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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 18:55

Bibliothérapie

Lire, c’est guérir

Marc-Alain Ouaknin

La couleur des idées

Seuil

438 pages

 

Chapitre III : à ne pas manquer

L’éclat de rire de Freud

 

Dans ce chapitre, Ouaknin nous introduit à la lecture d’un petit ouvrage fondamental de Freud, je veux dire « L’homme Moïse et la religion monothéiste. »

Ouaknin par sa lecture nous dit que la question posée par Freud n’est pas de savoir si Moïse est Egyptien ou Juif de même que la question n’est pas de savoir si Freud est Juif ou Allemand. Un fou-rire, sous les aspects documentés et sérieux de l’ouvrage de Freud, engloutit la question si phénoménalement importante de l’identité. Freud toute sa vie par son oeuvre longue est tenace a prouvé, « Des Mots d’esprit » à son « Moïse » que l’identité de l’homme était pur brouillage et embrouillamini s’échouant dans l’infini paradoxe d’être au prix de ne pas être. Le travail identitaire n’est ni fait ni à faire, toujours à refaire dans le temps des silences, du rire et du faire. Le chapitre se termine par une anecdote que je vous laisse découvrir et qui ressemble beaucoup a celle que je vous raconte maintenant.

Je me décline fermement dans une identité affirmée Juive laïque non croyante en l’Eternel,  mais parfois, la vie me surprend dans des moments difficiles à vivre, alors, je me tourne de toute mon âme vers mes amis juifs croyants et je leur demande de prier Dieu qu’il me permette de sortir indemne du difficile que je traverse. Quel est donc cet éclat de rire désespéré qui me percute et me trahit dans mon identité en fuite : suis-je Juive athée ou croyante ? Comme Moïse suis-je Juive ou Egyptienne, comme Freud, suis-je laïque ou fervente ? Qui suis-je ?

Oui, c’est aux limites de nos chagrins et de nos impossibles que retentit entre éclat de rire et sanglot ce qui se défait de notre défaite et recommence du terminable et de l’interminable lorsque se constitue et se brise la durée de notre être, durée à épeler patiemment dans nos livres pour que perdure notre question trébuchante, pour que perdure la douceur d’aimer et l’espoir de la paix. MJA

 

 

 

 

 

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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 13:58

L’étude,


L’étude patiente

L’étude savante

L’étude suivante

L’étude certaine

L’étude des livres

L’étude pour vivre

L’étude pour suivre

L’étude en silence

L’étude pour advenir

L’étude pour écrire

L’étude pour dire

L’étude pour livre

L’étude des mots

L’étude des langues

L’étude de l’histoire

L’étude  du passé

L’étude obstinée

L’étude sérieuse

L’étude pieuse

L’étude chercheuse

L’étude pour tenir

L’étude pour construire

L’étude pour comprendre

L’étude pour ranger

L’étude pour déranger

L’étude pour être sage

L’étude pour vivre au large

L’étude pour nager

L’étude pour flotter

L’étude pour traverser l’été

L’étude pour résister

L’étude pour inventer

L’étude pour éventer

L’étude pour persévérer

L’étude pour se souvenir

L’étude pour retenir

L’étude pour aimer

L’étude pour partager

L’étude pour chanter la vie

L’étude pour danser l’humain

L’étude la main dans la main


J’étudie, tu étudies, il ou elle étudie, nous étudions, vous étudiez, ils ou elles étudient Levinas au colloque international à Toulouse : Lectures de Difficile liberté du 4 au 9 juillet 2010 à Toulouse. A demain ! MJC

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 15:14

 

 

Ethique et infini

Fayard et radio France 1982

Livre de poche.

Biblio essais N°4018


 

Bientôt un congrès international sur Emmanuel Lévinas. (Toulouse. Première semaine de juillet. Voir catégorie : Les Inventeurs cherchent et trouvent) Mon désir est d’y participer. Alors, je le prépare tout doux.


