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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 15:48

L’attachement au cours de la vie

Raphaële Milijkovitch

Paris, PUF, le fil rouge

2001, 279 P

 

         Avant de vous parler de ce livre, je veux vous dire quelque chose.

         Dans le champ de la clinique de l’enfance, nous pouvons lire avec grand intérêt différentes théories : Freud, Mélanie Klein, Anna Freud, Winnicott, Bowlby, Piaget, Wallon, Malrieu, Anzieu, Lébovici, Lacan, Françoise Dolto, Ben Soussan, Golse, Puyuelo et tant d’autres encore. Pardon auprès d’eux de ne pas les citer tous. Tous ces auteurs même si parfois, bien qu’ayant des points communs, présentent des divergences dans leur rencontre des enfants, sont à mes yeux d’égales valeurs cognitive et clinique. L’enfant est un être qui vient au monde et ne comprend rien à ce qui lui arrive, même si il a eu une douce préparation fœtale de sons et d’eau, de mots et déjà de caresses. Alors, il est vital pour lui que nous donnions sens à sa vie en apprenant à l’aimer certes, mais aussi à le respecter, en sachant être attentif à son être physique et à son âme, à lui et à son environnement. C’est ce que chacun de ses théoriciens ou cliniciens nous apprennent à faire même si il est vrai que la maman « sait déjà tout » mais son savoir « déjà tout » n’est pas toujours suffisant, parfois elle-même et son compagnon de vie ont besoin d’être « éclairés ». Alors, je perçois tous ceux que je vous ai nommés là, comme des lampes d’ambiance dans l’obscurité ponctuelle des jeunes enfants et de leurs parents ; des lampes halogènes qu’on peut régler avec intelligence et douceur pour éclairer l’environnement physique et psychique de l’enfant. Les travaux cliniques de tous, les écrits de chacun, les vignettes, les observations tracent une carte du tendre de l’enfance.

         Je veux vous dire cela car dans le livre passionnant que j’ouvre pour vous aujourd’hui, l’auteure nous présente dans son introduction un historique des travaux de divers cliniciens et donc je vais m’attarder sur cette introduction avant de survoler honteusement ce livre d’un grand apport pour les parents comme pour les professionnels de la petite enfance.

         Ce livre présentant la théorie de l’attachement présente tout naturellement son « créateur » car élaborer une théorie, c’est créer. Le monde est si beau des multiples créations qui l’habitent et le génèrent.

         John Bowlby, contemporain de Winnicott et l’ayant côtoyé, en Angleterre pendant la seconde mondiale est né en 1907 et il est mort en 1990.

         La théorie de l’attachement est un arbre qui comporte diverses racines :

-         Freud,

-         Winnicott

-         L’éthologie

-         Le darwinisme

-         La cybernétique

 

C’est dire sa richesse composite, c’est dire son étonnant pluriel. Ce que je retiens comme essentiel dans cette théorie de l’attachement c’est sa volonté à créer un pont entre cognitif et affectif, la vie des enfants étant cela : du cognitif et de l’affectif, du symbolique aussi, étant aussi de la réalité interne et de la réalité externe, étant aussi une appartenance à une culture. Mary Ainsworth (dont j’ai déjà parlé dans cette même catégorie dans mes commentaire sur L’attachement, lien vital de Nicole Guédeney)a porté ses travaux sur l’interculturel des modèles d’attachement.

         Dans cette introduction, l’auteure Raphaëlle Miljkovitch nous présente une observation d’une grande richesse de Bowlby et surtout très vivante, je vais tenter de vous la résumer sans l’appauvrir, car résumer c’est hélas souvent réduire. L’idée centrale de Bowlby dans cette observation est de mettre en évidence le rôle de la mère de l’enfant, c’est à dire son environnement psychique, c’est à dire la première relation d’objet, que Bowlby « saisit en plein vol », au moment de la séparation Mère/Laura

        

La petite Laura 2ans et 5 mois, introvertie : souffrance de la petite fille à l’hôpital, séparée de ses parents.

