vous embrouille. Cherchez ! Cherchez ! L’espoir est dans le refus du simple, l’espoir est dans le refus d’un monde qui ne ne veut rien savoir de l’absence et du manque, l’espoir est celui nous permet de nous y jeter et de nous donner alors le désir et le plaisir de lire et d’écrire, pour la représenter cette absence et non pour la dénier. C’est ça la fonction de la métaphore : représenter l’absence ou la présence et la situant ailleurs. (Marguerie Duras, elle est très forte pour ça). Lire, écrire, lutter contre l’illettrisme c’est donner à chacun le goût de l’ailleurs. Un livre, c’est du pur ailleurs, c’est du pur silence qui jette ses étincelles sur le noir de la page. La page, elle n’est pas blanche, elle est noir comme l’âtre de toi, de moi, de nous.. Oui, j’ai beaucoup aimé l’article, lourd de sens d’absence, lourd de silence signé Bernard Bensidoun ; son article est au cœur de l’illettrisme, le dépassant pour le construire. Brillantissime, de Pablo à Néruda à Mario le facteur, de Camus à Spitz, de Spitz à Winnicott, de Winnicott à la recherche anthropologique. Lecture savante, écriture magique. De l’humain, rien que de l’humain. Super !

         Puis, je suis allée faire la connaissance de la grand-mère de mon ami Rémy Puyuelo ; j’aime quand il parle de lui, de son enfance, de ses ancêtres. Il le fait toujours avec simplicité, avec une émotion tout à la fois présente et pudique et je me trouve toujours des points communs avec lui, source peut-être de notre si longue amitié. Ainsi, un jour, je ne me souviens plus dans quel livre (cherchez dans mon blog !), j’ai découvert qu’il avait un frère de lait comme moi ! Aujourd’hui, je découvre qu’il avait une grand-mère illettrée, comme moi ! mais que nos deux grand-mères, ne se « résumaient » pas à leur illettrisme ! Dans cet article, il sait poser, de toute son intelligence et sa finesse de psychanalyste, la différence entre être et avoir. Avoir une différence n’est certainement pas « être cette différence » et l’air de rien, avec sa confidence, il nous rappelle combien il est important de ne pas rencontrer les personnes qualifiées d’illettrisme comme des « illettrées » mais comme des humains ayant eu une vie qui déborde largement cette différence, avec une histoire. Sa grand-mère faisait « des gâteaux comme des pêches », la mienne était musicienne,  la sienne avait vécu entre France et Espagne, la mienne en Egypte puis à Sobibor, si loin de son Egypte natale. Oui, nos grand-mères Rémy, ne se sont certainement pas « résumées » à leur différence « illettrisme » sinon, nous ne nous serions pas rencontrés dans le mouvement de cette belle revue Empan !

         Enfin, le troisième article dont je veux vous parler dans mon commentaire d’aujourd’hui est celui qui porte le si joli titre de Gouttes de nuit, écrit par Bernard Molinié ; Là encore, il est question « des marges de l’enfance » et de solitude, là encore, il question du meurtre de l’enfance, au sens figuré et au sens propre, là encore, il est question d’absence et de balbutiement des souvenirs. Un article très court mais très puissant qui laisse résonner « La musique douloureuse de ce qui est perdu ».

       J’ai aimé ces trois articles, parce que ma longue pratique avec des personnes « frappées d’illettrisme » m’a appris leur solitude « en marge de leur enfance », m’a appris « leur musique douloureuse de ce qu’ils avaient perdu », m’a appris que trop souvent on les résumait à leur perte et non à leur gain d’humain.

    Voilà, je voulais écrire ça et surtout vous dire de ne pas manquer ce N° d’Empan que je n’ai pas encore lu mais dont le cœur de ces trois articles a fait battre le mien. Quant au reste, je vous laisse à votre métaphore et à votre lecture que je vous souhaite heureuse ! MJA

 

 

 

 

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 14:09

Dans l’espérance et dans l’amitié Pierrette Ayon, maintenant décédée d’une longue maladie, Rémy Puyuelo et moi-même nous avions coordonné un bien joli N° d’Empan intitulé « Trajets de femmes au risque du social » et Clara le lisait avec plaisir car c’était vraiment du bon travail qui se lisait comme une grammaire de femmes.

 

Ce N° d’Empan que Clara lisait avec application racontait les femmes quand elles cheminaient d’une lutte à une autre pour exister, quand elles disaient leur singulier, quand elles écrivaient leur pluriel, quand toutes décrivaient le mouvement de leur trajet pris dans le risque social qui mettait en jeu le sens de leur vie. Et Clara se souvenait alors de Camille Claudel et de ses Causeuses. Elle lisait avec intérêt ces femmes qui racontaient leurs professions, leur désir, leurs engagements, leurs lectures, leurs revendications, leurs acquis toujours remis en question. Du « leurs » qui sans leurre posaient l’altérité de leur identité, toujours en péril. Elle tournait les pages de ce N° d’Empan et lisait combien le social des femmes, avec les hommes était une histoire difficile... Les luttes des femmes, Clara en était convaincue, étaient à concevoir aux côtés de celles des hommes, parfois dans un temps autre, dans la différence mais leurs enjeux de femmes pour acquérir de « l’exister » étaient aussi ceux des hommes. Leurs pertes étaient celles de l’humanité toute entière et leur combat constituait un temps essentiel de l’histoire de l’humain. Clara lisait crayon en main, les auteurs hommes et femmes de ce numéro qui avait pris part à la réflexion de ces trajets dans leur risque du social. Ensemble, ils avaient écrit la mixité


Clara lisait ce N° d’Empan au rythme des Troubadours qui chantaient la complémentarité des garçons et des filles. Clara aimait cette longue chanson qui disait l’humour irréductible de toute complémentarité, elle aimait quand la sororité donnait la main à la fraternité dans les différences de lettres qui les écrivaient. Sororité et fraternité enfants jumeaux du lien social depuis le début des temps. Clara continuait sa lecture. Empan entamait donc résolument cette réflexion sur la complémentarité des hommes et des femmes aux prises avec le lien social : quand les femmes parlaient de leurs trajets, de la bible comme possible lien social, quand elles parlaient de leur culture, de leur histoire, de leurs amours, de leurs possibles. Le verbe parler, était dans cette revue conjuguer à tous les temps. Les verbes parler et causer avec leurs sujets masculin ou féminin, singulier ou pluriel et Clara aimait cette grammaire qui se déployait d’article en article. Clara pensait à ses mauvais esprits sans poésie et presque bêtes qui disaient que les femmes étaient bavardes. Dans ce N°, des femmes, auprès de quelques hommes relevaient le défi et, intelligentes, elles s’exprimaient sans bavarder. Clara les écoutaient, les découvraient et les trouvaient exceptionnelles dans leur simplicité et singularité, dans leur pluriel aussi. Un choeur de femmes qui disaient leurs coeur ouverts à l’humanité. Clara s’interrogeait : « A quand le féminin « d’un être » ? Un beau N° d’Empan en vérité que lisait là Clara... Dans tous ses états, dans tous ses trajets qui traçaient la politique D’Aristophane au XXè siècle, qui disait le travail quand les femmes l’inventait, qui murmurait leur désir, qui transmettait leurs expériences et leurs livres, qui rappelait sans complaisance les violences faîtes aux femmes. Clara, de page en page parcourait ces trajets là qui traçaient l’enjeu grammatical et linguistique de la cause des femmes. Et Clara pensait que ceux et celles qui pensaient que les luttes des femmes n’étaient plus d’actualité se trompaient : on en était toujours là : lutter pour exister. Ici et partout dans le monde. Dans toutes les cultures. Rien n était acquis ni à l’homme ni à la femme. Encore moins à la femme. Être des femmes avec les hommes , être filles avec des garçons, l’évidence est chantante mais le solfège est toujours à réinventer de l’humour au tragique, du rythme à la poésie, du labeur au désir. Voilà ce que lisait Clara dans ce N° 53 d’Empan

 

Avant de refermer ce n°, elle avait noté sur son carnet plusieurs livres cités dans la partie « Notes de lectures » Elle en avait lus certains, d’autres restaient à découvrir. Elle aimait tant avoir en suspens de son temps des projets de lecture, car c’était cela aussi lire : inventer un temps de nouvelles lectures et suspendre dans une mémoire du futur des livres et leurs auteurs. Et pour Clara, je recopiais dans son carnet journal :

 

Les uns avec les autres. Quand l’individualisme crée du lien. F de Singly, Paris, Armand Colin, 2003, 267 P., 23 euros


Les femmes dans le combat politique en France Frédérique Roussel Castelnau-La-Chapelle (24250). Ed. L’Hydre.2002


Mère-filles. Une relation à trois. Caroline Eliacheff, Nathalie Heinich, Paris. LGF? Col. « Le livre de poche », 2003, 6 ,5 euros

 

Le dîner de Babeth. Karen Blixen, Paris, Gallimard, 1958 (folio) La fille du berger Laura Mouzaïa Paris, l’Harmattan 1997, 169 P.&é,ç- euros

 

Femmes d’Alger dans leur appartement Assia Djebar, Albin Michel, 1980,2002, 19,5 euros


Amok ou le fou de Malaisie Oeuvres complètes de Stéfan Zweig, Pochothèque, tome I, P.213-264

 

Clara avait de ces livres là particulièrement aimé Les femmes dans le combat politique en France et Amok.

 

Tiré d'un texte inédit : La femme qui lit  MJA

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 15:18

Christian Thorel 

J’habite dans les livres

Revue trimestrielle Empan 

N°77 L’intime au travail

Erès Mars 2010

P.104-107

 

         J’ai aimé cet article rare par son contenu qui est le récit émouvant d’un libraire de son rapport aux livres et surtout de son rapport à « l’objet-livre ».

Christian Thorel, est libraire à Ombres blanches, grande librairie toulousaine.

Il nous dit, non le quotidien de son poste de travail, mais le quotidien de son âme au travail des livres. C’est cela qui est beau. J’aime quand on parle de son âme, de son être et non de son avoir. Il ne parle pas du travail « qu’il a », il parle du professionnel qu’il « est » dans la compagnie des livres. Il nous parle du livre au risque de son intime. Il nous parle, du lieu de sa singularité d’homme, de l’objet singulier qu’est le livre, le livre dans sa librairie, le livre dans sa bibliothèque personnelle. Il nous parle de l’objet-livre du lieu de l’espace public et du lieu de l’espace privé.

 

         L’objet-livre, dans une grande libraire telle que Ombres blanches, passe  inévitablement par l’écran, par le logiciel qui, dit-il le « dépossède d’une réponse calligraphiée attendue ». Oui, l’écran le dépossède de l’écriture, l’écran est à la fois doux et brutal, doux par son efficacité à répondre à la demande de son client, qu’il apaise mais brutale par sa rapidité à générer du nouveau désir ; J’aime cette distinction entre douceur et brutalité, entre lenteur et rapidité qu’instaure l’objet livre dans son désir singulier de libraire dans une étonnante dialectique moderne de douce réponse au désir et d’engendrement tyrannique d’un nouveau désir, dans le roulement de tambour, dans le grondement coeur qui subit le système de consommation. Livre, cet obscur objet du désir soumis à la consommation qu’alimente l’écran, espace infini de  livres en devenir d’acquérir.

