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15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 19:57

J'arrive où je suis étranger

 

Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger


Un jour tu passes la frontière
D'où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu'importe et qu'importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon


Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l'enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux


Les arbres sont beaux en automne
Mais l'enfant qu'est-il devenu
Je me regarde et je m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus


Peu à peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d'antan
Tomber la poussière du temps


C'est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C'est comme une eau froide qui monte
C'est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu'on corroie


C'est long d'être un homme une chose
C'est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux


Ô mer amère ô mer profonde
Quelle est l'heure de tes marées
Combien faut-il d'années-secondes
À l'homme pour l'homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées


Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger


Louis Aragon La diane française

 

Aujourd’hui, j’ai appris le décès d’un de mes maîtres le professeur Birouste.  J’avais  22 ans, je commençais, fièrement, une licence en psychologie. Je revois le grand amphi, à Montpellier. J’étais assise au premier rang, près de l’allée de droite. Je l’écoutais attentivement, mon carnet neuf sur les genoux, mon stylo caressant ma joue. Il m’a appris ce jour-là, ce qu’écouter veut dire. Je n’ai jamais oublié son cours. Clinicienne, je suis devenue. Puis j’ai grandi. Je suis devenue doctorante, j’ai appris à penser, un peu différemment. Mon désir le plus cher aujourd’hui est d’unir mes deux modes de pensées : la clinique, j’avais 22 ans, la recherche, j’ai 66 ans. Comme un pont fragile et persistant, la poésie qui ne m’a jamais trahie. Larmes de mots, pause du sens, rires soufflés, souffles de l’intervalle.


Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre pour le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger


J’aime ces vers. Je les offre en exergue de ce jour à mon professeur, nous l’appelions « Birouste ». Ma vie durant, autodidacte, étudiant sans fin le savoir de la lecture, professionnelle écoutant la détresse, j’ai essayé d’être digne de son enseignement. Ma vie n’est pas finie, et je continuerai d’être ce qu’il m’a enseigné, à l’écoute des autres et du savoir de la psychologie et du livre.


Merci « Birouste ». Merci d’avoir été vous, Professeur universitaire d’excellence.


Ainsi s'achève mon blog "Les Inventeurs de lecture". A tous, bonne route et bonne lecture ! Marie-José Annenkov

 

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14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 20:04

Un ami 

 

Plus de 20 ans déjà 

Tourne le temps !

Tourne la vie !

Sablier,  je t’entends !

 

Son livre 

 

Moissac 1935,

Cayla assassiné !

Jean-Paul Damaggio

Editions La Brochure

Avril 2013

 

Un journal

 

Lire libre

Bimestriel des Editions La Brochure

Aujourd’hui : Janvier 2014, n°36, La Brochure, 124 rte de Lavit, 82210 Angeville

 

Un blog

http://la-brochure.over-blog.com 

 

Un article

 

Nous pouvons le lire dans ce numéro de Lire libre Janvier 2014, n°36. Ton article m’a émue. Je veux te dire une fois encore combien j’aime tes débats citoyens, animés, bousculés, bousculant, courageux. Ils sont peu nombreux ceux qui y participent mais si vaillants au changement !  Ils inventent une démocratie  dans laquelle chacun, chacune, tous, humbles et moins humbles conjuguent obstinément les expressions : « Êtres libres »,  « Être égaux », Être fraternels ». Ils le font avec leurs yeux fatigués de leur journée de travail, avec l’émotion dans leur participation, ils le font simplement, obstinément. Oui, l’ami, j’aime les débats que tu organises. Je n’ai pu être à celui-là ; alors, je vous fais place à tous, dans mon blog de ce soir. Je te remercie Jean-Paul de d’avoir fait don de ton article aux Inventeurs de lectures.

 

 Je me tais. Place à toi !

 

                                   Cayla-assassiné, le débat

 

Un immense merci aux 18 personnes présentes à Moissac au débat Cayla. Ce texte est le résultat de mon écoute.

 

J’écoute.

Par un hasard bénéfique, depuis longtemps j’écoute surtout les vivants (le goût de la vie) tout en laissant les morts vaquer à leurs occupations.

 

J’écoute les vivants.

Cayla-assassiné a laissé deux orphelines et une veuve qui, à cause de la loi des hommes, ont abandonné leurs noms au moment du mariage ou remariage. On pouvait les croire disparues. Elles sont bien vivantes, elles et leur descendance, simplement et digne-ment, habitées par quelques souvenirs, et rongées parfois par quelques incertitudes.

 

J’écoute le silence.

Ignorance et silence, ça rime beaucoup trop. En retrouvant l’histoire, non celle des on-dit mais celle des documents, sans chercher des héros mais de simples témoins, alors les souvenirs se font un peu lumière, alors les souvenirs construisent un savoir. L’historien n’est pas là pour remuer le passé : il vérifie seulement que le passé se répète dans ce qu’il a de mortel, quand il est réduit au statut de boue stagnante.

 

J’écoute les souvenirs.

Des souvenirs peuvent friser l’obsession quand la vie devient douleur, et alors l’oubli a quelques mérites. Faire surgir des fantômes n’est jamais une solution, sauf qu’aucun historien ne côtoie les fantômes mais toujours les vivants au présent. Ici l’obsession d’une veuve, d’une fille peut tenir à un fait : en sortant du tribunal, l’assassin presque acquitté, se donnant de grands airs, cracha sur les orphelines.