Un peu d’ écume reste dans ma tête ; Il y a longtemps, quelques mots, quelques pages. Je ne sais pas quand je l’ai rencontré, je ne sais pas à quel moment dans ma vie, il est entré. Je sais que, dans Madame, je veux apprendre à lire ! j’en parle comme d’un ami que j’aurai frôlé, entre deux pensées et que j’aurai aimé comme ça, d’emblée. Mais cela est bien mince pour suivre un congrès international. Alors, je suis allée chez mon libraire et j’ai commandé « Difficile liberté ». Je l’ai ouvert, le premier chapitre m’a transporté, les autres m’ont paru très difficiles. Le temps d’un instant, je l’ai refermé pour ouvrir un tout petit livre « Ethique et infini ». Je me suis lovée dans mon fauteuil et j’ai lu, tout doux, le premier chapitre et tout doux, j’ai souligné avec mon crayon noir ce qui pour moi faisait sens et de phrases soulignées en phrases soulignées, j’espère avancer et faire « connaissance » avec Emmanuel Lévinas.

 

« Faire connaissance » : étrange expression qui dit que l’autre est terre de connaissance à laquelle tout doucement je peux accéder et déjà je sens que je frôle quelque chose du côté d’Emmanuel qui dès les premières pages du livre

parle « d’être » , de l’autre, de connaissance, de solitude, de pensée.

 

 Quelque chose comme ça que je pressens et que j’ai envie d’approfondir.

 

La première page, avant le titre, j’ai souligné le rapport entre création et révélation : créer pourrait être une révélation qui demande une remise en question. Cela me plaît et me parle : pour moi écrire, apprendre a toujours été de l’ordre d’une grâce et d’une remise en question.

 

Dans cette première page encore, le livre présent est présenté comme un dialogue entre Lévinas et Philippe Némo, dialogue pendant lequel Emmanuel Lévinas se raconte. Se raconte mais ne se partage pas. J’ai lu, en effet, quelques pages plus loin, qu’être ne se partageait pas et que c’était cela qui définissait la solitude ; On ne trompe pas la solitude d’être même avec la connaissance parce que la connaissance est solitude. Marie-José, tu vas trop vite une fois de plus.  Reprends au début.

 

Page de garde : Emmanuel Lévinas : Ethique et Infini. En haut de la page et à droite les initiales de ma mère  LA, au stylo à bille bleue, très fin. Le livre appartient à ma mère. Il fait partie de mon héritage. Oui, c’est cela, c’est dès ma jeunesse, avec ma mère que j’ai fait connaissance d’Emmanuelle Lévinas. Oui, c’est cela, je me souviens, elle l’aimait beaucoup. Là sans soute, commence ma première page avec cet auteur : le désir de ma mère.

 

Puis vient la page 6 et j’ai souligné comment Lévinas défendait oralement le texte écrit offert au lecteur qui peut le remettre en question et cela me porte au cœur de mes travaux sur la lecture.

 

Mais Lévinas, par cet entretien vient « re-dire » ce qu’il a écrit, vient « re-dire » son dit et par-là l’authentifier d’une nouvelle vérité. La vérité du texte, son histoire, son interpellation, voilà ma quête à moi. Puis, encore quelques paragraphes et mon regard s’arrête sur les mot « éthique » et « justice » ; ça me plaît, je suis en « appétit ».

 

Puis suivent quelques indications sur la vie de Lévinas ; J’apprends qu’il est né en Lituanie en 1906, qu’il a fait des études secondaires en Lituanie et en Russie puis des études de philosophie à Strasbourg de 1923 à 1930, qu’il a également fait un séjour à Fribourg en 1928-1929 auprès de Husserl et Heidegger. J’apprends qu’il a été  naturalisé français en 1930 et qu’il a été Professeur de philosophie, directeur de l’Ecole normale israélite orientale et Professeur de philosophie à l’Université de Poitiers (1964), de Paris-Nanterre (1967), puis à la Sorbonne (1973). Cela s’arrête à ce point puis que le livre est publié en 1982. Il s’agit donc par définition, d’une biographie inachevée…

 

Je tourne la page et je lis 1. BIBLE ET PHILOSOPHIE. C’est le nom du premier enregistrement. Plus loin il va être question du rapport entre ces deux bibliothèques. Je lis lentement car tout cela est nouveau pour moi et interroge là où le sens commence.

