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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 07:06

Comment parler des livres que l’on  n’a pas lus ?

Les éditions de Minuit

2007

 

 

Comment vais-je vous parler de ce livre que je n’ai pas lu ?

 

Comment vais-je vous montrer une fois encore qu’un livre se réinvente à chaque lecture ? 

 

Un livre peut se commencer par la fin  quand on s’empare avec avidité du joyau, de la perle de l’ huître, tant il est vrai qu’un livre est un écrin. Souvent, j’aime commencer ma lecture par la fin, j’aime en bousculer la chronologie tant il est vrai que la lecture est un temps, j’aime foudroyer le livre tant il est vrai que la lecture est un espace, j’aime l’arracher de son auteur avec violence tant il est vrai que la lecture est une rencontre. Et donc comment finit se livre ? Il finit ainsi :

 

Maintenant, je commence le livre et le lis dans sa chronologie respectée.

 

Pierre Bayard est enseignant de littérature à l’université et de ce fait est souvent amené à parler de livres qu’il n’a pas lus, ceux qui appartiennent à la bibliothèque commune dans laquelle les gens cultivés peuvent se repérer. Cette bibliothèque collective est pour chacun constituée, de livres lus- on non lus, parcourus ou évoqués voire même oubliés. Selon moi les plus importants. Pierre Bayard, écrit à propos des livres oubliés qu’ils définissent l’espace de la perte. Et cela m’intéresse beaucoup. En effet, que de livres ai-je oubliés, que de livres dont il ne me reste qu’une simple trame ou une simple phrase, que le titre même ou son auteur... Mais à partir de ce fragment qui chez moi a fait mémoire, je peux, un jour blanc ou gris, rose ou doré, sombre ou bleu, le sortir « entier » de ma bibliothèque. Chaque livre peut me panser d’une émotion trop vive. Mes livres, sont des pansements, non dans leur entier, non dans leur réalité concrète, mais dans leur souvenir, même infime et c’est cet infime qui, survivant à la perte du livre  fait pansement.

 

Cet espace obscur est ma lumière, mon repaire, ces fantômes sont mes compagnons, mes guides, ceux grâce à qui je tiens debout quand la vie n’en finit pas de me cogner.

 

Pierre Bayard est un érudit et j’aimerai le suivre. Mais il marche vite. Il parle de Musil que je n’ai jamais lu, de Marcel Proust que j’ai tant lu, de Montaigne, de Valéry, de Joyce. Grâce à Pierre Bayard, je pourrais évoquer ces compagnons là, les parcourir et finalement un jour les lire. Car il éveille en moi le désir. Son désir féconde le mien et c’est selon moi la marque d’un « bon livre ». Son cheminement dans « la bibliothèque collective » est cultivée, érudite, passionnée. Je pense en le lisant à la bibliothèque idéale d’Italo Calvino, à celle de Perec si difficile à classer, à la mienne et à ses différents espaces, parfois classée par ordre alphabétique pour les nouveaux livres, parfois classée par thème : les femmes, l’interculturel, la shoah, l’histoire, les livres d’art.

 

Avec Pierre Bayard, je lis, j’associe, je me souviens, j’interroge mon ignorance. Mes lectures, leurs absences, leurs présences et leurs pertes deviennent  mouvement dans ma mémoire qui se fait océan parcouru par des vagues qui m’enroulent moi et mes livres, ceux que je connais et ceux que je ne connais pas. Avec Pierre Bayard je passe de Hamlet à Musil, de Balzac à Céline, De Montaigne à Descartes, de Marcel Proust à bien d’autres encore.

 

 J’interroge aussi. Quel est le rapport de l’auteur à son oeuvre ? Je découvre :  ce que veut dire ne pas lire. Et je m’arrête pour glaner des brins de blé pour mes ateliers de lecture. Et si ne pas lire était une façon de se protéger de l’immensité de la lecture et si mes stagiaires, lecteurs vacants se protégeaient de l’infiniment grand qui pourraient les engloutir eux et leur manque à être. Si entre manque à lire et manque à être il n’y avait que l’espace si vite franchi du « je ne veux pas lire ». Maintenant, dans mes ateliers, je serai à l’écoute de cela et peut-être ne proposer à ceux-là, « qui n’aime pas lire »,  qu’un livre à la fois, ne pas les noyer dans un choix douloureux.  Merci Pierre Bayard d’avoir souligné avec talent  combien était foisonnante l’aire de la lecture. Une vraie forêt vierge ; pour ne pas être enserrés par ses lianes, reste à inventer nos livres au jour le jour de leur lumière.

 

Pierre Bayard, je n’ai pas encore lu votre livre mais vraiment j’ai envie de le lire avant de l’oublier !

 

Marie-José Colet

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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 08:06

Je suis absente de chez moi pour quelques temps et encore pour quelques temps.

Mes livres me manquent. Ecrire mon blog est difficile car pour le faire, j’aime me diriger vers mes livres et dans le souffle de l’instant en tirer un au hasard, ou presque au hasard. Alors, je l’ouvre, je le feuillette et dans mon coeur comme sur mon écran s’inscrit le récit que je désire vous en faire.

Mais, je suis presque seule dans une maison sans livres. Je sens au creux de mon corps le manque.

Ce soir, le journal télévisé parlait de Nelson Mandela. Je sais que si j’étais chez moi, je me serai dirigée vers mon espace interculturel et j’aurai tiré  un gros livre de poche Un long chemin vers la liberté et je vous aurai raconté Nelson Mandela, son combat d’une vie, son prix Nobel. J’en aurai été heureuse. Cela aurait été une façon pour moi de redécouvrir ce livre que j’ai tant aimé.

