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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 15:53


Centre Georges Pompidou

Exposition Soulages

14 octobre 2009-8 mars 2010


« Le Centre Pompidou célèbre l’œuvre de Pierre Soulages, « Peintre du noir et de la lumière », l’artiste le plus connu de la scène française actuelle et l’une des  figures majeures de l’abstraction depuis la Seconde Guerre mondiale » (extrait du catalogue)


Le premier jour je me suis laissée éclaboussée par la splendeur des tableaux

Le second jour, j’ai recopié pour vous les textes muraux écrits par Pierre Soulages tant je les ai trouvés beaux

Puis j’ai plongé dans le noir et j’ai écrit ma lumière.


Je vous propose le plan suivant :


I. La vie de Pierre de Pierre Soulages

II. Les textes muraux : les textes théoriques


III. Son noir dans ma lumière



I. La vie de Pierre Soulages


J’ai recopié les tableaux muraux qui encadrent l’exposition dans son début et dans sa fin


1919- 1940


Pierre Soulages naît le 24 décembre 1919 à Rodez (Aveyron). A  partir de 1934, il peint régulièrement. Après avoir obtenu son baccalauréat il quitte Rodez et s’installe à Paris en septembre 1938. Il s’inscrit à l’atelier de René Jaudon. Il visite le musée du Louvre, l’Orangerie, le Petit Palais et les « Expositions Picasso » et « Cézanne » Bien qu’admis à l’Ecole nationale des Beaux-arts (Paris), il regagne Rodez. Mobilisé en juin 1940, il est envoyé à Bordeaux puis à Nyons (Drôme) après l’armistice.


1941-1945


Démobilisé début 1941, il s’inscrit à l’école des beaux-arts de Montpellier où il rencontre Colette Llaurens, qu’il épouse en octobre 1942. Ensemble, ils visitent le Musée Fabre. Réfractaire au STO, il se procure de faux-papiers et devient régisseur dans un vignoble près de  Montpellier, où il rencontre l’écrivain Joseph Deltheil, son voisin auquel il montre ses peintures. A nouveau mobilisé en juin 1944, il est démobilisé fin 1944.


1946-1953.


Le couple s’installe à Courbevoie en 1946. En 1947, Soulage expose au salon des sur indépendants et se lie d’amitiés avec Hans Hartung et Francis Picabia. Il emménage à Paris dans la rue Schoelcher. En 1949, première exposition personnelle à la galerie  Lydia Conti. Parallèlement, il conçoit les décors d’Héloïse et Abélard pour Roger Vailland.


A partir de 1950, il systématise les titres de ses toiles :

« Peintures dimensions, date complète ». En 1951, il réalise ses premières eaux fortes à l’atelier de Roger Lacourière. En 1952, il présente quatre toiles à la Biennale de Venise et crée des décors pour la « Puissance et la Gloire » de Graham Green (jamais présentés en raison du décès de Louis Jouvet).


1954-1966


Le marchand Samuel Kootz, qui organise avec succès sa première exposition personnelle à New-York en 1954, devient son représentant américain (Il lui consacre Huit expositions en 1966). En 1956, Soulages s’ouvre à une exposition personnelle à la Galerie de France (qui sera suivie de nombreuses autres jusqu’en 1992) et, en 1957, il installe son atelier rue Galande.


La même année, il se rend à New-York et rencontre de nombreux artistes américains (notamment Mark Rothko, Willem de Kooning, Robert Mother Well et Franz Kline). Il reçoit le prix de la Biennale de Tokyo en 1957. Les rétrospectives se multiplient : à Hanovre en 1960 (itinérance en Allemagne, aux Pays-Bas et en Suisse), Copenhague en 1963 et à Houston en 1966.ne peinture


1967-1978


En 1967, le Musée national d’Art Moderne (Mnam) est le premier musée français à organiser une exposition « Soulages ». En 1968, le peintre se rend à

New-York, puis à Washington pour ses expositions. Il écrit un texte  théorique important pour la rétrospective de Matisse en 1970 à Copenhague. En 1974, il s’installe dans un nouvel atelier dans le quartier Maubert (Paris 5è).

