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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 21:23

Les éditions érès et l'A.F.P. en Midi-Pyrénées
vous invitent à participer aux
1ers Etats Régionaux de l'inclusion en Midi-Pyrénées

L'INCLUSION, PARLONS-EN !

avec la participation de Charles Gardou
auteur de l'ouvrageLa société inclusive, parlons-en !

Mercredi 24 avril 2013 de 13h30 à 18h
Hôtel de Région Midi-Pyrénées
22 avenue du Maréchal Juin à Toulouse

Entrée gratuite-sur inscription au 05 34 36 89 66
ou en retournant le bulletin d'inscription disponible ici
avant le 19 avril 2013


Un engagement de grande valeur. Toujours à encourager dans la persévérance à élaborer un monde plus juste. Un monde presque meilleur. MJA

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Published by Marie-José Annenkov - dans Force et vulnérabilité
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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 22:14

Aujourd’hui, j’ai participé à une journée de travail organisée par la Mairie de Toulouse, dans le cadre de rencontres ville et handicap (1,2,3 décembre.) La journée d’aujourd’hui était constituée par le colloque : « Le handicap bouscule-t-il l’ordre culturel régnant ? »

 

     Le guide de cette journée était mon ami Charles Gardou dont je vous ai souvent parlé dans cette catégorie Force et vulnérabilité. (voir De marbre et d’argile) qui rappela une fois encore comment le handicap met au grand jour les invariants anthropologiques, et surtout cette pensée si essentielle : « Nous sommes tous pluriellement singulier et singulièrement pluriels », affirmant par là  le double registre de la rencontre avec des personnes en situation de handicap : le registre de singularité de l’existence de chacun mais aussi le registre de la citoyenneté qui donne des droits à tous, des droits et des lois et non une vague compassion. Il fut question de la nécessité d’entendre et de respecter la parole des plus vulnérables. J’ai aimé la mise « en cause » du cogito cartésien car après tout, souligne, avec justesse, Charles Gardou,  ce n’est pas penser qui nous fait exister humain mais c’est la filiation, c’est le fait de compter pour quelqu’un.

 

Il fut évoqué aussi la tragique réalité que représente les chiffres : plus d’un tiers de notre planète est touchée par le handicap et ce pour des causes diverses :

 

-         nombre croissant des conflits armés

-         extension de la pauvreté

-         le sida

-         le travail des enfants

-         les accidents liés à l’environnement

-         les carences vitaminiques .

 

     Cette conférence que je ne peux retranscrire dans son intégralité  malgré le grand intérêt qui fut le mien, fut très riche tant sur le plan historique (référence au siècle des lumières), sur le plan philosophique (référence à Kant « ose te servir de ton propre entendement »), que sur le plan économique (les causes de l’augmentation du handicap dans le monde) que sur plan juridique (les lois qui régissent les handicaps) que sur le plan existentiel (valider la parole de l’autre : valider et respecter).

 

          Une réflexion « sans masque, sans concession, sans façade » selon les termes du conférencier. Je dirai une réflexion d’une grande intelligence qui incite à une saine révolte contre un monde qui ne tourne pas plus rond qu’au 18e siècle. Oui, l’humanité avance à petits pas...

 

         J’ai bien aimé aussi l’intervention de Jacques Montauriol, Directeur de l’Institut des jeunes aveugles qui a articulé en trois points son intervention :

 

-         accessibilité

-         projet de vie

-         citoyenneté

 

J’ai aimé dans cette intervention le désir qui la sous-tendait : articuler singularité et universalisme. J’en ai aimé aussi cette façon humaine de parler de solidarité, concept de plus en plus en péril. J’ai aimé cette façon qu’il a eu  d’analyser une phrase récente de Sarkozy qui traduisait un lien social bien abîmé :  « on n’est pas digne quand on tend la main » et Jacques Montauriol d’interroger le langage avec intelligence : qui tend la main ? Celui qui aide ou celui qui demande ? Une telle phrase nous dit-il se charge d’organiser une séparation des égaux. Avec qui peut-on encore faire preuve de solidarité ? Il défend le droit et la place de chacun, il défend l’idée de permettre à tous d’être acteurs de sa vie, de son projet de vie comme de sa citoyenneté, il défend l’idée du décloisonnement et enfin il conclut avec force : « La culture partout et pour tous. » J’ai aimé.

 

         L’après-midi, nous avons écouté pour notre plus grand bonheur Evgen Bacar (Philosophe, écrivain, photographe, chercheur au CNRS).

Aveugle depuis l’âge de 12 ans, il a parlé de création, d’art, de ses photographies. Il nous a dit que pour lui, le handicap était avant tout privation de liberté. Il nous a dit que la photographie, il la faisait naître de l’obscurité. Il a parlé aussi des gens de télé, qui comme les aveugles étaient vus par des personnes qu’ils ne pouvaient voir. Mais il a surtout dit et cela m’a passionnée que ce qui était générateur de création n’était pas le fait de voir ou ne pas voir mais le processus créatif. Il a fait le rapprochement avec les créations des mal entendant (« Qu’importe la surdité et l’oreille quand l’esprit entend » Victor Hugo) et moi j’ai associé avec l’écriture : ce n’est pas parce que on connait son alphabet qu’on écrit comme Marcel Proust.

 

         Il nous a dit qu’un aveugle de touche pas de très près mais il regarde ; il a pris la main de Charles Gardou pour le démontrer, (j’ai trouvé cet instant émouvant),  il nous a fait rire en nous racontant qu’un jour il avait dit à une femme qu’elle avait de très beaux cheveux et qu’elle lui avait répondu « ce ne sont pas mes cheveux c’est mon épaule » alors il lui a dit : « en plus d’être aveugle, je louche. ».

 

         Il nous a cité une phrase bouddhiste : « quand on respecte quelqu’un, il ne faut pas le regarder tout de suite ».

        

       Il nous a cité sa nièce, jeune enfant qui  lui a dit : « tu marches la nuit comme les chats ». J’ai trouvé cette phrase très belle.