J’ai du plaisir à vous raconter ma bibliothèque ; ainsi, dans mon partage avec vous,  je la fais vivre. Ma bibliothèque a trop longtemps été immobile. Dans temps de l’Ambre elle se met en mouvement, elle vit. 

Ce soir, je suis en manque de mes livres. Et rien d’autre ne s’écrit que l’amour et la tendresse que j’ai pour eux. Ils représentent mon paysage existentiel, mes mots de silence, ma trop bruyante solitude, ma nuit et ma lumière, mon passé et mon avenir, mon présent, mes temps et mon souffle de femme. Ils sont mes arbres et mon cocon, ils sont ce à partir de qui j’existe, de qui je pense, de qui je parle. Ils sont mon ciel et mon eau, mes vagues et mes chemins, ils sont mes repères et ma terre. Je ne suis rien sans eux, qu’un corps désolé ; abandonner mes livres c’est revivre un abandon archaïque et j’ai mal à être sans eux. Mon souffle se raréfie, mes jours se creusent de je ne sais quelle tristesse épaisse, la mélancolie me guette alors je m’arrête.

Je me dirige vers un nouveau petit livre que j’ai acheté hier : Hermann Hesse « Eloge de la vieillesse » Calmann –Lévy (2000).

J’ai aussi acheté Donald W .Winnicott « La mère suffisamment bonne » Payot 2006 (qui m’a donné une nouvelle idée de lecture, toujours chez Payot et du même auteur « Les enfants et la guerre ». A suivre, dans un avenir proche.

Hier encore, j’ai commandé Le colloque de Lacaune dirigé par Jacques Fijalkow consacré aux femmes juives et non-juives des années 40 (2ème colloque de Lacaune. 20-21 septembre 2003) pour faire une suite à ma belle lecture et douloureuse lecture Des enfants de la Shoah (colloque de Lacaune, 17 et 18 septembre 2005) Les éditions de Paris.

Dans cette ville qui n’est pas la mienne, dans la solitude qui est la mienne, je tisse un nouveau cocon comme le vers à soi et toujours aux prises de moi, j’invente, je cherche, je mets en place des nouveaux titres et tout doucement, je combats le manque de mes livres, tout doucement, j’avance dans mes jours et dans mes soirées avec un alphabet presque retrouvé.

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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 09:04

J’ai découvert Henri Michaux l’année du bac en 1967, j’avais 19 ans puis j’ai oublié. J’étais passionnément occupée par ma découverte de Marcel Proust.

 

Puis dans les années 199O, (mes notes ne sont pas datées)j’ai assisté au Musée Ingres à une conférence de Geneviève  Acquier. ;  ça m’a passionnée. Je retranscris les rapides notes que j’avais prises cette après-midi là

.

Notes prises pêle-mêle :

 

Paysage saharien : paysage intérieur. H M est tiraillé entre le passé et le futur. Il est exilé toujours du présent. Peintre réaliste : non

 

D’abord, il peint pour dénoncer combien nous sommes éloignés de l’harmonie mais avec délicatesse. L’harmonie est acquise par le dépassement d’une certaine violence.

 

1920-21 : Il a vingt ans. Il commence à écrire, embarqué dans la marine puis ramené à terre. Rien en perspective, dur conflit avec ses parents, rancune ancrée dans l’enfance. Il ne leur pardonne pas la difficulté qu’il a à communiquer. Il quitte la Belgique et arrive à Paris en 1923. Il découvre que sa détresse est la même que celle des autres intellectuels. Son malaise n’est pas extérieur mais au dedans. Il n’a aucune confiance dans la psychanalyse. C’est alors qu’il répond à l’appel du voyage, à l’appel de l’ailleurs.

 

Mes Propriétés, Plume : le visage de cet homme idéal qu’il recherche est loin de se préciser

 

Plume est un personnage toujours décalé dans la situation. Faut-il s’en prendre au spectacle qui manque de réalité ou à l’oeil qui ne sait pas voir ?

 

L’oeuvre de Michaux est une recherche. La progression seule compte et elle n’est possible que dans le pas accompli. La rencontre de Michaux avec l’Asie a modifié son rapport avec sa conscience.

 

De 1930 à 1984 que de chemin parcouru...

 

Proche de lui Artaud. Michaud demande à le voir.

 

Ma vie, Les Méfaits, Les Illuminations  déterminent Michaux à partir en Asie pour la satisfaction de se rendre compte sur place. La foule indienne, le monde est grand, large, plein de possibles. Soulagement.  Michaux observe partout cette présence du multiple. Population qui puise « large » pour comprendre le cosmos de nos savoirs.

 

Le Panthéon de l’Inde  est rempli de millions de Dieux et surtout de démons. L’asiatique paraît lui avoir fait le don de se relier à tout. Religion veut dire « relier »

 

Ce traité du jardin grand comme un grain de moutarde

 

Tout fait partie du tout. Ne rien transformer, ne rien domestiquer mais plutôt y participer.

 

Le chameau ou cheval d’Asie. Le cheval signe de l’énergie vitale.

 

Dans tous ses récits de voyage, le terme du regard est extrêmement important ; il se sent regardé, piégé et parfois aussi compris.

Le barbare en Asie : « il me regarde moi et ma destinée ». Regarder au fond de lui-même et à l’intérieur de lui-même.

 

Il préfère la peinture pour s’exprimer. Il peint beaucoup.