Fin 1974, une grande exposition lui est consacrée à Dakar (itinérance à Lisbonne, Madrid, Montpellier, puis en Amérique Latine. A partir de cuivre de gravures, il réalise trois bronzes (1975-1977) qui sont exposées en 1977 à la galerie de France.


1979-1993


Début d’« une peinture autre » qu’il appellera « Outre noir ».

Au centre Pompidou, il reprend le principe d’accrochage des toiles dans l’espace (inauguré à Houston en 1966), lors de l’exposition de ses peintures récentes en 1979.


L’état danois en 1987, il reçoit la commande publique des vitraux pour l’abbatiale Santes-Foy de Conques.


1994-2009

 


En 1994, après l’inauguration des vitraux de Conques, une exposition de maquettes est organisée à Münster.


Rétrospective en Asie (Séoul, Pékin et Taipei, 1993-1994), au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris (1996, itinérance à Montréal et Sao Paulo, à Hambourg (1997) etc.


En 2001, Pierre Soulages est le premier peintre vivant auquel le musée de l’Ermitage à Saint Petersburg consacre une exposition (itinérance à Moscou).

En 2005, Pierre et Colette Soulages font une donation à l’intention du futur musée Soulages à Rodez et une autre au Musée Fabre à Montpellier. Inauguration en 2007 des salles permanentes consacrées au Musée Fabre.

 

II.Textes muraux : textes théoriques :

 

Les citation ci-dessous sont toutes de Pierres Soulages. Je les ai recopiées avec fidélité.


C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche (1953)


Ce qui importe au 1er chef, c’est la réalité de la toile peinte : la couleur, la forme, la matière, d’où naissent la lumière et le rêve qu’elle porte.


Un jour je peignais, le noir avait envahi toute la surface de la toile. Dans cet extrême, j’ai vu en quelque sorte la négation du noir, les différences, les textures, réfléchissant plus ou moins faiblement la lumière, du sombre émanait la clarté, une lumière picturale dont le pouvoir émotionnel particulier animait mon désir de peindre – j’aime que cette couleur violente incite à  l’intériorisation - Mon instrument n’était plus le noir, d‘autant plus intense dans ses effets qu’elle émane de la plus grande absence de lumière. Je me suis engagé dans cette voie. J’y trouve toujours des ouvertures nouvelles (2005)


Ces peintures ont parfois été appelées noir-lumière. Pour ne pas les limiter à un phénomène optique, j’ai inventé le mot « Outre noir », au-delà du noir une lumière transmutée par le noir et comme outre Rhin, outre Manche, un autre champ mental que celui du simple noir (2005)


J’aime l’autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité, son puissant pouvoir de contraste, dans une présence intense à toutes les couleurs et lorsqu’il illumine les plus obscures, il leur confère une grandeur sombre. Le noir a des possibilités insoupçonnées et attentives à ce que j’ignore, je vais à sa rencontre.(2005)


La réalité d’une œuvre, c’est le triple rapport qui s’établit entre la chose, qu’elle est, le peintre qui la produite, et celui qui la regarde. (1976)


La lumière venant de la toile vers le regardeur crée un espace devant la toile et le regardeur se trouve dans cet espace : il y a instantanéité de la vision pour chaque point de vue, si on change il y a dissolution de la première vision, effacement, apparition d’une autre ; la toile est présente dans l’instant où elle est vue, elle n’est pas à distance dans le temps. (1996)


Le polyptique a été moyen pour moi d’introduire une rupture dans la continuité d’une surface – comme,  dès 1947, grouper des traces interrompues en une forme se livrant d’un coup, c’était rompre avec tout ce qu’impliquait la continuité d’une ligne, trace et vestige d’un mouvement. C’était le choix d’une simultanéité à l’opposé d’une continuité.

Décisions qui induisent un rapport au temps et au sens fondamentalement différents. (1992


La lumière venant de la toile vers le regardeur se trouve dans cet espace : il y a instantanéité de la vision pour chaque point de vue, si on change il y a dissolution de la première vision, effacement. (1996)


Pourquoi le noir ? La seule réponse incluant les raisons ignorées, tapies au plus obscur de nous-mêmes et des pouvoirs de la peinture c’est PARCE QUE.