 

J’écoute l’indignation.

L’assassin de Jaurès comme celui de Cayla furent en effet acquittés par des jurés d’hommes « morts » pour qui, suivant une coutume établie, les victimes ne sont rien d’autre que des coupables. Semer la honte chez les gens honnêtes, c’est une forme de double peine. L’assassin ayant pignon sur rue, affichant sa superbe, se jouant de l’argent, des femmes, et de la vie, aura toujours l’audace de transporter sa propre « mort » à la face du monde.

 

J’écoute la justice.

Dans le débat, un homme, simple comme l’était Cayla, comme le sont l’ensemble des présents, rappelle alors, qu’un jour, Moissac, comme le reste de la France, a connu la Libération. Des Résistants sont entrés chez l’assassin, l’ont cherché en vain dans l’immense maison jusqu’au moment où l’un d’eux, avisant une armoire, pensa à l’ouvrir. L’homme était là, oubliant son envie de cracher, oubliant ses prétentions à sa vérité, caché comme un rat pris dans un piège mais sans que personne ne puisse savoir, si le temps d’un instant, il s’était senti vivant.

 

J’écoute l’assassin.

Il a tué sans émotion, il a vécu sans gêne, se faisant servir les gâteaux le dimanche. La réunion au cours de laquelle il a frappé mortellement celui qui avait été son copain au rugby, était présidé par un médecin Croix de Feu. Quand, au tribunal, on lui demanda pourquoi il n’avait pas secouru le blessé, il a répondu qu’étant stomatologue il n’avait aucun compétence pour soigner un blessé de la tête.

 

J’écoute le rugby.

L’assassin était deuxième ligne. Venant du Stade Toulousain, il avait été recruté en 1920 par l’équipe de Moissac. Il avait conservé des liens surtout avec l’équipe du quartier Saint-Cyprien, pépinière de Croix de Feu. Ce sont eux qui, à Moissac, organisè-rent le guet-apens assassin. On ne disait pas rugby mais football.

 

J’écoute le souvenir.

Un homme témoigne qu’en ce temps des années trente, avec d’autres militants, son père portait sur lui un modeste pistolet par crainte d’assassins aux gestes d’assassins. Et je crois reconnaître dans le ton calme et posé de cet homme, le ton calme et posé de son père qu’il m’arriva d’écouter de manière fugace il y a déjà tant d’années. Et je me souviens de mon propre père qui n’a jamais été chasseur, cachant au-dessus de l’armoire, aux temps si sales de l’OAS, un modeste fusil, par crainte d’assassins aux gestes d’assassins qui traversent l’histoire, le temps, et basculent parfois d’un bloc, d’un coup, dans l’horreur.

Assassins que seule la démocratie en marche peut éviter, je veux parler de cette démocratie qui n’est ni un point d’arrivée, ni une promenade de tout repos, mais une marche désordonnée vers un futur émancipateur, armé de nos souvenirs, et vers des débats toujours recommencés au sujet de gars comme Cayla-assassiné.

 

J’écoute le quotidien.

En aparté, un ami me rappelle que son père, de retour de Birkenau, s’est entendu dire qu’il avait échappé aux douleurs de l’Occupation et qu’en plus il avait travaillé pour les Allemands. Même si l’idéologie dominante est celle de la classe dominante, les vivants possèdent la capacité de dire NON à ce type de comporte-ment qu’est le fascisme à l’état originel. Un fascisme de toujours, une lâcheté sans limite, une attitude qui a ses théoriciens, ses dirigeants, ses maîtres, autant de chefs qui ne seraient rien sans le consentement tacite de milliers de morts-vivants, courant les rues en quête de victimes à travestir en coupables, pour oublier ainsi leur propre sort d’humains enfermés dans leur mort. L’Italien Primo Levi revenant des camps, s’est toujours dit : « Pourquoi moi ? Qu’ai-je fait pour être un survivant ? » Et il a écrit sa survie, pour que dignité s’en suive, chez ses voisins de palier. De retour de l’infamie, que les bons sentiments ne veulent pas regarder en face, Primo Levi a compris que si le fascisme d’hier avait besoin de tuer physiquement, son remplaçant plus «économe», préfère tuer mentalement, là où les droits d’exister ont fait un pas en avant, en terrassant un temps la bête immonde.           Jean-Paul Damaggio

 

Merci Jean-Paul, pour ton travail d’écriture de chaque jour, pour ta façon citoyenne d’enseigner l’histoire, de nous la faire souvenir dans la vie et dans les livres, dans tes archives toujours si fidèles qui traduisent tes heures de travail !

 

Bravo Jean-Paul ! Tu es  un sacré Inventeur de lectures ! MJA.

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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 11:57

Ainsi donc, nous sommes en 2014. L’Eternel en a décidé ainsi, du moins sous nos cieux. Nous le savons tous,  d’une culture à l’autre le Nouvel an répond à calendrier différent.