 

Ce premier enregistrement commence par interroger le processus de la pensée : à quel moment, commence-t-on à penser ?  Probablement quand adviennent les premiers traumatismes répond Lévinas, cela me plaît cette mise en relation de la pensée et du traumatisme définit par lui comme séparation d’avec quelque chose qui est de l’ordre peut-être de la violence, de la rupture du temps monotone. Je tourne la page et là, je souligne une phrase qui pour moi est essentiel, une phrase qui dit que le livre n’est pas du registre de l’information mais du registre d’une modalité de l’être. Je souligne parce que pour moi lire c’est avant tout « être » et c’est cet « être là », cet « être de la lecture », le mien et celui des autres (à tous âges) qui me passionnent depuis tant et tant d’années. 

 

Puis Philippe Nemo nous transporte au cœur du sujet en interrogeant Lévinas sur ses premiers grands livres rencontrés : La Bible ou les philosophes. Ils vont parler alors tous deux des grandes bibliothèques que sont la Bible et les philosophes. Il me revient alors qu’une amie philosophe m’avait confié que pour elle si croyante, la Bible était la bibliothèque des bibliothèques ; Déjà, me voilà nostalgique et un peu paniquée. De par ma vie, mon histoire, mon enfance, je n’ai jamais lu la Bible et je ne connais pas la bibliothèque des philosophes. Je ne connais ni Platon, ni Aristote, ni Husserl, ni Heidegger, ni Bergson, ni Descartes. Comment vais-je faire pour progresser dans ma lecture de Lévinas ? Angoisse devant l’immensité du savoir qui se présente avec un « toujours avant » que je ne connais pas, angoisse avec cette sensation si connue de prendre le train en marche. Heureusement, je m’appuie avec mon crayon noir qui m’aide à souligner ce qui malgré tout, malgré l’immense inconnu antérieur peut faire sens pour moi l’ignorante au présent de ma lecture…

 

Je souligne page 17 : Bergson a apporté à la philosophie la durée et la destruction du temps des horloges. Cela est facile est comprendre et me rassure.

Puis, je tourne encore les pages et c’est vraiment trop difficile. Je tourne, je sais que viendra le temps d’y revenir quand j’aurai mieux élaboré. Je tourne les pages qui ne m’inspirent pas du désir de lire car pour moi lire doit être porté par le désir, je saute donc jusqu’à la page 44. Et je lis ; ça me plaît de le lire :

 

4. LA SOLITUDE DE L’ÊTRE

 

Je lis, je relis. C’est très important, c’est essentiel. Mais déjà, je suis fatiguée car mon effort a été grand et je souhaite découvrir Emmanuel Lévinas, tout doucement. Lorsque je découvre un auteur, je prends le temps sinon, je ne retiens pas…

 

Alors patience ! A bientôt... MJC

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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 11:38

Marc-Alain Ouaknin

Lire aux éclats

Eloge de la caresse

Edition Lieu commun 1989

 

Première ouverture : Les mots voyageurs

 

Le rire d’Elicha Ben Abouya :

Le penseur de l’étrangeté

 

Ouaknin commence son chapitre par un ailleurs, par une citation de Michel Foucault quand il écrit qu’il n’est pas là où on le guette, quand il dit qu’il ne faut pas lui demander qui il est et surtout qu’il ne faut pas lui demander de rester le même, car dit-il, il réclame sa liberté, quand il écrit il ne veut pas être prisonnier de son état civil.

 

C’est cela même la pensée d’Elicha Ben Abouya : une pensée non figée, non prisonnière d’une identité, toujours au mouvement, au seuil de, dans une étonnante étrangeté qui ne se laisse pas capter, une pensée qui court, une pensée rieuse.