 

         Charles Gardou a repris la parole lors des questions du public pour dire le foisonnement des formes de la vie  dans un monde qui tend à réduire la vie, alors qu’il faut selon la phrase de Joël Bousquet : « illimiter la vie. »

 

         Evgen Bavcar a conclu sur cette phrase que j’ai trouvé très importante : « j’espère qu’un jour on ne parlera plus de « l’art des handicapés »...

 

         Il y a bien du chemin à faire encore...

 

         Puis Marie-Hélène Steunou a présenté le festival Rio Loco et Laurence Darrigrand (responsable du service public du musée des abattoirs) a parlé de divers ateliers

 

         J’ai beaucoup apprécié les interventions très dynamiques et certainement efficaces de Madame Nicole Dedebat, Adjointe au maire de Toulouse.

 

         Les questions du public furent dans l’ensemble intéressantes et généreuses mais parfois les interventions de gens de terrain m’ont semblé en contradiction avec l’esprit la journée « déconstruire des idées reçues », nous pas « détruire », mais déconstruire au sens de « interroger ». Il m’a semblé que certains intervenants aux prises avec l’urgence de leur travail ne parvenaient pas à interroger leur pratique. Et il me semble finalement que c’est le plus grand paradoxe de cette journée : soutenir des idées humanistes dans un monde économique et idéologique qui n’autorisent plus les initiatives de terrain qui pourraient porter cet humanisme, lui donner vie.

 

         Reste alors l’immense cri d’alarme que poussait en son temps Raymond Devos. Ce temps, n’est hélas, pas révolu. Soyons vigilants.

 

               Les temps sont durs.MJA

 

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 15:45

Toulouse & Handicap : la culture pour tous

 

Retour au calendrier

 

Toulouse & Handicap : la culture pour tous
1, 2 et 3 décembre 2011
organisé par le Pôle handicap de  la Mairie de Toulouse

A cette occasion, les éditions érès oraganisent une conférence

le 2 décembre 2011
animée par
Charles Gardou sur le thème
« Le handicap bouscule t-il l'ordre culturel régnant ? »

10-12h30

Consulter le programme des 3 jours en suivant ce lien.

Journées nationales FDCMPP - L'enfant connecté

 

Retour au calendrier

 

La fédération des CMPP
vous invite à ses journées d'étude nationales sur le thème de

L'enfant connecté...

Les jeudi 1er, vendredi 2 et samedi 3 décembre 2011 au Palais des Congrès
2 Place de la Porte Maillot - 75017 Paris

Des auteurs érès participeront à ces journées : François Ansermet, Jalil Bennani, Olivier Douville, Jean-Pierre Lebrun
et Dominique Texier

La plaquette d'information et le programme détaillé sont disponibles ici

Inscriptions et informations :
Secrétariat FDCMPP
38/40 rue Romainville - 75019 Paris - 01 42 38 20 71 -
secretariat.fdcmpp@orange.fr

Le handicap bouscule t-il l'ordre culturel régnant ?

 

Retour au calendrier

 

Le Pôle Handicap de la Mairie de Toulouse et les éditions érès
ont le plaisir de vous inviter à la conférence animée par Charles Gardou

Le handicap bouscule t-il l'ordre culturel régnant ?

Le vendredi 2 décembre de 10h-12h et 14h-17h

au Centre de Congrès Pierre Baudis - Salle Caravelle

Autour de Nicole DEDEBAT, adjointe au Maire de Toulouse, et Charles Gardou, anthropologue et professeur à l'Université Lumière-Lyon 2 :
Evgen BAVCAR, Gérard BONNEFON, Hervé BORDIER, Catherine COUSERGUE, Laurence DARRIGRAND, Gisèle DEROUAULT, Pierre VIDAL-NAQUET

 Consulter le programme en suivant ce LIEN.

 

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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 16:01

Job. 14 (7,8,9,0,11,12)

 

Un arbre a de l’espérance :

Quand on le coupe, il repousse,

Il produit encore des rejetons ;

Quand sa racine a vieilli dans la terre,

Quand son tronc meurt dans la poussière,

Il reverdit à l’approche de l’eau,

Il pousse des branches comme une jeune plante,

Mais l’homme meurt, et il perd sa force ;

L’homme expire, et où en est-il ?

Les eaux et les lacs s’évanouissent,

Les fleuves tarissent et se dessèchent ;

Ainsi l’homme se couche et ne se relèvera plus,

Il ne se relèvera plus tant que les cieux subsisteront,

Il ne sortira plus de son sommeil

 

La Sainte Bible  par Louis Segond (docteur en théologie)

Nouvelle édition revue. 1968

 

En ce moment, je lis Job qui dit, redit, insiste : la vie de l’homme est un souffle, qui dit, redit, insiste : l’homme une fois éteint, ne revient plus habiter son souffle. C’est ce que je lis, là où j’en suis mais je n’ai pas fini. Ma lecture se suspend dans mon souffle de vie, celui qui ne m’a pas encore quittée. Je lis ces versets, et dans ma lecture s’esquissent toutes les bibliothèques du monde, les plus grandes aux plus humbles, celles de tous les pays, boisées et dorées, sentant le parchemin bleui par la nuit des temps. C’est parce que l’homme ne se relève jamais de l’extinction de son souffle qu’il a sans doute inventé l’acte de buriner la pierre qui, elle, ne disparaît pas.

 

C’est mon hypothèse !

 

Par nos mots creusés,

par nos mots gravés

par nos mots moulés

par nos mots brûlés

par nos mots dorés

par nos mots en fuite

par nos mots retenus

par nos mots donnés

par nos mots effacés

par nos mots caressés

 

par nos mots conquis sur la rature

par nos mots sacrés de nos écritures

par nos mots séculaires traversant les airs

par nos mots patients devant nos morts impatientes

par nos mots-mémoire d’hommes et de femmes

par nos mots écrits sur nos livres libérés de notre souffle

par nos mots fragiles mais plus fort que la mort

par nos mots dessins d’enfants sur nos destins impatients

par nos mots liés à notre désir d’exister immortels

par nos mots écrits puis lus puis retenus puis transmis

 

Nous sommes comme les arbres, comme les torrents, comme les rochers, comme les mers, comme les Dieux, comme les cieux. Nous sommes immortels, plus fort que le temps. Notre force immense danse sous les cieux éclairés par nos livres qui font de nous des hommes-livres, des hommes libres !