Son expression picturale est accumulation, comme une libération.

Peindre ou écrire devient un acte qui requiert le corps.

Respect pour l’écriture qui exprime à la fois celui qui voit et celui qui est vu.

 

Le multiple et l’un apparaisse et les possibilités de lectures sont multiples. Le papier est miroir de ses multiples

 

Lire Michaux c’est aussi apprendre librement.

 

Le rapport à la peinture chez Michaud est très important.

Peindre c’est être dans l’agir et en même temps se regarder peindre, change son rapport à la création, à la vie. La peinture a été pour Henri Michaux le moyen d’accepter que nous sommes transitoires : absent/présent comme tout ce qui nous entoure, comme une page d’écriture.  La peinture a été une matière étonnement réelle pour le poète.

 

Tout son travail le rapproche de l’Orient mais c’est à l’Occident que s’adresse son enseignement :

 

Le secret de Michaux : images et poèmes. Pictogrammes

 

Le secret de ces formes qui s’agitent entre elles et qui combinent quelque chose : je ne vous  dirai pas quoi !

Ainsi s’achève la conférence de Geneviève Acquier

 

Cet exposé m’a passionnée puis j’ai oublié, prise par mes années de chômage suivies par mes années d’une nouvelle activité professionnelle...

 

 Mai 2005 :  Une amie m’envoie par courrier un poème de « Premières impressions » et c’est le déferlement de la passion.

 

Relecture de Henri Michaux par René Bertelé. Poète d’aujourd’hui Seghers 1975

Lecture de Henri Michaux La poésie comme destin. Biographie de Robert Bréchon .

Editions Aden 2005

Magazine littéraire : Michaux, écrire et peindre. N°364 AVRIL 1998

 

Et aujourd’hui 9juillet 2005 : La vie dans les plis. Je lis tout au fond de mon lit et puis je me lève et je sais que je vais lire, travailler, étudier, approfondir, découvrir Henri Michaux, comme « j’ai cherché » Proust, Perec, Calvino, Durrell, Novarina... J’ai un nouveau père : Henri Michaux. (qui d’ailleurs par certaines lettres ressemble à Novarina, un je ne sais quoi...) C’est l’été. Henri Michaux va me porter,  cet été je vais l’emporter, il va me transporter... Quel bonheur que de lire !!! Sur ma terrasse et sur l’écran de mon ordinateur je pose un nouveau raccourci qui dira mon répertoire : « Henri Michaux ». L’icône : une toile de peinture parcourue par un crayon . Quel bonheur que d’écrire !!!

Et maintenant Marie-José au travail !

C’est ainsi que j’ai découvert, redécouvert Henri Michaux. Merci Geneviève.

Dimanche 9 juillet 2005

sur ma terrasse ombragée

 

 

 

 

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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 13:45

Un livre de Gisèle Halimi

Fritna

Plon 1999

                 J’aime Gisèle Halimi. J’aime quand cette femme parle à la télèvision, les causes qu’elle défend, les livres qu’elle écrit, son courage, son intégrité. J’aime sa large élocution. J’aime ses rides, ses cheveux bouclés, j’aime l’image qu’elle donne de la femme qu’elle est et parce que femme je me construis à partir d’autres femmes, elle est pour moi un modèle sûr. J’ai aimé son livre Fritna.

                     Le livre finit presque là finit, le récit commence, avec la mort de la mère

Avec la mort de la mère commence la fin de l’enfance et le début de la quête d’une femme prénommée Gisèle. De sa blessure de femme va s’écouler dans un filet d’encre le non-amour de la mère, le manque qui fait question tout le récit, celle de savoir si oui on non sa mère l’a aimée, aimée mais surtout respectée. Tout est là, d’un mot à l’autre. Plus encore que l’amour ce dont il est question dans ce récit poignant c’est du respect de l’enfant. Ce respect de l’enfant deviendra dans l’antériorité de l’écriture de ces autres ouvrages, le respect des femmes.

                 Ce livre est d’une narration douloureuse et pudique. Gisèle Halimi raconte son enfance à Tunis, sa naissance si  décevante pour son père (il voulait une fille) parenthèse qui fera destin chez Gisèle, elle raconte la mort accidentelle de son petit frère André (c’est de sa faute  dira la légende maternelle) deuxième parenthèse qui fait une fois encore destin chez Gisèle, elle raconte sa soeur, sa tante. Je lis, mon regard s’attarde sur ces mots destin de femme et je pense à Françoise Dolto. La première est avocate, la seconde est psychanalyste mais l’une et l’autre disent l’enfance violée, l’enfance qui vient mourir pour cause de viol. Je pense aussi à Jules Renard quand il est Poil de Carotte. Je m’évade de ma lecture pour mieux m’y nicher : «  Maman m’as tu aimée ? » Poil de Carotte, Gisèle Halimi dans le corps à corps d’une même page, partageant les mêmes mots douloureux que Poil de carotte, de chapitre en chapitre. Une enfance de désamour. Une tendresse ravagée qui suspend sa vie et sa blessure, qui creuse son manque. Enfant elle est devenue femme, dans un devenir si cher à Françoise Dolto, un devenir qui  clame la vie, la création de chaque être. La création triomphante de la blessure. Gisèle Halimi écrit et les mots terribles succèdent aux gestes terribles –ordalies de la mère-. Là où sa mère aurait pu la détruire Gisèle écrit .Elle écrit dans la blessure et dans la nécessité, son manque, l’encre coule dans nos coeurs. Son livre est émouvant. Nous la lisons, nous la respectons, nous la découvrons femme mûre, enfant fragile. C’est très beau...

