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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 18:50

Valises sous les yeux


érès 20 ans de sciences humaines aux éditions érès. 2001


Dans l’agitation d’un déménagement précipité, je croyais avoir perdu mon petit livre bleu « érès, 20 ans de sciences humaines » ; je le regrettais bien car dans ma mémoire depuis des mois ce livre attendait sa place sur mon blog, comme un beau cadeau de littérature et d’engagement dans un monde humaniste, comme je l’aime, car ce monde existe, il suffit de le débusquer dans le talent de certains, dans la lumière ou dans l’ombre de grands auteurs ou d’auteurs encore inconnus. Donc, je croyais avoir perdu ce livre et en cherchant un autre, glissé dans l’imprévu de deux ouvrages, le voilà retrouvé ! J’en suis si heureuse, car j’en aime les écrits de tous ces amis d’érès. Chacun par son style et par sa plume rend un hommage affectueux à cette maison d’édition qui est la leur, maison d’édition  intègre,   cherchant davantage par ses livres à dévoiler un monde de recherches humaines sérieuses, « un monde d’être » qu’un monde de commerce et "d’avoir" et ces courts essais de chacun font comme un bouquet d’amitiés. Moi, j’aime quand l’amitié se mêle à l’écriture ; ça me fait penser à Perec et à l’association Perec, qu’il y a plus de vingt ans, je fréquentais. Moi aussi, j’écris dans l’amitié de mes amis d’Empan dont j’aime tant leur intelligence certes, mais leur générosité. Ils offrent comme ça, bénévolement leur savoir en sciences humaines et leurs connaissances toujours humanistes à la recherche d’un monde presque meilleur du côté des sciences humaines : chacun son style, son espace de connaissances, son métier mais tous se rejoignent dans la rigueur du travail bien fait. Et Empan, c’est aussi érès ! avec qui mon blog est en lien (cliquez sur la revue Empan, à droite de l’écran.) 

Je continue. J’ouvre mon petit livre bleu et puisque l’heure est à l’amitié, je relis l’article de mon ami Charles Gardou dont j’ai souvent parlé (voir catégorie, Force et vulnérabilité).


Son essai s’appelle


Valises d’écrits

Valises sous les yeux…


J’ai aimé cet article à la fois poétique et érudit, intime et citant le fondateur d’ érès comme un retour aux sources. J’aime quand l’écriture se fait retour aux origines, au père, en l’occurrence Georges Hahn. (j’invite mes lecteurs à surfer pour découvrir cet homme que j’aurai tant aimé connaître.) Mais, il en est ainsi avec mon destin : jamais je n’ai eu la chance de rencontrer mon père ! Mais qu’importe par la littérature, j’en ai rencontré tant d’autres que j’ai pu aimer…

Charles Gardou commence son essai en parlant des valises qu’il a sous les yeux : des valises qui inscrivent son écriture et ses déplacements de gare en gare. Vous l’aurez compris c’est un homme de voyages et de rencontres, c’est un homme tourné vers les autres entre deux plongées en lui-même pour chercher le mot qui lui manque pour faire de la page blanche un récit ou une conférence, cette page blanche, champ de bataille contre son langage qu’il dit trop approximatif. Valise sous les yeux de trop chercher,  de trop travailler, travail d’écriture, aération des paragraphes, modulation  du noir des pages. Trouver le mot exact et s’échapper dans la poésie car pour l’avoir lu souvent, je sais sa poésie et ses métaphores.

Mais aussi travail de la relation avec ceux qu’il incite à écrire. Ses nombreux ouvrages « sous la direction de Charles Gardou » est une façon de dire comment il a dirigé ses musiciens comme un chef d’orchestre. Ainsi, m’a t-il aidé à accoucher d’un texte que j’avais en moi « L’identité au risque d’être » que, amitié oblige j’ai envoyé à érès pour publication et dans le déploiement de l’automne, j’attends de savoir l’avenir de mon bébé… Mais quelque soit son avenir éditorial, grâce à Charles Gardou, sous sa direction, et avec l’aide aussi d’un autre ami, Jacques Fijalkow, mon étrange bébé, un bébé pas comme les autres, fort et vulnérable est né.

Valises sous les yeux d’avoir lu des ouvrages que en quelques mots il nous livre.

J’aime quand il parle de Michel Serres et Bachelard, j’aime quand il parle simplement de ses origines. Les hommes et les savants devraient parler plus souvent de leurs origines, ça rend plus humain. Moi, j’ai été élevée à un Empan de Gennevilliers et toute mon écriture est née du BUS 139 où la collégienne que j’étais côtoyais les Algériens de 1960 avec leurs valises sous les yeux de l’immigration difficile en but à la misère et au racisme. Là, j’ai écrit sur un cahier d’écolier mon premier texte libre qui interrogeait ces yeux là et ces valises là.

Moi aussi, j’ai des grands cernes noirs d’avoir trop lu, trop écrit, trop vécu et souvent trop pleuré. Mais je suis fière de mes valises sous les yeux, je ne les dissimule pas par un fard quelconque car ils témoignent de la femme que je suis dans ses passions et dans ses chagrins, dans ses amours et dans ses toujours.

Lorsque je travaillais rien ne me mettait plus colère que lorsqu’on apprenait aux chômeuses à bien se maquiller avant d’aller passer un entretien d’embauche ! Au passage on laissait en paix les chômeurs, eux ils n’avaient pas besoin de s’inscrire dans la séduction pour trouver du travail…Quand j’étais l’accompagnatrice de ces êtres en attente d’être, je leur disais «  Soyez « Vous » de toutes vos forces ! » et revenez me voir, nous parlerons de ce qui a été difficile. Pour moi, accompagner c’était cela, créer de l’estime de soi mais de l’intérieur, pas en maquillant les valises sous les yeux, les valises de la misère. Je renvoie aux articles de mon blog sur Précarité et Vulnérabilité (catégorie  Les inventeurs cherchent et trouvent) ; il est intéressant de noter que ceux qui portent les valises de la misère sont aussi plein de ressources en eux qui ne passent pas spécialement par le maquillage, du jour ponctuel de l’embauche…

Ceci dit j’aime bien me maquiller mais pour le plaisir d’être belle pas pour  cacher  mes nobles valises sous les yeux !

Revenons aux valises de Charles Gardou / Valises sous les yeux, valises d’écrits, valises de lectures, valises de rencontres du Nord au Sud et de pays en pays.

Sympa ces valises ! Et sympa ce petit livre bleu des 20 ans d’érès ! MJC

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Published by Marie-José Colet - dans Mon noyau de nuit et de lumière
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