 

Alors, Christian Thorel, pour saisir son obscur objet  de désir campe  l’histoire en quelques lignes efficaces. L’histoire traverse de son sens, le réel ; il sait l’écrire.

Histoire d’une forme qui s’étire et se métamorphose, se répète, identique et différente, un fond, des traces sur un objet de conservation, de conversation, tablettes, rouleaux, parchemins, peaux, feuilles, tissages, compression de fibres. Puis advint l’imprimerie et une large diffusion de l’obscur objet de désir qui vers le temps présent s’étire et nous atteint dans la fulgurance de nos écrans, quand le sablier ne s’en mêle pas ; autant de demeures pour le livre, ivre de ses connaissances à transmettre, dans un vêtement qui change au rythme du temps mais qui toujours, habille le savoir. Voilà , comment Christian nous conte l’histoire, simplement. Son, « il était une fois, le livre » est sobre, efficace, rapide mais s’il nous confie le livre dans le déroulement du temps, avec son support et son vêtement, il nous dit aussi ses craintes, qu’un jour, nous ne tentions plus de l’ouvrir, de le feuilleter. Oui, moi aussi, j’ai peur et c’est pour cela que j’ai créé mon blog et cette curieuse entité d’Inventeurs de lectures, à qui je transmets mon désir de lire, pour qui j’impulse l’acte de feuilleter d’inventer les livres que d’autres ont écrits. Impulser ! lancer ! dévoiler ! raconter ! transmettre du livre, voilà l’idée de mon blog,  lutter contre cette peur commune que je partage avec Christian Thorel, contre cette angoisse qui se niche dans la terrible question : «  si un jour, l’objet-livre n’existait plus, disparaissait de la planète et de nos vies ?  Qu’en serait-il de l’humain dont le livre a surgi dès sa préhistoire ontogénétique et phylogénétique ? A quel âge exactement ? Je vous le dirai dans trois ans, patience ! Mais je vous le dirai... Je cherche... Notamment, dans de beaux articles dont les auteurs aiment les livres, comme celui de Christian Thorel.

Christian , ne t’inquiète pas, nous les militants du livres, militants de tous les pays, nous nous unirons et nous clamerons jusqu’au bout de notre âge, la nécessité du livre, de la naissance à la mort, tous chemins de lectures, tous chemins de cultures confondus. Nous gagnerons, nous triompherons de la technique ou de la barbarie, et nous maintiendrons notre civilisation au cœur de laquelle, nous pouvons tourner nos pages et donner du sens au monde. Nous maintiendrons, sous le ciel des hommes, notre obscur objet de désir, notre objet transitionnel, à  nous, devenus adultes mais encore  pauvres enfants en galère, cette galère d’humanitude, que nous impose l’éternelle séparation d’avec l’autre, notre prochain, avec qui nous aimerions nous fondre mais que les mots rapprochent certes mais aussi séparent. Alors, les livres sont là et seront toujours là, pour médiatiser notre souffrance, d’être deux, d’être mille, oui, les livres seront toujours là, comme celui de Robert Antelme, que Christian, éblouit de bonheur et traversé d’angoisse, a découvert chez un bouquiniste, dans sa la première  édition, la rareté, le seul prix du livre. Oui, le livre sera toujours là pour nous dire que les hommes savent témoigner du non-sens de l’horreur et savent inventer la lumières des sciences, toutes sciences confondues.. Les livres, obscur objet du désir, parcourront, jusqu’à la fin des temps, l’espèce humaine parce qu’ils sont le souffle de l’homme, sa nécessité, le battement du coeur, le rythme de l’âme.  Tel est mon désir si profond, tel est l’enjeu de ma vie et je le devine, l’enjeu de la vie de Christian Thorel, mon compagnon inconnu d’études, mais si proche.

         Puis il en vient à la sphère privée, à sa bibliothèque et je pense à Pérec, et je pense à Calvino, et je pense à Manguel, et je pense à tous ceux qui dans le temps de la confidence nous ont raconté, ce lieu, leur bibliothèque « paradoxale la raison et de la divagation ». Comme il qualifie bien sa bibliothèque Christian Thorel ! Lisez- le ! Il décrit ses piles et ses désordres, ses urgences et ses attentes, ses sentiments si présents qui habitent les rayons de ses livres, sentiments si intacts de lui que je ne peux m’empêcher de penser au fleuve archaïque de sa vie qui prend naissance dans le bébé qu’il a été, tâtonnant et fulgurant dans sa découverte du livre, malhabile dans le désordre de ses gestes et soudain triomphant dans la découverte de son livre, que déjà il veut garder. Mon petit-fils aime à s’endormir, son livre serré contre lui, le protégeant de la nuit... Mais chut... Je cherche l’archaïsme de notre relation à l’objet-livre... Le temps venu, je vous raconterai comment notre obscur-objet de désir prend source dans notre enfance la plus tendre et le pourquoi, et ses comment, nous n’en finissons pas de l’épuiser et de ne pouvoir le ranger sur les rayons de notre bibliothèque, dans un impossible ordre alphabétique ou thématique. Je vous raconterai Charlotte Delbo et Jorge Semprun, parlant du livre, comme les reconstituant vivant, du fond de leur néant de la Shoah.

Christian Thorel, finit son bel article, qui m’a inspiré tant d’associations d’idées, sur un dimanche silencieux, dans sa librairie. Car le livre si plein de mots est aussi lieu de silence, d’intériorité et de recueillement. Je goûte pleinement la fin de son histoire, entre espace publique et espace privé, se glisse en silence, l’âme du lecteur qu’il est,  que nous sommes depuis nos premiers balbutiements, tu sais, quand maman était là...tu sais quand nous l’attendions... tu sais quand nous l’espérions, tu sais le baiser du soir de la maman de Marcel Proust, tu sais le livre...

Oui, le livre est espoir qui lutte contre le noir de la solitude quand le monde se dérobe au sens, quand la maman s’absente, quand l’autre te brise. Oui, le livre, obscur objet de notre désir, Christian Thorel, du lieu de votre librairie, du lieu de votre bibliothèque privée, du lieu de votre âme d’enfant et de grand, vous l’avez sacrément bien raconté ! Merci de votre bel écrit au risque de votre intime de libraire et de lecteur ! MJA

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 14:04


Penser les pratiques sociales

Une utopie utile

Sous la direction de Rémy Puyuelo

Erès. Arséaa. Action solidaire.2001

307 pages

 

J'invite les Inventeurs à lire "Les Empanhisseurs... (1) et (2)"


 

VIE ASSOCIATIVE ET INSTITUTIONS


Louis Marzo. Paule Sanchou : Introduction


Ces deux auteurs présentent la thématique des articles qui suivent :


élaboration du lien social

fonctionnement des structures chargées de l’intervention du lien social

l’association constitue-t-elle un mode privilégié du vivre ensemble ?  Si oui, comment se constitue ce « faire société »


J’aime beaucoup les deux expressions ; « du vivre ensemble » et « faire société ». ça fait travail, amour, lien. C’est bien. Je me sens concernée par cette triple thématique qu’implique l’association.


De 13 à 17 ans, j’ai fréquenté assidûment une Maison pour Tous. C’était l’espace de mon adolescence : ciné-club, j’ai découvert The Servant, M.Maudit, Resnais, La belle vie et L’Algérie, j’ai frémi  à mes premiers bals, j’ai ri à en perdre haleine au cours de fondues savoyardes, j’ai tiré les cartes à mes copines, j’étais très douée ! La vie associative encore : pendant quelques années, l’Association Le Livre ouvert a occupé toutes mes pensées, comme celles pour un enfant qui grandit dans un sens différent de celui souhaité par les parents. Mais parce que cette association disait les vrais liens du livre, malgré un cordon ombilical coupé dans la houle d’un soir, je souhaite à l’enfant une vie heureuse et pleins de livres pour ses soirées. Enfin, de l’association encore, à L’ADIF (Association Départementale d’Insertion et de Formation. J’y suis salariée comme accompagnatrice des publics dits en difficulté et formatrice (animatrice d’ateliers de lecture pour les mêmes publics. )


Louis Marzo et Paule Sanchou recopient une longue citation de J.P Worms (La crise du lien social, le problème du chaînon manquant. Empan N° 32, (décembre 1998). Je ne recopie as, je résume.


Comment relever le défi de notre lien civique et social à instaurer, à inventer dans le fil de nos rencontres associatives ? Il est essentiel de repérer, de nommer les paradoxes de l’homme dans la cité. J’ai beaucoup aimé cette page, je l’ai travaillée. Elle m’aide à lire ce qui parfois me pèse au quotidien : les contradictions de l’éthique de mon travail inscrit dans un milieu associatif, lui-même inscrit dans l’institutionnel, lui-même inscrit dans un espace de citoyenneté ; ça fait poupées russes. Les poupées russes m’ont toujours fascinée. Une taille en cache une autre, une femme abrite d’autres femmes, de la plus visible à la plus cachée, de la plus immédiate à la plus cachée. Le savoir, c’est pareil. Un savoir en abrite un autre, puis un autre, un autre encore. Je pense à l’oignon de Freud. Apprendre, découvrir, lire, c’est éplucher des oignons. Parfois on en pleure mais la vie sera meilleure… Je divague ! Je m’égare, gare aux vagues !!! Je reviens à la l’intelligente syntaxe de Paule et Louis qui souligne que l’intervention sociale est à concevoir dans l’interaction de l’éthique et de la politique et dans des exigences morales incontournables qui découle d’un contrat social initial.


Inventer la citoyenneté dans la solidarité tel est l’enjeu de ces lignes et de cette dernière partie du livre. Bâtir des mots pour redonner à l’association sa pleine valeur dans un espace de démocratie et de lien social. Empan, s’inscrit dans cette construction du bâtiment. Empan écrit et bâtit. Nous lisons et nous bâtissons. Les deux se rencontrent, tour à tour l’un ou l’autre :


« A l’occasion du n° spécial de 1993, Trajectoires du secteur médico-social : cinquantenaire de l’établissement de Toulouse-Saint-Simon-1942-1992 plusieurs auteurs avait tenté de mieux faire comprendre cette spécificité associative dans le champ de l’intervention sociale.


Les associations y sont conduites à devenir responsables d’entreprises sociales, avec tout ce que cela implique de dimensions économique, gestionnaire, juridique, politique. » ( p .228)


         Enfin, je recopie la conclusion de cette introduction car la transmission c’est un jeu de la pensée, (des poupées russes encore…) qui fait aller d’une conclusion à une introduction, elle-même conclusion. Va-et-vient passionnant de la pensée dialectique qui ne pourra jamais dire où et quand elle a commencé, où et quand elle finira.


