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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 11:55
Un livre d’Albert Camus : Les Justes
Gallimard 1950

 

J’ai peu lu Albert Camus ou je l’ai oublié. A part Lettres à mon ami allemand que j’ai relaté dans le blog récemment dans cette même catégorie, mes lectures de Camus remontent à l’âge de 20 ans. J’avais été passionnée par La Peste et j’avais beaucoup aimé La Chute dont le rire du héros m’a accompagnée toute ma vie.

 

La conférence de Claude Sicard que j’ai beaucoup appréciée et que j’ai relaté dans mon blog m’a redonné le goût de découvrir Camus. Pour l’anniversaire de la mort de cet auteur contesté de son vivant à gauche comme à droite et dont on parle tant en ce moment, j’ai eu envie de le lire. J’ai lu sa pièce de théâtre Les Justes.

 

Cette pièce a vu sa première représentation le 15 décembre 1949, sur la scène du Théâtre –Hébertot (direction Jacques Hébertot) ; La mise en scène était de Paul Oely, le décor et les costumes étant de Rosnay.

 

Distribution

 

Dora Doulebov             Maria Casarès

La grande-Duchesse         Michèle Lahaye

Ivan Kaliatev                  Serge Reggiani

Stepan Fedorov               Michel Bouquet

Boris Annenkov             Yves Brainville

Alexis Voinov                 Jean Pommier

Skouratov                     Paul Oetly

Foka                             Moncorbier

Le Gardien                    Louis Perdoux

 

J’ai lu cette pièce, seule, allongée sur mon lit, dans la douceur d’un dimanche. Le premier de l’année. Moi, la femme engagée dans tant d’engagements « à gauche », j’en suis sortie émue. J’ai fermé le livre et j’ai écrit à Claude Sicard un mail dont je vous livre un passage :

 

« Il me semble que les mots clés de Camus sont "accompagner les contradictions de l'engagement des hommes face à l'injustice pour enfin peut-être la vaincre". »

 

Le théâtre est propice à un tel engagement car il met en scène plusieurs personnages « parlant un même sujet, une même problématique, une même question »

 

De quoi s’agit-t-il dans cette pièce ?  D’engagement politique qui s’affirme jusqu’au terrorisme. Dans cette pièce donc, Albert Camus pose le double problème de l’engagement politique associé à la guerre ou à la paix (tuer ou ne pas tuer au nom de ses idées.)

 

La construction de la pièce est simple :

 

Acte I . Avant l’action : la bombe à jeter sur la calèche du grand-duc

Acte II. Pendant l’action. L’attente des camarades révolutionnaires : l’obstacle à l’action : la présence d’enfants.

Acte III : L’action réalisée : la bombe est jetée. Le grand-duc meurt

Acte IV : la prison. La possible trahison. Le châtiment. Le recommencement

 

Pardonnez-moi si je vous raconte l’histoire de cette pièce. Mais l’important ce sont les mots qui se disent, les mots qui interrogent l’engagement de chacun. Albert Camus a mis à plat les différents chemins de paroles de chacun et c’est passionnant d’humanité, d’intelligence, de simplicité. Jamais les phrases ne ronronnent dans du « tout fait », « du tout penser. » Le spectateur est invité à se situer, à s’identifier à tel ou tel personnage.

 

- Est-il Annenkov, le chef déterminé mais calme, analysant avec fermeté la situation mais finalement quittant la scène de l’action : « il ne lancera pas sa bombe » ?

- Est-t-il Stepan, l’homme sans concession, le révolutionnaire révolté, humilié dans son passé d’homme fragile, inventant la mort de l’ennemi ?

- Est-il Kataiëv le poète qui sait que ce n’est pas facile de tuer, qu’il n’y a pas de bonheur dans la haine mais malgré tout lançant la bombe qui tuera ?

- Est-il Skouratov qui dans une lucidité sinistre sait qu’on défend tout d’abord la justice pour finir par inventer une police ?.