                

                 Ce livre me tourmente comme une vérité enfouie à faire surgir dans le contradictoire de l’amour de Gisèle pour Fritna, dans, une vérité que Gisèle Halimi devait à sa mère, dans une vérité qui à moi, m’a fait écrire La Femme en retard. A la recherche de la mère perdue.

                 Une vérité. La sienne. La mienne. Comme une clarté de femme. Oui, c’est cela.

Une clarté de femme.

Marie-José Colet

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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 08:22

 Deux livres de Jean-Louis Baudry

PROUST FREUD ET L’AUTRE

Jean-Louis BAUDRY

Editions de Minuit

1984 (154 pages)

L’ÂGE DE LA LECTURE

Jean-Louis Baudry

Editions Gallimard

Collection Haute Enfance

2000 ( 135 pages)

Jean-Louis Baudry interroge un paradoxe de l’adulte face à l’enfant qui lit : il l’encourage à lire mais pas trop, c’est comme si les adultes disaient aux enfants : lisez pour découvrir le monde mais ne lisez pas trop pour découvrir votre monde, lisez pour nous laissez tranquille mais n’en profitez pas pour nous interpeller. En soulignant ce paradoxe Jean-Louis Baudry révèle le destin de vérité de toute lecture faisant écho au destin de vérité de chaque auteur. Comme un tam-tam qui dirait les dangers de l’âme humaine quand elle se fait jungle dangereuse. A partir de l’analyse minutieuse de l’écriture de Freud et  de celle de Proust il  situe jusqu’à la limite du subversif,  la lecture et l’écriture dans le domaine de l’effroi  des soubassements identitaires de l’acte de  d’écrire repris par l’acte de lire. Il met en lumière l’effroi de Freud et celui de Proust tous deux confrontés à leurs interdits oedipiens :  l’impossible baiser de la mère pour Proust, « les sables du Sphinx » pour Freud, l’immense Recherche de Proust, l’immense Correspondance de Freud. ; effroi de Freud qui le pousse à détruire une grande partie de cette Correspondance. Sous leur plume prolixe coulent leurs mots qu’ils nous donnent à lire dans le fleuve bouillonnant de leurs vérité jusqu’à l’effroi de l’interdit oedipien  et ce fleuve accueille à son tour notre vérité, nos interdits.

Jean-Louis Baudry, comme un photographe des écrits de Proust et de Freud révèle leurs effrois : la Mort (la mort de la mère qui autorise l’écriture de la Recherche que de son vivant elle n’aurait pu lire), l’Amour pour Abertine ou Odette Swann dans son impossible qui ne peut exister que par la réécriture, la Mémoire dans la détresse de la maladie et de la vieillesse, l’Inconscient dont Freud retrouve l’archéologie dans ses associations, dans celles de ses patients mais aussi dans les arrières- fonds d’une abondante littérature où il scrutait son propre destin d’Homme /Juif ou de Juif / Homme (dialectique de sa Vérité et de son destin).

 Dans le Destin singulier de Proust se nouaient  dans l’effroi, l’écriture, la lecture, la mémoire pour faire naître la vérité d’un Temps retrouvé..

Dans le Destin singulier de Freud se nouait dans l’effroi,  l’écriture, la lecture, les associations d’idées pour faire naître la vérité de l’Inconscient.

Dans le Temps retrouvé par nos  lectures, dans le Temps troué  par  l’Inconscient, dans le temps d’un effroi archéologique de notre histoire et de notre mémoire, nous lisons, nous écrivons, nous inventons nos vérités et notre destin, nous nommons notre nom propre cher à Marc-Alain Ouaknin, nous campons notre identité dans la vie symbolique de tous. Nous existons dramatiquement humains aux prises avec la nécessité sans cesse à renouveler de raconter des histoires ou d’en lire. « Maman, raconte moi, une histoire avant de plonger dans l’effroi du sommeil ». Ce « raconte moi une histoire », nous ne le lâchons jamais quelque soit nos postures de lecture : au lit, détendu pour un roman, à notre bureau, attentif pour notre recherche en cours, distrait dans un bus ou un métro nous attardant sur un panneau publicitaire lumineux ou non, à table en quête de la marque du camembert Notre regard pensif ou non attend que le monde raconte une histoire jusqu’à l’effroi d’en avoir été un jour séparé pour cause oedipienne. Nous avons besoin de lire et d’écrire pour nous consoler d’être humain dans la séparation obligée pour devenir « grand ». L’âge du lecteur, c’est cet âge là où il a fallu quitter la chaleur du sein pour rencontrer le monde. « Maman, j’ai peur mais comme c’est bien à mon tour de créer le doudou puis les livres. »

Maman, j’ai peur mais comme il fait bon de lire le livre si intelligent de Jean-Louis Baudry : « L’âge de la lecture ». Un livre sans chapitre, un livre comme un fleuve, un livre qui se répand  pour raconter les autres livres, pour raconter la lecture, une fois encore dans ses postures et dans ses interdits qui créent l’oubli. Le temps du livre c’est le temps de nos oublis. Tous ces livres sur nos rayons qui témoignent que nous avons été puis que nous nous sommes perdus. La lecture, longue saga de la séparation et de la perte, longue saga de retrouvailles possible, « tiens si je relisais celui là »,  si je franchissais une fois encore l’interdit parental, la sexualité interdite, le savoir caché de la chambre des parents auquel je substitue le savoir autorisé de ma curiosité pour le monde : « Pourquoi le ciel ? Pourquoi les étoiles ? C’est quoi la mort ? C’est quoi les nouveaux records en ce moments ? Qui il est Barak Obama ? Qui c’était Roger Martin du Gard. ? Si je lisais son Journal à ce prix Nobel de littérature ? » Tout cela, j’ai le droit de le lire, alors j’en profite.