Dans la fraîcheur du matin, je traversais ma petite ville, admirant son fleuve et ses toits humides. J’avais raccompagné à la gare des amis chers qui m’avaient fait l’honneur de leur présence pour finir 2013 et commencer 2014. Je marchais dans les rues, comptant les rares passants. Je regardais le ciel. Je m’interrogeais. Ce que je souhaite le plus pour cette année ? Penser.  J’espère mener à bien ma difficile thèse, la soutenir en décembre 2014 et trouver quelque chose, du tout petit quelque chose, mais du quelque chose, du côté de 21 enfants, de leur mère et d’un album que j’aime beaucoup, d’Eric Carl La chenille qui fait des trous. Trouver un petit quelque chose du côté de l’éveil au livre et à la pensée.

Selon moi, la pensée justifie l’humain plus que tout le reste ; 2014 me fait peur de ce côté-là : « ça pense moins de partout » me semble-t-il et là où ça pense moins ce n’est pas bon. Oui, ce premier jour de 2014 me trouve inquiète. Et si Marine Le Pen allait bénéficier de ce laisser-aller de la pensée ? Je ne développerai pas. C’est une inquiétude viscérale, une inquiétude de femme. Cette inquiétude sera mes curieuses étrennes de cette année. Prenez-en soin et par votre travail à tous, évitez qu’elle ne grandisse.

Ensemble, en 2014, pensons l’humain. Pensons au mieux de nos savoirs et de nos livres, au mieux de nos engagements, au mieux de nos valeurs. La catégorie de mon blog « Devoir de pensée » ne témoigne pas d’une orthographe malhabile. Elle signifie Devoir de pensée comme Devoir de mémoire.

La pensée est un devoir du 1er janvier au 31 décembre et ceci chaque année. Le regard légèrement triste mais le cœur obstiné, j’écris donc :

Je pense, tu penses, il ou elle pense, nous pensons, vous pensez, il ou elles pensent.

Bonne année donc  et au boulot !!!  

NB. Comme  premier boulot de l’année,  j’attire votre attention sur la lecture de l’excellent livre de Charles Gardou, cet ami dont  je vous ai si souvent parlé, La société inclusive, parlons-en ! Il n’y a pas de vie minuscule. (érès 2012). Il dit avec force des valeurs fortes, il dit l’intelligence de ses lectures, son érudition,  mais surtout il exprime haut et fort  son combat auprès des personnes qui, certes souffrent, d’un handicap mais sont dotées  d’une si grande force de vie. J’aime tant  son chapitre  Il n’y a ni vie minuscule ni vie majuscule.  J’aime tant sa dernière phrase : « Il ne faut jamais se guérir du mal des autres ». J’ajouterai :

« Il ne faut jamais renoncer à panser  le mal des autres ni à le penser. »

Que penser soit notre verbe de 2014. Le voulez-vous ?  MJA

 

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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 07:51

L’enfant confronté à la mort d’un parent

Sous la direction de Patrick Ben Soussan

Erès,  2013

 

La nuit tombe lourdement du ciel.

Je commence à lire.

Je commence à ne rien ne lire. Je trébuche. Je n’y arrive pas à mettre du sens, à recevoir le sens, à l’accueillir, à le pressentir.

C’était un dimanche d’été. Il m’a dit : « A dimanche prochain ! ». Mais le samedi suivant, mon père mourait de la suite d’un accident de voitures,  au petit matin, sur une  route d’Auvergne. J’avais 11 ans, interdite d’enterrement, on m’offrit un livre sur la préhistoire et les dinosaures. Alors là,  je connus une des plus grandes colères de ma vie !  J’étais déjà coléreuse. On m’a retirée de la pension et je suis devenue « Le rayon de soleil de ma maman ». C’était ma mission.

Ce livre L’enfant confronté à la mort d’un parent, par la force  de travail puissante de ses auteurs Patrick Ben Soussan, Mireille Destandeau, l’Envolée d’Yves Navarre, L’Envolée de Roland Barthes, Magali Molinié, Wadjdi Moudwad, Michèle Benhaïm, L’Envolée de Jacques Doillon, Jacques Dayan, L’Envolée d’Harold Pinter, Jacky Israel, L’Envolée de Kitty Crowther, d’Elisabeth Brami, Tom Schamp et de Corinne Dreyfuss, de Marcel Ruffo, abritent les envolées au-dessus de ma vie qui chaque fois m’ont immobilisée. Mais à chaque fois, malgré la spirale se faisant nuage ou cyclone, j’ai recommencé à marcher et à lire et surtout à aimer et surtout à épeler le mot vie.

Ce livre qui prend à bras le corps les mots autour de la mort m’a immobilisée. Je ne peux conceptualiser la mort. Je ne peux lire sur la mort. Je ne peux symboliser ces adieux impossibles avec mon père. Ce blanc du noir est tatoué sur mon âme. Il est ancré dans ma mémoire. L’encre est indélébile. Mais la puissance magique des livres, par la pluie de signifiants qu’ils emportent, la grêle de lettres et de virgules, tracent nos passages, jusqu’au silence.

Ce livre s’est adressé à mon silence, par son titre, par son sujet même. Le livre parle  d’un sujet avec l’ambiguïté du mot sujet. Quel est le sujet du livre ? Quel est le sujet qui le feuillette ? Ce livre parlant à cette envolée blanche m’a immobilisée. Mais, il est bon, parfois, de ne plus avancer, de regarder en soi, de caresser la soie de ses mots et de ses morts. Il est bon, parfois, de se rompre le cou sur le sens d’un livre. C’est la force des bons livres que de provoquer cela. Proust parle des lunettes qu’il souhaite donner à ses lecteurs, afin que se regardant avec, ils s’y reconnaissent.

