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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 16:36

 

 



LVIII. Chanson d'Après-midi

Quoique tes sourcils méchants
    Te donnent un air étrange
    Qui n'est pas celui d'un ange,
    Sorcière aux yeux alléchants,
   
    Je t'adore, ô ma frivole,
    Ma terrible passion !
    Avec la dévotion
    Du prêtre pour son idole.
   
    Le désert et la forêt
    Embaument tes tresses rudes,
    Ta tête a les attitudes
    De l'énigme et du secret.
   
    Sur ta chair le parfum rôde
    Comme autour d'un encensoir ;
    Tu charmes comme le soir,
    Nymphe ténébreuse et chaude.
   
    Ah ! Les philtres les plus forts
    Ne valent pas ta paresse,
    Et tu connais la caresse
    Qui fait revivre  les  morts !
   
    Tes hanches sont amoureuses
    De ton dos et de tes seins,
    Et tu ravis les coussins
    Par tes poses langoureuses.
   
    Quelquefois, pour apaiser
    Ta rage mystérieuse,
    Tu prodigues, sérieuse,
    La morsure et le baiser ;
   
    Tu me déchires, ma brune,
    Avec un rire moqueur,
    Et puis tu mets sur mon cœur
    Ton œil doux comme la lune.
   
    Sous tes souliers de satin,
    Sous tes charmants pieds de soie,
    Moi, je mets ma grande joie,
    Mon génie et mon destin,
   
    Mon âme par toi guérie,
    Par toi, lumière et couleur !
    Explosion de chaleur
    Dans ma noire Sibérie !
 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Charles Baudelaire
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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 18:40

 L'albatros


Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

 

Charles Baudelaire

 

Combien, j’aime le vers

Le Poète est semblable au prince des nuées

Combien, j’aime le vers

Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

 

Combien, j’aime ce poème !

 

MJA

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Charles Baudelaire
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