 

La pensée d’Elicha Ben Abouya sans cesse désignifie le sens par la question qu’elle lui pose. Elle n’a ni thèse, ni hypothèse, elle s’invente dans le mouvement, en avançant. Elle est éclat de rire, jeu, invention, elle est ouverture dans des ensembles instables, toujours en puissance de rupture.

 

La pensée D’Elicha Ben Abouya, qui des quatre voyageurs devint L’Autre, est pur bondissement, qui par son saut et son rire, par son mouvement crée l’espace intra textuel, crée le temps de l’histoire.

 

Un court chapitre, certes, mais essentiel pour celui qui veut savoir ce qui signifie lire.

 

Lire, c’est bondir ! MJC

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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 11:00

Caresses

(A lire dans un seul souffle
sans reprendre son soufle
le souffle de la vie)

Marc-Alain Ouaknin

Lire aux éclats

Eloge de la caresse

Edition Lieu commun 1989

D.W.Winnicott : Jeu et réalité

L'espace potentiel

D.W.Winnicot 1971

 

 

Traduction française 1975

Folio essais

Le livre entre intérieur et extérieur

 

Dit du monde le meilleur

Le livre est un objet qui luit

Dans ma nuit dans laquelle je crie

J’aime le monde des mots qui se rient

Du sens ou de leur non-sens.

L’auteur a écrit

Il nous lance un défi

Il nous lance une balle

Si nous avons mal

A nous de la saisir

Et de notre mal nous dessaisir

Reconstruisons le sens perdu

Dans un éclat de rire

Refusons le pire

Inventons l’intermédiaire

Entre  le tout perdu

Et le possible à retrouver

Dans le sens jamais perdu

Du livre que l’auteur a écrit

Se joue dans une aire intermédiaire

Mon rêve en mouvement

Qui jamais ne ment

Dans le mobile du je

Dans mon mobile à jouer de mon je

Mes livres se font Play Mobiles

J’invente les personnages et leurs âges

Dans un mouvement bienfaisant

Dans un essor créatif

Pris sur l’instantané du vif

De mes lectures enthousiastes.

Lire est une merveilleuse illusion

Inscrite dans la désillusion du sens

Qui serait peut-être lui l’auteur

Sans être moi le lecteur peut-être.