-         Début de la séparation, Laura pleure en demandant sa mère

-         1ère visite des parents, le deuxième jour, elle éclate en sanglots en les suppliant de l’emmener et de ne pas la laisser

-         lors des visites suivantes, elle se montre plus froide et plus désintéressée mais de légers mouvements du visage témoignent de sa détresse

-         Le huitième jour quand sa mère vient la chercher, elle paraît méfiante et n’ose pas croire aux retrouvailles

-         De retour chez elle, elle n’est toujours pas tranquille

-         Peu à peu, Laura retrouve sa joie de vivre.

 

Cinq mois plus tard, Laura doit-être gardée par sa grand-mère dont elle est proche. (complications de grossesse de sa mère)

-         A la fin du séjour, elle boude en retrouvant sa mère et par contre montre de la joie en retrouvant son père.

-         Un mois plus tard, regardant le film de sa période à l’hôpital elle se met brusquement à pleurer et demande à sa mère où elle était passée durant tout ce temps.

 

Anna Freud soutient la démarche clinique de Bowlby La séparation mère/enfant est une expérience traumatique mais les kleiniens ne sont pas convaincus. Selon eux la détresse de Laura étaient liés à ses fantasmes destructeurs envers le deuxième bébé qu’attendait sa mère plutôt qu’à la séparation en tant que telle. D’autres critiques attribuent les difficultés des enfants observés par Bowlby non à la séparation mais au manque de stimulations.

         Personnellement, je serai tenter de dire qu’il n’y a pas contradictions entre ces différents commentaires. Ce sont des lampes réglées différemment mais chaque lampe est utile à la compréhension des jeunes enfants qui à mon avis sont des livres à milles pages, à lire dans la douceur de notre être et de nos lampes. J’ai du mal à comprendre pourquoi par exemple comment Anna Freud et Mélanie Klein se sont heurtées si fort, je n’arrive pas à comprendre pourquoi l’une invaliderait l’autre, pourquoi on ne peut pas être parfois, dans le « ET», pourquoi on ne pas sortir du « OU ». Peut-être vivaient-elles les éclats de guerre trop violemment. Je ne sais pas. J’interroge.

 

Bref, ce film de la petite Laura eut un grand retentissement auprès des professionnels de la petite enfance malgré les critiques ou peut-être grâce aux critiques. Les différences génèrent toujours l’intelligence quand la violence ne les transforment pas en alibi pour des guerres d’idées ou de corps, des guerres de morts.

 

Freud serait-il trop axé sur les fantasmes et pas assez sur la réalité ? Voilà ce qu’interroge Bowlby qui va même jusqu’à donner de l’amour à ses jeunes patients dont ils avaient besoin. en les prenant dans ses bras. Je crois, si ma mémoire est bonne, que Ferenczi se comportait pareil avec ses patients adultes.

 

Dans cette introduction, l’auteure analyse avec une grande clarté les positions de chacun, chacune face à la théorie d’objet constituant La nature du lien mère-enfant :

 

Notion de perte d’objet

-         Bowlby (1973) dans son livre relatif à la séparation retrace la progression des conceptions du lien mère-enfant. L’axe central des discussion est la théorie freudiennes des pulsions  l’angoisse du bébé lors de l’absence de la mère ne serait pas due à la séparation mais à son avidité interrompue de téter et donc dans la perturbation de son activité libidinale, selon la théorie des pulsions..

-         Dans Inhibition/Symptôme et Angoisse 1926, Freud introduit la notion de « signal d’angoisse » associé à la séparation et évoquant alors les prémisse de la relation d’objet.

-         C’est avec MK qu’apparaît une notion qui dépasse le physiologique et pose le lien Mère/Enfant  avec l’élaboration du concept du « bon sein » ou « mauvais sein » Mais elle reste dans la lignée de Freud car il est question de  relation de l’enfant avec le sein et non avec la mère

-         Winnicott, lui n’était pas d’accord avec l’idée du sein qui recouvrirait la totalité de l’environnement de l’enfant. Il introduisit la notion de maternage : notion d’empathie et de sensibilité à la mère, notion de care que Bowlby signifiera par l’étude du système « careginving ». Voir livre de Nicole Guédeney, l’attachement, lien vital.