Je lis pour être comme les autres, je lis pour reconnaître ma différence dans la métamorphose et dans la similitude, dans l’enfantement de moi. Oui, mais dit Jean-Louis Baudry, si lire interpellait le pouvoir du sexe qu’on a pas ? Si lire était une histoire de sexe ?  Si lire était l’occasion d’exercer « un pouvoir clandestin », alors oui, les femmes qui lisent seraient dangereuses et il nous faudrait vite lire le livre de Laure ADLER ou Barbe Bleue car la curiosité est un vilain défaut surtout si sexe et pouvoir s’en mêlent. Toutes ces questions, je les ai posées avec Jean-Louis Baudry et c’est pour cela que je travaille tant du côté de l’illettrisme. Permettre à tous de lire est une des conditions principale de la démocratie, du partage du pouvoir quand il est sublimation sociale des pulsions sexuelles de l’enfance.

Avec ces deux livres de Jean-Louis Baudry, j’ai retrouvé mes paradoxes de lectrice, mon enfance et ses effrois, ma vie adulte et ses engagements de femme et de citoyenne, j’ai retrouvé mon désir si profond d’être écrivaine pour affirmer mon pouvoir et le partager avec d’autres, j’ai retrouvé mes mots maquis et ceux des autres, mes tâtonnements. J’ai retrouvé mon oubli et ma mémoire. Je me suis retrouvée sans effroi. J’ai retrouvé les autres. Je me suis reconnue, j’ai reconnu mes compagnons de vie et de lutte, mes pères, Proust et Freud. J’ai reconnu ma vacance de lire, toujours à combler, ma curiosité d’enfant jamais satisfaite. « Maman, raconte moi une histoire. », j’ai reconnu tout cela grâce à vous Jean-Louis Baudry. Merci pour vos mots. Vraiment merci pour vos mots maquis...

A la manière d’Hannah Arendt : « Qui suis-je ? Je suis une lectrice. »

Bonne lecture !

Marie-José Colet

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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 11:49

« Quand elle serait grande  elle serait écrivain » disait-elle enfant.

 

Lawrence Durrell, dans son livre Tunc, écrivait à propos de la création qu’elle se manifestait par une chose qui provoquait une grande tension d’où jaillissait dans un grand désordre les rêves multiples dans lesquels s’originait toute création. :

 

           Cette  chose... 

           Ce serait un fil à tirer

          Un noeud à défaire

          Un point à l’endroit

          Un point à l’envers

          Deux pas à gauche

          Un pas à droite.

 

  Ce serait un texte tissé, dansé, défait, ni fait, ni à faire, toujours à refaire.

 

Ecrire serait son ailleurs.

 

Elle écrirait à partir du manque.

 

Elle ne saurait rien de ses ancêtres. C’est cela qui ferait d’elle une femme au conditionnel.

 

Des perles de silence et de brume.

 

L’écriture est une fugue solitaire.

 

Elle aurait l’obsession du temps qui passe.

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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 11:07

J’ai lu dans Devenir ! de Roger Martin du Gard un dialogue qui m’a retenue. Deux héros parlaient de littérature et l’un disait à l’autre que les livres étaient fait avec « ceux d’avant ».

Les livres sont fait avec ceux d’avant ; notre vie est faîte avec ceux d’avant. Ceux-là mêmes  qui ont écrit et vécu avant nous. Ils nous transmettent leur sève, leurs chagrins, leurs joies, leurs expériences. Nous ne partons pas de rien et notre promesse nouvelle qu’est notre existence s’inventent à partir d’eux. Ainsi dans chaque vie, dans chaque livre s’inscrit la dette profonde qui nous relie à eux.

Cette dette, je veux la porter de ton mon corps, de toute mon intelligence de toute ma splendeur de femme. Dans le ciel nuageux de ma vie, je veux dans les jours et dans les nuits, dans les horizons et dans les arc-en-ciel que chaque étoile de mon firmament brille du passé.

Cette dette, je veux qu’elle soit une fête pour mon âme, qu’elle m’aide à porter mon écriture haut vers les colombes de chaque jour qui trop souvent immobiles sur leurs branches se taisent.

Cette dette, je veux inventer des mots pour la dire, des mots plein de talent, des mots réguliers dans le calendrier que nous tournons tous, jour après jour, nuit après nuit.

Cette dette me hante et m’obsède et d’une certaine façon fait vivre et revivre, empêche de mourir celles que j’aimais tant et qui dans la nuit s’en sont allées,

m’abandonnant sur la page d’un été.

Cette dette me hante et m’obsède me faisant lire tant et tant de livres et écrire tant et tant de pages.

Cette dette éclatante de moi-même dans la vibration de ma passion à vivre invente ma vie et mon quotidien.

J’existe, je lis, j’écris par ceux qui « existent avant » et une fois éteinte, dans la nuit de mon éternité immobile, j’existerai encore et encore parce qu’à mon tour, je serai devenue « celle d’avant ».

Merci Roger Matin du Gard d’avoir su me le rappeler.