Un livre est un sage docteur

Un livre est un profond vecteur

De l’homme quand il fait le dos rond

Devant l’invention de l’autre

Sans toutefois

Chaque fois ployer

A gorges déployées

Depuis toujours la lecture est mienne

Dans le ventre de ma mère

Avant même d’être sur terre

J’ai découvert dans ses larmes

celles d’après guerre

Pour sa mère et son frère

Assassinée, fusillé par les nazis

Quand elle ma mère

Assise sur un banc des Tuileries

Lisait des heures

J’ai senti de son ventre meurtri

Des ondes de bruit

Dans sa pauvre nuit

Sur son banc des Tuileries

J’ai entendu comment les mots rient

Par eux, par leur rire j’ai découvert

Comment ma mère a reconstruit

Son rire volé par la Shoah

Alors dans un éclat de rire, moi sa fille

Je pille, je distille dans mes pistils

A tous vents

Ouaknin et Winnicott

Ces auteurs qui de l’entre-deux

Disent la culture

Qui disent de la lecture

Comme de l’écriture

Le possible rire

Le possible dire

La splendide illusion

Avec d’autres partagées

Qui disent une fois encore

Le possible chemin

Que dès demain

Malgré mon chagrin

Ou même sans attendre

Du fond de mon cœur

Malgré le froid à cœur fendre

De la profondeur de mes heures

Je vous transmets

Ceci n’est pas un leurre

C’est une possible histoire

Du grand si grand savoir

Qui dans le temps du rire

Fait reculer le pire

Celui des miradors

Par certains déniés

Je vous raconte ce savoir

Qui jamais ne m’endort

A la vie me tient éveillée

Au temps émerveillée

Par mes livres ivre de vie

J’échappe au non-sens

de mes lourds chagrins

Je lis je caresse le sens

J’échappe au non-sens

De ceux qui dans l’ombre

Tuent la si tendre colombe

Entrons dans la danse

Tenons par la main

Ouaknin et Winnicott

Lui le rabbin

L’autre le psychanalyste

Tous deux nous apprennent

Des êtres et des livres

Le précieux entre-deux

Tous deux allument notre feu

D’où jaillit notre flamme

d’être homme ou femme

attentifs au vif

de l’humanité qui dit NON !

Non à la guerre ! non à la déraison !

Non à l’absurde raison !

Quand elle se fait carcan du cœur

Lisons dans un éclat de rire

Entre sens et non sens

Dans le mouvement de la caresse

De l’intermédiaire retrouvé

Lisons ! lisons !

Du sens envolé

Du sens libéré

Du sens travaillé

Du sens élaboré

Du sens cherché

Du sens caché

Du sens secret

Du sens dévoilé

Du sens arrondi

De notre dit

Inventons ! Inventons !

Créons ! créons !

Sauvons la courageuse Antigone

De l’orageux Créon

Que ces frères subversifs

Si créatifs de révolte

Soient  ensevelis par la tendresse

Des caresses des livres

Sur mon cercueil

Comme des roses avec des roses

Jetez chacun un livre et un noir crayon

Dans l’éternité je les emporterai

Dans l’éternité je les soulignerai

Dans l’éternité je les créerai

Dans l’éternité je les lirai

Lire est une patiente histoire

De vie et de mort

Quand les coquelicots s’ouvrent

Au soleil du savoir et de la vie

Le chant du monde se fait possible

Ce chant qui lutte contre nos impossibles

Tu te souviens bébé tu ne comprenais pas

Ta maman était partie

Tu pleurais dans le silence de ta chambre

Puis ton doudou tu as pris

Puis les pages de tes livres tu as tournées

La perte du sein fut alors supportable

Dans ton cartable plein de livres

Tu as découvert le savoir et les autres

Le livre est le sein qu’on peut garder en soi

Les mots des livres, leurs sens

Tu peux les détruire

Puis les reconstruire

C’est ça créer c’est jardiner

Dans ton jardin tu inventes de l’après avec de l’avant

Dans ton jardin tu retrouves du rire

Par le livre inventé

Par les textes qui comme dans un miroir

Se reflètent se renvoient les uns aux autres

tu crées avec le chagrin de ta solitude

Avec le sein perdu, avec les mots retrouvés

Tu inventes quelque chose qui te ressemble

Peut-être

C’est ça qu’elle a fait ma mère

Sur son banc des Tuileries

Dans son jardin à elle,

Ma mère si triste

A cause de La Shoah

A cause de son frère fusillé à 20 ans

A cause de la guerre

Longtemps du chagrin de ma mère

J’en ai pleuré et pleurer

Mais comme elle j’ai découvert

Les ailes du savoir

Je me suis envolée

Dans les livres dans mes livres

Puis dans l’éclat de rire des mots

Dans une aire intermédiaire

Entre illusion et désillusion

Dans un jardin où parlaient

Quatre Maîtres et deux hommes

Ouaknin le Rabbin

Winnicott le psychanalyste

J’ai grandi j’ai découvert

Mes livres et une multitude

D’hommes et de femmes

J’ai grandi dans le possible d’eux

Abandonnant mon enfance derrière moi

Trouvant devant moi

Dans mon jardin à moi

Avec tant de coquelicots et de roses

Mes livres.

