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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 14:54

J’invite le lecteur à lire Fragments 1 et 2 (jours qui précèdent, même catégorie)


Fragments (3)


Un livre de Charles Gardou

Fragments sur le handicap et la vulnérabilité

Pour une révolution de la pensée et de l’action

érès 2005 261 pages

Collection  «Connaissances de la diversité.»


Le chapitre se nomme

Reconnaître pour inclure

Permettre d’exister

Evacuer l’autonomie

Respecter les droits de chacun

Refuser la fatalité


Charles Gardou poursuit sa réflexion sur un être ensemble qui autoriserait et, qui doit absolument autoriser, la reconnaissance d’êtres blessés par la vie, inscrits dans une douleur physique ou psychique qui compromet leur place dans la  communauté si on n’y prends garde.

Il pose d’emblée  quatre repères pour constituer cet être ensemble optimal.


La notion de reconnaissance

La notion d’autonomie

La  notion des droits imprescriptibles de l’humain

La notion du dire et de l’agir


Ainsi ce chapitre sera constitué de quatre sous-chapitres qui développe ces 4 points dans une pensée structurée qui donne au livre une dimension symbolique incontestable, dans laquelle il est simple d’en suivre les pas, pas à pas. Un chemin tracé à emprunter sagement pour inventer un être ensemble presque généreux, avec d’autres auteurs toujours présents dans les pages de Charles Gardou qui n’avance dans sa réflexion qu’au sein de sa parenté symbolique : d’autres chercheurs de l’humain.

 

Permettre d’exister

 Être sujet, suppose la reconnaissance par un autre. Lévinas, Hannah Arendt, Freud, et quelques autres se faufilent dans ce paragraphe. L’émergence du sujet se fait dans le un qui devient pluriel, Hannah Arendt a, je crois une belle phrase pour dire cela, « pour être un, il faut-être deux ». Deux, la mère et puis quelques autres encore qui définissent la cité dans lequel le sujet à venir aura « le droit de cité ». Ce droit de cité pour tous, même et surtout pour ceux qui portent et emportent une grande douleur, physique ou psychique suppose, nous dire Charles Gardou, la construction, ou reconstruction, l’élaboration d’une éthique morale qui permettent aux plus démunis d’être reconnus. Parce que de cette reconnaissance dépend leur construction identitaire. Certes la psychanalyse , Freud, Lacan, Winnicott, Françoise Dolto, Mélanie Klein, Anna Freud, et d’autres encore ont élaboré avec sagesse la construction identitaire du sujet à partir de la relation à la mère, au père et plus largement au sein de la dynamique familiale ; mais combien sont nécessaires les travaux des sociologues, anthropologues, ethnologues et autres représentants des sciences merveilleusement humaines pour approfondir, définir, circonscrire la place du collectif, du social, de l’histoire dans l’élaboration du sujet.


Le défaut de reconnaissance est tragique pour ceux qui le subissent de plein fouet. Une telle privation, joue l’effet d’une double peine pour ceux qui en portent déjà une très lourde. La blessure devient fêlure, la fêlure devient cassure, la cassure devient mur, qui enferme le sujet dans le  chagrin de sa différence. L’universel de l’homme passe par tous ceux qui constituent l’humanité : les faibles et les moins faibles et je dirais même restent à définir ceux qu’on appelle faibles et forts. Pour moi, faible est celui qui conjugue à perte de sa vie, le verbe avoir ; pour moi fort est celui qui conjugue, dans une lutte de chaque jour, son verbe être.


Je suis, tu es, il ou elle est, nous sommes, vous êtes, ils ou elles sont.


Je me dépasse, tu te dépasses, il se dépasse, nous nous dépassons, vous vous dépassez, ils se dépassent.


Entre ce verbe être et son laborieux mais possible dépassement dans une douce lenteur existentielle et non dans une violence active, voire même activiste, se joue un tendre vivre ensemble aux couleurs du possible.


Oh combien, je suis d’accord avec Charles Gardou lorsqu’il transforme le cogito cartésien « Je pense donc je suis » par « Je suis reconnu donc, j’existe. »


Je reconnais l’autre

Tu reconnais l’autre

Il ou elle reconnait l’autre

Nous reconnaissons l’autre

Vous reconnaissez l’autre

Ils ou elles reconnaissent l’autre.


Cela est bien difficile mais on essaie ? Chiche ? Pari tenté ! Pari gagné !


Accompagner l’autonomie

Difficile est la question de l’autonomie qui permet à chacun « de se prendre en main et de devenir singulier » écrit Charles Gardou.


