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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 20:32

 

Le dit de l’ancêtre

 

Mamie, vous vous êtes endormie

épuisée par votre longue vie.

Vous étiez de nous tous, l’ancêtre.

 

A mon tour, je deviens la femme la plus âgée de la famille. A mon tour, je suis l’ancêtre. Cette étonnante certitude, si nouvelle m’étreint de douceur et de fierté.  Pressentant cette étonnante vérité, j’ai laissé blanchir mes cheveux et mon visage enneigé par les années se tourne vers vous avec tendresse.

 

Serai-je une ancêtre digne de votre affection ?

 

Je vous cuisinerai à tous de bons petits plats, des douceurs de toutes les couleurs. J’écouterai vos chagrins comme vos rires. Vous me confierez vos amours et vous rirez des miennes mais surtout, je vous transmettrai, c'est  mon voeu le plus cher, mes valeurs de vie, mes rêves réalisés d’un monde presque meilleur pour lequel toute ma vie, avec vigueur, avec rigueur, j’aurai lutté, marchant, lisant, écrivant, espérant.

 

Hier, je me souviens, dans le ventre de ma mère, je lisais ses livres d’après-guerre. Puis, j’ai grandi, je suis allée à l’école,  avec ma maîtresse, j’ai appris à lire. Là, a commencé ma longue épopée. Je suis devenue Pinocchio, Alice au pays des merveilles, Cendrillon, La Belle au bois dormant et Gretel, la grelottante. Puis j’ai connu mon premier deuil, j’ai grandi encore. J’ai lu Don Quichotte, Marcel Proust. J’ai lu  Katherine Mansfield et Simone de Beauvoir. J’ai lu Verlaine, j’ai lu des livres du monde entier.

 

L’ancêtre devenue, n’a d’autre souhait que de mettre à vos pieds, la sagesse du monde et des hommes. Cette sagesse existe. Il faut y croire mes chéris. Croire en cet espoir, c’est déjà la créer. Ce sera ma force de vous transmettre, le monde et son espoir.

 

Je vous transmettrai l’amour de la vie et de tous. la longue espérance, des caresses blondes. Je vous transmettrai la ronde du monde


Je vous transmettrai mon âme de femme

 

Femme-enfant, enroulée d’ années

Déroulée dans le temps de l' amour

Potelée, ridée, je ne sais

Entre rires et larmes

J’ai grandi, j’ai vieilli

Je ne le saurai jamais

Dans le son d’une guitare

J’ai refusé mes Trop Tard

 

Je vous transmettrai les rythmes du temps

 les rythmes de la vie

  l’arythmie du désir

  mes  éclats de rire

 

Je vous transmettrai mon regard sur les immenses vagues perlées d’algues. Un jour, entre deux soleils ou une nuit entre deux lunes, à mon tour, je m’en irai, vous transmettant, entre deux cris, entre deux souffles, celui de ma naissance et celui de ma presque mort, ma vie, celle que j’aurai tant aimée du premier jour au dernier jour de mes Toujours et de mes Peut-être


Temps, je t’attends ! Je n'ai plus peur.

 

 MJA, l’ancêtre.

 

 

 

 

 

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26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 14:45

Ses eaux

 

Naître d’une graine de soupir

la vie rime à la sueur de l’origine

du corps de la mère pétrie

dont le désir rate la source

dont les yeux clos rit au père rêvé

puis, ses lèvres larguent l’espoir.

Elle n’entend plus la langue éprise

de l’amour.

Ses années rament sans nuit, sans lui.

Elle aimerait

la route mais n’ose pas

gommer les peurs barbelées.

Le voyage dans ses eaux encore

se repose

encore, son cœur gratte de sa perte.

 

Octobre 2006, Margit Molnar

 

Margit, mon amie, gomme tes peurs barbelées, comme j’ai presque gommé les miennes et prends la route ! MJA

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 19:42

 

Regarder l’enfance

 

Jusqu'aux bords de ta vie
Tu porteras ton enfance
Ses fables et ses larmes
Ses grelots et ses peurs

Tout au long de tes jours
Te précède ton enfance
Entravant ta marche
Ou te frayant chemin

Singulier et magique
L'œil de ton enfance
Qui détient à sa source
L'univers des regards.

 

Andrée Chédid

 

J’aime Andrée Chédid et j’aime ce poème, dans le sillon duquel, j'écris l'univers des regards de mon enfance.