 

Oui, notre vie est un souffle mais jamais nous ne serons au bout ni de nos pages d’écriture, ni de nos pages de lecture. L’histoire dure depuis des millénaires et nos livres la porteront encore des millénaires durant, dans la lumière de tous les temps, dans les étoiles de nos talents à tous, coquelicots du savoir.

 

Et donc,

 

Je burines, tu burines, il ou elle burine, nous burinons, vous burinez, ils ou elles burinent... la pierre.

 

Je lis, tu lis, il ou elle lit, nous lisons, vous lisez, ils ou elles lisent.

 

Tiens bon Job ! MJA

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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 11:42

Les sources de la honte

Vincent de Gaulejac

Desclée de Brower

Points Essais 656

(1996) et (2008)

 

Un livre qui permet de revisiter l’enfance, ses chagrins et ses réparations, qui permet de découvrir Sigmund Freud, Henri Miller, Sartre, Camus, Paul Laurent Hassoun et quelques autres, un livre qui donne du sens au lien social, à la réussite, à l’échec. Un livre qui écrit le paradoxe de l’homme, ni bon ni mauvais, mais toujours bon. Oui, l’humanité existe parce que de ses souffrances elle s’évertue, si elle ne tombe pas en panne, sur le temps de la honte, à créer le meilleur. La honte mortifère, souffrance inextinguible, est moteur du labeur de vivre dans un cycle étonnant qui me rappelle le cycle décrit par l’anti-psychiatre  des années 68, mes années, qui décrivait l’homme aux prises d’un cercle qui sans cesse le situait en bas, puis en haut, puis en bas, et du bas il surgissait pour inventer son cycle positif du haut du cercle, pour mieux replonger puis remonter. Je pense aussi aux travaux de Charles Gardou, dont je vous ai parlé souvent dans cette même catégorie, Force et vulnérabilité. Oui, l’homme est vulnérable jusqu’à sa destruction, atteint qu’il est de sa honte primaire, primordiale même, puis il cherche à dépasser cette honte, à réparer, à se réparer et il sublime splendidement, si splendidement qu’il s’épuise, inventant une nouvelle honte, un nouveau chagrin, une nouvelle défaite, alors il recommence son labeur pour retrouver sa dignité. De honte en recommencement, de défaite en fête, le temps de sa vie passe et le dépasse. Reste la transmission de ses cercles de feu ou lumière, de honte ou de gloire, et ceci qu'il soit, obscur, anonyme ou splendidement célèbre. Nous traversons tous le pont de Camus et nous entendons tous un jour, le rire, jusqu’à la Chute, mais toujours nous nous relevons, atteignons l’autre bout du pont et continuons notre marche dans la cité. Nous somme forts de ce paradoxe non dénié, fort de notre rire intérieur, entendu, perçu, traversant notre mur du son, nous sommes forts de nos hontes assumées, de nos hontes transformées, de nos gloires ridiculisées, de  nos assomptions relativisées, de nos ascensions médiatisées. Nous sommes dans le fil des jours et du temps, ridicules, relatifs, nous étreignons le paradoxal et le sentimental. Il nous reste à vivre courageusement les défaillances parentales qui ont engendré les nôtres, qui engendreront celles de nos enfants. Nous sommes honteux, pris la main dans le sac de notre défaillance ancestrale, voire même génétique. Nous sommes objet de mépris et nous méprisons, nous déraillons et nous raillons. Hommes déchus nous visons gloire et splendeur. C’est notre paradoxe d’homme. Nous ne pouvons nous en sortir autrement que les pieds devant mais c’est cela qui fait le moteur de la vie. Chaque jour, nous essayons, nous commençons, nous recommençons et grâce à notre honte nous sublimons le meilleur de nos erreurs. Nous sommes des êtres ambigus, confus et désorientés. Nos pistes sont brouillées par nos hontes successives, par nos hontes en cascade. Alors nous jouons l’escalade des réparations. Mais le regard des autres, notre regard sur les autres, comme des piquets dans la roche, nous aident ou nous font perdre pied. Chacun ses hontes, chacun sa merde, chacun sa solitude, chacun son paradoxe. Mais dans l’effort désespéré d’en sortir, nous inventons le meilleur, la tendresse, l’art, l’amour, le passage de l’homme à l’homme. Oui, les sources de la honte sont profondes mais à nous avons tout à gagner à les retrouver sans les dénier, malgré la souffrance du processus de retrouvailles, nous avons tout à gagner, ce gain, c’est l’or de l’altérité enfin advenue dans la rencontre avec ceux qui, fort de leur paradoxe assumé, invente un monde presque meilleur. Moi, avec mes douloureuses hontes, j’y suis et vous ???. Allez, on fait la ronde ?  Là, là, là, là...

 

Mais surtout on lit sans plus attendre Vincent Gaulejac : Les sources de la honte.  Bonne lecture ... de vous ! MJA

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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 16:12

Défectologie et déficience Mentale

Vygotski

Sous la direction de

K.Barisnikov

G.Petitpierre

Delachaux et Niestlé

Lausanne, 1994

258 pages

 

Chapitre 4,  intitulé :

La collectivité comme facteur de développement  de l’enfant handicapé

Ecrit par L.S. Vygotski

 

 

Oui, je suis plombée par la douleur et l'injustice de ce chapitre.

 

La douleur qu'emporte le handicap et l’injustice de la collectivité qui rejette les vulnérables.

         La douleur de l'immense travail que j'ai mené 5 ans durant, dans les années 90, dont « droit dans le mur » furent mes résultats et l’injustice qui touchent les pionniers, Vygotski,  moi-même, infiniment plus modestement et quelques autres téméraires, tout aussi obstinés.