 

J’ai su alors que vivre était possible. MJC

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 20:37

Marc-Alain Ouaknin

Lire aux éclats

Eloge de la caresse

Edition Lieu commun 1989


Première ouverture : Les mots voyageurs


III. Mahloquet et Guézéra Chava :

Les fondements d’un « éclat de lire »


Malhoquet


A lire le Talmud et le Midrach

A lire dans le mouvement du texte

Le lecteur remarque

Combien la pensée ne peut naître

Ne peut-être qu’à partir du dialogue

C’est ça le Malhoquet


Cela me rappelle Hannah Arendt

Quelques autres au travail de la pensée

Quand elle naît de l’échange avec l’autre

Quand la pensée se fait écart

Quand la pensée se fait séparation


Penser, c’est grandir entre les Maîtres

Qui m’apprennent à être

A être-autrement

Dans un espace d’ouverture

Dans un espace d’invention

D’une possible humanité de l’homme.


Le Malhoquet c’est « l’entre deux » hommes


La guezéra chava


Second fondement de l’altération-altérité

Je suis un autre et j’invente

J’invente à partir de ma différence à l’autre

A partir de mes textes différents

La guezéra chava

C’est le rapport entre les textes différents


La guezéra chava c’est l’entre-deux textes


« Quand les mots se mettent à rire »


L’Hébreu c’est le passage

C’est André Neher qui l’enseigne

La guezéra chava dans l’entre deux

Oriente la pensée du deux

Vers un nouvel horizon

Une nouvelle création de sens


La guezéra, à la fois

Rupture et transport

Effacement d’un sens par un autre

Nous apprend à parler

Nous éveille et nous réveille

Il n’y a ni début ni fin à la vérité


La Tora commence par Bet

La deuxième lettre de l’alphabet

L’avant dernière lettre est chin

De aleph à chin

S’écrit le Livre brûlé

Dans un dédale d’effets de miroirs.


Le savoir n’a ni début ni fin, par le malhoquet ( l’endre deux personnes : moi et l’autre et par la guezéra chava ( l’entre deux textes : le texte renvoie toujours à un autre), le savoir éclate de rire, toujours et pour toujours dans l’entre de deux et le rire des mots invente de l’humain le possible chemin. MJC

 

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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 16:07

Marc-Alain Ouaknin

Lire aux éclats

Eloge de la caresse

Edition Lieu commun 1989


Première ouverture : Les mots voyageurs


Le  Limoud :

Le devenir-texte,

Le devenir-Homme


Limoud

Interprétation du texte

Construction de soi


Limoud

Lettre de l’alphabet hébraïque

Elle dépasse singulièrement

la ligne à laquelle elle s’accroche

Ainsi, s’écrit sa singularité

d’un signe au dessus de sa ligne


Limoud,

lettre singulière de l’hébreu

qui dit la transcription

qui dit l’exception

la possible interprétation

la possible construction


Limoud

Distance entre deux paroles

Entre l’entre-deux précieux

du texte et de moi, me caressant

aux prises avec tant de rationalités

créant l’incertitude de ma solitude


Limoud

Impossible lieu de repos

J’avance, créant ma vérité

La seule possible

Celle que j’invente

en marchant, en lisant


Limoud

Lieu  de l’a-vérité

Complexe, multiple

Ecrivant ma vérité plurielle

Jamais unifiée, unique et simple

Je suis une lettre suspendue


Mon sens est définitivement absent, je suis toujours en marche, dans le mouvement de l’interprétation du texte, lui aussi mouvement de mon être et de ma construction.


Limoud, lettre qui signifie l’impossible idolâtrie au texte ou à l’autre, l’impossible immobilité du verbe être


Limoud, lettre qui signifie la pensée plurielle qui sans cesse peut-être interpellée et recréée, écrite pour tous et par tous.


Limoud, lettre qui pose sa différence aux autres lettres, qui pose sa singularité, celle de dépasser la ligne du haut (les lettres en hébreu sont accrochées à la ligne du haut ). Elle symbolise donc de l’alphabet la lettre à reconnaître comme unique.