 

Mon enfance bien sage détient à sa source l’univers des regards : les meilleurs et les pires ; ceux qui nous tiennent chaud et qui nous glacent ; ceux qui nous désespèrent comme ceux qui nous offrent l’espoir. Ceux qui nous sortent du noir et inventent la lumière.

 

La lumière de l’autre vers qui s'envolent mes regards.

 

Merci Andrée Chédid.

 

MJA

 


 

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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 21:57

Paris, ma ville natale

Ma ville foetale

Ma ville fatale

Comme je t’aime !

 

J’aime ton ciel

Qui dans mon coeur

A chaque pas

Dépose son miel doré

 

J’aime tes rues

Tes longues avenues

Tes arcades bleutées

Qui courbent ta beauté

 

J’aime tes jardins

Les bancs solitaires

Qui attendent ma venue

Dans le temps des pigeons

 

J’aime ta cristalline

Et fragile Pyramide

Tes musées

Leurs richesses

 

 

  J'aime ton fleuve, la Seine

Sur ses berges si anciennes

J’avance comme une reine

De l’amour et de ses Toujours

 

J’aime tes secrets

Tes ruelles cachées

Tes cours fleuries

Tes vieux pavés

 

J’aime le Boulevard Saint-Michel

Le Luxembourg et son bassin

Les Tuileries et la Place des Vosges

Ses cafés et ses lumières

 

Paris, accepte mon poème

Sans rimes ni raison

Accepte mon infini

Bonheur

 

D’être à Paris !!!

 

MJA

 

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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 21:41

HIVER

 

         Des quatre saisons je te dirai le nom

         je dessinerai les formes de l'amour

         dans un souffle je te livrerai mon âme

         mon corps et tout son or

         Je te dirai mon printemps

         quand l'espoir se conjugue à tous les temps

         Je te dirai l'été, les champs de blé

         je te dirai l'automne quand les feuilles jaunes tombent

         donnant au temps une belle robe dorée

         je te dirai peau d'âne et le prince charmant

         je te dirai l'amour qui dure toujours.

 

         Mais si je te donne des quatre saisons

         le temps tout rond, tout blond, tout long

         mon hiver, tu le prendras dans tes bras

         mon hiver, tu l'aimeras

         tu m'aimeras

         avec mes yeux cernés, mon corps voûté

         mon regard brouillé si triste

         tu aimeras mon brouillard et ce qui en moi trébuche

         mes inquiétudes absurdes

         mes sentiments comme des icebergs à la dérive

         Tu m'aimeras quand ma fatigue m'habite

         quand le noir me ronge dans le glacial songe

         d'une nuit d'hiver.

 

         Tu m'aimeras passionnément

         malgré les flocons qui enseveliront mon âme

         Tu aimeras mon hiver et ma solitude

         j'aimerai ta solitude et ton hiver

         Ensemble, au chaud,

         nos corps enroulés dans l'hiver

         nous attendrons le printemps

         celui de tous les temps.

 

         Eté 2014, MJA

 

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 19:54

 