En lisant cet article si riche de tant de références, de tant d’expériences, je sais maintenant pourquoi, j’ai toujours été attirée par la vie associative : le désir, l’ambition d’améliorer la société, le monde comme il tourne.



Jean-Bernard Paturet. L’intervention sociale :  au nouage de l’éthique et du politique.


Ce texte m’est apparu comme très difficile avec des références qui me sont parfois inconnues et cela a rendu la lecture flottante impossible. Cela m’arrive alors quand je recopie des phrases. Cela fait travailler le langage et le sens. C’est une façon de m’approprier le texte. Les années passent et le hasard d’un rangement me fait retrouver le texte. Parfois, alors quelque chose s’élabore. La lecture ne doit jamais être lieu de violence. Quand on ne comprend pas on passe, on laisse agir le temps, la vie. Et quand ce doit être, c’est. C’est comme en randonnée, quand on rencontre un rocher, on ne se tape pas dedans, on le contourne, au retour, il n’aura peut-être pas la même forme, où la marche nous aura donné confiance et cette fois-ci, on le franchira. J’aime bien la randonnée, cela apprend beaucoup de choses sur la manière de vaincre les obstacles et puis c’est beau ! J’aime bien marcher dans les Cévennes ou « faire » les châteaux cathares, aller de château en château, de gîtes en gîtes . A plusieurs, avec des amis toujours les mêmes, ceux qui, comme mes livres me disent le temps de vivre. Je les ai connus à vingt ans et nous partageons encore le même ciel, les mêmes arbres. En randonnée, j’aime regarder le ciel et la couleur des arbres. C’est beau les arbres ! J’aime parler aussi avec mes amis et rire. On rit beaucoup ! Cela dure une semaine, chaque année. Au retour, je contourne mieux les rochers du quotidien. Je respire mieux ; ça s’appelle les vacances de printemps. J’ai laissé mon livre m’échapper des mains. Je rêve, ça m’arrive de rêver quand je lis, ça me fait du bien. je reprends maintenant.


Jean-Bernard, je recopie des passages de votre chapitre et je vous donne rendez-vous pour une synthèse élaborée dans sept ans. Mes cellules se seront renouvelées…


Je recopie des passages sur mon cahier mais je ne les confie pas à l’ordinateur pour lecture car des citations isolées trahissent souvent le texte. C’est d’ailleurs le risque de ma lecture flottante d’aujourd’hui : trahir les auteurs. L’acrobatie d’une telle lecture flottante c’est dans un même lire, flotter, respecter et ne pas trahir. J’espère être une bonne acrobate et réussir mes sauts dans le plein des textes. Sinon, j’en demande pardon  à leurs auteurs.


Par contre, j’aime bien recopier les introductions et les conclusions. Ce sont les pierres précieuses de la pensée. Je me souviens, à l’école mes premières rédactions, mes premiers plans, mes premières introductions et conclusions. Enfant, adolescente, j’étais bonne en rédaction. En primaire, j’avais 9 sur dix, au lycée, j’avais 15 sur 20. J’aimais beaucoup quand on lisait ma copie à voix haute. J’avais le cœur qui battait de fierté.


Au bac, j’ai eu 17 à un commentaire sur Proust. Cela m’a fait tenir en vie des décennies ! A part ça, j’étais mauvaise élève et j’ai eu mes examens de justesse. En psychologie, j’étais douée et intuitive.  Je dois beaucoup à la littérature et à Marcel Proust.


Vous concluez sur la nécessité de réinventer l’espace de la politique, et vous parlez alors de la création de cafés philosophiques, de créer des lieux d’échanges et de partages sans expertises qui donneront des possibilités à des sujets singuliers de vivre pleinement leur citoyenneté.


Comme je suis d’accord avec vous Jean-Bernard Paturet !


         J’intériorise donc votre conclusion, j’invite les inventeurs à la lire, Jean-Bernard Paturet et je vous dis « à  plus »


Marc de Montalembert : Espace social européen ou Europe sociale ?


Des noms qui écrivent l’histoire d’une géographie à élaborer et à apprendre ensemble. C’est donc écrit Marc de Montalembert


         Une histoire de  notre géographie qui serait à construire ensemble via des traités et des décrets, via des comités et un parlement, via des élus, via nous tous, par étapes. Ce serait une solidarité sociale qui lutterait contre chômage et exclusion. Ce serait un terrain sur lequel nous bâtirions, avec des pierres, avec des mots la maison des citoyens. Je recopie parce que j’espère mais comme cela me paraît difficile à réaliser ! Lire,  écrire,  étudier, communiquer, informer, créer les conditions de la réalisation de cette utopie utile.


         Oui, mais quelque chose me préoccupe. Si les gouvernements européens virent à droite voire même à l’extrême droite, qu’adviendra-t-il ? Aujourd’hui à l’heure zéro de la création européenne, il apparaît une volonté de solidarité sociale mais demain qu’en sera-t-il ? Comme pour répondre à ma question, Marc me lit un passage d’un texte qui l’a passionné : Le rapport du Comité des Sages : Pour une Europe des droits civiques et sociaux. Commission européenne, direction générale emploi, relations industrielles et affaires sociales, 1996. Il explique puis lit. Je l’écoute attentivement car ce propos me passionne, mais c’est difficile pour moi. J’en sais toute l’importance pour ma pratique auprès des exclus. Il y a tant à faire ! Je ne parle plus, j’écoute Marc lire, à vous d’inventer votre réponse avec lui. Le lire, le suivre et continuer nos engagements citoyens

        

Ce qui court dans ce chapitre,  précisément et comme un flot c’est la citoyenneté comme lien social comme contrat social ; ça dit une Europe dont le but serait de réduire l’exclusion sociale. Tout un programme, tout un débat. Un immense champ de réflexion et de travail. Bâtir, une fois encore des mots d’égalité, de protection sociale, de législation de travail. Inventer l’intervention sociale, la solidarité, une fois encore bâtir des mots de justice, de liberté. Aïe ! Aïe ! quel travail !



Joêl Roman : Exclusion et citoyenneté.


L’article commence par le paradoxe suivant :

Constat de la montée des exclusions  et propositions de plus en plus nombreuses d’accès à la citoyenneté et d’issues à ces exclusions qui sont par leurs termes hors de portée des exclus…

        

 Mais de quelles exclusions parle-t-on ?  interroge Joël.


  Entendre ça. Mon travail, au jour le jour. Le défi à relever la citoyenneté. Cela m’aide de lire cela page après page. A la recherche de la citoyenneté perdue. Pas gagné cette recherche. Contraintes institutionnelles…Quelque chose qui vient là du côté de l’inégalité sociale, existentielle, juridique. Du récurrent qui épuise. Trois intégrations à bâtir dit Joël Roman :


Par le travail

Par la vie sociale

Par la politique


         Etre là sur ces trois registres, ces trois contenants.

        

         Redéfinir la citoyenneté. Bâtir le mot avec les chapitres précédents et suivant. Un mot difficile  à écrire. A cause du Y, à cause de l’histoire des hommes. Etudier 1789.  Chercher du côté de la place du travail et de l’économie. Chercher du côté de la différence. Bâtir les mots, avec Alain Touraine et Charles Taylor « démocratie de Reconnaissance ». Chercher, lire, travailler, inventer pour que cède le désastre de l’exclusion. A ce point, je pense au très beau livre de Jean Maisondieu :  La fabrique des exclus Paris, éditions Bayard, 1997. 264 p. « Etre exclu, c’est donc bien ne compter pour rien »  écrit Jean. ( voir ma note de lecture dans EMPAN n° 42, juin 2001). Quand à moi, je vais relire l’Empan n°22 , juin 1996 et notamment l’article écrit par Marie, Manuel, Denise et Roger dont le titre est : « Un endroit où je peux sortir ma rage ». « Agir contre le chômage, » ce n’est pas une finalité, c’est un mouvement » p.45 d’Empan cité). Tout est là, un mouvement de la vie. Bâtir des mots en mouvement, des êtres de mouvement. L’exclusion fige et sépare. Dès que je le peux, je lirai Hannah Arendt, La condition de l’homme moderne cité par l’auteur pour bâtir mieux encore mes mots d’accompagnatrice sociale et mon être au monde. Inventer du lien entre eux et moi, inventer du respect, faire qu’ils existent dans mon regard. Facile à écrire mais tellement difficile à être. Poids de l’environnement institutionnel, poids des habitudes, poids du cadre, poids de l’imaginaire, poids de la fatigue et de la lassitude. Respecter c’est accueillir mais accueillir ce n’est pas simple. Accueillir, c’est travailler, sans relâche, à bâtir un espace ouvert aux mots des autres, à des mots qui incluent ces autres. Si, alors on parlait enfin d’un nouveau concept, si on vivait une nouvelle utopie utile, si enfin on bâtissait tous ensemble le mot  « Inclusion » ? Ce serait le bonheur. 



Michel Chauvière : L’action sociale face aux nouveaux enjeux de la question sociale.


         Dans ce chapitre, Michel Chauvière travaille la question sociale au travers du prisme de l’action sociale. Il interroge travail social et les relations ambiguës du travail social avec l’administratif, il travaille aussi les choix politico-économiques. Il s’agit là d’une approche du travail social par ses bords. Il construit un repérage d’interrogations entre administrations et marchés, il interroge, le pêle-mêle des savoirs sociaux.


         Un article lu, crayon en main ; je le relirai pour mieux l’intérioriser pour, avec son auteur bâtir les mots « politiques », « stratégies et savoirs de l’action sociale ». Des mots pour l’avenir.






         Paule Sanchou : Place et devenir des associations dans le secteur médico-social. Enoncé des problématiques.


         Travail de femme de mise en ordre de rangement du bâtiment. Repérage des missions respectives de l’état et de l’association, repérage des lois de décentralisation qui souvent modifient les rapports entre ces missions, mise en lumière de la dimension politique engendrée par la mise en relation de l’état et de l’association.


         Paule Sanchou désigne aussi les enjeux économiques et théoriques de l’importance de l’économique dans le social  sans faire l’économie malgré tout de la nécessité de trouver encore le temps de réfléchir sur ce qu’on fait et sur la qualité du travail des travailleurs sociaux. C’est le devenir de la vie associative qui est en cause.


         Lecture en diagonale d’une problématique bien passionnante pour tous ceux qui vivent la vie associative de façon bénévole ou salariée. A lire mot à mot et non comme je le fais, « en marchant », en travaillant. Il est essentiel de réfléchir à ce que nous faisons comme le dirait Hannah Arendt, il est essentiel de réfléchir au devenir de la vie associative, garante de la démocratie, de réfléchir ensemble, décideurs, travailleurs sociaux et membres des associations. Il est essentiel d’inventer la vie dans les relations entre responsables associatifs et décideurs.


C’est à ce point que Paule définit une association médico-sociale comme un regroupement de personnes qui défendent un idéal de type humanitaire et qui obligent la société à faire une place aux exclus. Faire partie d’une association médico-sociale, écrit-elle, c’est porter un projet social qui implique des valeurs.