Je conjugue :


Je reconnais la lettre limoud

Tu reconnais la lettre limoud

Il ou elle reconnaît la lettre limoud

Nous reconnaissons la lettre limoud

Vous reconnaissez la lettre limoud

Ils ou elles reconnaissent la lettre limoud


Je reconnais l’entre-deux du texte et de moi

Tu reconnais l’entre-deux du texte et de moi

Il ou elle reconnaît l’entre-deux du texte et de moi

Nous reconnaissons l’entre-deux du texte et de moi

Vous reconnaissez l’entre-deux du texte et de moi

Ils ou elles reconnaissent l’entre-deux du texte et de moi


J’interprète le te texte et je me construis

Tu interprètes le texte et tu te construis

Il ou elle interprète le texte et se construit

Nous interprétons le texte et nous nous construisons

Vous interprétez le texte et vous vous construisez

Ils ou elles interprètent le texte et se construisent


Dans la tolérance du texte caressé, de la lettre hébraïque « limoud » frôlée, dans l’entre-deux de ma lecture de ce chapitre de Ouaknin, je loge tendrement, doucement, dans ma solitude de femme, près de vous, avec vous, je loge mon espoir de paix. Reconnaître la singularité d’une lettre, celle de l’autre, accepter sa différence, mais continuer de lire ensemble nos alphabets communs, c’est peut-être espérer en la colombe blessée par tous les alphabets totalitaires. Je ne sais pas. Ma lettre est un limoud obstiné.


“I have a  dream.” Martin Luther King, quelle belle lettre il a posé dans l’alphabet universel !


A tous bonne lecture, et tout limoud que vous êtes, n’hésitez pas à écrire et à reconnaître votre singularité dans l’entre-deux de vos lectures et à franchir la barre du possible humain  ! MJC


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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 17:32

Marc-Alain Ouaknin

Lire aux éclats

Eloge de la caresse

Edition Lieu commun 1989

Première ouverture : Les mots voyageurs

Eléments pour une herméneutique existentielle


Rappel  Page 29

Le pschat ou le sens littéral

Le rémez ou le sens allusif

Le drach ou l’altérité, l’interprétation, l’altération

Le sod, le secret, le caché, le mystique.

 

Dans ce chapitre, il est question du Drach ou l’altérité, l’interprétation, l’altération

 

Le Drach ou encore le Midrach

dans le Talmud est incarné

par le Maître Elycha Ben Abouya


Maître Elycha Ben Abouya

est celui qui porte en lui

paradoxe, énigme, dissidence

Il est celui qui sans cesse interprète

le texte qui jamais ne se donne certain

qui jamais ne se livre au regard


Sans certitude, le texte invente la solitude

Il naît de l’interprétation du lecteur

Il invente par son insistance les heures

de sa belle  et naïve existence

quand le sens fait l’homme

quand l’homme donne du sens


Lire. Chercher. Interpréter

Dans le mouvement du Midrach

dans les pas de Maître Elycha Ben Abouya

être au livre, dans la fissure du texte

c’est enfin sortir du « c’est écrit »

c’est enfin sortir de « son destin »


C’est écrire son destin

par la lecture du texte

par le dit de son commentaire

C’être être au monde

par l’interprétation des lettres

et pressentir dans la dette l'être


L’interprétation est une attitude existentielle

L’interprétation est un choix philosophique

Lire est un être au monde

Lire c’est interpréter

Lire c’est exister

Dans l’invention de soi et du monde


Lire un texte

C’est le comprendre

Sans jamais le prendre dans la main

Lire, c’est dans la caresse du texte

s’inventer humain

lire,  c’est inventer ses demains

 

Dans un immense éclat de lire !

 


MJC

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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 17:32

Marc-Alain Ouaknin

Lire aux éclats

Eloge de la caresse

Edition Lieu commun 1989


Première ouverture : Les mots voyageurs


En exergue, une citation de  Martin Buber qui nous raconte comment un jour, on demanda à Rabbi Lévi Yitzak, pourquoi dans le Talmud de Babylone, à chaque traité manquait le premier feuillet.  Tous les feuillets commençaient à la page 2.