            J'appartiens au monde, un monde de bruit et de fureur, qui à toute heure vit et gronde mais connaît aussi la douceur et les couleurs, j'appartiens au monde des hommes et des femmes qui luttent pour la paix partout, à ceux qui disent non au racisme, à l'injustice, qui aident les immigrés à obtenir des papiers légaux, j'appartiens au monde de ceux qui disent non aux religions quand elles engendrent des guerres meurtrières, et des préjugés archaïques, j'appartiens au monde des femmes qui disent non aux hommes quand ils font d'elles des opprimées ou des êtres intensément peu  reconnus, j'appartiens au monde des idées quand elles se font valeurs, humanité, j'appartiens à la peinture, à la musique, à la sculpture, à la danse, au chant, à l'opéra, j'appartiens au monde des arts, de tous les arts, au monde des fleurs, des jardins, des beaux paysages, des frais bocages, des volcans, des lacs, des déserts, j'appartiens au monde éclairé par la lune, pleine ou en croissant, parfois rousse, j'appartiens au monde ensoleillé par nos regards à tous, endeuillé par nos ténèbres, j'appartiens au monde de ceux qui travaillent parfois le jour, parfois la nuit pour que ça continue de tourner, de rouler, de rire, de pleurer, de lutter le poing levé, j'appartiens aux forêts , aux montagnes, aux chemins, aux plaines, aux coquelicots dans les vagues d'été, à l'espoir, à l'amour quand il dit toujours, à la fraternité dans les contours de l'égalité et de la liberté, j'appartiens aux corps et aux décors, à mes proches si proches, à mes amis, à mes choix de vie, j'appartiens aux tambours et au tam-tam, aux violons ceux des sanglots longs, j'appartiens au ciel bleu ou plein de nuages, j'appartiens à l'orage qui dit ma rage, ma cage, ma plage, ma page, mon âge trop sage,  j'appartiens au monde du sucre, du jasmin, de la menthe et du miel, au monde des arômes, des épices , des saveurs, des parfums, des odeurs, des empreintes, j'embaume, je suis une fleur, mais surtout j'appartiens à mes livres, à ma bibliothèque et à ses écrivains, mes hôtes, à perte de mots, de pages, de lignes, jusqu'au bout de l'espoir,  jusqu'au bout de mon temps retrouvé, de mon désir révélé, de mon âme envolée, j'appartiens à mes lectures, mon bien si précieux, mon être carillonne dans les secondes éclatantes, fracassantes de leur silence à tous,  dans un tonnerre de lumière qui jaillit, illumine, éclaire, c'est la fête, j'appartiens tout entière, corps et lettres à cette fête, je continue, je progresse, je recommence sans cesse, j'invente, j'inventorie, je recopie, j'écris, je vis et dans le temps d'un clin d'œil, d'un sourire, dans le temps de la fraternité, de la communion créative, dans l'enthousiasme assumé, dans les valeurs partagées, je vis, j’existe, j’écris, je lis, j’avance, seule et avec tous. Un jour immobile, je fermerai les yeux et je partirai, je n'appartiendrai à plus rien d'autre qu'à la terre, je serai sans sève et sans rêve mais appartenir au monde aura été ma chance, mon privilège, mon espérance,  transmettre, promettre, habiter mon hymne d'un trait, l'écrire pour ne pas mourir, pas encore, parce que me souffle Perros dans ses Papiers Collés de talent "Le génie, c'est d'écrire  quand on n'a pas envie d'écrire. Mais de vivre". Jeanne / MJA

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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 15:25

 

 

 

A la manière de Valère Novarina

 



 

Valère NOVARINA

 

Le Discours aux animaux

 

Je vivrai pour me venger de n'avoir jamais été.


 

                                             

 

A la manière de Valère Novarina



Valère NOVARINA

Le Discours aux animaux

Je vivrai pour me venger de n'avoir jamais été.


Je suis l'enfant Chair du Temps et Charnière du nom advenu. Ici tomba Roger et naquit Jeanne, enfant entelrinée. J'ai vécu quarante ans de suite sans me ressembler un seul jour, sans me rassembler jamais. Injustice ! j'ai dévécu les solstices en silence. Sans retour, j'ai détalé, j'ai détroué, j'ai dévalé les rapides, j'ai ratelé du crépuscule à  l'opuscule, j'ai sonné les matines. Ding! Ding ! Dong ! Je suis Jeanne la Brève, je suis Jeanne-du-Temps des autres, de ceux d'avant moi, qui tous vécurent dans plein de trous, qui tous moururent. A portée de ma main, les tombes absentes. Réalité qui n'en finit pas de s'évider jusqu'à l'évidence.

Je suis née à charnier; du côté d'incommensurable, on y accède par une bretelle de l'Infini, mais on peut aussi l'atteindre par le versant Néant. Ils sont tous mort à Drancy ou à la guerre, déportés ou fusillés. Même à vingt ans. C'était à la Toussaint, peut-être, ou à la nuit de la Saint-Jean, je ne sais plus, je ne l'ai jamais su. Je suis Jeanne-Sans-Date, je suis Jeanne-sans Repère -et -sans Reproche. Mes pancartes on me les a volées, on me les a cachées. Je suis Jeanne-la-Falsifiée. Tous m'ont dévolue et expulsée hors de leur trou. Je suis Jeanne-de-la-Tombe partie lors de la quatorzième heure d'un jour d'été en l'an septante treize trois cent virgule quarante huit, ça reste flou, mais c'est comme ça que ma bouche l'a dit à mes oreilles qui l'ont répété à ma tête. Eux mes ancêtres, ils sont morts en zéro ou en deux, peut-être en trois du nombre quarante neuf après dix neuf. De toute façon personne ne le sait et tous l'ignorent. Les chiffres n'ont laissé d'autres traces que moi, Jeanne-la-Trouée.