Dans les années 90, me tenait au cœur et au corps, un projet, peut-être utopique,: création d’une association nommée par moi « Le livre ouvert » dont l’idée était de créer des ateliers lectures « mixtes » avec cadres, médecins, handicapés, hommes, femmes, chômeurs, universitaires ou artisans, bibliothécaires ou personnes en difficultés de lecture etc. Le seul point commun à tous  : le désir de lire et de partager. N’ayant pas d’ordinateur à l’époque, je n’ai plus de documents mais un jour de disponibilité, je vous raconterai ma longue lutte et mon départ de cette association pour difficile compatibilité d’éthique et surtout par manque de financement. Qui pourrait financer un tel projet dans notre monde si cloisonné ? Mais la lecture de Vygotski me souffle que j’avais raison. Parfois, je dis que je souhaite créer des ateliers dans l’espace handicap, je fais alors, un honteux raccourci. Je souhaite créer des ateliers où des êtres humains différents se côtoient, à travers les livres se parlent. Je travaillerai prochainement du côté de Lucien Sève et de Yves Clot mais ce que je retiens de ce chapitre parce que je l’ai toujours su, c’est que justement, la nécessité du livre est à repérer et à développer chez les personnes en difficultés de différence. C’est eux, qui bien sûr ont le plus besoin de collectivité et donc de livre, support privilégié de la pensée collective. Et ceci dès la plus tendre enfance. Je suis sans doute une femme d’utopie, mais je n’ai qu’une vie et je veux dire ce que j’ai à dire, je veux agir mes rêves, les mettre en mots et en scène. Je le dirai avec rigueur, exigence et persévérance, mais je le dirai.

 

Une heure de cette lecture concentrée m’a mise en douleur mais c’est aussi avec nos affects que nous développons notre pensée, je le sais depuis toujours.

Et donc, comme de coutume, je vais laisser reposer ma pensée, me faire du thé, me laisser bercer par le printemps et écouter Georges Brassens, le poète  anarchiste qui se fâchait contre « les braves gens ». Les « braves gens » me mettent parfois, moi aussi,  en chagrin et en révolte.

Révolte, sera le presque dernier mot de mon commentaire de cet intelligent et généreux chapitre, si pionnier, malgré l’insupportable titre de l’ouvrage, qu’il faut resituer dans l’époque du début du siècle dernier (1924-1934).

Je souhaite vous quitter en recopiant ces lignes qui concluent la préface de Jean-Luc Lambert (Université de Fribourg) : « L’histoire du développement culturel d’un enfant handicapé représente un problème des plus aigus pour la défectologie moderne ». Oui, le terme de défectologie est insupportable mais ne traduit-il pas hélas, quelque chose d’insupportable aussi du mortifère de nos représentations inconscientes du handicap. Alors, chers Inventeurs, je vous renvoie à mes nombreux commentaires dans cette même catégorie, Force et vulnérabilité, du livre de Charles Gardou et de ses collaborateurs du monde entier intitulé : Le handicap au risque des cultures (érès 2010) .

A tous bonne lecture et surtout bonne mise au travail pour un changement réel des mentalités, sans lequel, rien ne se fera jamais, pour et surtout avec ceux qui souffrent de leurs différences et de leurs chagrins. MJA

 

 

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 08:27

Printemps, je t’attends, pleine de sève et de rêves, avec mes amours et mes Toujours, avec mes luttes obstinées, aux quatre vents de ma vie, avec mes livres et mes écrits, avec mes longs cris, mes poèmes incertains, et mes engagements certains, avec l’espoir de mes mots-soleil et de mon utopie-merveille.

 

Printemps, je t’attends, j’épèlerai tes merveilles, tes réveils et tes vermeils. Dans le vert de tes feuilles, je me nicherai pour inventer le meilleur des fleurs.

 

Printemps, je t’attends. Je t’en supplie, fais moi don du bonheur.

Printemps, je t’attends, je t’en supplie, fais moi don de l’espoir.

Printemps, je t’attends, je t’en supplie, fais moi don de l’humain.

Printemps, je t’attends , je t’en supplie, fais moi don du savoir.

Printemps, je t’attends, je t’en supplie, fais moi don de mon énergie.

Printemps, je t’attends, je t’en supplie, fais moi don de tant d’amis.

Printemps, je t’attends, je t’en supplie, fais moi don d’un nouveau récit.

Printemps, je t’attends, je t’en supplie, fais moi don de ma vie.

Printemps, je t’attends, je t’en supplie, fais moi don de la force.

 

Printemps, tout au long de cet hiver dur, si long, si rond, si fragile et si vulnérable, dans l’hiver glacial,  je t’ai tant attendu ! Mais j’ai vaincu la neige et le vent, la froidure et la pluie, j’ai vaincu l’impossible et me voici Printemps !

 

MJA

 

 

 

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 16:57

     La femme magique rêvait d’être écrivain, mais perdue dans la multiplicité des instants, elle n’y parvenait pas. Elle était à la dérive de ses pensées, de ses mots, de ses préoccupations. Elle se perdait dans le fil des jours, dans la clarté de ses absolus, dans l’ombre de ses doutes, elle savait la tendresse, ignorait la haine, elle savait la sagesse et la fureur, la passion et l’émotion. Ses jours étaient labyrinthes, ses secondes étendues d’eau, lacs tumultueux, mers sinueuses. Elle aurait aimé écrire un livre sur Artaud. Elle l’aurait appelé « Lettre ouverte à Artaud ». Elle lui aurait écrit combien sa folie était sienne, mais intolérable de leurre ; ce leurre est si infini qu’on parle de folie ou de légion d’honneur. Quels leurres que nos monuments narcissiques ! Elle lui aurait dit « Toi fou, moi folle, qui sommes nous pour haïr les institutions et les dictionnaires ? » Elle lui aurait dit encore « Pourquoi nos folies et nos morcellements seraient plus fiables que l’unité sociale ? » Elle aurait aimé écrire un livre savant et rigoureux  sur ces folies qu’on nomme psychoses. Elle aurait alors écrit, fouillé, annoté, analysé, fait de riches synthèses, elle aurait parlé de Freud, de Lacan, de Jung, de Lévi- Strauss. Elle aurait comparé, confronté, interrogé ces savoirs de l’humain avec un implacable sérieux. Elle aurait construit du langage et des connaissances. Elle aurait joué. Parfois, elle restée éberluée, comme fascinée par le prodigieux Raymond Devos. Comment se faisait-il pour se mouvoir dans cet univers signifiant sans jamais sombrer dans la folie ? Elle désirerait aussi saisir en plein vol la magie d’Alice au pays des merveilles, se faufiler avec Bobby Lapointe d’un phonème à un autre.