- Est-il Dora qui rêve parfois du soleil, de l’amour de Kataïev dans ce monde si difficile de l’engagement ?

 

Le spectateur est-il ou n’est-il pas pris par sa conscience : aucune idée ne permettra de tuer des enfants. Les enfants comme limite des engagements de guerre, les enfants comme principe de paix. Où commence l’engagement ? Où finit-il ?

 

Le spectateur s’interroge : veut-il que les héros lancent la bombe pour « un monde meilleur sans injustice »  où ne le veut-il pas ? Veut-il l’idéalisme de Kataïev qui engendre la continuation de l’action ou le recommencement de la violence. Qui recommence la violence : le bourreau ou l’homme engagé jusqu’au bout du chemin de sa vie, jusqu’à sa mort ?

 

J’ai aimé ce texte  qui fait vivre à tous ses héros leurs contradictions. Il me semble, qu’être engagé c’est porter avant tout des contradictions, mais dans la « non  toute impuissance » continuer simplement au jour le jour. Continuer à croire et à porter ses valeurs contre l’injustice qui existe partout dans le monde, continuer à croire la paix car la guerre tue des enfants et cela est impossible à porter. En tout cas, moi je ne le porte pas.

 

J’ai aimé cette pièce de Camus qui nous aide à nommer nos contradictions pour mieux les dépasser, qui nous aide à les articuler pour mieux les transcender. Je me sais femme de contradictions mais femme d’engagements « à gauche » parce que je me retrouve dans les valeurs « de gauche », parce que je sais que ces valeurs existent, qu’elles ne sont ni celles de Sarkozy, ni celle d’Hortefeux, ni celles d’Eric Besson. Mais je ne tuerai personne pour défendre mes valeurs car ma valeur suprême est la vie. J’écrirai jusqu’à épuisement pour inventer la paix et parler avec chacun. Il me semble que mon engagement premier est l’écriture de mes valeurs. Fasse que je n’ai pas à connaître la guerre ! Je suis une fleur de démocratie et je peux donc défendre les bourgeons de mes fleurs voisines. C’est ma chance et mon espérance. Il y a longtemps, ce champ de fleurs a été détruit et Stéfan Zweig s’est suicidé…Je ne sais pas... Je n’aime pas le suicide qui est une autre forme de violence.

 

Mais nous n’en sommes pas là. A chaque jour sa peine, à chaque jour son engagement, à chaque jour ses contradictions, à chaque jour la lecture d’un livre. Aujourd’hui, Les Justes de Camus. Je vais lire d’autres livres de Camus car j’aime comme il me fait penser, dans la lenteur des mots, dans la pesanteur des idées, dans mon inachèvement enfin. Je suis une femme engagée mais une femme inachevée. Voilà ce que je voulais vous dire aujourd’hui, après ma lecture des Justes d’Albert Camus

 

Et donc, bonne lecture  ! MJC

 

 



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Published by Marie-José Colet - dans Albert Camus
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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 18:09

Lettres à un ami allemand

Albert Camus

Gallimard, 1948,

Renouvelé en 1972.


J’ai lu avec émotion et presque jusqu’aux larmes ces quatre lettres d’Albert Camus à un ami allemand, écrites entre 1943 et 1944. Ce livre prend à bras le corps, je devrais écrire à bras le cœur la question du pacifisme durant la seconde guerre mondiale, la question de la résistance aussi, la question de l’Europe pendant les années 40 et enfin et surtout la question de la haine. Magnifique d’humanité et d’intelligence. Albert Camus a été Prix Nobel de la littérature. Il aurait pu être également prix Nobel de la paix. Mais laissez-moi, vous conter ce livre. Je serai heureuse que vous le receviez comme un cadeau d’espoir dans votre solitude devant tant de guerres actuelles.