Je n’ai pu lire ce livre, mais je l’ai feuilleté attentivement. Dans le titre même, j’ai reconnu ce à quoi, j’ai été confrontée un instant de ma vie, toute ma vie : la mort d’un parent, une mort qui devait se jeter dans bien d’autres morts encore. Une mort inaugurale. J’ai alors, intérieurement, remercié les auteurs de s’être penchés sur  ce travail de symbolisation de l’enfant confronté à la mort d’un parent.  Au prix d’une plongée dans leurs propres chagrins. On ne dira jamais assez la générosité des écrivains.

Un livre qui parle d’envolées. Les leurs, dans le temps des souvenirs, celles de leurs patients, celles tragiques de leur de famille.  « Tu crois, toi qu’on peut arrêter de mourir ? » dit la petite qui va devenir orpheline. Oui, de l’insoutenable, malgré ce coquelicot, fleur de toutes les mémoires, fleur que j’aime tant.

Oui de l’insoutenable que je n’ai pu soutenir mais que je vous invite à soutenir.

Un livre à lire ou à ne pas lire, selon l’état de soi, mais un livre à avoir chez soi ou sur son lieu de travail.

Le temps venu, je lirai plus avant  L’enfant confronté à la mort d’un parent. Il faut un temps pour lire un livre. Parfois, il nous devance, nous attend. Certains livres sont mystères qui se terrent et nous font taire. Ce livre fait partie de ceux-là.

Nécessaire lecture, pour l’enfant que nous avons été. Nécessaire lecture pour parler avec les  enfants  de l’envolée d’un de leur parent.

L’enfant confronté à la mort d’un parent.

Dire. Ils ont écrit sur ce dire. Les lire. MJA

 

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 09:49

Les élèves face à la Shoah

Lieux, histoire, voyages

Jacques et Ygal Fijalkow

Presses du Centre universitaire Jean-François Champollion

297 pages

Albi. 2013.

   

Je vais vous dire pourquoi, j’ai tant aimé ce livre.

 

J’ai aimé son enjeu : introduire les jeunes à la pensée qui doute, à la  pensée non-totalitaire, leur apprendre à repérer avec Piotr M.A Cywinski, directeur du Musée d’Auschwitz, les quatre éléments terribles, toujours actuels, que sont la frustration, la haine, la violence et l’élimination.

 

J’ai aimé cette façon d’élaborer une Pédagogie de la Shoah, sans oublier de citer madame Simone Veil : « Si la Shoah constitue un phénomène unique dans l’histoire de l’humanité, le poison du racisme, de l’antisémitisme, du rejet de l’autre, de la haine ne sont l’apanage d’aucune époque, d’aucune culture, ni d’aucun peuple » (p.103). Simone Veil parrainait le 6ème colloque de Lacaune dont ce livre constitue les actes. Ce colloque s’est tenu les 17 et 18 septembre 2011.

 

Ils étaient tous là, ceux qui ont écrit les chapitres de ce livre. Ils sont venus de partout, de France, bien sûr,  mais aussi de d’Europe, mais aussi d’Israël. Ils sont venus pour raconter une pédagogie qui dit la vie après l’horreur du génocide. Ils sont venus pour nommer, raconter, interroger, leur travail, lui donner sens et persévérance.

 

  Est-ce possible, par cars entiers, d’emmener des jeunes découvrir ces camps ? Est-ce possible et si oui pourquoi ?

 

Les voyages de mémoire viennent scander l’impossible lecture du réel des camps de concentration. Là où il n’y avait que mort, horreur, immobilité, l’enfance va venir se glisser, interroger, réfléchir, recueillir des images et des témoignages. Ainsi donc les camps de concentration peuvent-être lus par des regards légers de jeunesse, ainsi donc des élèves accompagnés de leur professeur peuvent-ils traverser l’empreinte des camps de la mort ?  Empreintes et traces vont surgir de ces voyages pour faire mémoire. Comme une vie mode d’emploi, il va falloir reconstituer l’histoire de ceux qui ont précédé le voyage, il va falloir rapiécer les trous d’une mémoire collective qui glisse, se répète, se cache et s’échappe dans des archives d’un passé à faire revivre sans traumatiser. L’enjeu de ces voyages est transmettre de la mémoire à des jeunes, inventer une pédagogie, un accompagnement pour ces jeunes. L’enjeu est de continuer la métaphore du savoir dans un temps suspendu par les mots des enseignants qui accompagnent, est de tenter de crever un abcès de silence qui ne sera jamais crevé, un abcès d’impossible et d’indicible dans la conjonction de cette métaphore qu’est l’enseignement qui va se nicher dans ces voyages. Une nidation intellectuelle, pour reprendre l’expression que j’aime tant de Tony Laîné à réaliser pour tous ces jeunes qui ne savent pas et qui savent tant, souvent par l’histoire de leurs grands-parents ou arrières grands-parents, juifs ou non, qui ont dit ou n’ont pas dit. La métaphore creuse la vérité de l’histoire dans le long, si long passage du silence et de la honte de l’humanité. Les voyages vont donner parole et émotions aux archives si précieuses, aux cours des professeurs dans les lycées si sages.