Le rabbi répondit que quelques soient les pages lues et méditées par un lecteur studieux, il ne doit jamais oublier qu’il n’est toujours pas arrivé à la première page.


Les mots voyagent de page en page

mais toujours il manque la première page

celle de l’origine de la pensée

Oui, tout commença par un voyage


Celui des quatre Maîtres


Le premier mourut d’avoir cru voir la vérité

Le second devint fou de voir tout en double

Le troisième devint autre, saisit par l’étrangeté

Le quatrième s’en sortit indemne


Jardin du sens et des significations

Jardin de l’écriture et de l’aventure

Pardès, paradis, en hébreu signifie

« Lire aux éclats »


Le pschat ou le sens littéral

Le rémez ou le sens allusif

Le drach ou l’altérité, l’interprétation, l’altération

Le sod, le secret, le caché, le mystique.


Les mots qui voyagent sont ceux

du pschat, du rémez, du drach, du sod

Ça se dit comme ça en hébreu

Les chercheurs de mots ont pris ces chemins


Ils ont trouvé les livres

leur existence et leur insistance

leur pouvoir-dire et leur vouloir dire

A l’horizon, ils ont trouvé le nouveau


Ils ont trouvé des êtres nouveaux

des livres nouveaux

des objets nouveaux

Ils ont inventé par les livres


le renouveau du monde.


La question n’est pas celle de la fidélité

mais celle de l’interprétation

qui donne vie et nom

à l’oiseau qui dans le texte s’envole


La multiplicité des commentaires

libère la parole

Elle est passion, invitation

à parler, à lire


dans l’éternelle recherche

ponctuelle et érudite

de la première page si sage

celle de l’origine pas sage.


dans l’histoire du passage

de l’homme à la femme

de la femme à l’enfant

de l’homme et de la femme


à l’oiseau du texte peu sage

qui toujours voyage.

au large des âges

au large de sa première page.


MJC




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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 17:33

Marc-Alain Ouaknin

Lire aux éclats

Eloge de la caresse

Editions Lieu commun 1989

Avant-propos

« Ne demande jamais ton chemin à quelqu’un qui le connaît car tu ne pourras t’égarer… » Rabbi Nahman de Braslav. (Exergue du livre)


L’idée c’est cela : demander le chemin à celui qui ne le connaît pas pour prendre le temps de nous égarer.


 Nous égarer dans la douleur de l’attente,

dans la douleur de subir le silence.

Nous égarer sans avoir peur de perdre notre chemin

Nous égarer en sachant que nous le retrouverons

Notre chemin.

 

Nous égarer dans les larmes qui tombent de notre ciel

Dans la douleur de subir nore souffrance

Nous égarer sans avoir peur du chemin noir de notre désespoir

Nous égarer en sachant que nous le retrouverons l’espoir

De notre chemin


Nous égarer dans les pages tournées des livres

Paumes écartées dans le mouvement des mains

Qui sans cesse caressent la pensée

Sans jamais la saisir

Sur notre chemin


Nous égarer dans le sens qui se fissure

Mais dans les mots qui durent

comme des cailloux blancs sur notre chemin

Pour inventer par-dessus nos regards

Notre chemin


Nous égarer dans une humilité créative

Dans nos interprétations persévérantes du texte

Que nous lisons comme une caresse

Qui sans cesse nous échappe pour se briser

Sur notre chemin


Nous égarer dans notre jardin

Où chaque fleur est un livre

Chaque page est  pétale

Cueillir nos boutons de roses

Sur notre chemin.


Nous égarer dans nos mots éclatés

Réinventer le récit

Dans le temps de la caresse

L’interpréter et consoler l’autre

Rencontré sur notre chemin


Prendre le temps de s’égarer

Et d’en pleurer

Prendre le temps de continuer

Par nos livres réinventés

Sur notre chemin.


Je lirai avec vous

Lire aux éclats

Eloge de la caresse

Qui de nos désirs

Tresse notre chemin


MJC


 



 

 


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