La première de ces lettres écrit l’éditeur dans une note a paru dans le N°2 de la

Revue libre en 1943 ; la seconde dans le N° 3 des Cahiers de la libération au début de 1944. Les deux autres écrites pour la Revue libre sont restées inédites jusqu’à la libération. La troisième a été publiée, au début de 1945, par l’hebdomadaire Libertés.


Tout d’abord il est important de poser les termes de ces lettres. Camus précise dès l’entrée en écriture de son livre que là, il entend par Allemand « Nazi » et par le « nous » qui sillonne tout le texte, il entend Européen libre. Attention il s’agit de l’Europe des années 40. Il précise qu’il s’agit là d’un texte contre la violence dont il ne renie pas un seul mot.


Le mot « Ami » fait frémir.


Il s’agit d’un ami du début de la guerre qu’il aimait mais dont déjà il s’en séparait. Le livre c’est l’histoire du sens de cette séparation. Ce qui est magnifique dans ces quatre lettres c’est la quête du sens. La paix ne peut s’inscrire que dans cette quête là du sens, « obstinée comme un printemps » écrit-il. Mais déjà, il pose son premier jalon : il ne peut-être question de tout asservir à ce sens là. Il faut l’avoir en soi, le porter dans son âme mais ne pas en être esclave.

Qu’en est est-il de la paix et de la justice, de la patrie et de la paix ? De la guerre et de la paix ? Du sang et du mensonge ?


Dès le début de la guerre, il se sépare de son ami qui lui dit « que lui Albert Camus, n’aime pas son pays la France, alors que lui l’aime quand il le nomme Allemagne. Cela révolte Camus. J’emploie à dessein le verbe « révolte ». Il ne peut aimer son pays que dans la justice. Ainsi, moi, Marie-José, je me sens mal dans l’amour de mon pays quand une politique de quotas exclue des étrangers, je suis bien dans mon pays quand on me laisse refuser dans une vraie démocratie cette politique des quotas et qu’on n’applique pas une loi sévère pour ceux qui aident ces mêmes étrangers. L’amour de son pays, dit Camus est tributaire de la justice qui peut s’y déployer ou non. Ce n’est pas défendre son pays pour défendre sa patrie qui compte, c’est défendre une certaine image ancrée dans le cœur de la justice. Albert Camus dit qu’aimer un être c’est le pousser à être le meilleur de lui-même. Il dit ce qu’est la paix pour lui : la conviction profonde qu’une victoire n’est rien à côté de la mutilation de la défaite mais il dit aussi et c’est ce qui m’a passionnée dans ce livre, c’est le long détour par l’intelligence qu’il a dû faire pour accepter de se battre, de se révolter, de résister à la barbarie. Lui, certes, mais les Européens dans leur ensemble. Oui, au début ce fut la défaite, oui, au début ce fut la lenteur à s’y mettre à tuer mais c’est ce long cheminement qui fait la force de l’intelligence. Les Européens ne se sont pas lancés avec l’ivresse du sang dans la guerre, ils ont tenté l’impossible du parcours de la paix. Ils n’ont pas sorti l’épée seule, ils ont allié l’épée à l’intelligence, telle est l’allégorie d’Albert Camus. La paix ne signifie pas ne pas sortir l’épée, la paix signifie réfléchir avant de la sortir. La paix ne signifie pas ne pas reconnaître le conflit mais en faire le tour vingt fois par les mots du cœur avant de tomber dans la chute mortelle des corps.


Voilà ce que dit courageusement Albert Camus. Il ne se situe pas au-dessus de la mêlée ; il est dans la mêlé mais ne renonçant pas à l’intelligence et à la vérité des hommes debout et vivants, cherchant corps et âme, dans la lenteur du conflit à éviter le désordre et l’injustice. Je trouve cela très courageux d’écrire cela en pleine guerre.