Elle aurait aimé écrire un livre relatant ce qu’elle écoutait des uns et des autres. Chaque vie était pour elle un drame animé et mis en scène par les Dieux ou par Dieu ou par le désir. Dans ce livre, elle aurait parlé de cette femme de 45 ans, qui semaine après semaine, lui confiait sa solitude, interrogeant ce qui avait fait destin dans sa vie. « Est-ce que le destin ça existe ? » lui avait-elle demandé comme ça, à 9 heures du matin. Elle aurait parlé de cet homme de 30 ans qui ne parlait que de sport et de compétition que pour mieux s’interdire de vivre celle de chaque jour, quand les joueurs sont les autres, quand les balles lancées à chacun sont celles de nos solitudes, de nos ambitions, de nos amours, de nos tendresses, de nos caresses, de nos rêves. Des balles, dans le ciel de nos vie qui épousent les trajectoires de nos destinées. La vie, pensait-elle souvent, est une monumentale, dénégation de la mort. Elle entendait alors, le rire du héros de Camus, ce monsieur si bien sous tout rapport, honnête, gentil, tout pour plaire dont la seule faille était d’entendre jusqu’à la chute son rire. Elle aurait parlé de ce délinquant ballotté entre hôpital et prison et qui lui disait « Je déteste les gens honnêtes, tous des lopettes », qui ne pouvait s’expliquer « qu’entre hommes », au coup par coup, pour qui l’histoire de sa vie se confondait avec le  long parcours d’institutions dans lequel, il avait été placé, dès la naissance. Sa mère, c’était l’institution, son lait, des portes fermées ; Il avait été placé, toujours déplacé. Il n’était que violence, refus et rejet. Elle l’écoutait, atterrée, essayant vainement de dialoguer, mais elle le savait porteur de la violence sociale  et elle parlait, il parlait, elle n’écoutait plus, il n’écoutait plus. Les mots étaient rompus et d’ailleurs disait-il « Aujourd’hui, je n’ai pas envie de discuter », alors, elle disait : « Revenez jeudi ». Elle aurait parlé de ce jeune homme qui ne pouvait exprimer son angoisse naissante chez lui, que par Michelin interposé. Sa peur n’était pas de tomber malade ou de perdre pied mais il craignait que « Michelin » (réunissant sous le même vocable, comme tout auvergnat, le patronyme et l’usine) ne s’effondre. Elle, elle pressentait que cette crainte de l’effondrement le renvoyait peut-être à son propre effondrement d’homme si vulnérable. Alors, elle se taisait, l’écoutait, le rassurait, le laissant se mouvoir dans l’espace des mots et des fantasmes.

Elle aurait parlé, elle aurait écrit mais à chaque tentative, elle détruisait le papier qui l’avait trahie. Il lui semblait que sa vie se mourrait dans les mots, tombeaux du désir. Ce qu’elle avait écrit lui paraissait mensonge intolérable. Ecrire, c’était tuer sa vérité et celle des autres parce que figeait sur le papier le fugitif.

Elle aimait son métier de psychothérapeute parce que son silence était un espace où la vérité de chacun pouvait se dire, se déployer, se nicher, s’enfouir, se délinéer, se nouer. Les mots étaient musique, solfège, poésie, identité à entendre ou à retrouver, à affirmer. Les mots matière première de son silence et de celui et des autres, les mots frôlant ce qui fut un instant vivant, les mots de l’éphémère, l’imprimaient femme dans l’univers.

Alors, elle lâchait son crayon, fermait les yeux, sur elle-même et au monde. Elle ouvrait les yeux à nouveau. Il était temps d’aller chercher ses enfants à l’école, d’acheter le pain et les goûters, de penser au menu du soir, à la tendresse de son mari, elle se sentait vide d’elle-même et pleine des autres. Elle était sève, le papier, écorce. Son espace à elle, était entre sève et écorce.

 

Elle était une femme magique.

 

Texte inédit écrit à Clermont-Ferrand, le 29 avril 1982.

 

J’ai recopié, dans la fragilité de mes jours présents, ce texte qui livre l’intact de moi-même et l’amour infini que j’ai eu pour mon métier de psychothérapeute, si attentive à mes patients du CMP de Clermont-Ferrand. MJA

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 18:12

2ème édition du PRIX VOIR AVEC LES MAINS

Remise des prix le jeudi 18 novembre 2010 à Toulouse

 

Un concours national à vocation

Fort de la première édition du Prix Voir avec les Mains lancée en 2007, la FISAF (Fédération nationale pour l’Insertion des personnes Sourdes et des personnes Aveugles en France) inaugure la seconde édition cette année. Concours national de peinture et de sculpture, le Prix Voir avec les Mains a pour objectif de valoriser les personnes aveugles et malvoyantes et de démontrer que le handicap n’empêche pas le talent. Cette édition 2010 a été placée sous le thème « Dignité et Fraternité », un thème rappelant les valeurs de partage, de solidarité et d’espérance qui a inspiré un grand nombre d’artistes

 

 

Pour me faire pardonner mon retard, pourtant impardonnable, à écrire ce compte-rendu, j’offre à tous un passage de mon autofiction La Femme en retard, dans lequel j’analyse mon retard à exister près de ceux que j’aime et que j’admire.

 

 « Souvenir du présent : elle lisait un livre de Gérard Pommier « Freud apolitique ». Des mots, des mots et la passion de lire. Voilà ce que Flora avait transmis à Clara. Si Flora était vivante, Clara lui parlerait de ce livre, elle ne l’écouterait pas mais quelque chose de vivant adviendrait, un mot, un silence, une larme.

