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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 14:27

Réinventer le Métier d’Apprendre

Hélène Trocmé-Fabre

Illustrations de Thierry Huort

Editions d’organisation 1999

 

7

 

VII. MISE EN PERSPECTTIVE

 

En exergue de la table des matières, une citation d’un photographe sympa que je vous invite à découvrir en surfant sur Google. Il s’appelle Olivier Föllimi et nous dit que sans évolution, sans mouvement, un homme, un peuple, une culture se meurt.

 

Et si l’espoir de l’humain était un nom commun : contradiction et un verbe « Bouger » ? Pour une grammaire de l’espoir.

 

Hélène Trocmé-Fabre nous propose, pour son chapitre, le plan suivant :

 

12. Reconstruire le tissu éducatif.

 

Ni livre blanc, ni livre noir, mais une urgence : nettoyer les portes de la perception.

Tisser ensemble : l’enjeu

L’heure des transactions éducatives

Reliance dans l’accompagnement

Coopération, solidarité, réciprocité : reconnaître l’Autre.

 

Regarder loin

 

Un peu, presque, en effleurant, la première page du chapitre, celle qui normalement reste blanche (voir Ouaknin), quelques mots entre prose et poème, quelques mots qui flottent sur un langage déterminé à dire la possible apprenance, lorsque le visiteur s’autorise une vision en perspective qui dessine la diagonale et la frontale, puis la diagonale à nouveau. La perspective qui trace la profondeur du dit.

 

Quitter l’amont des chapitres précédent et porter au cœur de l’histoire, le possible espoir d’une savoir vivant et démocratique.

 

Tracer les avenues inexplorées et rejoindre celles de tous les espaces géographiques du « pays d’apprenance ».

 

Dans le temps retrouvé de l’alphabet et des mots autrefois si égarés dans une relation Maître /Elève, porter au plus haut, entre amont et aval, la signifiance, l’émergence. Jusqu’au soleil. Celui qui, nous dit une pensée une tibétaine, ne cesse de briller, ce soleil à qui, nous ne pouvons en vouloir, lorsque les nuages le cachent. (exergue du chapitre VII)

 

12

Reconstruire le tissu éducatif

 

Deux exergues encore, pour donner le « la » :

 

Une d’Edgar Morin : si l’être humain était une galaxie ?

Une d’Albert Jacquart : si c’était d’écoles de la paix que les états avaient besoin ?

 

Ni livre blanc, ni livre noir... mais une urgence : nettoyer les portes de la perception.

 

référence en bas de page à un vers de William Blake, qui nous dit que si on nettoie les portes de la perception, chaque chose, à nous sera présentée comme elle est : infinie

 

référence au concept de Ricoeur « révolution » qui est le pris à payer pour les réformes non faîtes.

 

Vivre en situation éducative demande beaucoup de courage à tous et il faut savoir investir dans l’invisible de nos tâches et sortir du visible et du quantitatif, et ce, de la maternelle à l’université. L’essentiel est de requalifier la fonction éducative, inscrite dans ses possibles, dans une éthique qui reconnaît  l’apprenance nichée dans les sciences du vivant et qui sait se mettre à l’écoute de ceux qui désirent apprendre.

 

Je suis heureuse de lire cela, car j’ai tant travaillé sur le « écouter lire » celui « qui ne sait pas lire ». L’ « écouter lire », pour l’aider à cheminer à nouveau vers son poste de lecteur dont il a été exclu pour tant et tant de raisons. Mais cet abandon du poste de lecteur, est certes causal, mais est  aussi à situer dans de l’existentiel à écouter.

 

Tisser ensemble l’enjeu

 

Hélène Trocmé-Fabre nous rappelle les mot-clé de l’apprenance quand elle se fait reliance : potentialités et passerelles. Ces mot viennent signifier l’indispensable place que doit avoir l’apprenant, certes seul mais aussi inscrit dans une collectivité.

 

Là encore, combien je suis d’accord avec l’auteure. Dans  Madame, je veux apprendre à lire ! j’ai développé avec insistance deux dimensions essentielles à l’acte d’apprendre à lire : une dimension identitaire et une dimension citoyenne.

 

Hélène Trocmé-Fabre insiste et met en relief, les mots suivant, corrélatifs à l’apprenant : « identité », « autonomie », « échange ». Ces mots sont ceux, pour reprendre son efficace métaphore, du métier à tisser, qu’est l’acte éducatif.

 

Des graphiques viennent à l’appui.

 

Hélène Trocmé-Fabre, tout le long de son livre, nous donne de nombreux graphiques, sur lesquels vient s’appuyer, sa pensée si rigoureuse, dans un domaine ou bien souvent se dit du « n’importe quoi ». J’en ai pour preuve les différentes prises de positions de la succession des ministres de l’Education Nationale, discours amplement relayés par les médias, venant ainsi nous fournir à volonté, du prêt à dire, du prêt à penser et pire encore, du prêt à faire !

 

Le métier à tisser est dans nos bagages pour le voyage en apprenance.