Mais dit-il dans la deuxième lettre, la méditation se fait dans la nuit et dans la tristesse. Réfléchir sur la paix, ne se fait pas dans une joyeuse insouciance utopique. Réfléchir sur la paix, c’est se coltiner au désespoir du noir de l’humain et à son instinct de mort, c’est se coltiner aux deux extrêmes de l’homme : pulsions de vie et pulsions de mort. Il faut beaucoup d’intelligence pour cela et de lenteur. Réfléchir sur la paix, c’est comme dans un jeu de mikado, sortir les bons bâtonnets avec une extrême agileté. (cette histoire de mikado est de moi pas de Camus !).


Camus parle de l’intelligence et de la nécessaire colère pour défendre la paix. La recherche de la paix n’est pas angélique douceur, elle est résistance à l’horreur que propulsent les guerres : l’horreur du sang, du malheur, des morts. La recherche de la paix c’est défendre l’esprit, le vivant qui peuvent être écrasés par des forces aveugles de puissance. Il dit que ses camarades seront plus patients que les bourreaux. La recherche de la paix, c’est faire œuvre d’intelligence, de colère mais aussi de patience. La colère n’est pas la violence. La colère est le chemin obligé du refus de la violence.


C’est cette patience, cette obstination que développe Albert Camus dans sa troisième lettre. Il compare aussi dans cette troisième lettre l’Europe des Nazis, Europe d’appropriation dans la violence et l’Europe d’européens faîtes d’Histoire et de lenteur une fois encore. Une Europe dit-il de l’esprit humain, d’intelligence et de courage, celle de Don Quichotte, celle d’une aventure commune, de peine et d’histoire. Je reconnais que dans cette lettre, j’ai plus de mal à le suivre car l’Europe de ces temps là c’est aussi Mussolini, Franco, Pétain. Il m’est difficile d’accepter un tel mythe de l’Europe mais je sais que si Camus vivait, je pourrais dialoguer avec lui. Peut-être n’ai-je pas compris sa pensée et je vous invite donc à lire le texte. Camus était un homme de dialogue.


Enfin la lecture de la quatrième lettre m’a fait pleurer d’émotion. Il parle de la haine ou plutôt de l’absence de haine. Pour moi, c’est ça la paix : résister, penser dans l’intelligence, voire même faire la guerre s’il faut dire non aux puissances aveugles dévastatrices mais si, c’est être certes dans la colère, cela ne signifie pas être dans la haine. Paradoxe porté au plus de l’intelligence humaine. Être dans la paix, c’est dire que certes la solitude, le désespoir, la bêtise humaine existent, mais que ce n’est pas une raison pour en rajouter une couche. Il dit à son ex ami nazi que son désespoir a fait force de loi, lui Albert Camus il veut que cette force de loi soit celle de l’espoir de l’homme. Travailler à la guerre c’est se situer dans le désespoir et la solitude, travailler à la paix c’est se situer dans l’espoir et la solidarité. C’est une affaire difficile que la paix, une affaire lente et obstinée comme les saisons, obstinée comme la vie même si la mort est-elle aussi sacrément obstinée. Obstination pour obstination je préfère choisir celle de la vie.


Albert Camus dit qu’on peut faire la guerre si elle est nécessaire pour abolir la puissance et la terreur, le fascisme mais si on mène une guerre ce n’est pour mutiler l’âme de ses ennemis. Je trouve que c’est intense et très courageux d’écrire cela en 1944.


Enfin, il dit l’irréductibilité des deux sillons de paroles. Parler de la paix c’est aussi et surtout reconnaître les différences, ce qu’il a fait tout au long de ces quatre lettres. Parler de la paix,  c’est aller jusqu’au bout de l’intelligence et de la patience pour les surmonter mais si on ne peut pas, alors dans le respect de l’autre, sans vouloir mutiler son âme mais en voulant affirmer la sienne, on dit « Je vous dis adieu ».


Ainsi se terminent ces quatre splendides lettres d’Albert Camus à un ami : l’ami de l’impossible paix, mais de la paix tentée, portée dans la patience déchirée par l’Histoire.