Clara lirait dans le livre combien nous étions tous séparés par un temps qui ferait mur, qui nous ferait saisir notre vie dans un après-coup qui écrirait notre symptôme, qui dirait le retard que nous prenons sur notre destin et sur celui des autres. 

Pour Clara c’était une évidence vécue que ce retard des uns aux autres. »

(...)

« La lune dans la nuit noire du matin resplendissait, logée entre deux branches d’arbres, elle disait que le monde existait depuis des millénaires, elle disait l’éternité, la minute qui s’enfuyait, le mouvement des secondes. Clara était obsédée par le temps relatif des êtres, par les émotions et le flottement des secondes dans l’espace de son corps, elle pensait à Einstein et à ceux qui malades du temps souffraient de leur enfance immobilisée ; elle pensait à Flora, dont le temps maintenant était voilé par ce même nuage qui abritait la lune dans la nuit noire du matin. Elle pensait au silence, au mouvement, aux palpitations de sa vie, aux puits perdus, aux puits creusés, aux puits retrouvés. Elle pensait à l’insensé du brisé, de l’irisé, elle pensait à tout ce qu’elle avait lu et ne lirait jamais. Elle pensait à ses enfants, à leur destinée et à son destin de femme. Clara pensait à l’impossible comme à un ciel parcouru de légers ballons multicolores. Elle pensait à ces mémoires qui écrivent l’humanité, aux étreintes qui écrivent les corps, aux larmes qui contournent les regards, elles pensaient aux baisers qui dessinent les sourires. Elle pensait à Flora qui avait  porté sa vie et son enfance, Flora qui maintenant était peut-être là-haut sur la lune, dans la nuit noire du matin. Elle pensait à son retard, à celui de Flora, enfin rattrapé. La faux a fendu le temps, sa nuit, sa vie, son retard. A l’heure du destin, lundi 15 septembre 1997 à 22h45, Flora reposait, la tête inclinée sur le côté gauche pour l’éternité. Clara n’était plus là. Elle lirait jusqu’à la fin des temps pour combler ce retard.

Dans le temps de ce songe, la lune s’en est allée dans la. nuit noire du matin,  restent l’arbre et Clara, reste le retard de Clara. Celui de Flora n’est plus. La mort, c’est un retard qui s’éteint. » MJA

 

Pardon à vous Charles Gardou, pardon à vous mes amis de ce soir là, 18 novembre 2010, mes amis malvoyants et les autres, tous si attentivement présents à cette remise de la 2ème édition du Prix « voir avec les mains »  dans une si jolie salle du Capitole ; mes projets de femme ont  crée mon retard à dans l’écriture du pur moment de joie que j’ai eu à découvrir vos œuvres et à écouter la si humaine conférence de mon ami Charles Gardou. Oui, je sais une fois encore mon retard pris sur le projet des autres que je côtoie, oui, je sais une fois encore, le mur épais du temps qui me sépare de mes proches tant aimés et de ceux que j’admire.

Ce soir, pourtant, j’étais à l’heure de mon bonheur de découvrir dans les immenses salles du Palais des Congrès Pierre Baudis, à Toulouse, vos œuvres à tous, vos œuvres de talent, vos œuvres tellement travaillées, vos œuvres étonnantes de couleurs , alors que vous vivez dans la nuit. Quelle  leçon de vie et de persévérance !

 

Je déambulais sagement, dans la douceur de mes pas, avec mon petit carnet et mon crayon pour noter, pour saisir l’éphémère du temps contre lequel, toujours, je lutte. Retenir les mots et les images, les instants, les nuages, les passages de chacun, l’immobile de tous, épeler mon trésor de vivre ; c’est avec cela que je remplis mes étranges petits carnets, blottis dans mon sac, comme des oiseaux en attente de s’envoler vers le sens.

        Et donc, ce soir là, dès la première salle, sur le premier mur, j’aperçois, presque trop caché, un poème de Charles Juliet ; combien j’aime cet auteur, ses journaux, ses romans, combien, je vous invite à le lire ou à le relire, chers Inventeurs. Pour moi, pour vous, j’ai recopié son poème, debout, sur un pied incertain, la main tremblante d’inconfort, mais si heureuse de « retenir » ce poème que voici. Il est extrait du livre « ACCORD »

 

 

« Jan Vass ou le lacis de l’en de ça »

 

Une main hésitante malhabile

Paraissant n’obéir à aucune intention

 

Un geste qui se propose

nullement de graver d’entailler

qui simplement effleure

qui ne demande qu’à se poursuivre

à faire proliférer la trace

en laquelle il se résout

 

un trait grêle qui progresse au hasard

va vient erre s’emmêle

et au terme d’un parcours anarchique

finit par couvrir d’un fin lacis

l’entière surface dont il lui fallait

prendre possession

 

temps du pré langage

           de la pré-écriture

 

stade du gribouillis

cependant

il arrive parfois

que l’œil discerne

la minuscule silhouette

d’un homme ou d’un animal

l’ébauche à peine identifiable

d’une maison ou d’un arbre

telle ou telle de ces productions

qui surgissent sous la main

balbutiante du tout jeune enfant

quand il cède au plaisir de laisser errer un crayon

sur une feuille

 

toile singulière énigmatique

ou rien que d’informe

ne s’est inscrit

et où règne partout une atmosphère

d’équilibre d’harmonie de légèreté

 

manifeste est la joie qui préside

à ces retrouvailles avec l’imprévisible

imprègne le réseau arachnéen

où se donne libre cours

l’inlassable mouvement de la vie

trait mille fois brisé

qui semble aller à la recherche d’une forme

 

main tâtonnante

qui n’a pas encore trouvé son écriture

ce retour à un temps antérieur

est aussi l’éveil et naissance

foisonnement de tous les possibles.

retrouver l’émotion première

revivre  le geste initiale

 

c’est en cette nostalgie

et ce désir

que cette œuvre novatrice

plonge ses racines

 

Charles Juliet

(recopié par MJA,

 le 18 novembre 2010)

 

Puis, j’ai continué mon chemin.