 

-         Spitz étudie la carence des bébés privés de leur mère qui ne pouvaient survivre à de tels manques de leur environnement. : « syndrome d’hospitalisme ». Il était donc évident que les enfants ne pouvaient survivre sans leur mère et que l’affection représentait une nécessité vitale pour le développement psychomoteur de l’enfant.

-         Les travaux de Ferenczi, de Michael et Alice Balint mettent en évidence le besoin inconditionnel d’être aimé dès la naissance

-         Les travaux de Stern et d’Erickson sont également cités

-         Ian Suttie (1935)  a aussi beaucoup influencé Bowlby en introduisant l’idée de lien primaire entre la mère et l’enfant, indépendant de la libido. Cette idée est en contradiction totale avec Freud..

-         Apparaît  toujours cette idée de contradiction. Contradiction ou différence ? Différence ou éclairage ? Un temps pour éclairer. Les théories sont des temps.  Il me semble que ce qui est commun à tous, c’est ce temps de sécurité si important pour le jeune enfant. Sécurité apportée par la sein, par la mère, par l’environnement. Cela m’intrigue. Sécurité à gérer dans le temps de l’amour et du possible. A réfléchir. A lire tout au long du livre, cette histoire du sécure, tant chez le bébé que chez la mère, ce sécure définit par une échelle de contradictions dans le discours qui est cohérent ou non entre vécu de l’enfance et description des figures parentales. Et cela me fait souvenir, une fois encore de mon enseignante de faculté, lors de mes études  qui nous répétait « surtout soyez attentif au discordant ». L’insécure c’est le discordant du discours et l’insécure se transmet, l’insécure (ou le sécure et ses intermédiaires) est une histoire intergénérationnelle oui, c’est cela, la dyade mère enfant une histoire intergénérationnelle, un processus, un mouvement du temps. Le clinicien à l’écoute de l’enfant et de sa mère est à l’écoute de leur temps et de leurs mots, de leur intelligence et de leurs affects, c’est tous ça qui crée les signification, le sens partagés d’abord avec la mère puis avec tous, et n’ayons pas peur de l’écrire : c’est ce sens là qui nous introduit au symbolique ou qui nous prend dans son réseau (là encore, il y a du OU et du ET qui a fait couler beaucoup d’encre !  Je vais vite, je vous livre ma lecture et son invention dans le rythme passionné mais lent qui  m’a soutenu page après page, dans ce récit des «  systèmes » des relations d’attachement qui structurent la dyade mère/enfant , enfant/environnement, entre MIO et Caregiving. Oui, j’avance à grand pas mais surtout je souhaite vous inciter à lire ce livre étonnant de rigueur (ne vous fiez surtout pas à mon absence à moi de rigueur !), je vous incite à tourner les pages avec lenteur, dans la senteur de l’enfance. Je l’ai lu ainsi, ce livre même si je vous en parle « à toute allure ».

Bon travail ! Bonne lecture ! Bonne découverte de tant de pluriels précieux, si précieux pour tous les âges de la vie. J’ai oublié de vous le dire, la théorie de l’attachement nous interroge tous de la naissance à la mort. Allez, on cherche ! On compare, on souligne, on prend des notes, on mémorise, on invente, bref on étudie ! On lit ce livre précieux du "savoir de nous" de Raphaële Miljkovitch : « L’attachement au cours de la vie. »  Encore une question : Et les livres dans tout ce que je viens de vous conter ? Les livres ? Patience ! Je cherche...  MJA

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Published by Marie-José Annenkov - dans La théorie de l'attachement
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commentaires

Véronique Salis Juillerat 04/01/2013 10:34

Que veulent dire MIO et AAI?
Votre livre m'est d'un très grand intérêt, car il est simple, abordable pour une personne qui n'a pas de grandes connaissances dans cette matière.

Marie-José Annenkov 06/01/2013 15:44



MIO veut dire Modèle Interne Opérant


AAI veut dire Adult Attachment Interview


Bonne route ! Bonne année 2013 Amicalement MJA



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