Cet article ne veut pas de « conclusions ». Il s’articule comme amorce, ouverture sur le devenir des associations du Médico-social, sur la nécessité de repérer ses partenaires, de bien connaître leur identité et leurs stratégies. Un travail de repérage à effectuer avec et pour les citoyens.


Un très bel article, d’une grande richesse d’articulation de l’essentiel de la vie associative et de son éthique. Une mise en ordre qui dit la splendeur humaine des associations à toujours défendre dans une conceptualisation exigeante.


Le questionnement de Paule Sanchou articule avec clarté le devenir de la vie associative, son identité, ses stratégies, interroge le rôle, la place des partenaires et de leur mise en relation. Il est aussi question de la vie politique et des bords de tous bords qui bordent nos associations. Un article qui dit la question vitale du jeu multi identitaires du champ de l’insertion et de la citoyenneté. Passionnant de vie. Porteur des paroles de chacun et de tous, partenaires associatifs et institutionnels, en contradiction  parfois, en nécessaire complémentarité toujours. Un travail de mise en mots, de mise en ordre du terrain. Précieux les jours de pagaïe et surtout les jours de conflits, quand on ne s’y repère plus. Une boussole. A lire pour garder le cap, pour mesurer les possibles de chacun.


JeanClaude Lorthe : Concept de pouvoir, concept de direction 


         Une note en bas de page. Une croix fine entre parenthèse. Un symbole qui dit le passé à respecter. Une vie, une trace. Un souvenir. Conjuguer l’article à l’imparfait.


         Je découvre la difficile notion de concept, et leur identification nécessaire,  une nouvelle bordure un peu difficile d’accès.


         Références à Jean Parrain Vial et à Braudel. Organisation rigoureuse de la pensée conceptuelle. Mesurer nous outils de travail , « nos points de vue », resserrer la pensée, les concepts. Direction, pouvoir, puissance. Transversalité des concepts relogés, redéfinis dans le nid  associatif.. Redéfinir l’association munie de ses outils de travail que sont l’approche conceptuelle et la différenciation pouvoir/direction. Travailler. Réinventer le pouvoir, la philosophie, la théorie, l’élaboration, la dialectique. Un article difficile pour les non –initiés mais qui donne le désir « de s’y mettre », qui sème le travail.



Jean-Claude Martin : Les associations : un parti humaniste dispersé


         Une question que j’aime beaucoup dans cet article : c’est la question de l’espoir possible qui naît de la sphère associative.


C’est beau ! ça dit que l’arbre est vivant … ça dit que s’associer, lancer des actions nouvelles, créer du lien, entreprendre, innover c’est politique  et d’ailleurs les dictatures ne s’y trompent pas et savent limiter le droit à se réunir, à s’associer  rappelle efficacement  Jean-Claude Martin.


Très belle conclusion de l’auteur, à apprendre par cœur, pour les jours obscurs de désespoir qui soufflent un pernicieux « A quoi bon ? ». Alors, une fois de plus, dans un battement de lettres, je recopie sagement :


 « Le problème est dans le crédo économiste, celui des grands équilibres économiques qui conditionneraient tout. Il n’est pas à négliger. Mais à voir où nous mène la poursuite de la tendance actuelle, l’empoisonnement de l’homme par l’homme dans les pays riches, la famine et la maladie dans les pays -sous développés, la priorité de renouveau de l’humanisme et d’une mobilisation de la diaspora humaniste de la société civile devient une urgence pragmatique de survie. » (P.293)


CONCLUSION


En guise de conclusion un feu d’artifice, beau comme celui du 14 juillet à Paris ! Beau comme celui de La petite Sirène : « La petite sirène eut peur et s’enfonça dans l’eau, mais bientôt elle reparut, et alors toutes les étoiles du ciel semblèrent pleuvoir sur elle. Jamais elle n’avait vu un pareil feu d’artifice ; de grands soleils tournaient, des poissons de feu fendaient  de l’air, et toute la mer, pure et calme, brillait. » (P.17. Contes d’Andersen. La petite sirène et autres contes. Presse Pocket)


L’article splendide de Michel Serres, s’appelle NOUS. Nous, c’est beau. C’est tout un travail. Un article, des pronoms, une métaphore. Un bain d’intersubjectivité. Là dedans, qui suis-je ? Marie-José, la toute seule, lui l’écrivain, le bâtisseur de mots, toi, lecteur, le faiseur de mots

 


Qui suis-je ?


Lire, comme je l’ai fait, dans une poussière d’erreurs, le cœur battant la merveilleuse réponse de Michel Serres. Je vous en prie, allez le lire. C’est de la pure intelligence quand elle se fait poésie..


Que c’est beau ! Je me régale. Michel, j’intercepte ton texte, j’en suis l’anachorète, j’en invente la diagonale, tu as le statut de Dieu, j’en suis l’ange, j’annonce la bonne nouvelle, un texte est né, il va de je en tu, il trace le nous, invente des ailes, je m’envole, je lis un peu, non beaucoup, passionnément, tout !.Apprendre, un jour tu m’as dis l’errance de ce verbe. Et bien, j’erre dans un fidèle mot à mot, je saute des lignes, je diagonalise, j’harmonise, je vais, je viens, je repars. Nous. Etre ensemble. Je te ressemble. Intellectuelle jusqu’au bout de ta pensée. Nous, ceux là qui ont écrit les pratiques sociales, toi et moi, nous tous nous créons.  Nous inventons la pensée, les pensées comme si Dieu était notre fils écrirait Michel Serres.


Nous sommes ensemble Je lis l’écume d’une vague, ma lecture divague et m’éclabousse, je nage et elle m’enroule. Voilà, j’arrive au bord de la plage, je tourne la page,  et je vois là c’est écrit, en grand

 NOUS, LES BATISSEURS DE MOTS,

 alors, je sais que je peux continuer mon chemin.


Et parce que ça ne veut pas cesser de se dire, je vais le dire encore. A la manière de Marguerite. Je ne saurai jamais quoi, ce n’est pas si simple, ce que j’ai essayé de dire ; ça parlait d’utopie utile, ce que j’ai lu. C’est une folie que j’ai en moi de lire et après de l’écrire pour le dire et pour écouter lire l’autre. Je ne savais pas ce que j’allais écrire sinon je ne l’aurais pas écrit. La bonne nouvelle, je l’ai lue. Il y a avant le livre et après le livre. Entre les deux, un travail de silence de plus de 8ans, de silence et de solitude, un travail de la caresse. J’ai lu le livre d’Empan et après, j’ai su que j’avais vécu. Je l’ai su et je l’ai écrit. La lecture, c’est comme ça. On lit et après on sait. Je suis. Dans le temps du peut-être de nos lettres si éphémères qui sur la mer glisse.


Moi, je dis aussi « La lecture ça arrive comme l’écume, c’est un don de la vague ». (Je ne sais plus si c’est de Marguerite ou de moi. Nos âmes s’emmêlent dans mes mots retrouvés, pour vous, mes amis Empanhisseurs. Moi, j’ai toujours quelque chose à lire, à dire, à écrire. Je suis une agitée de l’écume. Un jour, j’ai écrit un poème. Je le recopie et j’arrête …


                                                                    Un livre

érosion de la seconde

caresse printanière

une page tournée,

une rencontre partagée

des mots envolés,

des mots retrouvés


Un livre

A la recherche

de l'être perdu.


Un livre

des livres



espace fictif

espace invisible

c'est ma ville en papier

ville d’encre

ville d’ancrage

j’épèle

je voyage

j’existe.


femme inachevée

dans mon écriture

imparfaite

dans mon orthographe défaillante

dans une mise en forme si floue


mais j’existe

dans la clarté de vos écrits

mes amis les Empanhisseurs

inventeurs

d’une Utopie utile

si utile !


Allez !

Ensemble, on continue

Toutes imperfections confondues 

Nous les bâtisseurs de mots 

Pour un monde presque meilleur…


Tchao ! Tchao ! Tchao !


Marie-José Colet.

Montauban le 30 juin 2002


MJC.

Montauban le 28 avril 2010










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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 13:48

 

Penser les pratiques sociales

Une utopie utile

Sous la direction de Rémy Puyuelo

Erès. Arséaa. Action solidaire.2001

307 pages

 

J'invite les inventeurs à lire "Les empahisseurs..."(1)

 

DES LIEUX ET DES PRATIQUES.

 

Des lieux et des pratiques pour respirer, écouter bâtir sur une terre brûlée par l’échec, la détresse, par l’impossible, par le malentendu. Par la solitude humaine toujours à l’œuvre.

 

 

Michel Ruel. Introduction

 

Il y a longtemps à Babylone quelqu’un a écrit sur un vase que les jeunes étaient malfaisants, paresseux, que la culture ils ne savaient la transmettre. Les siècles ont passé et le lieu si commun de l’intolérable intolérance demeure. A ce qu’on dit les jeunes ne transmettent pas, ne maintiennent pas la culture. Alors, certains ont bâti des lieux, des lieux en pierres ou en briques roses, mais aussi des lieux « en mots » nichés dans les cœurs des praticiens et dans leur intelligence. Des lieux ouverts, des réseaux, des dispositifs spécialisés, des filières. Des lieux pour des pratiques à inventer puis à imposer.

 

J’aime particulièrement cette phrase, peut-être même est-elle ma préférée du livre :

 

« Empan, mesure de l’humain, point de rencontre optimiste des acteurs, des lieux et des pratiques médico- sociales, espace de questionnement. » (p ;156)

 

 

Claude Bes : l’ordinateur à l’école.

 

Les livres sont le moteur de notre action dit-il.

 

 Il reprend : livres, moteur de mon action. Moteur, on tourne. Tout autour de la terre, tout autour de la mer, dans un grand chemin de fer. Lecture, principe fondateur de mon action, de ma réflexion, de mon travail au jour le jour. Parfois, la nuit. Chercher, rechercher, cacher, voiler, dévoiler, noter, souligner. Griffer le réel. C’est elle qui souligne, moi, je retiens, je mémorise, j’aplanis, je recommence, je continue, je tourne les pages, j’imagine, j’invente. Je lis passionnément, à la folie. Tout.

 

Cet article est une saga du verbe apprendre quand il se fait verbe être. Le conjuguer à tous les temps, décliner à tous les modes  le savoir. Le savoir dans tous ses états.

 

Apprendre, une histoire vieille comme le monde, une histoire de l’autre à informer et puis une histoire toute récente, passionnée et passionnante : l’informatique. L’informatique au service de l’information. Rêver le savoir et l’engendrer. Une jolie quête du Graal. Sur mon écran, je sais Perceval et Lancelot à la recherche du savoir perdu. Divaguer au fil du temps. J’aime ça. J’aime errer.  J’aime apprendre.