Merci d’avoir été dans le temps de ma soirée mon initiateur d’éternité

Marie-José Colet

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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 09:44
Un jour encore, je lis, je copie, je découpe. J’intériorise. La lecture est mon chemin. Comme des bornes dans ma vie : les livres. Ceux que je préfère : les livres sur les livres, les livres qui disent l’acte de lire, qui disent des livres le don. Le Don paisible d’aimer, de chercher, d’inventer. Créer et recopier à perte de lettres pour ne plus me perdre dans ma solitude. A perte de passé. Ma solitude est immense mais infiniment plus petite que celle de celui qui ne lit pas. Ma solitude est peuplée de toutes les pensées partagées que j’ai fait miennes, que j’ai assimilées dans le fil du temps. Je ne suis que ces autres qu’un jour j’ai lus. Ces autres, mes amis qui me disent que vivre est possible parce que pour eux cela l’a été dans le temps de l’écriture et ce qu’ils ont pu écrire, moi, je peux le lire. Histoire d’une dette contractée, d’un testament légué. par mes ancêtres les auteurs. Ma patrie, les livres. Comme Amos Oz, je suis patriote du langage. Mon étendard est le savoir de tous, mon hymne, le bruissement des ailes de La Colombe de Picasso, mon ciel, les pages de ceux qui un jour ont écrit ma vie.

Je suis une femme qui aime lire.

Je suis une femme libre.
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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 00:17

Dans mes souvenirs, sur quelques pages archivées je me souviens du colloque de Cerisy. C’était en été 1994 du 19 août au 29 août. J’étais en Contrat Emploi Solidarité au Livre Ouvert, au coeur d’une période douloureuse de chômage, j’avais demandé une formation à Cerisy ‘Le génie du lecteur ». Cette formation m’avait été accordée. Du pur bonheur qui m’inonde quinze ans après. Je remonte le fil du temps, je me retrouve...

                              CERISY ; TRENTE ANS DE COLLOQUES ET DE RENCONTRES

BIBLIOTHEQUE MUNICIPALE DE CAEN

(Colloque de Cerisy. 80 pages) 1983

 

Dans un château du 17e siècle, j'ai  vécu du 19 août au 29 août 1994 avec cinquante autres. Nous étions venus cet été là en Normandie, à Cerisy -La-Salle afin de participer au colloque "Le génie du lecteur". La décade écoulée, mes bagages bouclés, la page presque tournée, je décidai, sans même savoir pourquoi d'emporter un dernier souvenir. J'achetai un livre édité par la bibliothèque de Caen en 1983 : "Cerisy, trente ans de colloques et de rencontres."

Treize heures de train m'attendaient, treize heures de solitude diluées dans la foule. Une gare. Une autre encore. De l'attente, de la poussière, des visages inconnus, indifférents. En cette fin d'été, la vie s'appelait "Cerisy-La-Salle". Alors que chaque tour de roue m'éloignait de la Normandie, déjà nostalgique, je songeais à ce paysage si parfait qui m'avait enchantée -au château et à son histoire-. Une longue et belle histoire, tressée de livres et d'événements au fil des jours d'amour, de luttes et de générosité. Le château de Cerisy, la passion d'un homme puis d'une famille toute entière et de leurs amis, qui de génération en génération se sont appliqués et s'appliquent encore à transmettre  l'humanisme du père fondateur : Paul Desjardins.

L'histoire commence avec cet homme, qui en 1906, fit l'acquisition de l'ancienne  abbaye de Pontigny, dans l'Yonne. Selon cette homme exceptionnel, épris de savoir, la culture devait se transmettre et se partager  dans un espace social de rencontres. Le savoir était une histoire de livres et de fraternité. Cela devint sa raison de vivre. Elève de l'Ecole Normale de la rue d'Ulm, agrégé de lettres mais surtout humaniste, il crée en 1891 une "école de liberté" qui devient en 1892 "Union pour l'action morale" et en 1905 "Union pour la vérité. En 1896, Paul DESJARDINS épouse Lilly SAVARY, future héritière du château de CERISY. Le temps des décades de Pontigny  commence. L'abbaye devient lieu d'échanges, de rencontres, lieu de colloque et ce, dix-sept ans durant. Le désir de Paul DESJARDINS est d'introduire dans un logis de saint-bernard les procédé libérateurs inventés par Socrate, remis en vigueur par Montaigne. De1922 à1939 se tiennent 59 décades pendant lesquels dix jours durant des intellectuels de toutes disciplines partagent leur quêtes, leur cheminement. Je les imagine ensemble, parlant, écrivant, créant dans une grande tolérance mutuelle. Il m'est nécessaire de les imaginer ainsi pour espérer. Ils s'appelaient Roger Martin Du Gard, André Gide, Paul Valéry, André Maurois. Je les découvre, eux et tant d'autres encore, au fil des photos et des pages de son livre-souvenir.

En 1940, à la mort de Paul DESJARDINS, Anne Heurgon DESJARDIN, sa fille quitte Pontigny et reprend le château de Cerisy alors à l'abandon. Elle lutte avec une persévérance qui durera toute sa vie pour  restaurer le château et continuer l'oeuvre de son père. La tradition de Cerisy sera la même que celle de Pontigny : organiser rencontre et colloques, impulser une vie intellectuelle grâce à des échanges féconds l'association des amis de Pontigny est crée. "Grâce à Malraux" mais aussi avec l'énergie de tous les amis de Pontigny, le château est classé monument historique. Après la mort d'Anne, ses deux filles  Edith et Catherine reprennent avec la même persévérance  la tradition humaniste de leurs ancêtres. Maurice de Gandillac, Président de l'Association des amis de Pontigny et sa fille Catherine contribuent largement à l'accueil et au bon déroulement des colloques.