MJC


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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 17:39

Le professeur émérite, Claude Sicard parle de Camus : un moment précieux

 

Trop beau ! trop émouvant ! trop intelligent ! Une fois de plus, l’enthousiasme est à l’œuvre pour dire qu’il faut continuer d’inventer l’humanité avec Albert Camus, et Claude Sicard, Professeur émérite de l’université de Toulouse, qui dans ce dimanche matin d’automne nous le raconte  avec tant d’intelligence et d’engagement.

A l’écouter, j’ai connu le bonheur d’être femme intellectuelle et militante, j’ai connu la fierté d’écrire mon blog dans la douce sagesse des saisons du ciel et de mon cœur. Oui, je peux l’écrire sans humilité, avec fermeté et ferveur, je me suis identifiée à Camus tel que le contait ce matin Claude Sicard de sa belle voix grave, assuré, déterminé à dire l’essentiel d’être.

Mais assez introduit, je commence mon récit composé comme toujours  d’une retranscription presque fidèle du conteur, de quelques notes prises à l’arraché sur mon petit carnet et  de citations d’Albert Camus et surtout de mots et de phrases, du côté de mon enthousiasme révélé.

 

Côté cœur et côté jardin, côté talent et érudition, voici le conte de ce jour.

 

Il était une fois Albert Camus par Claude Sicard

 

Il était une fois la peste, la peur, la claustration, le désir de fuite. Il était une fois le fascisme, l’horreur. Il était une fois le désir de n’en rien savoir et même d’en faire profit. Face à cela, un homme le héros de la Peste, le Docteur Rieux qui refuse la collaboration avec ce fascisme. De l’allégorie à la réalité, de la littérature à l’histoire : la peste, le mal, le nazisme. Allégorie de la seconde guerre mondiale, allégorie d’une guerre et de toutes  les guerres que Camus refuse. Il les refuse toutes, avec leur violence, leur haine, leur lâcheté. Camus, ses héros, sont des hommes qui vont vers les autres, dans un splendide et efficace passage de la solitude à la solidarité parce que dit Camus, tout au long de son œuvre « Il y a plus de choses à admirer que de choses à mépriser ». Dit comme ça , ça paraît simple mais quelle force militante dans cette phrase ! Oui, ça vaut le coup de lutter et d’être, avec ou sans absurde, sans mépris de l’homme, avec ou sans solitude mais toujours dans le mouvement de l’admiration possible. Espoir que d’être homme. Ainsi, naît le dynamisme si généreux et si efficace de Camus.

En  octobre 1957, il reçoit le prix Nobel de littérature pour la conscience pénétrante des problèmes de nos jours  qui se pose à la conscience des hommes et Claude Sicard dès lors insiste sur l’orientation essentielle de sa conférence : l’actualité de la pensée d’Albert Camus par sa volonté de résister malgré la solitude. Résister avec les autres, résister avec tous ceux qui sont debout pour le faire, résister à un monde de violence et de haine, résister par son dynamisme et son courage si lucide face au mal, aux guerres, au colonialisme, au fascisme sous toutes ses formes.

 

En 1955, dans la splendide préface des œuvres complètes de Roger Martin du Gard, collection la Pléiade, il disait  que Roger Martin du Gard serait notre perpétuel contemporain et Claude Sicard applique maintenant cette formule à Albert Camus, parce que nous dit-il « la seule actualité valable est celle de tous les temps. » Pour illustrer cette affirmation il nous rappelle que Albert Camus a rassemblé ses articles dans: trois volumes intitulés « Actuels »

 

- Actuelles 1 :  1950. Chroniques du journal combat (1944-1948)

 - Actuelles 2 :   1953. Textes sur la révolte (article splendide : l’artiste et son temps)

- Actuelles 3 :   1958 / Les Chroniques algériennes (1939-1958)

 

Actualité de sa pensée mais aussi Universalité quand il écrit sa protestation au nom de la vérité, de la justice et de la dignité des hommes.