 

L’informatique. Histoire d’un processus, Claude Bes cite J.Houssaye, La pédagogie, une encyclopédie pour aujourd’hui, ESF 1999

 

Apprendre donc, est un processus

 

A l’origine des ordinateurs, des hommes qui veulent se souvenir, qui souhaitent la mémoire, qui l’inventent et la captent. Prodigieuse aventure dans le temps, machine à explorer les pulsations géométriques de la solitude. Arpenter et mesurer. Former. Accéder à la vérité. J’aime lire parce que chaque livre empreinte le précèdent et le rectifie, me rectifie. Un livre ne me laisse jamais intacte. Les livres me démultiplient, moi l’erreur faîte femme. Les livres m’apprennent « la bonne nouvelle de l’humanité ». Je ne lis que les livres que j’aime. La mauvaise nouvelle, je la laisse à demain. Elle pourrait me détruire. Ce qui me plaît, c’est de me construire, de bâtir. Avec des mots. Bâtir une utopie utile. Aujourd’hui avec Claude Bes dans les bords de l’erreur et dans les contours de l’invisible iceberg. Apprendre, traquer l’invisible, l’épeler, l’inscrire, le gratter, le découvrir, le malmener, l’aimer, m’y abandonner, l’oublier, s’en souvenir, s’y cogner, attention l’invisible parfois ça fait mal… Apprendre dans la luminosité blanche des écrans, dans le bruit des pages, dans la patience de l’autre qui m’accompagne. Technique et amour… Calculette et ordinateur. Accompagnateur  pour un voyage où il est question de défricher la vie. J’aime cet article qui décrit des aventuriers d’une utopie de tous les temps : les enseignants.

 

 

 

Pierre Lafforgue :  Du conte au psychodrame

 

Un dessin, des flèches qui tracent, relient, sous-tendent une pratique quotidienne du conte au psychodrame. Manque-violence- liquidation du manque via dégradation mais aussi réparation-réponse.

 

Réponse depuis 20 ans aux enfants psychotiques et autistes aux prises avec « un acte de survie ». Un terrain en cheville avec la mort psychique. Une technique – les contes- en cheville avec la vie, l’imagination, la parole. Dire le conte parce que le conte nous offre une configuration potentielle d’identifications. Je ne peux lire cet article sans penser au passionnant ouvrage de Dominique Friard : « Une approche thérapeutique de la psychose. Le groupe de lecture. Editions hospitalières. Collection Souffrance psychique. » Il existe une similitude de pensées entre Dominique et Pierre. Le propos est passionnant. Toux deux nous disent que lire c’est élaborer du désir. C’est comme ça que je le traduis. Du désir et du sens et c’est pour ça que la lecture est un potentiel de réparation. La lecture tisse de l’identité là où il pourrait y avoir une impasse du désir.

 

A la manière de Lacan, lire serait tourner les pages autour du trou, autour de « l’entour » des trous, des blancs. Lire dans le non-dit tout blanc des mots de l’auteur. Il y a le sens des mots, leur orthographe, il y a tout ce qui tient la lecture, qu’on évalue de zéro à vingt, prix d’excellence, prix Goncourt,  zéro pointé je redouble, je suis exclue, je n’ai rien compris ; et puis il y a, simultanément au bâillement de tout cela, le chuchotement du blanc, du non-dit, comme un silence en partance. Chut ! Il était une fois, dans l’eau bleue de la mer, un peuple de Sirènes, il était une fois au pays des enfants un Petit Poucet et au pays des fées, ma marraine, celle que je n’ai jamais eue et que j’attends. Il était une fois aux pays des humains, des hommes qui écrivaient des livres et d’autres qui les lisaient et les lunes succédaient aux soleils et tous arrivaient dans une grande forêt. Alors la page se tournait, je ne voulais plus tourner la page. De tous mes yeux, je retenais les phrases écrites par Pierre qui interrogent :

 

La lecture serait-elle une histoire de syntaxe et de sexualité ? Moi, je crois que oui. La lecture a-t-elle un sexe ? Un même texte peut-il être lu différemment par un homme ou par une femme ? Passionnant !

 

C’est beau ! ça va du conte au psychodrame, c’est pensé, analysé, structuré et en même temps c’est plein de lumière et de nuit.

 

Je lis Pierre Lafforgue  quand il nous dit qu’il y a aussi tout un « je » de, parce que tout cela est vraiment important. Je ne veux pas tourner la page, je veux y rester ma vie durant. Inventer, respecter la lecture, écouter lire c’est si important pour moi. Dominique Friard, Pierre Lafforgue sont des frères. Des compagnons d’âme.

 

Enfin, dans sa conclusion, il introduit splendidement la notion de liberté. Oui, c’est cela, tous libres, égaux et fraternels au cours de la lecture d’un livre ouvert.

 

Pierre Richard : L’intervenant est-il un évaluateur ?

 

Lui, il bâtit pour évaluer la solidité de la maison. Former, informer, transmettre. Du solide, du repérable. Invention dialectique entre les demandeurs et l’intervenant. Des objectifs. Une évaluation d’une évolution.

 

Processus de changement de l’action. Démarche dans le temps par l’implication des acteurs. Dynamisme de l’action avec une description possible de l’intervenant quand il observe, écoute, note, quand il permet à l’autre de prendre une place dans le travail d’apprentissage et il nous rappelle à quel point l’évaluation se place exclusivement dans le symbolique de l’acte d’apprendre.

 

J’ai un peu de mal à intégrer tout ça. Pour moi, c’est difficile. Je résiste beaucoup à l’idée d’une évaluation des ateliers de lecture. Je veux bien confronter mes représentations, les échanger mais de là à les laisser se disloquer !!!  Je vais mûrir cet article pour mieux bâtir par delà le malentendu possible entre une écriture professionnelle et une lecture appliquée mais flottante…

 

 

Kati Varga : Le psychanalyste à l’écoute de la famille toxicomane.

 

Il est question d’une double interrogation :

celle du mère qui s’interroge : comment faire pour que mon fils qui se drogue continue à se soigner, à venir consulter.

Celle de la psychanalyste au travail de la compréhension des propos de la mère.

Interrogation sur la métapsychologie freudienne : peut-on donner sens à un discours quand il vient à la place d’un autre ? Et surtout si cet autre ne demande rien.

Pourquoi pendant si longtemps n’a-t-on pas voulu prendre en compte la famille du toxicomane ? Comme si le toxicomane ne venait de nulle part.

quel est l’impact traumatique des générations précédentes sur le toxicomane ?

Nécessité de travailler la position de prolongement narcissique du toxicomane pour sa mère et de réfléchir sur la place du tiers dans leur relation.. Est-elle possible ? Le cadre de la thérapie, la référence à la psychanalyse peuvent-ils alors occuper cette place de tiers symbolique et permettre ainsi de dire au toxicomane qu’on est là pour lui certes, mais pas comme il le voudrait.

 

Du temps où je travaillais, j’avais commenté ces lignes ainsi

 

« Commenter avec timidité et respect puis m’échapper pour inventer ma lecture. Depuis la création des ateliers de lecture, je suis « travaillée » par cette notion de cadre qui fait tiers symbolique. Et dans la lecture, le tiers symbolique ce n’est pas rien… Je souligne aussi, cette notion de demande démesurée. A mon travail, elle s’exprime ainsi : « madame, je veux faire des progrès en orthographe et bien lire à voix haute. Demande pleinement orchestrée par les institutionnels. Face à cette double demande, et donc à l’immensité de la tâche (la plupart du temps, la notion de mots n’est pas acquise et la lettre reste à créer), parfois, « je stresse » mais alors, pour moi aussi, comme pour mes stagiaires, le cadre de l’atelier fait référence et nous avançons au fil des heures, au cours des passages lus vers un mieux-être dans l’être. »

 

         Kati, je vous ai légèrement quittée pour parler de moi et de ma pratique passionnante mais difficile. Lire, c’est m’appuyer sur l’autre qui écrit des mots souvent indicibles pour moi. Lire, c’est m’exprimer avec les mots de l’autre, au risque du contresens et du malentendu ; le cadre de l’atelier n’est pas un cadre analytique, donc prudence dans la métaphore. Lire, retenir l’écume et respecter la vague, écrire et recopier la conclusion qui m’apprend encore et encore, toujours et toujours :

        

Association d’idées : Je reçois d’autrui. Un autrui pluriel. Tous les écrivains lus et relus, tous les participants entendus et puis bien sûr mes proches (mais c’est là une autre saga bien sûr, une autre Grand ! grand ! grand ! J’ai de la chance…  Sur cette association lecture).Un autrui pluriel, grand comme les alphabets du monde. heureuse, j’achève ma lecture de Kati Varga. Un espace clinique passionnant. Katie,  je vous  lirai encore, là et ailleurs. Vous avez beaucoup écrit,  je le sais. J’ai lu de nombreuses bibliographies cliniques.

 

 Bernard Azema : Un changement de paradigme pour les centres médico-psychologiques : du centre au réseau.

 

Paradigme

En grammaire traditionnelle, ensemble des formes fléchies d’un mot, pris comme modèle. C’est par exemple la déclinaison d’un nom ou la conjugaison d’un verbe.

En linguistique structurale, ensemble des unités qui peuvent commuter dans un conteste donné.

En doctrine économique, choix de problèmes à étudier et des techniques propres à leur étude.

 

Des lieux pour bâtir : les centres médico-psychologiques.

 

- Pour les êtres en « rupture du lien social. » (S.Sassolas)

Mission  impossible ».(Bourdieu)  

Des bâtiments d’envergure se bâtissent au fil du temps dans l’espace de la santé mentale et là peuvent s’inscrire des patients, des « usagers » demandeurs de soins et d’écoute. Apparition du concept de réseau qui peuvent associer des médecins libéraux, des professionnels de santé, des organismes à vocation sanitaire ou sociale.

 

Incitation très forte à la création de réseaux, qui permet de mieux lutter contre « les doublons institutionnels », de décloisonner les dispositifs et surtout de mieux utiliser et de mettre à jour les « ressources inemployées »

.

Bernard Azéma, s’il met à jour la notion clef pour le soin de réseau, interroge aussi l’architecture du bâtiment et leur possible garantie pour les personnes en difficulté. Cela permet-il pour eux une meilleure écoute ? Comment éviter de tomber dans de la productivité ?    Ces questions ont leur pesant de mots, cela est certain… Préoccupation première : écouter ceux qui sont en détresse, ceux qui sont en détresse et  qui sont traversés par diverses oppositions :

 

autour de la chronicité : «  maladie/handicap »

« tout psychique/tout social »et en écho  « tout maladie/tout handicap », avec son corollaire,  « tout soin/tout éducation »(p ;188)

Le réseau. Construire. Décloisonner

 

Des nombreux sous-titres, comme des chemins de recherche à travailler pour bâtir des mots d’accueil, pour élargir la clinique des incapacités. Beaucoup beaucoup de travail et de réflexions sur le terrain, volonté première de reconstruire du lien social.

