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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 00:17

Lecture croisée

Votre voisin n’a pas de papiers

Paroles d’étrangers

La fabrique éditions

Cimade

J’ai eu quinze ans

En Tarn-et-Garonne

2008-1808

Petites histoires pour 15-115 ans

Jean-Paul Damaggio

Editions La Brochure

Le temps glisse limpide, remontant le cours des années de 2008 à  1808. Dans son exploration singulière suivons Jean-Paul qui épingle les mots de ses témoins comme autant de papillons en plein vols  de leur 15 ans tour à tour énigmatique, poétique, humoristique, politique toujours vivants entre journalisme et exploitation agricole, entre collège et maison des ancêtres.

J’ai beaucoup aimé ce livre qui raconte la vie quand elle prend racine dans un département verdoyant, révolutionnaire, libre de ses luttes clamées par des hommes et des femmes riches d’eux-mêmes.

                  « Demain, il fera peuple

                  Demain, il fera jour

                  Demain , il fera liberté

                  Demain, il fera poésie.

                  Demain, il fera chance »

Epelant leurs demains à tous, Jean-Paul explore le passé de chacun à travers le département. Son livre est habité de visages humbles, de mots discrets mais lumineux  prononcés par des jeunes et moins jeunes, travailleurs ou non, hommes ou femmes du temps présent mais aussi plus lointain. Nos ancêtres parlent à moins que ce ne soit nos enfants ou nos compagnons de route. Ils sont tous là, l’ébéniste, le manifestant, l’énigmatique, l’oublié, l’anonyme et d’autres encore qui revivent  sous le clavier érudit de Jean-Paul Damaggio. Ils ont eu quinze ans  et nous les racontent dans les contours des pages et de leurs phrases souvent surprenantes, si pleine de sève. Tous disent l’espoir de la vie qui se dit, quand ceux qu’on nomme « les petits » parlent dans le temps de leur souffle heureux. Comme il doit être bon d’être né quelque part sous un ciel qui appartient à ceux qui labourent une terre juste en dessous, depuis toujours, à ceux qui poussent la porte de l’usine, à ceux qui accomplissent leurs tâches quotidiennes dans le droit fil de leur histoire non brisée et de leurs convictions humanistes.

 

Je lis ce livre et « il fait sourire .»

 J’aime ce Tarn-et- Garonne là si généreux, si vivant, si poétique, si plein d’humanité. Chemin lisant, tournant les pages moi, la sans racines, je m’interroge : et si j’étais de ce Tarn-et- Garonne là ? Si ces ancêtres étaient les miens ? Si mes quinze ans se projetaient dans les leurs ? Oui, « demain sera mon arbre »

Dans l’impossible transition, « demain sera pleurs et exil »

J’ai lu douloureusement ce très beau livre de la Cimade. Mon voisin est sans papiers . Ils ne s’appellent plus comme dans le livre de Jean-Paul Damaggio, Emilie, Adrien ou Victoire. Ils s’appellent Malika, Brahim ou Djamila. Ils sont Chiliens, Kabyles ou Somaliens. Ils sont tous sans papiers et sans travail, ils errent de préfecture en préfecture, le regard épuisé d’attentes et de tristesse attendant le droit d’être dignes et de travailler, le droit pour les femmes de ne plus subir un trop plein de violences de l’Histoire ou de leurs compagnons.

En lisant le livre de Jean-Paul Damaggio mon coeur battait d’espoir en l’humanité. En lisant le livre de la Cimade mon coeur n’était que chagrin et oppression pour ces êtres sans défenses contre le harcèlement des lois, contre l’inhumain. Ils n’ont jamais le bon papier, la bonne justification, le bon salaire, la bonne adresse. Ils n’ont plus le droit ni au travail ni aux loisirs. Les hommes du livre de Jean-Paul ont des racines, ceux de la Cimade ont perdu les leurs, ont perdu leur ciel, ont perdu les liens avec leurs êtres chers. La mère va mourir, le père est loin mais ils ne peuvent les rejoindre. Autant de séparations terribles dans lesquelles se jouent à l’infini la séparation, le deuil, la pauvreté. Le temps les pulvérisent, les lois les anéantissent.2008-2003-1998-l’après-guerre. Je réinvente leur chemin jalonné de lois et de décrets, ils avancent « la valise au-dessus de la tête. « Demain, il fera expulsion » « demain, il fera regard indifférent au scandale de l’injustice. »

Alors, je convoque mes amis Tarn-et-Garonnais, je les glisse sur chacune des touches de mon clavier.

Alors, « demain sera un monde plus juste », un monde victorieux ou ceux qui ont un ciel partageront le leur avec ceux qui n’en ont plus pour cause de guerres et de persécutions et

« Demain,  sera humain. »

Lire, sans plus attendre ces deux livres complémentaires et combattre pour un monde plus humain.

Marie-José Colet

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 07:56

J’ai grandi sur des pages poussées par des phrases. Toute mon élaboration de maintenant je la dois aux mots des autres que j’ai aimés, caressés du regard. J’ai cherché avec eux mon présent, j’ai inventé mon écriture et mon savoir. Je veux être une fleur de transmission. C’est par la transmission que je vis ; quand je renonce à mes espérances, ce sont les livres de tous qui me sauvent du désespoir car les livres sont des longs fleuves tranquilles. Ils sont toujours là, prêts à être ouverts, prêt à dire et à redire leurs vérités. Ils ne s’étiolent pas, ne se fanent pas. Les livres parfois s’abîment, c’est pour cela qu’il faut faire tant d’efforts pour les conserver. Ils chantent nos plaintes, nos découvertes, nos engagements, notre humanité. Ils perdurent à nos désespoirs d’hommes si impuissants parfois, ils écrivent notre humanité. Comme Mowgli, nue et abandonnée j’ai grandi parmi les livres. Les livres m’ont protégée, ont pris soin de moi, ont crée mon intelligence, m’ont appris mon humanité, m’ont fait découvrir la société et le passé.

Je suis une femme de présent et d’avenir. Une femme d’utopie, une femme de mouvement, une femme en mouvement. Je suis née de mon immobilité devant les livres, j’ai été crée à partir de ce calme immense que demande la lecture ; les livres ont inventé ma sérénité de femme qui à tout jamais a perdu sa virginité. Je suis une femme fécondée par les livres, en route vers l’éternelle  création.