Une phrase volée au film projeté révélant l’homme et l’artiste Pierre Soulages, humain et génial, tendre et plein d’humour. J’ai aimé cette projection de presque une heure. Un cadeau. J’ai donc volé cette phrase :


« La présence de la toile est liée à l’instant même. C’est un rapport au temps. »

Je l’ai volé parce qu’il me semble qu’il est possible de remplacer cette phrase  « La toile » par « Le livre » ( A méditer au seuil de 2010)


III. Son noir dans ma lumière


« Je crois que je fais de la peinture pour que celui qui la regarde – moi comme n’importe quel autre- puisse se trouver, face à elle, seul avec lui-même » (Pierre Soulages.2007)


J’arpente les salles, solitaire et muette, mon regard inventant les toiles par ses courbes ouvertes à mon âme, par ses traits zébrés qui de mes jours font jaillir le marron et le beige, poutre superposées et tout ce qui s’empile là de secret et d’intime. Une pointe de bleu, une pointe de rage dans un monde qui ne veut plus les couleurs. Les siennes ou les miennes, je ne sais. Mais je vous les confie. Prenez en soin. Elles sont de valeur. La valeur de mes peurs.


Silence. Noir et lumière. Mes pas s’en vont, reviennent. Mon regard éreinté de noir admire ce toujours dans les espaces reliés, brisés, continus ou discontinus. De la pure brisure. Je me consume. Je suis seule. Je me reflète dans son noir qui vient se jeter dans  ma lumière.


J’accepte.

J’accepte le contraste.

J’accepte ma fatigue.

J’accepte ma détresse.

J’accepte ma solitude.

J’accepte mon Waterloo.

J’accepte ma cassure.

J’accepte mes brisures.

J’accepte le temps qui passe.

J’accepte son noir.

J’accepte mes soirs

Ceux qui disent mon silence

Et au monde mon absence

J’accepte la vieillesse qui me surprend

J’accepte tout ce qui m’attend

J’accepte l’impossible


Parce que du noir je sais le possible recommencement, la strie, le nid de lumière qui soudain, comme ça, peut advenir.


Je suis une plaque de lumière qui tourne qui tourne  sur laquelle le noir peut se refléter, se perdre, se jeter. Close au monde, je m’imprègne. Ouverte, je m’envole, je m’échappe. Dans ses lignes, je me replie, me plie et me déplie. Dans son mur noir, je me creuse et m’enfonce, me niche et m’abrite, me cache, me terre. Seule, je me trouve et me retrouve dans un monde de volupté, un monde superposé, étincelant de ses rayons de lumière. Les miens ou les siens. Qu’importe ! L’essentiel est de créer, de creuser, d’inventer, d’exister, de donner, de recevoir, d’aimer, de perdre, de gagner, de marcher, de continuer, dans le noir et le blanc, dans le contraste impossible pour cause d’absurde discontinu. Ici peinture. Ici silence. Là, près de moi les regardeurs marchent, glissent, commentent. Etrange étrangeté des autres qui d’un même noir perçoivent des lumières si différentes que les miennes. Noirs multiples, lumières multiples. Le monde  de Soulages s’avance silencieux et créatif, si plein d’espoir. Son noir rime avec mon espoir. Quand l’impossible recueilli par le génie s’accroche sur les murs, quand mon cœur l’accroche dans mon corps. Talent du peintre. Talent du regardeur. Et le temps qui avance rythmant la cadence du silence qui balance. J’avance, je décline cette profondeur obscure, cette profondeur qui dit mes années, marque mes intervalles, barre le machinal de l’impitoyable carnaval du monde qui tourne, celui qui me détourne de mes détours, de mes tours. Argile impossible, maladresse de mes mains qui dans l’obscurité se perdent. Exister. Je regarde le noir. J’en reste émue, étonnée ; ça jaillit de partout, ça m’éclabousse. Je suis hypnotisée. Je reviens sur mes pas. Je regarde encore. Noir. Brou de noir et fusain. Qui suis-je ? Fatigue d’une fin d’année. Espoir d’un peut-être dans ce trait blanc qui vient rayer le noir. Noir du matin chagrin. Noir du soir espoir. Araignée de l’âme. Je suis là. Femme. Mon évidence se bouscule dans mes pauvres opuscules. Ceux du savoir. Ai-je jamais su ce que signifiait le mot noir ?