 

Ce livre raconte  l’expérience, la traversée du temps de ces jeunes avec leurs enseignants, le déni toujours tentant des génocides. Ce livre raconte comment  abordant  l’autre rive de la raison humaine, ces jeunes et leurs professeurs vont vivre debout, les yeux ouverts sur l’empreinte des camps, comment par leur jeunesse ou leur maturité ils vont transcender l’histoire et donner vie aux archives. Certains deviendront historiens mais d’ores et déjà ils seront citoyens porteurs d’histoire et de passé. Ils seront grâce à leur professeur passeur, porteurs lucides du passé des camps de la mort. Ils découvriront  « le devoir de  penser » bien plus que le « devoir de mémoire »

 

  Mais ces voyages ne s’improvisent pas. Leur enjeu est trop important pour cela. Ce fut donc l’objectif du Sixième colloque de Lacaune de tracer « les cartes de tels voyages » et d’en recueillir « les souvenirs de voyages ». C’est donc l’objectif de ce livre de recueillir dans l’écrin précieux de ses pages les témoignages de  tous. Témoignages relatifs à la pédagogie, à l’implication de tous dans ce travail de la mémoire, relatifs aux  modalités de préparation, aux  réflexions des élèves, à la symbolisation  nécessaire de la culpabilité mais aussi à l’avènement  de la responsabilité. Une déportée à Bergen Belsen, interroge dans un chapitre la pertinence historique de ces voyages, dans un autre chapitre des professeurs d’Israël parlent de la pertinence de ces voyages dans l’enseignement de la Shoah en Israël. Un autre chapitre, celui de Jackie Feldman, venu également d’Israël pour témoigner de son expérience,  est riche d’enseignement pour la paix parce que l’auteur souhaite introduire les jeunes par ces voyages à une réflexion approfondie sur « des catégories morales, religieuses et ethniques ». De même, Ygal Fijalkow, se penchant sur  le travail de ce  chercheur interroge p.192 : « Feldman s’interroge et à l’aide de ses observations, des questionnaires, des entretiens et des journaux intimes qu’il a recueillis pendant huit ans, invite le lecteur à réfléchir aux dérives possibles d’un voyage, qui à travers l’émotion et la colère qu’il suscite chez les jeunes, pourrait servir de caution légitimant la souveraineté israélienne et inculquant le devoir national. » Ygal Fijalkow, à partir d’une étude approfondie de divers auteurs israéliens, pose avec clarté les préoccupations et les relations complexes que les Israéliens entretiennent avec la Shoah.  Chapitre complexe à lire pour se donner les moyens de sortir des lieux communs.

 

De nombreux passeurs d’histoire parlent dans ce livre courageux, dans ce livre à multiples voix, à multiples vies, qui raconte avec intelligence et sensibilité des voyages dans une pédagogie du temps, de l’espace, de la mémoire. Un livre qui invite les jeunes à grandir grâce à nous tous passeurs responsables.

 

Epoustouflant ce travail de tous !

 

Les auteurs Fijalkow, père, Jacques et fils, Ygal, ont porté ce projet de colloque, d’écriture et de publication  avec une énergie, une intelligence, une générosité étonnante. Ils en sont récompensés par la publication si méritée de cet ouvrage, dans un monde où il est difficile de penser le meilleur pour les jeunes, c’est-à-dire de les aider à symboliser ce que nous même adultes, avons tant de difficultés à symboliser, je veux dire le mal absolu : La Shoah. MJA

   
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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 09:18

Je bibliographise, tu bibliographises, il ou elle bibliographise, nous bibliographisons, vous bibliographisez, ils ou elles bibliographisent !

  Entre rire et sourire

Avenir retrouvé

Espéré

Dompté

Caressé...  

De livres et de liberté ! MJA

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 11:22

Traces de lectures,

Sentiers de lecteurs

Lire, un acte de formation au quotidien

François Texier

L’harmattan, 2006

 

         Ce livre, m’a été indiqué par mon amie Catherine Bardy, libraire  « Des livres et vous » à Sarrant (Gers). Je veux dire encore combien l’amitié est importante dans la découverte de nos livres mais aussi combien est importante « une vraie » libraire qui prend le temps de nous écouter dans nos désirs de lecture et de nous conseiller avec intelligence et précision. Ce qui est le cas de Catherine et Didier. J’ai une formation à préparer sur nos chemins de livres et nos pratiques professionnelles (voir commentaire récent : Une formation de Ressources et territoires) et donc, Catherine m’a mise entre les mains le livre dont je vous parle aujourd’hui et je la remercie.