Je suis née à partir de Léonard de Vinci, de Matisse, de Picasso et de tant d’autres. La peinture m’a  appris la douceur et le bonheur. La peinture m’a appris l’Histoire et les livres m’ont conté des histoires. Je suis une femme de récits et le récit c’est la vie. Raconter une histoire, rien n’est plus beau. Nous ne sortons jamais de l’enfance et c’est le seule espoir de l’humanité. Je sais les guerres, les violences de l’humanité, je sais que trop souvent je perds mon combat pour la paix. Je sais tout cela. Mais je sais notre  travail à tous, inventeurs de lectures. Nous nous appliquons à tracer nos jardins, à continuer d’écrire nos livres et nos articles, nous nous appliquons à annoter nos textes préférés, à copier nos citations, à tourner nos pages, à conquérir l’immobilité de la lecture et de la peinture, à écouter Mozart et La Callas, à sculpter nos jours ; Nous nous appliquons à sublimer cette terrible pulsion de mort, nous inventons la vie dans nos jours et le ciel dans nos nuits. Il n’y a pas d’autres solutions que la création artistique ou sociale face à la destruction. C’est terriblement dur de continuer à affirmer la paix alors que la guerre explose de partout. La paix dépend de nos livres et de nos arts. Elle dépend de nous. Elle doit être plus forte que les bombes et que la haine.

Je sais que grâce à la transmission, je ne m’éteindrai jamais.

Que le monde malgré la mort et le feu demeure, malgré l’injustice et la misère continue d’être par la force quotidienne de nos inventions.

Inventons nos bouquets comme des feux d’artifice dans la nuit de notre désespérance humaine.

Inventons l’impossible et dans l’humilité de nos livres continuons d’inventer nos lectures.

Inventons la nostalgie.

Inventons la tendresse.

Inventons les caresses

Inventons l’humanitude

Marie-José Colet

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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 18:26

Les crises dans lesquelles nous avons vécu depuis le début du siècle  nous enseignent qu’il n’y a plus de normes pour déterminer nos jugements et nos règles de pensées et cela constitue une réelle fracture du monde moderne et de sa mémoire, nous dit Françoise Collins dans son .très bel essai  dans le colloque POLITIQUE ET PENSEE  (Petite Bibliothèque Payot N°289 ) N’ÊTRE auquel je ne peux que vous encourager à vous référer plus longuement dans un souci d’approfondissement de mes propos.

 

La lumière du passé nous est confisquée et nous sommes condamnés à l’errance de la pensée. La Shoah nous a mutilés de nos repères moraux,  nous laissant seuls, abandonnés sur la plage d’une morale devenue impossible, dorénavant en ruines.Toutefois nous dit Hannah Arendt, la mémoire est promesse, toute naissance est promesse du recommencement possible. Il s’agit de réinventer les conditions du langage.

 

Et si une des conditions essentielles de réinventer le langage était la lecture, la culture ? Ne restons surtout pas rester dans le déni ou l’oubli de l’horreur mais  symbolisons la pleinement pour continuer de penser même si cela doit prendre plusieurs générations.

 

L’important c’est de penser nous dit Hannah Arendt, l’important c’est de savoir ce que nous faisons, l’important c’est du donner du sens à nos actes et à nos paroles. Ne pensons pas exclusivement dans  laboratoires de spécialistes mais pensons dans un espace ouvert à tous. La pensée doit appartenir à tous. On parle toujours des minimums de revenus pour vivre dignement. C’est bien. Mais nous devrions aussi penser le minimum d’une culture pour vivre également dignement, dans une parole reconnue par la communauté, un minimum culture qui empêcherait la banalité du mal qui toujours nous nourrit la bête immonde. Développer la nécessité d’apprendre à penser par soi-même non pour développer toujours plus d’individualisme mais pour engranger une plus-value de la parole qui ferait  inscription dans la communauté des hommes et qui donnerait tout son sens à la démocratie, son sens et son poids. L’homme ne serait plus superflu, allégé de son intelligence mais lourd de ses engagements nés d’une élaboration repérable. Hannah Arendt parle d’actes et de paroles inscrits dans une durabilité humaine mais pour que les actes et les paroles s’inscrivent dans la durabilité d’une oeuvre humaine il faut tout d’abord qu’ils s’inscrivent dans l’intelligence d’une pensée construite à partir d’un échange avec tous et c’est à ce prix que  penser, parler seront des actes novateurs et créateurs.

 

Voilà pourquoi, je m’entête dans mon utopie d’ateliers de lectures qui seraient des lieux de rencontres, de plaisir mais aussi de construction d’une pensée démocratique élaborée au sein d’un groupe.

 

Voilà pourquoi, je m’entête dans mon utopie d’ateliers de lectures comme invention au quotidien de lieux de citoyenneté, quand le groupe fait cité et démocratie, quand le groupe devient  lieu de paroles intelligentes parce que plurielles dans un espace public.

 

Voilà pourquoi, je m’entête dans mon utopie d’ateliers de lectures, comme invention possibles de lieux d’inscription de valeurs différentielles assurant la vie et le bouillonnement de l’intelligence de tous.

 

Voilà pourquoi, je m’entête dans mon utopie d’ateliers de lectures, comme invention possible de lieux de déploiement de fabrication (selon le terme d’Hannah Arendt) d’un monde plus humain, où chacun par sa présence et son écoute de l’autre, par la médiation des livres  puisse consoler de l’inconsolable. Ateliers creusés par les pensées de chacun, ateliers creusets de pensées.

 

Voilà pourquoi, je m’entête dans mon utopie d’ateliers de lectures, comme invention possible de lieux que j’habiterai avec mes amis lecteurs et avec ma famille que je vous présente, si vous le voulez bien :

 

Mon père est  Sigmund Freud par l’élaboration de l’autre scène.

Ma mère est H.annah Arendt par l’élaboration de sa co-naissance qui m’aide tant à connaître.

Mes frères sont Gandhi et Martin Luther King par leur élaboration de la non-violence.

Mon cousin germain est Marc-Alain Ouaknin par sa grande ouverture sur le savoir de tous.