 

Lors de sa mort dans un terrible accident de la route auprès de Michel Gallimard, on retrouva dans sa serviette un manuscrit auquel il avait travaillé tout l’été, manuscrit d’un roman qui ne serait publié qu’en 1994 dont le titre était Le premier homme, roman remarquable pour qui veut connaître sa pensée nous dit Claude Sicard.

 

L’histoire de vie de Albert Camus est essentielle pour comprendre l’écrivain Albert Camus.

 

- Son père est mort en 1914, juste au début de  la guerre. A 29 ans à la suite d’une grave blessure lors de la bataille de la Marne. (Albert Camus est né en le 7 novembre 1913 en Algérie). Ces dates disent la carence paternelle. Son père travaillait très humblement dans des entreprises vinicoles.

- A cette carence paternelle, il faut ajouter la carence maternelle. Sa mère est sourde, quasi autiste murée dans un silence dont elle ne sortira jamais et c’est pour sa mère disait Camus qu’il écrivait pour combler ce terrible vide du silence de la mère. Il dédie « Le premier homme » à sa mère écrivant ces mots : « A toi qui ne pourras jamais lire ce livre. ». Il a été élevé sous la nécessaire autorité de sa grand-mère qui a les a élevés tous deux, son frère et lui.

- Ses 18 ans ensuite : la tuberculose qui toute sa vie sera sa santé précaire.

 

Tout cela a déterminé son écriture et son désir de toujours se penché vers les plus humbles.

 

Claude Sicard cite cette très belle phrase de Albert Camus : « La misère est une forteresse sans pont levis. » Cette phrase est très belle. Elle dit la solitude de la misère, elle dit l’exclusion, la coupure, elle dit l’acosmisme mais il ajoute immédiatement le rôle de l’école qui a percé une brèche dans la misère et dans sa solitude d’enfant. Albert Camus est un homme  de tendresse, son caractère a été forgé par les manques du père, de la mère, de la tuberculose. Un homme est presque toujours un homme seul. Mais ce qui le sauve, lui, de sa solitude, c’est la solidarité. Solitaire, mais solidaire (Voir mon article récent). Il a la  volonté obstinée  de sortir  de la désespérance et de lutter auprès et pour les faibles, les humbles dans le travail du Mythe de Sisyphe qu’il veut imaginer heureux grâce à sa solidarité et sa tendresse pour tous, parce qu’il refuse sa condition. Ses révoltes à lui Albert Camus étaient des révoltes pour tous dans la lumière des hommes, dans la lumière de tous. C’est en cela qu’il est actuel.

La littérature ne peut-être désespérée, car elle n’abdique pas, parce qu’il existe un frère homme, même sombre qui nous permet de sortir de notre solitude et c’est là, dit Claude Sicard, ce qui nous fait échapper à « notre claustration de mortel. ». J’aime cette expression « claustration de mortel » qui dit la beauté de la littérature, de l’écriture, comme une fenêtre de lumière sur l’autre. Je souhaite que chacun des articles de mon blog soit une fenêtre de lumière et vous permette à vous, mes chers lecteurs d’échapper à votre claustration de mortelle.

Mais je reviens à mon conte. Il était une fois Albert Camus. Un porte-parole « mes révoltes sont une révolte pour tous et pour que la vie soit élevée vers la lumière (Camus en 1954, dans la préface de L’envers et de l’endroit).

Albert Camus a toujours été du côté de ceux qu’on humilie et qu’on abaisse, difficile mouvement peut-être,  mais il gagnait sa conscience d’être homme.

Albert Camus était un « Rassembleur d’âmes » selon le terme de Malraux comme artiste mais surtout comme homme, il protestait contre la misère et la laideur. Il disait :

 

« Il me faut témoigner ».

Il avait tant de choses à dire de la vie,

des injustices, de la solidarité.

 Il avait tant de choses à manifester.

Il voulait vivre pour cela, 

Il voulait  affirmer combien la vie était

« si passionnante et si douloureuse »

 

 

Il a témoigné de la guerre d’Algérie, partagé qu’il était dans son identité. Il était français né en Algérie. Il a pris des positions de paix entre les deux communautés.