 

         La quatrième de couverture nous apprend :

 

« Docteur en sciences de l’éducation et ingénieur d’études à l’Université de Nantes, François Texier reprend ici un thème travaillé en troisième cycle. Il l’expose avec une autre plume, entre essai et roman de formation. »

 

« Une autre plume, essai et roman de formation ».  En effet, ce qui rend ce livre passionnant, c’est son étrange forme : à la fois rigoureuse, comme peut l’être celle d’une thèse de doctorat, à la fois « libre » comme peut l’être celle d’un roman ou d’un essai. Durant tout l’ouvrage, j’ai été séduite par ce style alliant contrainte et liberté, comme si la syntaxe de ce travail était métaphore de son contenu : la lecture qui dit avant tout « contrainte et liberté » que nous transmet François Texier, avec brio et intelligence, ne renonçant ni à l’humour ni à l’érudition, ni au savoir ni à la poésie. C’est pour cela que j’ai tant aimé ce livre même si au début il m’a surprise, voir même déstabilisée. Mais la lecture, c’est cela aussi : de l’étonnement premier sur la connaissance, cet étonnement qui engendre de la co-naissance ; ça aussi, il le dit. Un étonnement qui court comme un doux murmure lors de la lecture de ce livre rigoureux sur le savoir de la lecture, celle que nous nous formons et celle qui nous forme.

 

Première partie : Former la lecture :

 

François Texier reprend les idées de  Picard (dont il faudra bien que je vous parle un jour, mais j’ai tant à faire pour vous servir !). Selon Picard la lecture est un processus d’information, pragmatique, d’évasion, de distraction, elle est prétendument professionnelle ou critique, elle peut-être aussi un art.

 

L’hypothèse générale de l’auteur est que la lecture répond à des contradictions paradoxales. J’aime cette approche « paradoxale » de la lecture. Le paradoxe d’un objet de savoir, selon moi en fait toujours progresser sa connaissance. Il était une fois Janus... et donc paradoxe d’une lecture qui s’inscrit dans  :

 

-         sérieux/jeu

-         utile/gratuit

-         travail/loisir

-         capitalisation/dépense improductive.

 

Ce jeu paradoxal de la lecture m’intéresse car il donne sens à l’ambivalence des adultes face à l’acte de lecture des enfants : acte qu’ils encouragent dans le devenir de sérieux mais à la fois qu’ils réprimandent dans son côté gratuit et ludique (« tu devrais faire tes devoirs au lieu de lire !). L’enfant qui apprend à lire est souvent pris dans cet injonction paradoxale parentale. Ne l’oublions pas quand la lecture fait dysfonctionnement. Soyons à l’écoute de cette injonction paradoxale, qui s’instaure, le plus souvent,  à l’insu des adultes qui la portent et la font porter  à l’enfant en difficulté de lire.

 

L’auteur nous rappelle ensuite que lire c’est cheminer dans un temps et dans un espace et c’est ce cheminement qui génère l’acte créatif.

 

Former la lecture, c’est apprivoiser ses livres et ce n’est pas chose simple, nous dit l’auteur et j’associe (car lire et apprivoiser ses livres et donc celui-là, c’est aussi associer sur son savoir antérieur) sur ma question de thèse : comment les jeunes enfants s’approprient-t-ils  (apprivoisent-ils)  leurs livres d’images avec une hypothèse : la  tendre mère, la douce mère, l’affectueuse mère, bref la maman, « suffisamment bonne », est la bienvenue dans ce processus d’apprivoisement !

 

Je continue ma lecture  : Texier parle d’interaction (auteur/lecteur) et de partage (partager le livre avec d’autres) . Apprivoiser les livres ce serait donc s’inscrire entre interaction et partage. Voilà qui m’éclaire bien pour ma thèse ! Observer comment l’enfant s’approprie le contenu du livre (l’apprivoise par les images et la narration sémantique) et le partage (avec sa mère). On peut donc mentionner le livre lieux d’interaction et de contenu social. Je pense alors aux travaux de Malrieu, de Wallon, de Vygotski. Oui, ce livre de Texier me rend libre d’associer dans une lecture féconde et je suis donc heureuse de le lire et de l’apprivoiser dans la double contingence de ma lecture : une formation proche et ma thèse. Texier, comme Sartre et Eco (pour reprendre ses références) insiste sur la contingence de l’acte de lire. Il reprend la définition très intéressante d’Eco qui définit l’œuvre comme un champ de possibles dont la lecture n’est qu’une possibilité, comme un chant possible et là Texier se fait poète, utilisant la dimension métonymique du langage. J’aime. Mais la métonymie si elle introduit pour notre plus grand bonheur de lecteur,  la poésie, elle introduit le risque : le risque de trahir comme le risque de se trahir, le risque aussi de la culpabilité de « mal lire ». La lecture est lieu de culpabilité. Ne pas oublier non plus cela quand on s’occupe d’illettrisme. Culpabilité d’une barbarie invaincue qui transmettrait mal « l’intelligence du livre ».

 

         Ce qui nous amène à la seconde partie

 

Formé par (pour) la lecture :

 

Et donc en quoi le livre forme-t-il au quotidien ? En quoi suivre ses traces sur nos sentiers de lecteurs font de l’acte de lire un acte de formation au quotidien ?

 

Ce qui nous forme, c’est d’apprendre à nous situer dans une dialectique symbolique essentielle à l’humain : se taire et parler. Le livre nous pose dans cette dialectique là du livre  fermé (lieu de silence) et ouvert (lieu de parole). La lecture comme dialectique du dire et du taire, du texte présent et absent, de la lettre qui peut disparaître et revenir. Une stagiaire, je me souviens,  m’avait confié un jour son étonnement, sur l’information  toujours là d’un texte, trois ans après sa découverte ! Je n’avais su que répondre devant l’évidence tourmentée de sa question sur le symbolique.