 

Mes soeurs sont la longue liste de femmes qui ont élaboré la sororité dans la lutte politique

 

Les invités de ma famille, pour qui le couvert est toujours mis sont tous les opprimés de la terre, victimes des guerres, de toutes les guerres et à qui on a confisqué le bonheur pour cause de « causes immobiles et intransigeantes, pour cause de tolérance éteinte ».

 

Mes amis sont tous ceux qui reconnaissent  ma parenté.

 

Marie-José Colet

 

 

 

 

 

 

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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 08:23

« Madame, je veux apprendre à lire ». Que me disent-ils là ? Ils me disent qu’ils ont mal de ne pas savoir lire. Je ne leur apprends pas à lire et c’est là pour moi toute la culpabilité de ne pas répondre à leur demande douloureuse. Je leur donne envie de lire. Je leur donne le désir. J’alimente leur demande mais je n’y réponds pas. Je ne suis pas une technicienne de l’apprentissage, je ne suis pas une pédagogue. J’ai une formation de psychologue clinicienne. Mon rêve le plus cher serait de travailler simultanément ou presque, de concert avec un instituteur ou une institutrice, ceux là qui savent admirablement les techniques d’apprentissage. J’aurai donc là un rôle facilitateur mais non exclusif. Je planterai le décor, la tente qui nous abriterait tous. La lecture est un abri. Je le sais à les entendre. Ils abritent leur enfance, leur pays, leur soucis, leur joie. Ils se confient à moi. Je reçois ses confidences avec tact, j’espère. Recueillir l’autre n’est pas facile. Il faut savoir laisser place à l’écoute mais éviter les débordements envahissant pour le groupe. Je propose souvent de reprendre la confidence enfin d’atelier.

Atelier abri. Récits de vie. Récit de vie est « ma technique de base » élaborée par des formatrice de La Base Pédagogique de Soutien . J’ai fait de nombreux stages avec elles et les récits de vie sont pour moi passionnants et riches d’enseignement. Les récits de vie sont une séquence des ateliers mais une séquence variables car certains groupes y résistent d’autres au contraire nagent avec sincérité. Je propose alors des « moments- souvenirs », souvenirs d’enfance, souvenirs d’un lieu, souvenir d’une personne aimée, souvenir d’un bijou offert, souvenir d’un moment tragique ou réussi,  souvenir d’une saveur, souvenir d’un âge. Souvenir. J’invente tout ce qui peut faire mot, tout ce qui peut dénouer le temps pesant préexistant à l’apprentissage. Tout ce qui vient là « encombrer » la tête. Apprendre, lire demande d’être léger. Quand on a trop de soucis, de chagrins on ne peut pas intérioriser la lecture. On ne se concentre plus. L’esprit s’échappe vers d’autres contrées intérieures. Lire c’est bouger et rien ne doit coller aux semelles pour effectuer ce mouvement. Mouvement des yeux, certes mais mouvement de l’âme plus encore. Mouvement des mots . Les récits de vie permettent de se souvenir mais aussi de parler avec les autres, de se déplacer donc dans un temps centrifuge de soi vers les participants du groupe. Séquences souvent pleines de rires mais aussi de larmes.

 Avancer doucement. J’ai souvent peur des débordements d’affects, j’ai peur d’être dépassée. Je travaille sans autre filet que l’antérieur travail sur moi-même que j’ai mené en psychothérapie en psychanalyse Il me paraît essentiel de savoir où j’en suis moi, de mon voyage dans la lecture et dans la vie pour être le guide de ce même voyage pour les autres. La qualité des ateliers en dépend. L’atmosphère, la création, la recréation en dépendent également. Rien n’est plus simple à animer, rien n’est plus complexe que la dynamique d’un atelier de lecture. Instants du temps, précarité du moment toujours à inventer. Douceur en fuite. Force des mots. et alors « habiter le jeu, celui de dire enfin Je.

 Lire c’est dire « son je » à partir d’un autre, l’auteur. S’ y reconnaître. Cela j’aurai pu le dire. Cela j’aurai pu le vivre. C’est à lui, c’est à moi. Qui préexiste à qui ? L’auteur au lecteur ou le lecteur à l’auteur ? Lire c’est parcourir une distance puis soudain l’effacer pour enfin la retracer. Nous sommes sans cesse dans ce jeu avec la distance. Lire c’est franchir une frontière dans les deux sens, en permanence. Au dessus de nous, les nuages qui passent. Le temps qui court. Autour de nous, l’impossible silence. L’auteur parle. Nous parlons. Lire des mots c’est faire du bruit en silence. Etrange paradoxe qui nous traverse et qui nous fait nous sans être nous.  Et c’est pour cela que ceux qu’on dit « illettrés » aiment les livres et disent « Madame, je veux apprendre à lire. » Il veulent apprendre à lire, parce que lire c’est utile, rien n’est plus utile que de lire mais aussi parce que lire c’est voyager dans l’humanité et tous nous avons besoin de ce voyage-là qui nous fait nous.  En atelier de lecture, ce voyage autour de nous-même nous l’effectuons ensemble parce que nous sommes ensemble l’efficacité est plus grande. Dans notre voyage nous nous surpassons, entraînés par les autres. Nous nous enrichissons de parler, de partager, d’écouter. Nous créons notre lecture et nous la dépassons. C’est alors que nous nous atteignons.

J’anime aussi des ateliers de lecture auprès de publics dits « grands lecteurs ». commencé et découvert ma pratique ainsi. J’ai animé un atelier de lecture en hôpital psychiatrique pendant treize ans. J’ai découvert le passage du livre au dire. J’ai découvert comment à partir de la lecture les patients parlaient d’eux-mêmes écouté. Puis, j’ai crée une association Le livre ouvert. Dans le cadre de cette association j’ai animé de nombreux ateliers de lecture : avec des enfants, avec des personnes âgées, avec des personnes de tous âges et de tous milieux sociaux. J’ai animé, j’ai parlé, j’ai lu, beaucoup lu. Seule avec mes livres, je me retrouvais.

Mais la question n’est pas là. La question n’est pas celle de toutes ces années passées à lire et à écouter lire. Vingt cinq ans de ma vie. J’ai 60 ans.

La question est celle de ma bibliothèque, le ventre de mon identité. Ma bibliothèque à partir de laquelle je suis née, à partir de laquelle  je mourrai. Ma bibliothèque grâce à laquelle, j’écoute votre question : « Madame, je veux apprendre à lire » et grâce à laquelle je tente sagement d’y répondre au jour le jour. Ma bibliothèque c’est ma solitude , ma vie et ma mort.