J'ai grandi dans une rouge banlieue où tous n'en finissaient pas de brandir des pancartes qui disaient des choses toutes rondes. C'était facile à comprendre, il suffisait de lire les mots. Moi, j'étais assise sur le trottoir d'en face et je pleurais sans le savoir sur mes inconnues pancartes. J'aurai pu être "Jeanne l'écriture" mais ça m'était interdit par les morts. J'étais par eux, condamnée à dévivre malgré moi, j'étais de là-bas du côté des trous, mais je devais rester ici du côté du bitume. Je suis Jeanne-la-Bannie-Ici-Vit, je suis Jeanne-l'Exilée-Ici-Git. A l'âge de six ans on m'apprit à lire des mots qui disait tout faux et à compter les chiffres de mes trous., ceux là dans lesquels j'habite. J'étais la fille du comptable expert, Jeanne-fille du-père.

J'étais. Je suis. Jeanne sans Nom et sans Dieu, sans objet et sans sujet. Je signe, je persiste, j'écris, je dévie. Je suis Jeanne la Déviante. Soixante et huit. La révolte gronde, la colère monte. Le bitume saute en éclats. Place aux nouvelles pancartes ! Il est interdit d'interdire ! La vie ressemble à la vie et moi je ne ressemble toujours à Rien.

 Au début de ma vie, là tout au bout du temps, il y a une tombe et ça fait tâche de       néant, tâche de lune. Je suis Jeanne-la Dune-Sable-du-Temps-au-Jour-de-l'An-Neuf. Je suis Jeanne la divisée en segment et en trous. Je les ai tous entendus disparaître mes ancêtres. Je voulais compter les larmes mais on m'a dit soit heureuse et tais-toi, tout ça ne compte pas, il faut croire au bonheur et oublier l'horreur, il faut faire des enfants qui pour toi compteront le décompte de l'expert. On m'a dit compte sur eux, ils compteront sur toi. Alors, tous nous avons compté. Mais, avant, j'ai tout daté en secondes, ma nuit, ma vie, mes phrases, j'ai rangé, j'ai trié, j'ai plié, j'ai empilé, j'ai étiqueté, j'ai classé. C'était bien net. Je me suis comptabilisée au nombre des vivants dejà nés , j'ai chiffré le montant de mes cassures, j'ai évalué les réparations, j'ai fait le bilan blanc de mon enfance.. J'ai totalisé les morceaux de mon moi le plus présentable. Je peux affirmer, la tête penchée, qu'au jour dit d'aujourd'hui : je suis sept millions sept mille sept cent soixante dix sept mots. Tout frais déduits et ce en nouveaux francs. Chacun des mots est un moi. Parfois, j'en fais un année, il m'arrive aussi d'en prendre cent et d'en faire une guerre, mais ce que je préfère est d'errer de mot en mot, de moi en moi, sans loi. Je suis Jeanne des Milles et Un mots, la Shéréazade-du-Temps-Troué; je suis celle qui toujours se cherche en avant mais s'attarde à l'arrière, celle que la vie appelle mais que les morts retiennent J'ai grandi et quitté l'école du tout faux. On m'a décerné le titre de "supérieure en incapacité".  J'ai même eu une mention "pense sans les choses" j'en suis fière, très fière même encore à ce jour. Puis, j'ai fermé le cahier de mon silence dans lequel je n'avais jamais pu inscrire ma vie. Je suis entrée à l'Ecole cassures. J'ai eu mal, j'ai pleuré, j'ai hurlé. J'ai refusé le Dé. Je ne voulais plus être vivante malgré moi, je ne voulais pas ressembler à ceux qui raturaient mes trous, qui jamais ne rataient mes vides. J'avais perdu mes noms et le goût des choses.. J'étais Jeanne la Déprimante dont le seul rêve était d'être Jeanne l'imprimante.. La nuit le ciel était noir, le jour l'herbe était vivante, le printemps les arbres bourgeonnaient, en hiver, il y avait de la neige qui toujours étaient blanche. On appelait un chat un chat et en règle générale il y avait une place pour chaque chose. Ceux qui voulaient aller loin ménageaient leur monture et ils étaient tous unanimes à dire qu'un tien vaut mieux que deux tu l'auras. Peu dormaient, tous dînaient et s'occupaient à voir la paille dans l'oeil du voisin. La vie avait perdu ses reflets, ses ombres, ses lumières. Tout avait été dit. Les trous étaient fermés, les valises étaient bouclées, les fenêtres étaient closes et personne n'en parlait à personne.. J'étais Jeanne-la Détrouée-sur-le-Vide-en-Plein. Et cela dura cent ans, montre en main.