J’ai admiré la fresque réalisée par des enfants diphasiques dans le cadre d’un atelier Slam peinture et musique (CIVAL centre Lestrade), j’ai admiré la peinture collective réalisée par un groupe d’aide diphasique, voix et musique (CIVAL, centre Lestrade,

J’ai noté l’adresse

CESDV Institut des jeunes aveugles,

 37 rue Montplaisir 31400 Toulouse.

J’ai admiré encore des peintures et des sculptures, je n’ai pas noté, j’ai emporté dans ma mémoire, leur talent à tous et à toutes. Sur le livre d’or, j’ai écrit :

« Toute mon admiration émue devant tant de travail du regard de l’âme. Quel beau regard, que le vôtre, à tous !

Aïcha Sebah, combien j’ai aimé votre toile blanche, au centre de la salle,  qui m’a fait penser aux « Causeuses » de Camille Claudel. J’ai aussi aimé votre femme-spirale, aux yeux fermés.

J’ai aimé aussi les peintures de l’Institut des jeunes aveugles, les poissons, le soleil quand il regarde la lune. Bravo ! Continuez ! »

J’ai parlé aussi avec Angélique et Jordan, dans un temps de complicité et de tendresse, de presque confidences. Je ne vous oublierai pas tous deux, votre jeunesse et votre humour, je n’oublierai pas non plus votre phrase Jordan « même si on me proposait de m’opérer les yeux, je refuserai, je suis trop habitué à être aveugle ». Allez, les marchands de compassion, ravalez vos larmes et écoutez, Jordan, qui « est » pleinement aveugle, jusqu’au bout de son identité !

Puis, je me suis rendue au Capitole, à pied, dans la nuit, traversant, les rues éclairées de ce Toulouse que j’aime tant. Là, se tenait la remise des prix. La salle bondée, attendait le cœur battant le nom des lauréats, mais dans un court « avant »,  nous avons écouté la conférence de Charles Gardou sur la création artistique et les situations de handicap. Je le remercie de m’en avoir confié le texte, ce qui me permet de vous en faire un compte rendu plus précis, car j’ai écouté de façon concentrée, mais ayant abandonné, cette fois-ci, mon carnet et mon crayon et donc flottait ma mémoire...

Cette conférence nous rappelle que la création en situation du handicap n’est pas quelque chose « d’extraordinaire », la création, oui, est extraordinaire mais elle ne l’est pas plus pour les uns que pour les autres. Une fois encore Charles Gardou dit non à la compassion, à l’excès d’éloge, à la charité parce que ces sentiments barrent,  définitivement, l’authentique reconnaissance à laquelle a le droit tout artiste de talent, qu’il soit handicapé ou ne le soit pas. Il rappelle alors, l’exigence de ce prix, loin de tout voyeurisme. Il s’agissait de récompenser les plus talentueux. Point barre. (le point barre, c’est moi qui l’ajoute, car on ne sera jamais assez ferme dans cette éthique là)

Charles Gardou, nous rappelle, et il a raison de le faire,  que le handicap ne garantit pas plus le talent que n’importe quel autre maladie et j’aime sa citation de Jean Dubuffet « Il n’y a pas plus d’art des fous que d’art des malades du genou ». Humour et sagesse se côtoient dans cette phrase, et je nous invite tous à la retenir.

A contrario, avec l’érudition qui est la sienne, Charles Gardou nous fait souvenir que bien des artistes handicapés n’ont pas eu la reconnaissance qu’ils méritaient, non en tant qu’handicapés mais en tant que créateurs géniaux ; ils nous citent alors : El Gréco, Camille Pissaro, Auguste Renoir, Paul Cézanne, (victimes d’une maladie inflammatoire du canal lacrymal), Edgar Degas (grave maladie oculaire, Claude Monet (cataracte), Van Gogh (troubles psychiques et troubles visuels), Edvard Munch (hémorragie vitréen), Gérard Lairesse, peintre néerlandais (syphilis congénitale) et d’autres encore. La liste est longue, trop longue... A nous d’admirer leur génie, mais aussi, ce qu’ils ont ait fait de leur souffrance  due à leur maladie, véritables contraintes existentielles. Oui, les admirer et les reconnaître, sans les livrer à nos projections mortifères.

Puis Charles Gardou, se tournent vers les artistes présents, rassemblés dans la belle salle du Capitole, vers ces artistes qui par leur travail, ont refusé de se laisser emprisonner dans les limites imposées par leur handicap et qui bien au contraire, ont inventé avec leur talent, leur liberté, loin des normes culturelles qui les assignent différents et improductifs. Ils ont su exprimer leur intimité profonde dans les contours de leur art, ils son su, dit Charles Gardou compenser leur vie, ils ont su exorciser leurs angoisses, ils on su vaincre leurs peurs, et ce savoir là, ils ne le doivent pas au fait d’être handicapé mais au fait d’être humain courageux car deuil souffrance, angoisse, frustration sont l’apanage de tous. Charles Gardou termina sa conférence en citant Jean Genet évoquant l’œuvre d’Alberto Giacometti : « Il n’est pas à la beauté d’autre origine que la blessure singulière, différente pour chacun, cachée ou visible, que tout homme garde en soi, qu’il préserve et où il se retire quand il veut quitter le monde pour une solitude temporaire mais profonde ».

Puis ce fut l’émouvante remise des prix, dont j’ai admiré la tenue des lauréats. Nous étions bien loin des pleurnicheries indécentes des Césars ! Ils étaient heureux, recevaient leur prix, dignement et fraternellement, remerciaient le jury ou leurs parents, puis aller s’asseoir. Alors, du coup, c’est moi  qui pleurait et qui applaudissait les lauréats si talentueux. Bravo ! Bravo ! Bravo ! à :

Dans la catégorie Artiste Peintre :

SABAH Aïcha : Souvenirs d’Enfance

HAZEMBAT-CUADRADO Marie : Les porteurs d’eau

MARTIN Nathalie : Paysage

MOTTE Zoé : Beau Soleil

BURON Jules : Les molaires de mon frère

Dans la catégorie Artiste sculpteur :

MOTTE Zoé : Alizé

DELABUHARAYE Gilles : Le chromosome danseur

Dans la catégorie Coup de pouce Peinture :