La question est celle de ma nécessité.

 En 1995, dans un de mes nombreux petits carnets, j‘écrivais :

« Aimer c’est entendre le chant des autres. L’écriture ne peut-être qu’à partir de cette musique qui suspend la mort le temps de nos vies.

Je suis un corps de femme sur lequel s’imprime en lettres de vie : « cherche ». Je vis à fleurs de mots, à fleurs d’espoirs, à fleurs d’attente. Mes phrases fuient, s’égarent, s’envolent. Je suis un oiseau qui fait son nid. Quand il sera temps, ça éclora, ça éclairera. 

(Extrait de Madame, je veux apprendre à lire)

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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 08:21

Dans le silence qui s’avance, je chercherai. ce qui de la lecture fait lien et démocratie, je chercherai dans mes livres et dans ceux de tous une transmission possible de ce monde difficile, de ce monde toujours en guerre. Des guerres, je ne sais que faire. De mes livres, je sais leurs possibles pensées, de mon coeur caressé par les rimes du savoir, je sais le possible de ma vie. Depuis toujours, j’ai lu, depuis toujours j’ai fait ce que j’ai pu.

 Comme une fourmi myope, je creuse les tunnels de mes lectures et j’invente, comme ça, au jour le jour le partage des miennes et des vôtres.

Dans le silence qui s’avance, j’égrène ma solitude mais je vous sais tous là mes amis, cherchant avec moi ce qui de ce monde est possible. Inventons nos possibles avec les titres de nos livres, tournons ensemble les pages, et dans un même élan travaillons. Ensemble, nous vaincrons la pensée commune quand elle se fait méchante et raciste, sectaire et violente.

Empruntons nos chemins de courage et résistons à l’absurde de la pensée dominante ; par nos livres faisons la reculer.

Dans le silence qui s’avance, je chercherai comment lutter contre ce qui fait tant souffrir les personnes en situation d’illettrisme, qui les excluent de la société mais surtout d’eux-mêmes et de leur dignité. Je chercherai avec mes livres, avec les vôtres, j’écrirai sur mes cahiers à lignes, je saisirai notre savoir commun sur mon ordinateur, j’écrirai dans mon blog sans relâche, j’irais à des conférences à Toulouse et ailleurs, j’arpenterai à grand pas le savoir

Travailler sans relâche sera mon devoir de femme comme il l’a toujours été.

 

Dans le silence qui s’avance, je serai femme parmi toutes les femmes. Nos droits je défendrai, nos droits, j’écrirai, nos droits je rappellerai, nos droits je clamerai. J’écouterai comme je dirai nos paroles de femmes, complices, amies, chercheuses. Le savoir a besoin de femmes. 

Femmes quand elle aiment,

femmes quant elles travaillent,

femmes quand elles lisent,

femmes quand elles interrogent,

femmes quand elles nourrissent,

femmes quand elles pleurent.

 Les larmes des femmes sont l’espoir de la  tendresse

Dans le silence qui s’avance, épuisée de moi-même, je fermerai mes livres et je mourrai. Je rejoindrais celles que j’aimais tant, ma soeur, mon amie, qui m’ont quittée, laissant mon carnet d’adresses définitivement esseulé.

Deux adresses comme ça

Deux adresses perdues dans ma mémoire

Deux adresses sur un grimoire

Deux adresses sans espoir

Deux adresses pour un soir

Deux adresses pour ce soir

Deux adresses ni blanche ni noire

Deux adresses inutiles

Deux adresses parmi mille

Deux adresses, des larmes sur mes cils

Deux adresses dans le temps qui file

Deux adresses sur mon île

Deux adresses sur un fil

Deux adresses sur le Nil

Deux adresses de silence

Deux adresses d’absence

Deux adresses qui me lancent

Deux adresses qui balancent

Deux adresses immenses

Deux adresses carences

Deux adresses qui dansent

Rime rompue.

Quand cette rime s’est rompue

grâce  aux miens et à mes proches amis

grâce à mes livres j’ai survécu.

Les livres inventent le temps

Celui de l’éternité qui abritent nos disparus.

Proust parlent de littérature et de cimetière

Jeanne Benameur dit que savoir lire

permet de lire sur les tombes.

Lire c’est vivre et mourir.

Lire c’est inventer des soleils dans sa nuit

Lire c’est essuyer ses larmes

parce qu’un autre à vous se confie

parce qu’un autre vous console

parce qu’un autre par ses mots

invente notre intelligence

Lire c’est continuer d’aimer

de la terre se parer.

des astres s’entourer

Lire c’est frôler sa solitude

sans jamais l’atteindre

c’est laisser bousculer

son existence par un autre.

Lire c’est faire jaillir de soi

une lumière brisée

une lumière irisée

qui de l’âme trace l’arc-en-ciel

faisant tinter le cristal des mots

Dans le silence qui s’avance

dans une lente mouvance

le temps venu de m’en aller

je me reposerai de mes livres

de mes pages et de mon tunnel

et enfin je reposerai dans mon silence.

Marie-José Colet

Le 7 avril 2009

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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 08:19

Williams Camus

Mémoires d'un sauvage.

Editions Syros Jeunesse 199 p.

Un livre que j’ai beaucoup aimé, avec lequel j’ai de nombreuses fois travaillé dans mes ateliers de lectures.

A La manière de Williams Camus.

Cette histoire commence quand La Lune-des-Bourgeons vit venir au monde  Cet-Enfant, qui dût attendre plusieurs lunes pour avoir un nom.

Ce-Père était un homme bon et vaillant. Cette -Mère le mit au monde à la belle saison. Selon la coutume Ce-Fils fut élevé par l'ensemble de la communauté.

Cet-Enfant aimait Ce-Père qui lui transmit les secrets de la chasse et de la nature. Très jeune Cet-Enfant apprit à dresser les huskies et à parler la langue des ours. Cet-Enfant connaissait chaque chien par leur nom : Tire-en-Biais, Ne-Voit-Rien, Grosses Pattes, Trois-Couleurs, Sans-Queue, Ivoire-de-Mars, Va-Tout-Droit, Tire-Pour-Deux. Une seule chose tracassait Ce-Fils. Ce-Père et Cette -Mère ne lui avait pas encore donné de nom.