 

Enfin, Michel rappelle avec intelligence et efficacité que la rupture des liens sociaux est notre pain quotidien à tous  est la terre cassée, craquelée par la sécheresse de la solitude, la terre sur laquelle s’édifient nos bâtiments…

 

 

Gilbert Diatkine : Aspects nouveaux de la psychopathologie de la délinquance.

 

L’objet de l’article : des adolescents si malheureux qu’ils en deviennent violents. Entendre encore et toujours répondre. S’y appliquer. On retrouve le concept de réseau comme un grand bâtiment. Béton, le réseau et pourtant menacé. Diatkine pousse un cri d’alarme : à ne pas reconnaître-malgré ses insuffisances- l’efficacité des dispositifs de soins actuels on risque de les mettre en danger. Il est attentif aux fissures mais ne veut pas détruire. Sauver le bâtiment. A lire attentivement, crayon en main. Je n’aime pas résumer. J’aime lire et inciter mon prochain, si proche, à lire…

 

Bibliographie de B à M. Il y a un titre De Diatkine, R et Avram, C « Pourquoi on m’a né ? » Je trouve ça beau ! Un jour, à la manière de Perec, j’essaierai d’écrire un texte, peut-être court, peut-être long, ce sera selon et je l’appellerai si j’ai le droit « pourquoi on m’a née ? ». J’essaierai d’être lyrique. Un tel pourquoi ne peut-être que lyrique ou colérique. Je ne sais pas encore.

 

Alain Jouve : Travail de nuit et fragilité juridique.

        

Comment évaluer la valeur de l’astreinte ?  Travailler la nuit est-ce éteindre les lumières et rien que cela ? Quel étage de mots du bâtiment se construit-il dans le noir des soirs ? Comment protéger ce travail là de la nuit ? Comment protéger juridiquement ces artisans de la nuit. Cet article se lit dans les confins de la poésie et de la réalité du travail. Il est à lire toutes lumières éteintes avec pour seules bougies celles de l’intelligence et de la générosité.  Lire aussi et mémoriser la précieuse annexe juridique.

 

Rémy Puyuelo. La rencontre, une utopie utile.

 

Rémy est un grand bâtisseur de mots et d’enfances qui deviennent « grandes » comme des personnes. Ce qui est en question, là dans ce chapitre est une éloge des rencontres, une éloge de la rencontre. Il dit la première rencontre avec l’enfant dans « ce moment sacré » (Winnicott) de la création. Le premier souffle, le premier regard, le premier dessin et surtout la première maison. Toute l’utopie du monde se joue dans « elle est-belle ma maison ? » Oui, il est beau ton article Rémy, qui dit l’utopie de tes rencontres quand tu t’es détaché de toi pour inventer un espace de création dans la rencontre avec l’autre, à son encontre, tout contre. Oui, il est beau ton article. Il trace un lieu pour exister, il dit comment « le chemin pour créer » passe par l’utopie de tes rencontres. Ma note de lecture est pleine du mot « rencontre » comme ta vie, j’imagine. Pleine de rencontres au rayon bricolage. Moi, j’adore ce rayon  qui me permet d’être seule avec les autres. Grandir, tous occupés à  bâtir nos légos avec nos mots. Je pense au Docteur Ribstein que j’aimais tant. Nous étions en 1971. Il m’a prise par la main et avec ses mots il m’a appris mon métier de psychologue clinicienne, il m’a fait confiance. Il croyait en mon travail, en mon babillage. Il disait dans un sourire « quand Madame Colet ne parle pas c’est que ça ne va pas ! » J’avais toujours quelque chose à dire, voilà ce que cette rencontre, cet utopie utile avec le Docteur Ribstein m’a fait découvrir dans l’espace de moi… Cette rencontre aussi m’a appris qu’une psychiatrie utile était possible, une psychiatrie comme un bâtiment de mots qui cherchent le cœur de la solitude pour la rendre moins douloureuse. Ma rencontre avec le Docteur Ribstein, une utopie à laquelle je ne renoncerai jamais : la ferveur de ma jeunesse, la ferveur d’un « c’est possible ». Un beau légo en vérité. Merci Rémy, ton article et notre rencontre  aussi, il y a plusieurs années ont éveillé tout cela. Le légo du temps toujours là. Je suis millionnaire ! et toi aussi ! Et tous ceux-là d’Empan aussi, auteurs et lecteurs. Notre richesse, notre fortune, notre magot c’est notre légo ! On dirait du La Fontaine quand il parle d’un paysan qui à un champ à labourer et plusieurs enfants, alors… Mais je le raconterai une autre fois… Maintenant je suis attendue au stade, je me dépêche !

 

Et quand le prénom devient nom, il est temps de lire l’article de Pierre François Rémy. Le coup d’envoi est donné par l’arbitre éditeur !

 

 

Pierre-François Rémy : Rugby, un atelier thérapeutique.

 

                  J’aime bien l’exergue, alors je la recopie :

 

« Cette pierre commémore l’exploit de William Webb Ellis qui, avec un beau mépris des règles du football, tel qu’on le jouait en son temps, prit le ballon dans ses bras et courut avec, donnant ainsi naissance au caractère distinctif du jeu de rugby. »

 

J’ai toujours aimé lire les exergues. Elles disent la lecture flottante de l’auteur d’un autre auteur, elles disent « une vérité » à retenir et que le texte abrite. Ici « le beau mépris » d’une pratique trop traditionnelle et une introduction à du nouveau : un atelier thérapeutique articulé par le rugby. (Exergue : c’est masculin ou féminin ?, si c’est masculin recommencer la phrase !)

 

Ils ont essayé, ils ont joué et gagné ! Le rugby est devenu un outil thérapeutique. Ils ont inventé du possible qui pourtant n’était pas gagné d’avance ! Ils ont bâti avec leurs pieds, avec leurs mots, avec leur ferveur, une fois encore. Avec leur tête, avec leurs mains et surtout avec leur ballon ovale. Une certitude qui va de l’un à l’autre, sur le terrain de leur vie,  une certitude qui se transmet sur les pages jusqu’aux triomphantes lignes de conclusion, jusqu’à l’essai presque final …

 

Pierre François Rémy, il est beau votre dessin. Il y a un grand terrain de sport sur lequel on voit courir des enfants et des adultes –vous, je crois vous êtes  en culotte courte, à droite du terrain, vous avez une dizaine d’années, non, je me trompe, vous êtes un des quatre adultes. De toute façon, ce n’est pas important l’âge réel. Ma sœur, Françoise Dolto, elle disait qu’on avait le même âge de la naissance à la mort. Aussi vrai que j’existe c’est vrai ! Ce qui est important par contre, c’est que sur votre dessin, il y a des filles. En jeu, un ballon et la différence sexuelle ! Quelle partie !  Lacan, aurait introduit du signifiant là dedans, mais je ne sais pas s’il jouait au Rugby Lacan. L’essentiel  c’est que vous, Jean-François vous y jouiez, que vous y soyez.

 

Sur le banc de touche, je reprends mon souffle. Jouer la partie, construire, réunir, bricoler, inventer, lire, écrire, bâtir, passer le ballon, le rattraper, marquer l’essai et continuer jusqu’à la prochaine mêlée. Vivre enfin ! Et toujours dire des mots. J’aime ceux qui sont ronds et blonds. C’est ceux qui pansent le mieux la blessure que d’être, c’est ceux qui cicatrisent, soignent, c’est ceux qui disent la fêlure de l’automne, le froid de l’hiver mais aussi le printemps retrouvé. Ce sont les mots des quatre saisons. Un ballon sur un terrain, c’est comme un mot qui roule sur les pages d’un livre, il abrite la possible consolation. C’est ce qui est important. Dans ce chapitre, je lis de la consolation comme une respiration. Heureuse de cette partie là, de ce souffle là, je tourne la page.  Ainsi commence un autre temps de ma lecture .MJC

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 13:26

Penser les pratiques sociales

Une utopie utile

Sous la direction de Rémy Puyuelo

Erès. Arséaa. Action solidaire.2001

307 pages



Douce introduction :



J’ai écrit ce travail, en 2002 ; Huit ans déjà… Puis, je l’ai laissé en suspens de ma mémoire. En ce jour de printemps, j’ai ouvert le placard des amitiés fidèles et j’ai repris l’écriture de ce texte. Pour vous inventeurs, sur mes pages, je vous présente ces Empanhisseurs (terme de Rémy Puyuelo , Rédacteur en chef de la revue Empan, toujours à l’affût de tendresse et d’humour, d’intelligence surtout). Je vous les présente parce que je les aime, ces Empanhisseurs, parce que j’aime me lover dans leur utopie utile qui donne sens à mon engagement de vivante.


Il y a huit ans, je travaillais, maintenant, je suis femme à la retraite. Je vous dis cela pour que vous compreniez certains passages où je parle de mon expérience professionnelle au présent. Maintenant, je conjugue ce présent au passé.



Je vous souhaite une bonne lecture des pages qui suivent qui racontent, dans le mouvement de mon attentive lecture,  le livre des  Empanhisseurs toujours au travail d’un monde presque meilleur où chacun aurait sa place dans une douce égalité, dans une tendre adelphité.



Un livre qui invente la résilience, les paradoxes complexes de nos pratiques, qui trace nos chemins de chercheurs, qui dit nos interrogations, un livre qui prend la détresse par tous les bouts, qui s’y confronte, qui  prend le risque d’y répondre.  Ce que j’ai aimé dans ce livre, c’est  la prise de risque que constitue l’acte d’écrire sa pratique pour d’autres.  Alors, à mon tour, j’ai eu le désir  d’écrire ma lecture et de la soumettre à reconnaissance et transmission pour inventer moi aussi de la résilience, la vôtre, la mienne et chemin lisant me joindre aux auteurs.



J’ai lu,  j’ai recopié, j’ai mémorisé. Comme j’ai pu. J’ai su qu’ils étaient tous des bâtisseurs. J’ai cherché ce que chacun par sa pratique et son écriture avait crée ; ainsi, j’ai trouvé qu’ils avaient bâti des mots pour répondre à la solitude de ceux qu’ils accompagnent. Des mots et des cadres pour leurs mots. Des mots dans un temps diffèrent de la rencontre ; celui du temps retrouvé,  celui des possibles pratiques. Notre temps à tous, « bâtisseurs de mots ».



Comment pouvons-nous sauvegarder en nous quelque chose de vivant qui nous permet d’être et de continuer interroge Suzanne Capul, avec ses mots. Ainsi, Suzanne pose. les fondations du bâtiment sur le fronton duquel on pourra lire le mot « Résilience »


Suzanne Capul : le désespoir chez l’enfant :


         Le monde s’origine dans le désespoir des enfants, désespoir de l’instant vécu, désespérance dans la durée. Histoire de temps et de souffrance. Suzanne nous dit sa pratique si humaine, auprès d’enfants si humains, une pratique qui s’interroge et qui reste à prouver en travaillant comme on marche, un pied devant l’autre, un mot après l’autre. Face au mortifère défaire, importance du dire et du faire, importance de sentir les atmosphères, de repérer les destructions pour  planter la vie et s’implanter « construits. Elle nous renvoie à Winnicott,  à son article sur la sollicitude qui permet de découvrir les possibilités qu’a l’enfant de construire, de développer ses possibilités créatrices et d’intégrer sa destructivité.  (cf. aussi  ma catégorie Winnicott).         Construire, fil rouge de ce livre, fil rouge de la pratique d’Empan depuis dix ans, fil rouge qui mesure une possible dimension humaine à l’accompagnement social, peut-on lire dans la généreuse introduction de l’ouvrage.


