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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 18:21

La problématique paternelle

Sous la direction de

Chantal Zaouche-Gaudron

Erès (2001)

 

3

 

Le père sous questions (1) ou les figures du père Yvonne Knibiehler

 

L’auteure introduit le sujet en soulignant combien la fonction sociale du père a évolué dans le fil des siècles, témoignant ainsi d’une faculté d’adaptation certaine.

 

La paternité instituée

 

Les deux piliers de la civilisation occidentale sont  le droit romain et le christianisme.

 

Le pater familias peut refuser d’élever son enfant comme il peut élever l’enfant d’un autre. Ainsi, c’est sa propre volonté qui l’institue ou non père de son enfant. Ainsi, l’homme se transforme en père dans la saga de sa volonté, quand à la femme, elle se transforme mère dans une longue saga de son corps, saga entre puberté et ménopause. C’est la volonté qui inscrit le père, dans le droit et la loi, et donc dans la cité. C’est le corps qui inscrit la mère dans la famille, dans la maison. Là où le père gère la cité, la mère évolue à la maison et encore...

 

  L’auteure écrit ces deux sagas du père et de la mère à l’imparfait. Certes mais...

 

Puis elle parle du Christianisme et rappelle qu’au début de tout, être père était vivre une sanction du péché originel. De par la mère, l’homme avait fauté et donc...Tout le monde connaît la suite : fidélité obligée et procréation, hors plaisir, mise en valeur de la chasteté et de la virginité, élever l’enfant pour obtenir le salut éternel, au nom de l’autorité paternelle. Triste histoire !

 

La naissance de  l’enfant n’est pas le temps biologique mais le temps spirituel du baptême. Il n’est ni au père, ni à la mère mais au créateur nous conte  l’auteure.. L’enfant ne peut-être qu’enfant divin. Pour Joseph, c’est plus compliqué sauf si on se réfère à la possible adoption.

 

Ainsi donc, le christianisme limite la place du père mimais aussi la promeut enfant de chaque père, un homme à l’image de Dieu.

 

Puis, l’individu a été dissout dans le groupe et la patrilinéarité s’est effacée. Mais le droit romain et le Christianisme ont su résister et perdurer aux grandes invasions et au Moyen-âge.

 

La paternité coutumière :

 

Puis advient la société hiérarchisée : noblesse, bourgeoisie, paysannerie. C’est la longue histoire du patrimoine que s’instaure grâce à l’héritage selon l’ordre dans la fratrie selon trois modèles : l’aristocratie, le modèle paysan, le modèle citadin.

L’enfant colle au modèle social du père dans le registre de la coutume.

 

La paternité privatisée :

 

Puis advient le temps du rationalisme et des lumières, le temps des droits de l’homme, (individu abstrait, sans sexe, sans classe sociale,) devient le temps des citoyens et celui du Code civil (1804) qui ignore hélas l’inceste et les « bâtards », advient le temps de l’état républicain qui par ses lois posent des bornes à la toute puissance paternelle. Le pouvoir de la mère assurant une charge éducative s’affirme comme « fée du logis ». Ainsi, fonctionnalités du père comme de la mère se dessinen, fragilisant la fonction du père.

 

La paternité en questions

 

Des lois viennent repenser la fonction paternelle, voire même la remettre en question(s) : instruction obligatoire, juges des enfants et condamnation de maltraitances, allocations familiales, importance du corps médical et notamment apparition du pédiatre. Le père devient de plus en plus celui qui travaille pour nourrir les enfants.

 

En 1929, création de l’école des parents. Une nouvelle validation apparaît : celle de l’école qui vient se situer à côté de celle de la famille. Une nouvelle dynamique s’instaure.

 

Puis, plus tard, très tard, advient le temps de la contraception qui donne au femme la liberté, le choix de procréer. C’est le temps du féminisme.

A tout cela viennent s’ajouter le poids des modifications sociales : c’est le temps des cités, des banlieues et de son cortège de « jeunes ».

 

Ainsi, dans la traversée des temps, la modification de la fonction paternelle se dessine, toujours différemment.

 

 

Advient le temps des « mouvements de la condition paternelle ».

Advient le temps où les mères aux prises avec la double journée appellent les pères pour les « seconder ». C’est le temps nouveau du père nouveau, le père « séparateur ». C’est le père qui assiste à la naissance de l’enfant et coupe le cordon ombilical. C’est le temps de la fonction éducative repensée à l’aune d’un père qui assume « sa part féminine ». Mais tous ces changements se sont faits sous la pression des circonstances et n’ont certainement pas été élaborés par les pères eux-mêmes et relèvent plus de leur adaptabilité que d’un choix. Je dirai même, ce n’est pas l’auteures qui l’écrit, la libération des femmes, et le nouveau père qui lui est corrolaire n’a certes pas été pensé par les hommes !

 

La paternité citoyenne.

 

Ainsi, « ces temps » de la paternité articulent la dynamique qui existe entre la fonction parentale et citoyenne. La saga du père c’est aussi celle du citoyen. La saga de la mère c’est celle de la si difficile citoyenneté.

 

Penser ces données, s’y attarder, donneraient ses notes de noblesse à la parentalité qu’elle soit paternelle ou maternelle.

 

Mais soudain, l’auteure, nous amène dans une conclusion qui fait gouffre : elle pose avec gravité la question du pourquoi procréer dans des sociétés bien plus soucieuses d’accumuler des richesses que d’élever des enfants pour faire des adultes responsables et elle pose alors magnifiquement le sens de la reproduction. Magnifiquement et tragiquement.

 

Merci Yvonne Knibiehler, pour ce chapitre rigoureux, historique et profondément humain, dans le mouvement des hommes et des femmes, bien plus peut-être, que dans le mouvement des pères et mères. Je ne sais. A vous de lire le chapitre et de l’inventer.


Moi, j'invente du côté du lecteur vacant : donner du sens à la reproduction, c'est donner du sens à la vie et donner du sens à la vie c'est se donner les moyens de lire le langage du vivant ( du côté de Hélène Trocmé-Fabre) et se donner les moyens de lire le langage du vivant, c'est se donner les moyens d'occuper son poste de lecteur, c'est se donner les moyens de ne pas rester lecteur vacant.


Il était une fois, le père et la mère (ou le contraire !), il était une fois la semence et le sens, il était une fois l'enfant. Il était une fois une  promesse de tout recommencer !

MJC

 

 

 

 

 

 

 

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