Celui du devoir, celui qui chaque jour dit non à la gloire. Jour glorieux. Pieux à la main ils avancent, les regardeurs, déchirant le blanc, déchirant le noir, inventant l’espoir. Les stries changent le tout et les parcelles de son noir me morcellent. Je ne suis que minuscule fourmi en  miettes mais par ses verticales je me retrouve intacte et à mon destin je me cale, impétueuse, heureuse. Par son noir, je me laisse ensevelir. Par ces trouées blanches inattendues je me laisse embellir. Par l’inaccessible de son talent je triomphe dans l’arc de mes jours et dans le puits de ma nuit je puise à son génie. Jamais ce n’est fini ; à l’infini devant ces toiles, je soliloque, j’agite mes breloques et je ris, je ris à n’en plus finir devant l’humour du noir, devant la timidité du blanc, je ris, je ris de tant de lumière, de tant de savoir qui épèle ma lumière. L’éclairage pour tout bagage, j’avance femme, frêle, émerveillée. Par la magie du noir, je sais qu’il fait jour, que le temps peut enfin advenir, loin du pire et des tristes sires, ceux du conventionnel qui du bien pensant, du bien sachant nous inondent de mort, sûrs qu’ils sont de n’avoir jamais tort. J’avance, je me retrouve à la toile suivante, béante de moi-même et de mon triste désir mortifère de ne savoir de moi-même que faire, croyant dur comme fer que' être est impossible. J’avance,  du noir jaillit l’espoir du bleu ou du marron, voire même du blanc et ma vie recommence à zéro. Le noir ouvre sur l’incandescence de chaque jour malgré l’indécence des nuits obscures et silencieuses. Je fais miennes ses peintures dans mon dépouillement de « regardeuse ». Combien j’aime ce mot, regardeuse de vie, regardeuse de lui, regardeuse de toi. En silence, je me déploie et je tournoie sur la toile noire. Je médite, sa peinture m’enveloppe, me tient chaud, me captive, m’hypnotise par sa magnificence. Mon regard piégé, enivré, circule, d’une toile à l’autre, sans médiation aucune. Ivre de son noir, je traverse la beauté d’une lumière sans concession. Absolue. Le noir m’enroule comme la vague quand elle se fait légende des siècles. Je reçois l’écume du temps et j’attends. Le noir n’en finit pas de se dérober à mon regard, le noir jaillit, me caresse, jamais ne me blesse. Il n’est que fougue, éclat de rire, complexité aussi. Je sais sa complexité à fleur du temps, à fleur de moi dans un collier d’instants dont les perles sont souveraines, souterraines. Pluie de lumière qui dure, perdure, épure. C’est sûr! J’invente les titres absents, je retrouve les dates, étonnée, je mesure les toiles. Mon regard s’écrase sur ce noir qui capte ma lumière quand elle interrompt contre toute attente l’espace. Dans la prouesse de mon regard j’accouche de son noir et de ses cassures, de ses cascades de filaments d’argent, j’accouche de mon savoir d’ivoire, j’accouche de mon impossible, j’accouche de mon désir de lumière et d’étoiles, j’accouche de mes couleurs, de mes formes et de mon rire. J’ai retrouvé mon élan et ma fermeté. J’ai retrouvé ma permanence, mon dynamisme, ma puissance. Je me suis régénérée. Je suis présente au monde dans un Chant du cygne noir, dans la caresse du UN. Femme du noir, libellule de la nuit, j'existe, regardeuse  triomphante. Je suis absoute.


Devant moi, en moi, dans le talent de Pierre Soulages le Magnifique, l’an 2010 ouvre ses pétales de lumière. J’applaudis.


Bravo ! Bravo ! Bravo !


Bonne année à vous tous mes lecteurs !!!


MJC




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Published by Marie-José Colet - dans Mon noyau de nuit et de lumière
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commentaires

marion 05/01/2010 11:23


bonjour !
merci, oui, merci à toi d'avoir retransmis ces mots de Pierre Soulages que je lis, peinarde, dans mon fauteuil à Lauzerte... quel luxe !
bonne année à toi, à nous !
bizoux
marion


Marie-José Colet 05/01/2010 21:03


Et donc, bonne année à toi aussi en espèrant que les articles des Inventeurs de lectures continueront à t'inspirer des moments "confortables" et "réconfortants" Marie-José


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