Aux décades de Pontigny succèdent et vivent les décades de Cerisy. A nouveau, je les imagine : Queneau, Barthes, Claude Simon, Michel Butor, Ponge, Ionesco, Germaine Richier, Paule Thévenin. Que de noms  illustres et généreux au firmament de Cerisy ! Que de travaux, que de chercheurs dans toutes les disciplines ! Que d'hommes passionnés, épris de vérité ! Je feuillette  avec émotion, le livre de Cerisy, je parcours les articles de Maurice de Gandillac, ceux d'Edith et de sa soeur Catherine. Je les nomme par leur prénom emportée par une solidarité respectueuse. Je lis les coupures de journaux, j'admire les photos, je rêve aux pierres de Cerisy. Je sais que ce livre ne sera jamais comme les autres. Sur la page de garde, je lis trois dédicaces :

"En amitié, après une rencontre conviviale à Cerisy". Raymond Jean

"A l'animatrice de l'atelier de lectures au colloque "Le génie du lecteur" En toute amitié : Arlette Boulomié.

"Fidèlement" Maurice.

Maurice c'est Maurice de GANDILLAC. Quelques quatre vingt printemps. Président de l'Association des  amis de Pontigny depuis sa création, fabuleux joueur de ping-pong et de pétanque, philosophe érudit, homme chaleureux. Maurice, je me souviens ...dans le Grenier, vous lisiez le premier chapitre de vos mémoires. Je vous entends lisant, retrouvant des fragments de votre vie, votre toute jeune femme, la guerre, l'enfant à venir, l'Allemagne, vos rencontres à Pontigny puis à Cerisy. Je vous entends aussi, lors de vote communication "Voix et regard du lecteur. Vous êtes là, vous parlez, vous lisez, vous citez, vous remontez à l'antiquité, vous revenez au Moyen-Âge, puis nous sommes à nouveau dans notre fin de siècle, vous nous faîtes  redécouvrir les mythes et"les oratores", vous murmurez le secret du savoir qui circule, se transmet, se répète. Vous offrez cette phrase d'E.MANUEL : "un homme qui sait lire est homme sauvé". Vous vous souvenez de votre maître de la rue d'ULM qui vous a enseigné comment il était possible de lire en diagonale" "Le Capital" ; vous mêlez harmonieusement  souvenirs et citations, théories et fictions et, dans le temps de votre conclusion vous évoquez le risque encouru par tout texte commenté :celui de se faner et de dériver. Il est fondamental dîtes vous de sauver la littéralité du texte, de sauvegarder la lettre de l'érosion de  l'esprit par trop volatil.

Cher Maurice à ce point, je vous quitte. Il me paraît sage de sauvegarder la chronologie de mes notes ; le temps lui aussi est volatil.

Arlette Boulomié ouvrit la décade avec une communication intitulée : "La lecture  créatrice ou le livre en devenir". Ce premier exposé introduisait avec clarté les principales questions qui seraient les nôtres durant le colloque. Parmi elles, j'ai noté :

- L'objet littéraire est-il ou n'est-il pas donné en lecture  ?

- Peut-on parler d'une conquête du texte ? D'une invention du lecteur , Le texte est-il ou non un objet fixe à transformer ?

Vous citez Roland Barthes quand il dit que « Lire c'est ébranler le sens du monde" Il est alors question du "sens tremblé" qui de communication en communication ébranlera notre décade nous menant aux confins de l'étrange entre textique et fractale. Savante sublimation ? Brillantes spéculations ? Navrante mystifications ? De la passion sans aucun doute

...

Arlette vous nous parlez de R.Barthes, de Jean-Paul Sartre, de Freud, de Lévi-Strauss, d'Umberto Eco. Je lis mes notes : "Un texte n'a pas de signifié définitif mais il n'est pas non plus une machine à multiplier les signifiés", j'ai également souligné ce que vous nous avez dit d'une thèse d'ECO selon laquelle, le lecteur doit interroger l'oeuvre et non ses propres pulsions.

Arlette, je vous revois lisant votre texte , vite,  presque trop vite, comme si tous ses noms prestigieux vous brûlaient la langue, vous entraînant comme un courant  marin à la dérive de votre propre savoir, de votre quête, de votre Graal. Notes et souvenirs s'emmêlent. Je cueille une multitude d'instants précieux vécus dans cette bibliothèque de Cerisy, si belle avec son plafond de poutres peintes, avec ses murs tapissés de livres reliés d'or, son estrade boisée mais surtout belle de nous tous. belle de nous tous. Par notre présence attentive, par le froissement de nos feuilles, nous donnions vie au savoir, nous refusions l'immobile. Siècle après siècle, avec obstination, les hommes écrivent, lisent, transmettent, recueillent, cherchent, balbutient.. Le temps d'une théorie, ils répondent au frôlement de la question, et comme dans une halte, il découvrent la caresse et l'apaisement ; ils partent ensuite vers de nouvelles pages.