Ce-Fils apprit à reconnaître " le hurlement du loup, le miaulement du lynx, le grognement de l'ours, le ricanement de la hyène, le jappement joyeux des huskies laissés en liberté dans les proches collines. "

Ce-Père lui apprit à lire sous l'oeil vigilant de Cette-Femme. Ce-Fils déchiffra les étiquettes des boîtes de conserves de haricots, puis il les compta. Cet-Enfant eût pour salle de classe, la cuisine de ses parents. Cette-Mère exigeait toujours plus ainsi Ce-Père apprit à Cet-Enfant les rudiments de mathématiques que sont les " un peu " et les " beaucoup ", les " encore ", les " pendants ", les " après ".

Les années passèrent et Ce-Fils devint chasseur, curieux de tout, allant de l'un à l'autre, questionnant chacun, devisant avec tous. Ainsi, les autres chasseurs devançant de plusieurs lunes Ce-Père et Cette-Mère donnèrent à Ce-Fils un nom : Ka-Be-Mub- Be (celui -qui-s'asseoit-Partout.)

Cette-Lectrice ne racontera pas la fin de l'hisoire. Ce-Lecteur la trouvera chez Cet-Homme qu'on appelle Celui-qui a Plein-de Livres et qui habite au coeur du Grand-Village-de Briques- Roses.

Maintenant Lune-dans-le Ciel est toute ronde de lumière. La Lune-où-les Cerfs -Perdent- leurs-Bois tire à sa fin ; les frimas d'hiver s'achèvent tandis que le livre se referme. Pour Cette-Lectrice le temps est venu d'espèrer Lune-des Bourgeons et d'attendre, avec quelques livres, La-Belle-Saison.

                                                                  Marie- José Colet

                                     Cette-Femme-qui-Lit-Tout-le-Temps-et-Partout                                                                                                                                                     

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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 00:08

Un livre d’Alice Miller


L’enfant sous terreur

Editions Aubier 1981

380 pages


Alice Miller s’attaque aux traumatismes sexuels réels de l’enfance.


Selon elle, une névrose ne se situe pas dans un conflit pulsionnel mais dans un terrible réel traumatique.  L’analyste par identification à l’enfant qu’a dû être son patient permet la levée du refoulement.


Le processus de guérison intervient dès qu’il y a levée du refoulement de ce traumatisme tant au niveau du souvenir que des affects qui l’emportaient. (angoisse, colère, fureur, humiliation, sentiment d’impuissance.)


L’analyste doit tout faire pour soutenir son patient dans son chemin qui est pour lui un chemin de croix. Cette attitude n’est pas celle de l’amour dit-elle mais celle d’une empathie réelle, profonde, d’un accompagnement sans réserve dans lequel il joue tour à tour tous les rôles que lui attribue l’adulte, « enfant »

 

Alice Miller se situe toujours comme l’avocat de l’enfant qui se confie à elle, soit encore enfant, soit déjà adulte. Celui qui a souffert a  besoin d’un avocat, d’une adresse à sa plainte, car enfant il n’a pu dire son traumatisme à personne et c’est ce qui a produit le refoulement. L’environnement était trop néfaste pour parler. On retrouve là le concept si précieux de Winnicott : l’environnement.

 

L’analyste-avocat reconstitue patiemment dans le cadre des séances un environnement affectif qui permettra l’expression, la mise à jour du traumatisme infantile. Il est la première personne en qui il ait confiance, devant qui il ne se sent plus culpabilisé, à qui il peut même exprimer sa haine sans que l’analyste ne s’effondre.


Alice Miller est convaincue qu’une fois l’immense colère destructrice exprimée, le patient pourra enfin sortir de sa soumission à l’autre cruel,  à la violence d’un enchevêtrement  trop intense haine, mort, amour, vie pour reconstruire des défenses saines et surtout sociales. jusqu’à la sublimation réussie. Il retrouvera l’imagination de vivre et d’aimer enfin.


J’ai aimé ce livre si difficile à lire, sur le plan théorique car il interpelle sérieusement les concepts freudiens de la sexualité infantile qui selon Alice Miller ne placent pas dans le réalité le traumatisme sexuel, et donc il nous renvoie encore et encore à l’élaboration de nos concepts. Mille fois, à l’ouvrage tu te mettras, humblement, des heures durant tu travailleras car la détresse tu aideras.


Ce livre est surtout difficile à lire aussi par son contenu terrible « cruautés innommables » des adultes sur les enfants.


Ce livre est surtout difficile à lire car il dit le terrible engrenage de la cruauté : un enfant maltraité devient souvent un adulte maltraitant dans uns spirale du malheur terrifiante : L’enfant sous terreur

 

Ce livre est difficile à lire car il dit la terrible mémoire du corps et de l’âme à qui l’enfant sous terreur n’en finit pas de payer son tribut, sa dette inextinguible et mortifère .


Ce livre est difficile à lire parce qu’il dit l’injustice de certaines destinées.


Ce livre est difficile à lire par ce qu’il dit la pure violence et le naufrage de l’être sur qui elle s’est exercée.


Mais dans ce livre, malgré la plaine immense calcinée par le Mal radical souffle l’espoir de la reconstruction possible pour ces êtres là abandonnés du soleil et condamnés à la nuit éternelle par leur mémoire inconsciente trop cruelle, grâce à des hommes et des femmes, des psychanalystes,  qui patiemment reconstituent le corps et l’ âme de leurs patients, presque définitivement emportés par la monstruosité. Des gueules cassées.


Ce livre m’a fait pleurer de terreur mais aussi d’espoir.



Merci Alice Miller,


Merci à tous ceux qui par un travail obstiné comme le sien permettent à des adultes de n’êtres plus des enfants sous terreur et d’enfin devenir responsable de leur vie dans une communauté humaine, de devenir porteur de leur parole vivante  par leurs projets quotidiens enfin délivrés du cauchemar de violence et de terreur que fut leur enfance de carence.



Merci à tous ces chercheurs d’humanitude qui exercent au risque de leurs propres pulsions toujours interpellées par l’autre souffrant parfois jusqu’au délire.