Célia, Mattéo, Mathieu, Kann, et Solenne de l’IES de LESTRADE : La couleur des oiseaux

DOLARD Patrick, le Soleil Bleu : Invitation au voyage

RENAULT Yvan, le Soleil Bleu : Liberté, Egalité, Fraternité

 

Dans la catégorie Coup de Pouce Sculpture :

Nicoletta, Samar, Yasmin et AFA du CRDV de Clermont-Ferrand : Solidarité humaine

Florian, Institut l’Arc-En-Ciel – Marseille : Evocation de la Fraternité


Une soirée de création, de talent et d’amour ; j’ai eu la chance de la vivre, je n’oublierai jamais. Merci à tous ! MJA 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Force et vulnérabilité
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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 08:22

Un livre de Charles Gardou
          Et des chercheurs des 5 continents
          Le handicap au risque des cultures
          Variations anthropologiques
          érès. Nov 2010


         La réalité est, ou ne sera pas, dans le temps de l’évanouissement selon une presque idée de Lévi-Straus.

J’ai lu un mois durant, chapitre par chapitre, pour mon blog « Les Inventeurs de lectures », le splendide livre de Charles Gardou.

J’ai lu sa parfaite construction, j’ai lu son écriture musicale, j’ai lu ses interrogations paradoxales. J’ai lu, de tous, chercheurs des cinq continents leurs recherches passionnées et passionnantes, parlant  de la magie, de la toute puissance des ancêtres, de la froide raison du pouvoir médical, de l’errance et de l’exclusion. J’ai lu, avec eux, la force culpabilisante, de la religion et la force dynamisante des associations, j’ai lu l’éthique si chère à Charles Gardou, de la force et de la vulnérabilité de chaque être, j’ai lu la souffrance et la solitude de tous marqués de la différence, j’ai lu des conceptions divergentes sur le handicap et des conceptions convergentes pour y répondre. J’ai lu des pays inconnus, les îles marquises, le pays Kanak,  La Chine, le Canada, Le Sénégal, je suis allée chez Les Inuits du Grand Nord et en Pays Amérindien. J’ai découvert La Norvège, et le Brésil, les sociétés Noires Maronnes du Surinam et de Guyane, Je me suis arrêtée au Liban et au Congo-Brazaville, en Italie, j’ai parcouru la mappemonde, toute étonnée du monde. je suis revenue dans ces pays que j’aime tant l’Algérie et l’île de la Réunion, j’ai découvert une Allemagne douce, si différente de celle mon histoire, une Allemagne de recherches, j’ai fait la paix avec l’Allemagne, j’ai respiré à plein poumons, les embruns d’une longue et patiente vie professionnelle, j’ai fait la paix avec les hiéroglyphes chinois, mais surtout j’ai fait la paix avec ma vulnérabilité psychique, j’ai accepté ma fragilité parce que j’ai eu le désir et la force de lire ce livre jusqu’au bout de ma solitude et de la solitude des hommes. J’ai fait la paix avec mes forces destructrices et mortifères  parce que j’ai rencontré des recherches humaines et profondes qui disent du handicap tant de représentations de soi et de l’autre, de tous , qui disent du handicap le possible parce que parlé et pensé par des hommes et des femmes de cœur, au travail du meilleur du savoir de l’autre et du savoir des livres.

J’ai lu du différent, j’ai lu du pareil, j’ai lu du connu, j’ai découvert l’inconnu, j’ai lu du singulier, de l’unique, j’ai lu de l’universel.. J’ai pleuré, mais j’ai souri aussi devant la tendresse immense de ces recherches. Puis mon livre à peine lu s’est évanoui . Me voici devant vous, ne pouvant parler de ce livre qui m’a bouleversée de page en page, de ce livre si doux par son intelligence, malgré la violence du sujet qu’il emporte : notre fragilité dont nous ne voulons rien savoir, sur n’importe quel fuseau horaire, invoquant magie ou médecine, convoquant l’impossible à toute heure, l’impossible de notre souffrance devant la différence.

Oui,  mon livre, à peine lu, s’est évanoui mais dans mon âme de femme et de lectrice reste l’empreinte d’un mot : « Merci »

 

  Merci Charles Gardou, merci à vous les chercheurs du monde entier, d’avoir tant travaillé à nous apaiser dans ce qui nous fait si mal.

 Merci dans votre quête de trouver du sens à l’insensé de nos différences qui marquent nos corps et nos âmes.

Merci de toute mon âme pour votre travail de l’âme, la vôtre,  au travail

Merci pour ce temps de vos recherches que vous nous confiez dans un style simple direct, sobre qui court de chapitre en chapitre.

Merci pour vos voyages qui s’enchaînent dans une construction étonnante.

Merci pour votre fresque anthropologique qui dit de l’homme vulnérable son creux, sa détresse, son chagrin

Merci pour vos patientes recherches qui font face au creux, à la détresse, au chagrin de l’homme vulnérable

Merci pour votre travail qui nous confronte à notre ambivalence, au secret et au caché, au dit et au non dit

Merci de nous faire découvrir et aimer notre visage si semblable à celui de Janus, entre douceur et violence, entre cris et chuchotements, entre savoir de l’humain et connaissance de l’esprit.

 

Votre livre est un cri

contre l’injustice des dieux et des ancêtres,

contre l’injustice de nos corps,

contre l’injustice de la fatalité,

contre l’injustice de nos regards

qui détruisent,

qui expulsent,

qui rejettent,

qui piétinent

l’homme atteint d’une différence

 

Votre livre est un cri contre la mort

Votre livre est un cri d’amour.

Votre livre est un cri d’espoir

 

Votre cri a traversé mon cœur de femme, si fort d’exister et si fragile de sa mort toujours en suspens. 

Votre livre s’est évanoui mais je sais pour toujours le talent et la bonté qu’il abrite.

 

A tous, je  vous souhaite une  bonne lecture de ce livre de voyage, d’anthropologie, tellement, tellement, profond, que vous trouverez des forces pour continuer votre chemin d’humain si vulnérable. Je m’en porte garant. MJA

 

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