 

Il a témoigné contre le colonialisme et le massacre de Madagascar qu’il comparait au nazisme

 

Il a témoigné pour les républicains espagnols.

 

Il a témoigné toujours sur ce qui pour lui représentait la barbarie et l’injustice.

 

Pour Albert Camus l’art ne pouvait être un monologue. L’art s’adressait à d’autres hommes, ses prochains, avec qui il voulait communiquer et transmettre mais surtout pas dans un réalisme totalitaire, il était épris de justice et dit Claude Sicard dans une très belle expression « il tâtonnait dans la lumière ». dans la souffrance et dans la lucidité.

 

Albert Camus avait plusieurs formes d’écriture à son arc :

 

- le journalisme

- l’essai

- le roman

- le  théâtre.

 

Son écriture s’inscrivait dans deux cycles : l’absurde et la révolte. Qui exprime le divorce si humain entre le besoin d’absolu et la si difficile condition humaine.

 

Le cycle de l’absurde

L’étranger, le Mythe de Sisyphe, Le Malentendu, Caligula

 

Le Cycle de la révolte 

La Peste, L’Etat de siège, Les justes, l’Homme Révolté, La Chute.

 

Albert Camus n’entend pas son engagement au sens Sartrien du terme. Il préfère se dire « embarqué » qu’engagé : embarqué dans la galère de notre humanité si laborieuse à être, embarqué  malgré l’instinct de mort de tout à chacun, malgré le réflexe trop souvent cruel de l’homme, malgré des concepts tels que « identité nationale » qui fait oublier que chaque être existe en tant que tel, à respecter, à aimer, à reconnaître quel que soit son pays sa culture, sa religion, son ciel. Merci Claude Sicard, d’avoir su le rappeler devant cette assemblée de quelques cents personnes réunies dans la séance solennelle des Palmes académiques de ce jour. Merci, d’avoir su rappeler que la réflexion doit toujours précéder le réflexe souvent de bêtise, de lieu commun, de sens commun.  Merci de nous avoir rappelé que tous, artiste ou non, nous devons continuer de ramer en continuant de vivre et de créer comme le faisait si brillamment, si intelligemment et surtout si généreusement Albert Camus.

 

Et surtout merci d’avoir rappeler avec Camus que le virus de la peste n’est pas mort et qu’à tout instant il peut revivre et tuer ce qui peut se dire aussi  « Attention à la bête immonde ! »

 

Merci Claude Sicard pour ce joli conte humaniste d’automne qui comme tout conte emporte tant de vérités humaines à ne pas oublier. Jamais. Permettez-moi de terminer cet article qui rend à peine compte de votre splendide conférence, « tâtonnant, certes dans la lumière » mais éclairant vraiment magnifiquement cette matinée d’automne, permettez-moi donc de terminer par une petite conjugaison :

 

Je lis, tu lis, il ou elle lit, nous lisons, vous lisez, ils ou elles lisent Albert Camus  pour continuer d’être avec les plus humbles dans une solidarité généreuse de chaque jour, dans chacun de nos actes qui nous édifie homme ou femme de bonne volonté, « tâtonnant dans la lumière » des saisons de la vie. MJC

 

 

Pour mémoire sur notre grimoire :

Albert Camus a obtenu le Prix Nobel de Littérature en 1957, pour l’ensemble de son œuvre.

 ROMANS ET RÉCITS : L’Étranger (1942), La Peste (1947), La Chute (1956), L’Exil et le royaume (1956), La Mort heureuse (posthume, 1971).

 ESSAIS : L’Envers et l’endroit (1937), Noces (1939), Le Mythe de Sisyphe (1942), Actuelles (I. 1950, II. 1953, III. 1957), L’Homme révolté (1951), L’Été (1954).

 THEATRE : Le Malentendu (1944), Caligula (1945), L’État de siège (1948), Les Justes (1949).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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