Que ceux qu ont écrit le livre noir de la psychanalyse prennent le temps de lire Freud, Alice Miller, Françoise Dolto, Mélanie Klein, Winnicott et pourquoi pas Lacan. Car tous, avec leurs mots, avec leur âme, et leurs chagrins ont élaboré des concepts difficiles, parfois différents certes , mais tous sont à l’oeuvre, chacun du lieu de son histoire pour entendre celui qui souffre l’enfer et l’aider à se reconstruire du pire.



A tous les psychanalystes, toutes écoles confondues, merci au nom de tous les enfants sous terreur qui un jour ont retrouvé, même adultes, et parfois des dizaines d’années après le traumatisme sexuel, le sourire.



Marie-José Colet

4 avril 2009



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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 08:54

Un livre sous la direction

d’Adam Kiss

SUICIDE ET CULTURE

Préface de Henri Sztulman

Edition l’Harmattan 1999

         J’ai aimé ce livre « Suicide et culture ». Les articles de longueur inégales racontent une  saga de l’humain quand la naissance passe par la mort dans « un infracassable noyau de nuit ». J’aime cette belle expression du Professeur Henri Sztulman. Ces articles laissent entrevoir « dans le silence de cet ouvrage à ces sujets toute l’étendue de nos ignorances sur les tendances suicidaires. » Modestie d’Adam Kiss sous la direction duquel ces textes d’anthropologues, de psychologues, d’ethnologues et de psychanalystes sont rassemblés. Tous ont conjugué leurs efforts pour dire cet indicible du suicide dans les différences des lieux, des communautés, des mentalités, des repères de chacun. Chez les uns, au Maghreb, le suicide est totalement contraire à la loi de la cité. La vie de l’être humain appartient à Allah, se suicider est un refus, une révolte contre la volonté divine, chez  les autres, ces bonzes vietnamiens, c’est un acte traditionnel d’indépendance, d’honneur, de respectabilité enfin. Le suicide est reconnu. Nous marchons dans les traces de Belkassem  Bensmaïl et dans celles de Bui Minh et Didier Bertrand. Des traces qui nous mènent du Maghreb au Vietnam.

         De la différence encore, en Afrique, en Guinée Bissau, passionnants les propos d’E.Caule-Ducler, O.Reveyrand-Coulon. Mise en scène de la mort . Des jeunes femmes hissent au rang d’Ancêtres des jeunes hommes morts. De ce portage adviendront Maternité et Féminité enfin possibles. Restauration du lien mort/vie, un possible travail de deuil. A lire comme des histoires. Histoire d’un sujet, histoire collective et de ses représentations co-sensuelles. Article difficile à suivre dans la lente complexité des mots pour en tirer la substantifique moelle des phrases.

         Article suivant :  Henri Chabrol. Psychopathologie des tentatives de suicide de l’adolescent. Quand la détresse et l’angoisse sont déniées, quand le chaos externe fait douloureusement écho à la catastrophe interne, « quand la tentative de suicide est revécue dans la compulsion à interrompre le traitement », alors restent les pleurs du témoin, du proche, reste à écrire, à chercher, reste le soin du thérapeute.

         Raymond F. Fourasté introduit «Les données culturelles en psychopathologie » et nous transporte d’aventure en aventure des Pyrénées en Afrique Noire, interroge suicide et identité chez les enfants métis puis décline ensuite cette conclusion aux confins du littéraire et du clinique. « Mais, Eros dieu-enfant malicieux n’amène-t’il pas à traverser le Styx, rivière chaotique ou calme pour visiter ce lieu de nos origines et à notre fin Thanatos ? C’est donc dire « qu’instinct de vie » et « instinct de mort » se confondent en une seule et même pulsion. (Freud, 1923).

         Cette fois-ci ce n’est pas d’un pays à un autre que nous transportent Emmanuelle Gobert et Sylvie Loubère mais d’une génération à une autre. « Si tu veux renaître alors commence par mourir » (David S Ware) citent elles en exergue de leur article. Elles interrogent avec talent et rigueur le terme de culture, les valeurs sociales, les bouleversements sociaux, le rôle de la famille dans les constructions identitaires ou dans les éboulements de l’être... séparation, échecs, difficultés affectives qui constituent  l’effroyable friabilité de l’âme, elles dessinent une belle définition de notre travail :

         « Dans ces conditions, comment sortir de l’impasse ? Comment renouer le dialogue qui fait tant défaut actuellement à tous les âges de la vie ? Trouver des solutions autres que celles- représentées par la non-solution qu’est la tentative de suicide, c’est la tâche qui incombe aux travailleurs sociaux. Ainsi, que nous soyons psychologues, sociologues, enseignants ou éducateurs, notre rôle est de répondre au désarroi de chacun, en essayant de comprendre les motivations et les incertitudes de celui qui tente de démissionner de la vie. Nous pensons que cette compréhension, ce décryptage du malaise social ne peuvent exister si nous ne nous référons pas au vécu culturel de chaque individu... C’est pourquoi il nous a semblé important de montrer en quoi les enjeux et les causes de la tentative de suicide pouvaient différer d’une génération à  une autre. »

         Adam Kiss quant à lui élabore avec patience, tente un pontage entre le point de vue occidental et le point de vue oriental. La question est difficile. Le suicide comme fuite, chantage, appel chez les uns  manière de parvenir à l’immortalité chez les autres. L’enjeu des démarches comparatistes est l’essor d’une clinique toujours à réinventer.

         Charles Mac Donald. « La mort volontaire aux Philippines ». Pourquoi se suicide-t-on plus en certains endroits que dans d’autres ? Vignettes ethnologique et clinique très approfondies. L’analyse est rigoureuse et démontre la nécessité d’une approche ethnologique dans la compréhension des suicides.

         Un autre versant encore, celui de Pierre Moron : « Pour une définition du suicide ». L’approche est psychiatrique et articule clairement la problématique d’une pathologie suicidaire qui ne négligerait pas les facteurs sociaux.

         Et enfin, presque pour clore, ces écrits « UN  RITE DE PASSAGE SINGULIER. Le suicide réactionnel de Sylvana Olindo-Weber. Le suicide se parlerait en termes de passage , de rites et  de déclin du symbole. Avec l’auteur on est amené à admettre l’influence sociétale sur le comportement profondément individualisant qu’est l’acte du suicide ».