Enfin, je quittais 'Ecole cassures avec de nouvelles mentions : folle incurable, caractère intraitable, folle entêtée, folle qui s'obstine à ne pas voir la réalité en face, qui la préfère de profil et qui, en cachette,  la regarde de dos, les pieds au mur et la tête en bas. Folle atteinte de strabisme de l'âme. Folle faillible. Inopérable.

Je suis Jeanne-la-Femme-de-Fond-en-Comble, du sol au plafond, de A à Z, de pied en cap, séparée du temps par le mouvement des mots. Je noue le vide, je tresse l'or, j'émiette l'azur, j'épelle le blanc, je cueille les brisures, je noie le feu, j'apprivoise les fêlures, je ramasse la sciure. Je compte. Je suis Jeanne la Splendide.

J'ai lutté pour donner un nom à chaque trou, pour trouver le milieu de chaque orifice, à gauche, à droite, en avant, en arrière. A chaque trou sa cause. j'ose. Je suis Jeanne de l'ordre du Vide-en-Plein, Jeanne des Oiseaux et Jeanne des Taupes. J'ai appris comment on n'avait jamais rien sans rien, c'est comme cela que j'ai grandi à en mourir. Pour m'apaiser, j'en parla à tous mais tous ne m'écouta pas et nul ne m'entendit. Ni de cette oreille-ci ni de cet oeil là. Caïn me l'avait dit mais je ne l'avais pas cru. Vint alors le temps des insomnies et je devins Jeanne la "Somniaque" qui rêvait sa vie éveillée au lieu de la vivre endormie. Jeanne- des- Songes qui longe les nuits, ronge les jours. Le temps passait. J'allais de blancs néons en bleus néons, de boulimie en abandon, mes parallèles se mêlèrent à mes verticales.

Je devins Jeanne des chemins, Jeanne des chiffres et vice versa. J'allai d'ailleurs en ailleurs, ma bouche épelant mes lieux, mes mains découpant mes trous dedans moi, ma tête se retournant sans cesse sans jamais m'apercevoir et pire encore sans jamais me reconnaître. Je suis Jeanne-l'Inconnue -à- Moi, à tu et à toi avec l'Innommable, Jeanne l'Indomptable. Je suis la Disparue, l'Engloutie qui vainement tente sa sortie.

Je suis la jacteuse de sorts, la jeteuse de morts. Encore et encore. Je porte la parole, importe le silence, reporte l'échéance, déporte les mots. Encore et encore.. J'emporte les chiffres et mes trous je déchiffre. Qu'importe ! Je suis Jeanne qui passe, Jeanne qui lace ses souliers, Jeanne qui enlace et qui s'Elance. j'ai le temps à commettre, les comètes à mettre, les bouts à démettre, les trous à compter, le vide à dompter. Je suis Jeanne-l'Occupée-des Nazis à dénoncer. Ma vie, ils me l'ont prise, ils m'ont volé mes pancartes et à la place ils ont mis la mort et m'ont dit que  c'était du lait. Ils ont tout embrouillé. Chair, charnier, cadavre, fusillé, bébé.  Je suis sept millions sept cent soixante dix sept mots, mais il me manque les mots grand-mère, oncle, le mot père est double et le second cache le premier. Le mot mère est irrémédiablement brisé par la douleur. Je suis Jeanne-Fille-des-Pleurs, je suis Jeanne-Mots difficiles- à -Compter, je suis Jeanne des Morts-en-Vie. Quand les morts ne meurent pas , les mots ne respirent plus. Les morts doivent mourir et les vivants courir. Moi, je voulais courir mais on m'a dit qu'il valait mieux lire.