 

Ce qui nous forme, c’est d’être un témoin non passif, qui nous positionne messager actif du texte par l’acceptation de l’interaction lecteur/auteur (Picard).

 

Ce qui nous forme c’est de générer par notre acte de lire un acte de citoyenneté (partager avec l’auteur et avec d’autres). Du côté de Calvino . Texier le dit fort bien : le lecteur existe, certes par sa lecture mais aussi par le partage de sa lecture. A ce point, j’associe sur la création de cette belle association, Le livre ouvert à laquelle j’avais contribué largement et qui m’avait définitivement introduite à la conceptualisation de ma pratique des ateliers de lecture (Je vous invite à lire mon livre efficace sur la question des ateliers de lecture : Madame, je veux apprendre à lire ! Erès 2008).

 

Ce qui nous forme, c’est d’accepter de découvrir un autre monde que le nôtre et de nous souvenir de cette découverte, d’en recueillir la trace pour continuer de lire et d’avancer sur nos sentiers de lectures.

 

Mais je continue ma lecture.

 

Ce qui nous forme, c’est grâce aux livres, de nommer le monde et de ce fait ne plus le subir, l’inventer, le saisir, le recueillir dans toutes ses subtilités, ne plus avoir peur du complexe, refuser le manichéisme d’une pensée totalisante, sans poésie, tyrannique, étouffante et mortifère, ouverte à la barbarie parce que refusant la différence. La lecture nous forme parce que nous apprend que chaque texte peut-être lu différemment selon... la contingence. Ces  « selon », cette « contingence »  inventent la liberté.  J’aime lire Texier qui interpelle le lieu commun : « lire, c’est être libre. » Il cherche à le démontrer bien plus qu’à l’affirmer ! Bravo pour cette démarche rigoureuse et nécessaire !

 

 Oui, la liberté transmise par les livres passe par leur contingence et le relatif du sens , par la contrainte et le mouvement, par des « selon » et du pluriel, par un refus du totalitarisme du sens allié au respect de sa singularité livrée par l’auteur qui s’inscrit dans la symbolique du langage commun à tous.  La devise des lecteurs pourrait-être :

 

Liberté et respect du sens et des hommes qui l’écrivent et le lisent !

 

Oui, le livre est porteur de liberté mais il faut savoir pourquoi. Il faut savoir le dire, l’écrire, le transmettre. Oui le livre est liberté mais nous devons chaque jour nous mettre au travail de la transmission de cette idée, entre poésie et rigueur, entre intelligence et évasion, entre métaphores et érudition. Ce que fait, avec talent,  François Texier dont les sources de son  travail sont si riches, si plurielles. Son champ de lecture est large, son possible me ravit, son chant me ravit. (Voir sa bibliographie).

 

Enfin, je ne veux pas oublier de transmettre cette idée de l’auteur : le livre est porteur de liberté, le livre est formateur parce qu’il est porteur de création. Lire est un acte créateur qui fait appel à notre savoir antérieur, toujours à remanier. J’aime quand ma directrice de thèse, Chantal Zaouche-Gaudron, me dit : votre texte (si laborieusement écrit !) est intéressant mais il faut remanier le plan. Certes, c’est du travail mais comme c’est passionnant de relire mon texte et de le remanier avec du savoir nouveau ! Le sien, le mien, dans une interaction féconde. La lecture se situe, émergeant du présent, dans le temps de l’avant et de l’après qui invente « le futur libre » !  (Dans mon enthousiasme, j’invente ce temps de conjugaison !!!) Oui, alors, la lecture est formatrice.

 

La lecture est formatrice de liberté, avec les verbes : découvrir, choisir, se souvenir et transmettre sa joie de lire, de connaître et d’apprendre dans l’immensité des livres et de l’univers qu’il nous permet d’explorer, dans le recommencement de l’être, dans le recommencement de nous-mêmes et des autres, dans le recommencement de l’univers, dans l’étendue féerique du symbolique. « Il était une fois.. »  des lecteurs qui lisent des auteurs et refont le monde. Presque meilleur si possible... Chiche !

 

Magnifique, ce livre de François Texier ! Merci à lui pour ce don de lecture et d’écriture. Merci à lui pour ce don d’humanité (s).  Bravo !

 

Et dans un enthousiaste « futur libre », conjuguons avec François :

Je lirai, tu liras, il ou elle lira, vous lirez, ils ou elles liront 

Si on est courageux on peut le conjuguer à tous les temps, ! MJA

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Le devoir de pensée
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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 22:07

Proust, dans les premières pages de son livre intitulé Sur la lecture  évoque ses premiers livres d’enfance, ses livres préférés, qu’il compare à des calendriers, alors j’ai souligné le mot calendrier. Ce qui me paraît essentiel dans ma longue pratique du livre c’est de le repérer comme un Temps. Les mois du moi. Ce soir, je suis plombée par la fatigue d’une lecture difficile dont je vous ai parlé les jours précédents, un essai de Ricœur intitulé Identité personnelle et identité narrative. Parfois, je lis comme une araignée tissant sa toile et mes fils de lecture s’enchevêtrent dans des liens imprévisibles. Une telle lecture me demande un grand effort intellectuel et me laisse épuisée sur mes pages. Lire peut se faire un lent  labeur du temps par le temps.