         Le dernier article est de Michel Thèvoz  et traite du « Syndrome de l’infirmière autrichienne ». L’article parle d’histoire,  d’éthique, de théologie, de christianisme, d’euthanasie, d’acharnement thérapeutique.  Je ne peux le résumer en quelques lignes mais je peux inciter vivement à le lire tant les problèmes traités sont cruciaux.

         Mais pour conclure cet article, je citerai longuement Silvan Olindo-Weber, conclusion qui aurait pu être l’introduction :

         « L’histoire du sujet, c’est, au-delà des péripéties anecdotiques, la sédimentation de toutes les identifications qui ont contribué à façonner les instances psychiques, notamment au niveau de l’Idéal du moi. Le travail thérapeutique consiste donc, après les tentatives de suicide, à réintroduire une diachronie cohérente, c’est à dire à permettre que les figures identificatoires se retracent sans incompatibilité interne. L’individu doit pouvoir s’y repérer comme même et comme autre sans qu’un tel repérage ne déclenche une violence mortifère. C’est là que les sociétés ayant conservé l’usage de rites de passage, offrent un support, une prothèse collective aux défaillances individuelles. Les mythes, les rites, offrent une symbolique partageable : une possibilité d’échange, même dans l’impossible et la contradiction. Partager l’innommable ou l’insensé, c’est encore faire assez confiance au lien pour supporter que le  langage ne recouvre pas totalement le réel ».

         Un livre très beau. A lire studieusement, passionnément. Avec érudition.

Marie-José Colet

écrit le  24 septembre 03

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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 08:11

Cadeau !

Grâce et dénuement

Acte Sud Babel N°439

1997.  290 pages

Je suis une inconditionnelle d’Alice Ferney ; j’ai lu presque tous ses livres ; à chaque fois j’ai été prise par la densité du style, l’élégance de l’histoire, le suspens de savoir et d’avancer toujours plus dans le livre, le souffle retenu. Mais aujourd’hui, je choisis de vous parler de Grâce et dénuement.

Je me suis attachée à l’héroïne Esther Duvaux, jeune bibliothécaire obstinée, décidée à apprendre à lire à des gitans. Lors de cette lecture, le « comme moi », l’identification à l’héroïne a fonctionné plein temps.

Je me souviens de ma lecture.

D’abord ce terrain vague qui m’a rappelé celui de mon enfance.  Je ne fais pas partie des gens du voyage, mais dans ma rue, face à mon immeuble il y avait un terrain vague, sans caravanes, que jamais je n’oublierai. Je crois qu’il symbolisait déjà ma solitude.

Mais le terrain vague d’Alice Ferney n’est pas celui de mon enfance. Il est habité par des familles de gitans, ô combien attachants par leurs amours, par leurs errances, par leurs enfants, par leur vies enfin qu’Alice Ferney fait intensément vivre sous nos yeux. Dans leurs différences à nous et dans leurs similitudes car à tout prendre n’est-ce pas, quoiqu’en disent les racistes de tous bords, encore trop nombreux, les gens du voyage sont pure humanitude par leurs rites et caravanes, par leurs mythes et leurs toujours, par leurs chants et leurs poèmes, par leurs rivalités et leurs générosités, par leurs feux, par leurs enfants surtout.

Par les enfants l’histoire commence et continue.

Esther Duvaux, n’a rien de la jeune femme charitable qui veut faire le bien en apprenant aux enfants de la misère à lire. Non ! sa démarche et toute autre. Comme la mienne d’ailleurs. Elle a besoin d’eux, elle le sait. De la tendresse sans doute. C’est cela que j’ai cherché près de mon public en difficulté d’être. Le malheur, la marginalité, souvent, pas toujours, imprègne de tendresse les mots, je ne sais pourquoi mais je l’ai remarqué. Et Esther l’avait remarqué aussi. Ils étaient étonnés, eux gens du voyage, par cette jeune femme qui chaque jour venait les voir, avec ses cahiers, ses livres, ses crayons.

Son idée était de lire aux enfants qui ne disposaient pas de livres chez eux. Elle était convaincue que la vie ne suffisait pas à la vie pour lire. Il fallait aussi des livres. Je pense comme elle. Mon identification continue. Elle ne savait comment les apprivoiser eux les différents, que pourtant elle sentait pareils ? Seuls les livres l’aideraient. L’identification continue. Je ne savais comment parler lorsque j’étais psychologue près d’enfants en trop longue maladie dans un grand hôpital d’Alger ou près des délirants à Clermont-Ferrand ou près de ces gens qui avaient mal dans leur dignité de leur pauvreté à Montauban. Alors, comme Esther, je m’approchais d’eux avec mes livres, sur la pointe des pages que je tournais avec eux, dans l’hésitation et presque la crainte que j’avais à les rencontrer.

Quand Esther lisait, il lui semblait que tout aller changer, la détresse, le racisme, l’intolérance. Il lui semblait que les autres étaient possibles et que l’impossible de parler reculait. Lire ce n’était pas parler. Lire s’était s’échapper des mots imbéciles pour trouver le chemin de l’intelligence, lire c’était faire rêver les autres, les faire découvrir à eux-mêmes. Lire c’était magique, et puis ils le savait, la gadje avait raison, sans savoir lire de nos jours, ils étaient perdus. Lire était devenu  la nécessité du monde, de leur monde aussi.

Ils n’aimaient pas l’école, mais elle, ils l’aimaient parce que de la lecture, elle avait su faire une histoire d’amour.

C’est cela que je veux dire dans mes ateliers de lecture. Enseigner la lecture, c’est une histoire de syllabes certes mais aussi une histoire d’amour. Lire c’est s’inscrire dans l’amour et quand on mal à l’amour, l’illettrisme n’est pas loin parce que du sens du monde on se fiche.

Hier, une lectrice me parlait de son enthousiasme pour Jeanne Benameur ; je rapproche ce livre de son roman Les Demeurées ou lire et aimer ne font qu’un , ou lire donne du sens au monde par l’amour qu’il emporte de la curiosité et du respect de l’autre. Alors on peut lire sur les tombes et du passé accueillir la transmission (Voir mon cadeau d’hier avec Jacques Hassoun)

Je veux dire aussi que j’aime beaucoup la couverture du livre, une photo qui prête son âme à celle du roman. Une âme de voyage et de possible partage, une âme qui nous dit de l’acte de lire, la tendresse et le respect de tous.