Ainsi, suis-je devenue Jeanne l'Avaleuse-de-livres. Les livres délivrent du plein du dedans, ils écrivent le vrai comme le faux, l'or comme l'argent, ils écrivent les couleurs, le grondement des jours, ils écrivent le savoir de chacun, l'ignorance de tous. Avec un peu de chance, parfois, ils disent l'amour, racontent les étreintes, les clairs de lune, les luttes et les silences, les baisers et la différence. Ils racontent le temps qui passe.

Plus je lisais, plus j'avais de trous et plus je guérissais du plein qui me ravageait le Vide du Milieu. Je devins alors Jeanne-des Trous-en Vide-tous -Vides. Ma solitude cessa d'errer et trouva sa voie lactée. On la repéra, on la nomma, on la chiffra. On l'inonda de lumière, on la voila, puis on la dévoila. Je lus en vrai dans le néant, j'entendis pour de bon et ma tête jusqu'alors surchargée de  mots s'allégea du TROP ou du RIEN. Bien sûr une cicatrice me resta un peu partout précisément  de temps en temps mais une poussière d'aurore l'effaça. Maintenant, je peux chanter à tue-tête, le silence qui me divise. Je suis Jeanne-du-Chant-Retrouvé :

              Au clair de la lune

              mon ami Pierrot

              prête moi ta plume

              pour écrire les dunes

              Prête moi ta plume

              pour écrire les mots

              J'ai toujours du feu

              Ma chandelle vit

              la ! la ! la !!

              Ma chandelle vit et danse ma vie !

 A tue-tête, atout coeur, la dame de pique perd la bataille. Le temps passant, j'ai semé mes cailloux, je reconnais mes trous. Reste à chanter l'éternelle ritournelle d'une femme cannelle et sur mes deux ailes j'écris : je suis Jeanne.  MJ ANNENKOV

Ce texte a été publié dans EMPAN N° 11, juin 1993

 

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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 19:20

         En 1993,  j’écrivais pour la revue Empan, que j’aime tant,  un article.  J’invite les Inventeurs à me lire ou me relire (Le chant retrouvé, premier article de la catégorie Empan). Cet article se terminait ainsi :

"Reste à chanter l'éternelle ritournelle d'une femme cannelle et sur mes deux ailes j'écris : je suis Jeanne. »

            J’en suis là.

           J’aimerai que ceux qui m’aiment bien ou ceux que je rencontre pour la première fois me prénomment Jeanne.  Cela me ferait très plaisir. Mais chacun fera comme il voudra. Mon sourire sera le même.

Jeanne du chant  retrouvé.

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8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 00:01

Les hommes et les femmes

 

Femmes gelées

Hommes ébouillantés

Voilà ce que nous offre notre planète

Guernica

Mais 

La fiancée de Chagall

S’envole avec un homme

Dans l’azur.

Un homme et une femme

Qui disent l’amour

Klimt

L’Etreinte

Les hommes et les femmes

Dans la courbure de l’amour

Dans la dorure des corps

Les hommes et les femmes

Dans leur décor

De sang et d’or

Dans le sucre de l’encre

Dans le ventre de la terre

Dans le ciel de l’enfer

Hommes et Femmes

Caressés par le même vent

Tentons l’impossible

 

Grandir !

 

Marie-José Annenkov

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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 09:33

Mars

 

Tresser les dunes de chagrins

Rire de ton silence

Devant des toujours

qui s’écroulent

dans ta vie qui roule

 

Tresser l’eau et la lumière

Tes pieds étonnés

Glissent sur les pierres

Mais jamais tu ne tombes

Tu demeures entière

 

Tresser morceaux et miettes

Tandis que ta vie obstinée

Continue d’égrener les mots

De ton  âge si peu sage

Qui dit tes possibles châteaux

 

Tresser les mers et les montagnes

Accepter les flots et les cascades

De tes tourments jamais apaisés

Perdue dans la vague des jours

Tu n’entends plus l’amour

 

Tresser le bois et la laine

Dans le jour qui passe

Oublier ta peine

Ecrire du silence

Une nouvelle danse

 

Tresse à l’infini l’écume de la vie

Continue sagement d’épeler l’avenir

Retrouve le rire et son éclat

Tourne le dos à ton  pire

Continue d’écrire

 

Mais surtout, avec tous, tresse le lire !

 

Marie-José Annenkov

 

 

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