 

Je vais me reposer, laissant reposer mes lectures difficiles mais passionnantes de ce jour. Je sais combien l’élaboration de la nuit est précieuse. L’acte de lire est parfois comparable à l’acte de cuisiner. Laisser reposer le temps,  un temps. Je cherche du côté de Ricœur et de Proust. C’est difficile mais je le pressens essentiel. Situer l’homme dans son historicité, appréhender l’historicité par le récit et ça commence dès l’enfance. Avec les livres l'enfant rencontre son historicité et apprend à traiter avec elle. Mais c'est dur, alors il le fait dans une interaction avec un adulte, souvent sa maman qui de son corps écoute ses "encore, maman !"

 

Parfois, comme aujourd’hui, lorsque je lis un livre difficile, je m’identifie à l’enfant qui découvre son livre, alors qu’il n’a pas les moyens de conceptualiser seul et qui de fait a tant besoin d’être accompagné pour ne pas s’épuiser psychiquement. Je pense aussi à ceux qui sont en difficultés scolaires, je sais à quel point il est difficile de lire un livre difficile, seul (e). Lorsqu’on cherche du côté de l’enfance, il est bon parfois de retrouver avec empathie ce que l’enfant peut vivre... Par exemple ce soir, après ma plongée dans Ricœur, après mon exploration solitaire, entourée de gros baobabs et de phrases-lianes, j’ai sommeil comme une enfant qui toute la journée a appris à lire... Une chanson douce que me chantait ma maman ... Dodo !

 

A suivre... Du côté de chez Swann, non pardon,  de chez Proust et de chez Ricœur et même si vous êtes sages du côté de Bruner. Ma colombe en résine me regarde perplexe. T’as pas bientôt fini de cracher des mots savants, me dit-elle ! Je lui réponds que moi, j’aime les mots savants. Je ne sais pas pourquoi. Depuis toujours, c’est comme ça. Les mots savants ça me repose de moi-même.Le premier mot savant que j'ai appris était "éditeur" mais je le confondais avec le mot "auteur". Ainsi, un jour un adulte de ma famille me voyant toujours plongée dans mes livres m'avait demandé qu'elle était mon auteur préféré et j'avais répondu sans hésiter "Nathan" ! Mot d'enfant authentique qui en disait déjà long sur mon ipséïté dans un de ses désirs de vouloir être écrivaine publiée !

 

Une pluie d’étoiles tombe sur mon cœur heureux d'adulte abritant toujours et toujours son enfance (et si l'ipséïté c'était l'enfance en plein vol de son histoire déployée dans le temps de l'éternité de notre vie ?) mon coeur heureux d’avoir tant étudié mais maintenant,  j’ai trop sommeil ! MJA

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Le devoir de pensée
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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 21:53


Une barre d’oubli

Tombe sur mon établi

Enlisée dans mon silence

je vis l'impossible dit

 

Dans le soir

Se tait mon savoir

Je suis plongée dans le noir

D’une mauvaise rime

 

Ma colombe toute triste

Regarde ma sombre gare

Sans trains ni voyageurs

Destinations perdues

 

J’ai tout oublié

Je ne peux écrire

Ni les livres

Ni l’enfance

 

Chercheure sans recherche

Je me tais

Je disparais

Dans la honte des pages blanches

 

Je pleure d’impuissance.

 

MJA

 

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Le devoir de pensée
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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 19:36

 

 

Dans son très beau livre "Lire aux éclats", Marc-Alain Ouaknin parle à propos de la question de la Thora de « La convulsion de la question ». Je trouve cette expression splendide et je vous laisse la découvrir dans son contexte en vous invitant à lire son livre en entier qui est vraiment passionnant comme celui intitulé "La bibliothérapie". Marc-Alain Ouaknin est un Maître pour moi.

 

Ces jours-ci, je suis confrontée à une difficile tâche : ma directrice de thèse m’a demandé d’écrire 80 pages pour décembre. (Elle me l’a demandé en juin, mais bien sûr, j’ai vécu, oubliant de chercher et donc d’écrire). Me voici confrontée douloureusement à ma question de thèse qui se convulse tant et si bien que je ne sais même plus ce que je cherche ! Je suis en proie à un abominable paradoxe : à la fois ma tête explose des milliers d’heures passées à lire des milliers de pages sur le livre, la lecture, les enfants, leur mère, sur Winnicott et quelques autres et à la fois j’ai la sensation  d’être d’une ignorance crasse ; je suis un gouffre de silence sans fond sur ma question de thèse, qui donc, se convulse dans tous les sens en proie à son silence obstiné. L’horreur des pages blanches !

 

Le devoir de pensée sait se faire parfois un vrai supplice neuronal !

 

En plus, une méchante laryngite me laisse sans voix, migraineuse, nauséeuse. En plus, j’ai un terrible mal de dos et une toux très douloureuse. Ce n’est vraiment pas mon jour.

 

Mais courage Marie-José !

 

Demain sera un autre jour ! MJA

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Published by Marie-José Annenkov - dans Le devoir de pensée
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