Voilà pour mon introduction.



LES POPULATIONS ACCUEILLIES



Suzanne Capul : Le désespoir chez l’enfant


J’ai choisi d’ouvrir ces notes de lectures avec elle (voir paragraphe précédent)


Jean François Amilhat, Pierrette Ayon, Alain Jouve :

 (Pierrette Ayon, nous a maintenant quittée. Que la lecture de ces lignes  nous ouvre à son souvenir)

Introduction

        

Ces textes sont porteurs de messages de vie, éloignant de leur écriture d’une pratique vivante une désespérance mortifère qui participerait à l’oubli et à l’expression trop souvent sombre de l’humaine vérité. Les auteurs de ces textes se font passeurs et transmetteurs d’une culture. Chaque trajet s’inscrit dans du temps et comme aime à le dire Jacques Morin, c’est le passé qui sauve le futur. J’aime ces mots,  mais c’est aussi le futur qui invente le passé (cf. mon commentaire sur Françoise Collin : Un héritage sans testament)


Grandir, pour l’enfant est une tâche difficile, difficile aussi pour l’adulte de réussir socialement, enfin difficile au vieillard d’accepter sa fin de vie.


Ce sont sur ces êtres au monde  transgénérationnels que méditent pour notre plus grand bonheur les Empahisseurs, inventeurs de la possible résilience.


        

L’essentiel est dit. Le livre peut se lire. Ensemble inventons le, voulez-vous ?


 « Les Empanhisseurs transmettent leurs pratiques, leurs questionnements, ils sont là travaillant, cherchant, se confiant. Je lis, j’empreinte leurs empreintes. Chacun sa main mais toutes ont une même mesure : l’humain.


Chaque article nous dit « c’est possible ».



Gérard Milhes : Jeunes en errance : gare du Nord à Bucarest.


Nous avons l’impression d’un film, nous oublions l’écriture, l’encre, tant ils sont tous là, vivants, dans le mouvement de leurs carences, « agrégat de Roumanie ». Ces pages, on ne peut les tourner que lentement. Il nous faut le temps de les connaître, de les découvrir, de les nommer. Je lis ses pages à Gérard Milhes, me le pardonnera t-il,  du lieu de mon engagement à la Cimade. Il nous raconte les passagers clandestins de 7 à 15 ans qui descendent des trains pour venir échouer à la gare du Nord. Il emploie le terme « Echouer ». Oui, c’est cela : « échouer »


Je lis, je les vois plein de vie et de mort, la vie de leur jeunesse, la mort des coups reçus, la mort de la dérouille. Ils s’appellent Radu, Mariana, Manus,Florin, Marin,La Grenouille, Castel le Boîteux, Maria, Marcel, Cristina, Bobock, Ana Maria, Cristi  le Moldave, Marian, Martonca, Maria Nitulescu, Paul, Marcu, Nicoleta, Marcela, Carmen, Marius et tous les autres sans nom, qui ne portent que des prénoms qui ne les portent pas –ils sont trop blessés, trop pleins de manques - rien ne les porte. Ces enfants mendient, se détruisent, détruisent, avalent des bouteilles de laque ou d’alcool, cognent ou se font cogner, histoires de coups, se prostituent. Des enfants, blessés, pillés, volés de leur enfance. Des enfants en loques, des miséreux, de l’injustice qui soulève le cœur, qui « encolère, » révolte, indigne, bouleverse. Je vois Le cri de Munch, celui de l’humanité tout entière. Intolérable. Insupportable. Insoutenable. J’entends un poème de Prévert. Je recopie, une strophe qui caresse ma tristesse et l’endort tout doux.


Vient là s’écrire un très beau poème : (1ère strophe de l’Enfance. Recueil Histoires Folio.Poche 119)


Mais vous Gérard, vous voulez que la terre tourne, que les oiseaux chantent, que le soleil brille, vous voulez que les enfants soient gais, qu’ils aient une mémoire même si c’est une mémoire de leur histoire malheureuse, alors vous écrivez, vous « reportez », vous rapportez, vous dénoncez, vous reconnaissez parce que c’est déjà cesser de tuer, de piller. Vous le savez. Vous voulez arrêter là l’horreur, vous ne voulez pas que plus tard ces enfants s’appellent Pégriot, Gerry le Dingue, la Frime, le Gallois cheveux en brosse ou Alex quilles en zingue. Autres enfances du roman de John Healy « Arènes » (éditions Arpenteur). Fictions ? Sûrement pas ! Quand j’ai lu, les petits caractères, en bas de votre article, quelque chose en moi s’est apaisée.


Gérard Milhes, journaliste. Ce reportage a été réalisé fin janvier début février 91. Une de ses conséquences a été la création d’une maison d’accueil pour les gamins de la rue Bucarest. La maison a ouvert ses portes en avril 92. Destination résilience.


Quand j’ai lu cela, j’ai su que la journée pouvait commencer.



Elisabeth Castells-Mourier. .Adolescents sans regard. » Le miroir sans tain » ou au pays du « jesépa jélahaine »

        

         Son terrain, son espace, ce qu’elle traque et débusque, avec ses mots, avec son cœur, c’est « la souffrance blanche », celle qui ne se dit pas, ne se manifeste pas mais soudain suinte et se révèle quand l’adolescent s’effondre douloureusement, à bout de ressources psychiques.   Adolescent, aux prises avec une souffrance, adolescent sans regard et sans syntaxe, qui gicle les mots bien plus qu’il ne les parle. Violence destructrice qui d’abord détruit la phrase qui, ensuite, détruit « le reste »  dans lequel il ne peut se nicher, « y être ». Vandalisme et désolation. Une histoire de sans famille, sans même Capi ou Vitalis, alors Vitalis se transforme comme dans un mauvais rêve en adulte méchant qui persécute. Viendra alors la délinquance, la « dé-liaison »,la déraison, les brisures du miroir, « les cassures du moi ». Tout ça, le met  « hors-de lui » et le propulse dans le passage à l’acte. Il est « désidentifié »


Sur ce terrain de l’adolescence brisée, Elisabeth restitue de l’histoire, reconstitue du miroir, recrée des liens, remet au monde Narcisse, écrit un article contenant pour la souffrance blanche.         Oui, c’est cela un article mais surtout une pratique « contenant » de la souffrance, contenant qui autorise alors par la sécurité engendrée, une possible expression.



David Le Breton : les conduites à risques des jeunes


David Le Breton occupe un terrain de jeux pour adultes qui mettent à l’épreuve vie et mort, un terrain de jeux pour désespérés. Sans doute ceux dont parle Elisabeth. Là encore nous trouvons à l’œuvre,  du malheur qui fait souffrance tue et qui tue, la blancheur qui fait errance, qui colore les conduites à risque, dans une volonté inconsciente de mourir.  Ne plus être dans un monde où le sens n’est plus.   De cette impossible distance, de cet impossible place, de cet impossible  vont naître les conduites à risque, celles qui interrogent le sens même de la vie. « La vie vaut-elle d’être vécue ? »


Aux conduites à risque rencontrées dans sa pratique, David Le Breton répond en cherchant, en repérant, en analysant, en écrivant, en transmettant à ses étudiants de Strasbourg et aux lecteurs d’Empan. Il transmet de l’histoire, du passé, des valeurs. Il fabrique l’étoffe du sens ; une façon efficace d’inventer de la résilience. Il indique aussi une bibliographie de B à T. Un joli chemin de travail.



Marie-Christine Bertin : Handicap et sensorialité « S’il te plaît écoute moi… » 


Son propos : les premières expériences de la vie, les premières émotions. Notre capital : nos cinq sens. Elle a commencé son travail à l’institut Médico-éducatif d’Espagne, maintenant en maison d’accueil spécialisé, en foyer d’accueil médicalisé et en foyer occupationnel.


Sensation de découragement, dit-elle. Mais son attention est attirée par les résidents qui se battent pour exister. Exister de par leur cinq sens ; à partir de ces cinq sens et de leur éveil vont se nouer des relations privilégiées.


 Grâce à un patient travail, elle aide l’autre à élaborer sa pensée, à construire son histoire, à accéder à une possible autonomie, à l’acquisition d’une image positive de lui-même. Au bout de son article, elle nous livre la phrase dans laquelle s’origine son bâtiment, une phrase qui fait fondation :  « S’il te plaît… écoute moi… ». Oui, je t’écouterai, toi la différence, moi la pareille, oui je t’écouterai toi le vulnérable moi la si forte… ou le contraire. Je t’écouterai toi l’éphémère avec mes pauvres toujours, je t’écouterai dans le ciel de mon amour, je t’écouterai dans chaque printemps gagné sur l’hiver, je t’écouterai dans mes lunes brisées et dans nos soleils retrouvés, je t’écouterai dans ton arc-en-ciel et dans mes orages, je t’écouterai et tout recommencera… Tu existeras. Je te nommerai. Je t’aimerai. Nous inventerons l’humain, celui qui n’exclue pas, celui qui prend ta main ou la mienne, je t’écouterai et nous inventerons un monde ou chacun aura sa place malgré sa différence. Tu n’auras plus peur, moi non plus. Le ciel s’étoilera de nos différentes étoiles et ensemble nous inventerons le firmament de l’humain dans l’éternité du monde et de sa folle ronde. Oui, je t’écouterai…



- Gérard Le Goues :  Violences psychiques sur le sujet âgé.


Une lecture singulière du Père Goriot, autour du suicide des personnes âgées. Je pense à Bruno Bettelheim et à quelques autres anonymes de ma ville. Quand la réparation est difficile voire même impossible advient la violence retournée contre soi.


Pourtant, malgré cela, même si le sujet âgé n’exprime pas une demande, il est possible de construire des relations riches de vie, car leur appétence existentielle est grande. Un bâtiment pour l’analyste. Transformer la violence non dite en violence dite.


Bibliographie diversifiée. De A à S. Ouvrages théoriques, romans classiques et contemporains. Une jolie palette qui incite à la lecture…


Agnès Saint—Louboué : « Récit de résilience… Peut-être

Lire ce qui est écrit. Recopier et à tout jamais retenir :


« Par   un matin de mars 1993, semblable à tous les autres matins, une fracture énorme se produisit en moi, me faisant basculer sans préavis dans une nouvelle existence. »


Ensuite, sur ses larges pages sages, Agnès écrit son combat pour la vie,  à la recherche de l’autonomie perdue, elle dit la liberté. Un article immense qui n’a pas de prix. Un bâtiment splendide, d’une richesse intérieure incommensurable. Lire dans le temps de l’admiration et du respect. Puis se taire et prendre par la main dans le temps de la caresse et de l’écoute.