Dans le mouvement des livres et de ma vie, j'ai découvert Cerisy. J'ai vécu dans un château au coeur de la Normandie, j'ai lu, j'ai écouté, j'ai parlé, j'ai questionné, je me suis promenée sur la plage, j'ai joué dans les vagues. J'ai découvert une grande dune et je l'ai descendu sur les fesses en riant. J'ai retrouvé mon enfance et mon attente, j'ai inventé l'instant enrichi de nouvelles amitiés. Je me suis nourrie de la sève de nos recherches. L'un m'a apporté une rime neuve "polir/pâlir", l'autre m'a fait don d'une expression  "soubassement silencieux de la lecture". J'ai découvert que la lecture pouvait être un jeu, une spéculation, quelle pouvait être modifiée par la subjectivité du lecteur, j'ai découvert un nouveau roman "L'hiver de Beauté" et j'ai rencontre son auteur , Christiane Baroche, j'ai découvert aussi Michel Picard. J'ai fait le projet d'aller à Chambéry au festival du premier roman, j'ai posé pour une photo fractale, je me suis enrichie d'une nouvelle métaphore dans les contours de Lampe d'Aladin, j'ai défendu mes opinions avec fermeté, j'ai interrogé avec conviction :Pourquoi est-il nécessaire de trouver des chefs pour les oeuvres et quelle est donc la mélodie subversive qui depuis toujours court dans l'acte de lire ?

Au coeur ""d'un désarroi doctrinal", au cours "d'une lecture à cinquante têtes", avec vous et grâce à vous, j'ai progressé.

Quelques mots encore qui diront les soirées.

Ensemble, dans  le grenier de Cerisy, nous avons écouté Maurice de Gandillac, R.JEAN, Michel.TOURNIER,,, Maria-Luiza SPAZIANI, D.DE GASQUET lire contes et nouvelles, textes et poèmes..

Ensemble, dans le grenier de Cerisy, nous avons regardé "La lectrice" et "Les mémoires d'un tricheur. Nous avons regardé aussi une cassette vidéo surprenant avec talent Michel TOURNIER invité dans une école. Un auteur , des enfants, leur institutrice  Danielle Corre. Des mots simples, "du parler vrai" aurait dit F.DOLTO.

Seule dans le grenier de Cerisy, j'ai animé un atelier de lectures émouvant et solennel. Monsieur Brun a lu son journal non intime avec tant d'intimité que nous en fûmes émus, émus aussi nous le fûmes par Nathalie Kuperman lisant quelques pages d'un de ses manuscrits en cours d' écriture. J'étais assise auprès d'elle, à l'écoute de son filet de voix, admirative devant son cahier d'écolier, sagement rempli et habité de ses incertitudes raturées.

Suzy présenta "un polar" et Jean-Paul Guichard lut un de ses textes. L'atelier prit fin avec des écrits "à la manière de Perec " réalisés par des élèves de Dominique de GASQUET.

La nuit suivant l'atelier, je ne dormis pas tant j'avais été délicieusement terrifiée.

Et les vagues entre flux et reflux ont emporté Cerisy au large d'une fin de décade.

Amis de Cerisy, nous reverrons nous jamais ? Il me reste des photos et des notes, des bibliographies et vos adresses. Il me reste le souvenir d'un château tellement plus beau que ceux des contes de mon enfance,  un château habité de livres, hantés par nous tous venus de partout, de Montauban et de Limoges, de Rome, de Florence, de Coutance, d'Helsinky, de Londres de Paris, de Caen, d'Oslo, de Rio de Janeiro et d'ailleurs, nous tous tellement vivants, épris de savoir et d'humanité, amoureux d'un château simple comme le quotidien qui passe dans l'été qui s'enfuit. Il me reste des images de la Normandie et la poésie  de Cerisy.

Il est temps maintenant de poser sur mon étagère blanche, ce livre pas comme les autres, dédicacé par Raymond JEAN, Arlette BOULOMIE et Maurice de GANDILLAC, un livre qui, comme une lampe abritera longtemps encore, notre génie à tous, lecteurs de Cerisy.

Marie-José Colet

Article écrit en 1994 repris avec tant de joie au printemps 2009. Passe ma vie, restent mes souvenirs. Les plus merveilleux.

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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 11:57

De la Cause-papier,  retrouver le mouvement, inventer une forme dans la mouvance du temps de mes lectures

 

La forme d'une étreinte

qui éreinte l'impossible éternité

de mon identité.

Des mots qui craquelleraient.

des mots brisures

des mots fêlures

qui diraient la fissure

de mon texte en morceaux

 

Du banal à épeler

à balbutier

 

Et tout le reste

à vivre

à écrire

à lire

 

A transmettre.

 

Un labyrinthe blanc

je décline un texte obstiné

l'écriture de mes lectures

 

Lettres brisées substitutives de nos lettres volées.

Lire dans des espaces :  mon lit, un fauteuil dans la salle à manger, dans la cuisine (journal ou livre de recettes), dans la bibliothèque de ma ville, rencontre avec des écrivains, moments d'écriture. Fécondité.

 

Des années de silence. Feuilleter ces pages qui ne peuvent s'écrire, des pages ou reposent des lettres mortes en souffrance.

Ecrire à partir du manque.

un bruit de fond de télévision et de guerres et massacres me renvoie à l'inutilité de ma quête. Dérision d'une existence. La mienne. Histoire d'une limite qui se cherche. Impossible création.

 

Répétition de mes lectures, répétition du silence de mon écriture. Insistance de ce qui ne peut exister. Des mots sur une feuille couleur de mon identité.

 

Ecrire c'est vivre et c'est de la vie que naît le silence.

 

Je ne sais rien d'aucun de mes ancêtres. C'est à partir de ce manque qu'un jour j’ai écrit « La femme en retard » , qu'aujourd'hui,  je lis à perte de regards.

 

Je ne sais rien de mon histoire mutilée, c’est à partir de ça que j’écris mon blog « Les inventeurs de lectures »

 

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