 

L’intelligence de nous tous est à tisser dans une éternelle maintenance de nous outils de création intellectuelle, création, ni noire ni blanche, mais création qui conjugue, avec discernement et recherche, les verbes évoluer et bouger dont les sujets sont cette fois-ci ceux qui tissent le verbe instruire aux modes actifs et passif. Un long passif à régler, avec un passé trop souvent conservateur. Heureusement des Freinet et des Oury sont là pour nous dire le possible fonctionnement de notre métier à tisser qui peut alors prendre ses racines et sa sève dans le passé. Ouf ! Que serait notre travail sans les apports d’un passé qui a su exprimer, chercher des réformes...pour l’avenir que représente notre présent. Ouf ! la dialectique passe/présent/ futur est jouable ! Ouf ! l’humain peut voyager au pays de l’apprenance et donc infiniment merci à Freinet et Oury... Grace à eux, et à d’autres, plus anonymes mais tout aussi efficaces par leur persévérance militante, l’universel est en marche

 

L’heure des transactions éducatives

 

Suffixe Trans indique le mouvement de notre acte de tisser de fil en fil ; notre aiguille alerte, va à gauche, à droite, en haut en bas et dans le mouvement du tisser se forme une toile que nous pouvons nommer « transactions » : transactions sociales, transactions individuelles, transactions éducatives, transactions durables qui nous fait renoncer à un enseignement « immédiat » et non créateur d’actes et de paroles (Je pense au magnifique travail d’élaboration conceptuelle de Hannah Arendt, dans son livre « Condition de l’homme moderne ».

 

Nous sommes, enseignants et enseignés, artisans de ce même métier à tisser, dans le temps d’une vraie rencontre éducative, dans le temps de la citoyenneté toujours à questionner par nous, artisans du savoir dans les flux incessants qui circulent des uns autres, formateurs, apprenants, institution, classe, famille et subventionneurs. Ah ! l’histoire des subventions !

 

« Marie-José, nous n’avons pas de subventions pour tes ateliers de lectures, les subventions sont pour apprendre à lire aux stagiaires ».  Apprendre à lire, il fallait entendre à « déchiffrer », mon histoire de « langage du vivant » et de poste vacant n’intéressait personne ! ou, je dois savoir me remettre en question aussi : je n’ai pas su intéresser les subventionneurs à mes ateliers. Histoire d’un toujours contre courant... Histoire d’une résistance malmenée ou mal menée... Basta ! Je suis maintenant, une heureuse retraitée au travail d’un joli blog qui dit la possible résistance par le savoir... Et donc, ma lecture je continue

 

Reliance dans l’accompagnement

 

Le mot accolé à reliance est le mot durée. Son mot contraire est immédiateté. Avec le premier s’inscrit la parole, avec le second s’inscrit le symptôme.

 

Hélène Trocmé-Fabre sait écrire combien il est plus important « d’être là » que « de faire. » Mais être là, c’est de l’invisible. Faire c’est du visible. Histoire de Chronos et de Kairos. Gérer le temps tout en gardant le sens du moment opportun et de ses limites.

 

En reliance avec l’être en devenir

En reliance avec le sujet du verbe apprendre

En reliance avec l’acte de dialoguer

En reliance avec la construction d’un équilibre

 

Pouvoir être reliance suppose des qualités : authenticité, spontanéité, générosité, ouverture et accueil de l’autre

 

J’aime l’expression « entr’apprendre » comme une porte entrouverte entre deux salles : celle du savoir et celle du récit de vie. J’aime la référence aux récits de vie. Tant de travaux passionnants sur ce sujet et c’est par les récits de vie appliqués aux savoirs de base que j’ai rencontrée mes collaboratrice au livre Madame, je veux apprendre à lire ! Anne –Dubaele Le-Gac et Nicole Rouja. Que de séances de travail sur les récits de vie et savoirs de bases. Que de pistes passionnantes...

 

Coopération, solidarité, réciprocité : reconnaître l’autre

 

Histoire d’un partage si sage au large d’un océan nommé savoir. Histoire d’un enseignement solidaire, sans acharnement, une histoire d’une pédagogie à l’écoute, histoire de continuer, d’inventer la réciprocité et surtout histoire de se reconnaître les uns les autres. Une belle histoire, une belle utopie. Nous avons tous tant besoin d’utopie, comme un soleil, pour inventer nos merveilles, pour inventer une vraie démocratie cognitive dans  l’élan de l’apprenance !

 

Point d’orgue

 

Je bouge, tu bouges, il ou elle bouge, nous bougeons, vous bougez, ils ou elles

bougent

 

J’évolue, tu évolues, il ou elle évolue, nous évoluons, vous évoluez, ils ou elles évoluent

 

Et sur notre métier à tisser le merveilleux savoir, heureux dans le mouvement si sage de notre incroyable utopie, nous inventons l’art d’apprendre à l’autre et d’apprendre de l’autre. Nous inventons la pédagogie de la vie, la pédagogie vivante, la pédagogie étonnante, celle qui dit...Continue !

 

Continue de vivre ! Continue de parler ! Continue de chercher ! Continue de trouver ! Continue d’écrire ! Continue de créer ! Continue de vider l’océan à la petite cuillère ! Continue d’éclater de rire devant cet étonnant mythe de Sisyphe ! 

 

Mais surtout continue de résister, entre contradictions et mouvement, ni en noir ni en blanc, à ce qui engendre bêtise et ignorance, solitude et racisme, chagrin et exclusion, détresse et pauvreté, misère et terribles guerres...

 

 

Continue ! Continue !  Continue !

 

Merci Hélène Trocmé- Fabre, pour vos perspectives si vaillantes qui me surprennent au cœur d’un été de ma vie, à la recherche d’une pédagogie qui m’aidera à élaborer mon concept de Lecteur vacant et donc...

 

A suivre ! MJC

 

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