LES FONCTIONS EDUCATIVES, PEDAGOGIQUES, SOIGNANTES


Alain Jouve, Pierre Teil. Introduction :

 

Leur terrain : le partage de l’indicible des pratiques sociales. Partage et transmission, l’étoffe du sens toujours. Au fil de ma lecture de « Penser les pratiques sociales », j’apprends que mesurer les dimensions de nos pratiques, c’est mesurer en empans un grand morceau de drap, comme les mercières, dans une main les ciseaux de Tosquelles et dans l’autre notre stylo. Avec de bonnes lunettes aussi. Fin de la métaphore. Je reprends ma lecture.


Au cœur du cœur à cœur, A JOUVE et P.TEIL introduisent cette nouvelle partie de l’ouvrage : travailler dans l’indicible et toujours dans le qualificatif que pouvons nous partager de « cela », de « ça ».

Oui, cette approche faisait écho à mon quotidien d’accompagnatrice sociale et de formatrice., du temps où je travaillais, du temps où je n’étais pas encore « posée » dans une retraite, comme un papillon que l’on aurait immobilisée sur une fleur du temps. J’étais un papillon en vol et parfois, je me posais sur un être souffrant et je partageais dans le silence de mon vol son indicible tourment, puis il reprenait son envol. Expérience du partage avec les collègues et du manque qui lui est collé à la semelle. Analyse de pratiques. Partage qui creuse le creux.


Tous papillons de l’humain, nous devons mesurer nos capacités créatives, mesurer nos capacités d’écoute, mesurer de notre expérience de l’autre , mesurer « ça » au risque de s’y trouver humain jusqu’aux bords de notre identité puis simplement continuer le bâtiment.



         Evelyn Charmeux : L’indispensable révolution de la fonction enseignante. Une seule alternative  pour l’école : vivre la citoyenneté ou mourir.


         Aventure pédagogique d’E.Charmeux, celle de « l’indispensable révolution de la fonction enseignante. »  Une révolution qui remonte à Platon. Je pense à la fabuleuse  « Histoire de la lecture » de Manguel publiée chez  Actes sud. Histoire de lire libre. Je pense à Ouaknine. Un rapport à la lettre radicalement constructif du Nom. Créer, inventer la tolérance. L’école, espace premier de citoyenneté. La citoyenneté s’apprend à l’école par l’instauration du sentiment de confiance en l’autre puis dans le groupe. Confiance dans la maîtresse, dans le maître. « ma maîtresse », « mon maître » est peut-être une des premières paroles citoyenne de l’enfant qui s’inscrit dans son premier groupe : sa classe quand elle unit dans une même relation de confiance enseignant et élèves.


Fil rouge de la mercière qui fait nom pour l’enfant. A l’école le nom précède le prénom, on est d’abord citoyen avant que d’être l’enfant de ses parents ; Annenkov  Marie-José, citoyenne Annenkov. Le fil rouge de la mercière qui brode les rubans de coton avec le nom de l’enfant. Celui qui part en colonie. De l’autre coté de l’école mais dans le même champ, l’enfance, qui dans une école laïque et républicaine peut faire des rencontres, des expériences, des apprentissages dans un mode égalitaire, indépendant du « social » de leur famille.

 

Une bibliographie érudite, un long article, à lire crayon en main, avec devant les yeux, l’image de lourdes bâtisses, sur le fronton desquelles on peut lire « Groupe scolaire Jules Ferry ».



Pierre Teil. Le formateur en formation


Quant à lui, je l’aime car il me rappelle moi et moi, je m’aime ( !) : il aime ses stagiaires qui le rendent intelligent et il raconte aussi l’enthousiasme partagé avec eux, enthousiasme me semble-t-il, condition première de tout apprentissage.


Il raconte son expérience,  sa chance. J’adore !


Michel Lemay. Médiations et vie quotidienne


De la pratique  encore, tissée dans le fil du quotidien  Michel écrit les pathologies rencontrées, les difficultés pour certains à réussir une intégration sociale, à s’inscrire dans une loi, à se reconnaître dans un ordre. Il dit les troubles qui se manifestent pour ceux qui échouent à tout cela. Il dit avec ses mots simples le malaise de l’identité. Ça pour le malaise d’être. Mais il écrit aussi, la réponse possible et les qualités professionnelles qu’elle emporte et les cinq registres dans lesquels elle s’inscrit, qui définissent un cadre pour l’écoute et le partage du vécu. (du côté de Winnicott. Voir catégorie de mon blog)


L’éducateur est aussi un témoin. Cela fait écho à ma pratique. Le statut de témoin implique que nous sommes dignes de cette confiance qu’institue l’autre. Nous en sommes dépositaires. Parfois, j’ai peur, toujours j’en tremble.


         Michel continue, écrit, construit sa pratique, ses réponses. Il articule ses recherches, en fait une synthèse détaillée. Il transmet. Il crée... Il s’interroge et je pense aux bouquins de Joseph Rouzel, il a beaucoup travaillé dans ce sens, je pense à la toute jeune revue de mes amis montpelliérains « Le Sociographe », (notamment le N°0 de septembre 1999. Naissances, Le travail social dans tous ses écrits) je pense à Lien Social, je pense à tous ceux là qui bénévolement ou non travaillent, écrivent, cherchent pour mieux élaborer leur pratique et mieux la transmettre, je pense à ces fleuves de mots venus de l’intelligence du cœur. Je pense à tout ça et studieuse, je continue ma lecture.


         Je lis

         J’écris

         Je recopie

         Je souligne

         Je cherche la bonne nouvelle

         dont je suis la trouveuse

         heureuse !



Marie-Christine Meliet. Les petits rien et la fonction éducative. Henri et ses objets


 Dans le cadre de son travail d’éducatrice spécialisée dans un foyer de vie, elle rencontre des adultes dits débiles mentaux profonds. Elle aime le « dits ». Ce dit, il faut toujours le dire. Question de DIT- gni-té, nos pratiques luttent contre l’in-DIT-gni-té, inventent le dit de toujours, celui qui est toujours à DIRE. Ce jour, sur cette page le dit qui s’écrit, s’écrit sur le ballon d’Henri, le ballon « déchiré », le ballon « déchet ». Henri, Marie-Christine ne le laisse pas tomber, elle s’occupe de son quotidien. Un dit qui dit le rapport au langage. Voilà son dit, voilà son travail. Mettre au monde encore et encore Henri, faire s’envoler le ballon, puis rentrer chez elle, la journée finie, juste avant sa journée de femme, juste avant sa vie à elle. Le ballon d’Henri. Le ciel pour le ballon d’Henri. Il existe, Henri. Et sur ma page, sans crier gare des ballons, plein de ballons de toutes les couleurs de nos pratiques. Quand j’étais enfant, c’est encore aujourd’hui, j’aimais un livre d’images en couleur sur de larges feuilles de papier glacé. C’était l’histoire d’un marchand de ballons ami avec un petit garçon qui dévalait les escaliers de Montmartre ; à la fin, le petit garçon s’envolait dans le ciel  porté par le bouquet de ballons et tandis qu’il s’envolait,  moi je pleurais. Je pressentais la mort, alors je reprenais le livre à son début. Des ballons, un enfant, un vieux monsieur, le Sacré Cœur. Je pense à toi, Géraldine, mon amie de travail. Tu avais 20 ans. Tu t’es suicidée dans le temps de l’écriture de cette lecture. Que nos ballons à tous, t’emportent là-haut dans un ciel heureux. Je ne peux recommencer ta vie, comme je recommençais le livre, autrefois, alors je continue mon livre, le mien, je cherche les ballons de l’écrivain et je m’envole moi aussi dans un autre ciel.  Il est question de séparation, de don et d’échange.



             Serge Lebovici : penser le soin.


         Interroger et mesurer l’action thérapeutique. La penser. Un article dense et sobre qui dit l’acte de soigner et son impact dans la cité et la possible invention de résilience. Une fois encore. Interroger ce qui conduit l’enfant et sa famille à la consultation thérapeutique, instaurer une mise en place thérapeutique intégrant  le potentiel de la créativité de l’enfant. Référence à Winnicott. Penser le soin dans la relation avec l’enfant, avec la famille mais aussi penser le soin dans la pratique institutionnelle. Notion de secteur et de communauté institutionnelle. Je pense à Hochmann.  Des mots pour mesurer l’acte thérapeutique : accompagner, travailler, suivre, agir, écouter, répondre, évaluer… Et puis aussi, détresse et immigration. Et puis aussi, réaffirmer la nécessité de s’adresser aux psychopathologues, pour comprendre par exemple certaines violences des jeunes dans les cités.





Jacques Miedzyrzecki : Enfants en souffrance et narcissisme parental : « Je vais bien, papa et maman aussi ».


En exergue : « « C’est bien la maladie qui fut l’ultime fond de tout l’élan créateur en créant je pouvais guérir en créant je trouvais la santé. » . H.Heine


Histoire d’une petite Delphine dont on attend trop. Attendre de l’autre, de l’enfant. Trop, toujours trop. On retrouve dans cet article, la préoccupation de penser le soin, de résoudre l’énigme de l’autre « malade » : Résistances au changement, fixation, régression, compulsion de répétition, existence possible d’un instinct de mort. Souligner, repérer, interroger, lire et relire Freud.  Ma  définitive perte de vitesse théorique. Immenses regrets. Autrefois, il y a longtemps, j’étudiais. J’ai gardé tous mes livres à portée de main, à portée d’intelligence, à portée de cœur. Mais le temps et ma vie s’en sont mêlés et j’ai tout oublié. Cet article, le précèdent et le suivant sont difficiles pour moi… Reste le reste. Un jour, j’ai mesuré tout cela et quelques empans m’en sont restés. Une trace, une empreinte, un reflet, une onde. Quelque chose. Je dirai une attitude d’écoute, une façon d’être et de répondre, de lire, de vivre le soin et peut-être encore de le penser. Une façon d’aimer et de reconnaître aussi.



René Angelergues : Quels outils théoriques pour penser le soin ?


Ce dont il est question, ce qui est à soigner : c’est la maladie mentale avec sa pierre angulaire pour soigner : l’identification.  Référence à la consultation thérapeutique de Serge Leibovici. Les deux articles sont  dans l’espace du livre et théoriquement dans le prolongement l’un de l’autre. Une façon de penser le soin, d’élaborer des outils théoriques  en utilisant pleinement ce que l’auteur appelle  le savoir psychanalytique. J’aime cette expression qui dit bien le savoir de l’autre à l’œuvre, le savoir « travaillé ». Bâtir une écoute, mettre en œuvre «  une réanimation psychique. » Bâtir avec des mots… Bâtir du souffle. Un bel article à lire dans le temps d’une respiration clinique. MJC

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Published by Marie-José Colet - dans Empan
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