L’autonomie n’est pas exclusivement liée à la personne, elle est aussi liée au monde qui l’environne. Je pense là, à une notion chère à Winnicott : pour grandir, il faut au petit homme, qui deviendra grand, un environnement « suffisamment bon ». C’est à ce « suffisamment bon, qu’il faut s’atteler pour tous, au plus vulnérables et aux autres. J’ai une amie, qui m’a fait don d’une jolie expression « l’écologie humaine ». Oui, c’est cela, il faut éviter la pollution

de l’environnement par des situations  concrètes asphyxiantes qui auront la tragique conséquence de réifier les plus démunis. La question n’est pas celle de réadapter sans fin, de produire des relations qui s’inscrivent dans du déficit et de l’assistanat, la question est de poser la possible émancipation,  « un care », dirait encore Winnicott, structurant un accompagnement réussie et non une assistance mortifère. La question est de rompre le pain de nos complexes vies, ensemble. Le pain de l’inachevé, lui permettre de lever nos incertitudes, ensemble, nous permettre de continuer d’exister, humains.


Un mouvement sociopolitique a été fondé dans les années 60 aux Etats-Unis, par des personnes victimes de handicaps. Elles ont alors protesté contre leur situation sans autonomie dans leur lieux de soins. Elles ont réclamé le droit d’aménager leur vie, selon leur choix tout en respectant leur handicap. La question n’est pas de dénier le handicap mais de construire avec le handicap intégré. Oui, c’est cela, la question n’est pas celle de la compensation mais celle de l’intégration du handicap. C’est à ce prix là, certes difficile, que pourra s’installer une réelle autonomie qui permettra à celui qu’on nomme « handicapé » de se vivre sujet de sa vie, voire même de son handicap, n’en déplaise aux partisans de la compassion mortifère.


Je vis avec mon handicap

Tu vis avec ton handicap

Il vit ou elle vit avec son handicap

Nous vivons avec notre handicap

Vous vivez avec votre handicap

Ils ou elle vivent avec leur handicap


C ‘est difficile, mais qui a dit que vivre était facile ! Basta, je continue !


Respecter les droits de chacun


Je recopie, avec Charles Gardou, un doux passage de La Déclaration universelle des droits de l’homme, ça ne fait pas de mal de s’en imprégner, toujours et toujours même si, elle ne vaut pas la Déclaration des droits de la femme (surfez sur Olympes de Gouge !)


1er article

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits [..] Ils sont doués de raison et de conscience, et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité »


2ème article

« Les droits proclamés à tous, sans distinction aucune de [...] de fortune, de naissance ou de toute autre situation. »


Charles Gardou, qui décidément n’apprécie pas la pensée de Descartes (moi non plus !) n’est pas d’accord avec ce dernier, lorsqu’il définit l’être humain, par rapport à son intelligence et au rationnel


Charles Gardou, rappelle avec justesse, que, quelque soit notre pouvoir, notre avoir, notre place dans la cité, nous sommes tous porteurs d’une histoire, d’une tradition, d’un nom propre, transmis et à transmettre. Nous sommes tous des êtres de transmission. L’humanité est une affaire de transmission – avec ou sans intelligence- ; transmission malgré blessure et solitude. Et c’est à ce point qu’il est possible de définir la dignité : la dignité d’occuper une place dans une généalogie, parfois douloureusement obturée, mais toujours insistante, quelque soit le handicap. La dignité rejoint le concept cher à Winnicott, celui de « sollicitude ».


Je renvoie donc mes lecteurs à mon commentaire sur ce point, catégorie Winnicott.


Charles Gardou, nous invite à sans cesse emprunter d’autres chemins théoriques, faisant de sa pensée un espace multidimensionnel. Passionnant ! Un mot encore, sur la dignité


La dignité est l’affaire de tous ou n’est pas !


Refuser la fatalité.


J’aime la douceur de ce dernier paragraphe, très Arendtien qui pose la dialectique du dire et de l’agir, du dire des recherches si nombreuses qui permettent un agir humain vers les si nombreux blessés de la vie.


J’aime la douceur de cette conclusion qui trace l’espoir de la recherche au service d’un possible statut de sujet. Charles Gardou nomme ses compagnons de pensée et cela me fait au chaud au cœur, moi, parfois si désespérée. Oui, il faut espérer dans l’intelligence humaine, non dans l’intelligence solidement rationnelle, mais dans celle qui naît de la difficulté d’être dans une généalogie possible, dans une solidarité de chaque jour, dans le patient travail des pouvoirs publics des institutions, toujours stimulés par les associations, certaines si démocratiques. C’est donc, sur ce mot de démocratie, que nous suspendrons notre lecture, jusqu’à mon prochain commentaire.


L’histoire de sujet, blessé gravement par la vie, aux prises avec une destinée difficile, je dirais plutôt, un instant de destinée, car la roue tourne et personne n’est à l’abri de voir sa destinée basculer dans une précarité d’être, aussi triomphant que soit son présent, cette histoire là, du sujet singulier, s’inscrit et s’inscrira toujours, nous ferons tout pour cela, dans l’espace/temps de la démocratie.


Oui, Charles Gardou, votre chemin est passionnant ! et donc,


A suivre ! MJC









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Published by Marie-José Colet - dans Force et vulnérabilité
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