Vraiment un beau livre.

A demain,

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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 08:24

Cadeau !


Un livre de Jacques Hassoun


Les Contrebandiers de la mémoire

Editions la Découverte.

Paris 2002. 125 pages


J’ai beaucoup aimé ce livre parce qu’il parle en termes simples de la transmission. La transmission, c’est un thème de printemps, c’est dire le fil des générations qui ne jamais ne se rompt quelque soit l’histoire, les plains et les déliés, les blancs, les manques, les chagrins, les silences. Notre histoire est écrite dans l’éternité du temps et rien jamais ne pourra l’effacer L’humanitude c’est une histoire de transmission et la transmission c’est une histoire d’humanitude. Prenez le dans le sens que vous vous voulez mais n’hésitez pas à lire le livre de Jacques Hassoun.


Bien sûr, comme toujours,  je vous citerai comme le fait l’auteur dès le début de son livre, Freud, le Père pour les passionnés de psychanalyse. Mais peut-on parler de transmission sans poser la psychanalyse, sans poser Freud , sans poser son  court texte « Résistances à la psychanalyse » qui révèle à quel point il est difficile pour chacun d’entre nous d’intégrer du « nouveau ». La transmission signe ce nouveau là qui vient du passé pour s’écrire dans notre présent, voire même pour le structurer. Notre histoire passée structure notre histoire présente et c’est déjà le premier enjeu de toute transmission mais cette structuration est terriblement complexe car il nous renvoie  à cette interrogation : qui suis-je ? », « d’où je viens ? », « où je vais ? ». L’humain a besoin de directions pour exister. La transmission est sans aucun doute la boussole de l’être. Et c’est pour cela que lorsqu’il y a traumatisme au niveau de cette transmission, l’homme, l’enfant déboussolé peut devenir fou ou plus simplement perdre ses repères d’existence


 Cela  me fait penser à la lecture. L’être déboussolé ne peut s’orienter dans l’espace du langage, perdre ses lettres ou s’en gaver. (voir mon article De mémoire :(illettrisme et psychose) dans Empan N°72


Apprendre à lire, c’est transmettre la boussole des mots dans la boussole du temps de l’Histoire et de l’histoire.


La transmission première est l’histoire du nom écrit dans sa propre histoire, elle même logée dans l’Histoire de tous, et si la transmission fait trou pour cause de génocide ou d’exils douloureux (traumatismes extrêmes) ou pour cause d’avatars familiaux,  l’être humain tourne comme un satellite mal arrimé à sa base existentielle. Et c’est cela, ce risque là qui fait de la transmission une nécessité absolue. Le fil de la transmission nous rattache à notre famille d’abord, aux autres ensuite. C’est ce qui sans doute nécessite pour beaucoup la recherche de leur arbre généalogique : un désir d’exister dans le fil de sa famille et des autres.


Mais ce qui complique les choses c’est que la transmission n’est jamais pure vérité, qui d’ailleurs n’existe pas.   par les orages des guerres, des suicides, des secrets familiaux. Alors notre boussole emporte nos incertitudes et dans une aiguille incertaine nous oriente. Voilà ce que nous raconte avec talent Jacques Hassoun, géographe de forêts, archéologue de notre passé, inventeur de notre présent. La transmission  pour l’auteur c’est aussi du présent écrit, modifié, engendré par le passé, par ses racines, par ses arbres centenaires. L’enfant reçoit tout cela en partage, engrange son histoire pour devenir un homme qui à nouveau transmettra à ses enfants dans une dialectique plus vieille que l’humanité. Elle se loge dans des branches noueuses du langage et des évènements, des actes et des paroles de tous, dans des branches où parfois l’écorce se craquelle, usée par le temps, dans des branches cassées


Mais qu’est-ce à dire de la contrebande de la mémoire dans tout cela. ?


La contrebande c’est tout ce que nous portons en nous à notre insu,  de notre passé, tout ce que nous avons emporté de notre famille pour  le cacher, dans notre coffre-fort existentiel. C’est grâce à cette mémoire silencieuse, à cette mémoire de nos mots, de notre langue ou de nos langues multiples pour certains autres, c’est grâce à cette vérité distordue mais existante dans les bas-fonds de nous –même, dans notre cave ou dans notre grenier, dans notre inconscient ou dans nos sublimations que nous pouvons transmettre ce que nous sommes aux confins de l’humanitude.


L’histoire dans la transmission est une histoire fabuleuse de contrebande et je m’interroge : n’est-ce pas pour moi ce qui est en jeu dans la création de mon blog  « Les inventeurs de lectures ». ? Transmettre ma langue, ma mémoire, mon désir et recevoir par les échanges possibles , par vos réponses et commentaires, vos trésors, les bijoux, (ceux que vous voudrez bien m’offrir) de votre coffre-fort.


Mettons en commun, les richesses de nos transmissions, les joyaux de nos coffres,  partageons nos lectures retrouvées par nos mémoires étonnées pour enfin transmettre à nos enfants un monde qui tourne rond, un monde libre, un monde libéré d’un passé ignoré par une histoire mutilée qui nous écrase du poids de son vide. Ensemble dans la contrebandes de nous-même, construisons nos noms, habitons les comme l’écrirait Marc-Alain Ouaknin et devenons par nos transmissions partagées « Des bâtisseurs de noms retrouvés » ( Voir  Clara de La Femme en retard). Que de travail n’est-ce pas ? Mais y parvenir est possible grâce à nos lectures à tous que dans le fil des jours nous inventons du lieu de notre désir de recommencement heureux. Tenons la promesse de notre naissance comme dirait Hannah Arendt


Enfin, pour finir j’aime cette injonction de Robert Hassoun qui nous souffle d’être toujours plus et encore plus, encore et encore contrebandiers de notre mémoire, j’ajouterai contrebandiers de notre existence, contrebandiers du symbolique, contrebandiers du langage et enfin et surtout contrebandiers de nos livres. Inventons durabilité et transmission.


A demain,

 

Marie-José Colet



Sigmund Freud « Résistances à la psychanalyse », La revue juive, 1e année N°2, Paris, librairie Gallimard, 15 mars 1925

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