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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 11:29

Clara prenait son café au lit en écoutant  Joan Baez.

 

Elle admirait le soleil sur les jonquilles et elle savait que quelque fût son passé avec Flora elle connaissait le bonheur. Par osmose, Flora lui avait transmis cette aptitude au bonheur qui était la sienne. Puis, Clara avait lu d’une seule traite « brûlant secret ». Stéfan Zweig était un écrivain magique. magique.

 

Clara aimait passionnément  il parlait du  rêve profond d’une vie. Elle la vivait très profondément. Cette longue nouvelle racontait l’histoire d’un enfant qui cherchait et découvrait « Le Brûlant Secret » des adultes : l’acte d’amour. Il le découvrait dans la solitude de l’enfance ; tout basculait, tout chavirait, il s’incrustait, il gênait, il empêchait,  alors on le jetait, on le rejetait. Il était seul. Il avait un refuge, sa grand-mère. Et tout repartait. Dans le possible. Il s’endormait et commençait alors le rêve profond de sa vie.

 

Clara n’avait jamais eu de grand-mère, jamais de refuge quand le brûlant secret doublé d’un autre pesaient sur mon enfance. Le coeur de Clara s’était serré en se souvenant qu’elle n’avait pas connu ses grand-mères même si elle en avait eu trois et en lisant, Clara s’était souvenue qu’enfant, elle n’avait jamais eu  rien, ni personne pour réparer son enfance. Elle avait choisi de grandir et de rêver sa vie avec Alain puis avec les enfants et quelques amis. Elle savait qu’aujourd’hui, le soleil brillait sur son bureau, qu’elle possédait de beaux livres, brûlée par un secret mais non détruite. Clara savait que si Flora n’avait pas pris garde à sa solitude d’enfant c’était que sa solitude de femme était infinie. Et cette solitude s’appelait la guerre. C’était son déchirant secret.


Il était une fois une femme. Elle avait 19 ans quand la guerre éclata et la brisa, mais cette femme continua dans le temps du rêve profond de sa vie. 8 Septembre 1920-15 septembre 1997


Zweig était un auteur que Flora avait aimé. Elle avait été touchée par la petite paralytique de La Pitié Dangereuse et Amok l’avait suivi dans tous ses déménagements.

 

Clara avait pris le temps de penser à Flora, de lire, de ranger la maison malade de l’hiver noir. Une proche semaine de randonnée dans les Cévennes l’aiderait à tourner la page de ces deux saisons.


Le paysage était étrange. Les arbres étaient en fleurs, les parterres étaient fleuris, et dans le même temps le tilleul aux branches nues disait que l’hiver n’avait pas cédé. Le ciel était gris, le vent soufflait comme si février et mars se disputaient. Clara était triste. Elle pensait à Flora.. Elle avait lu Amok. Histoire d’une femme qui avortait et qui en mourait, histoire d’un docteur qui sauvait l’honneur de cette femme. Ce qui était curieux c’est qu’elle avait lu cette nouvelle, aujourd’hui  8 mars, journée des femmes. Avortement et contraception, Flora avait su le transmettre à Clara. Que de fois  Clara lui en avait été  reconnaissante !  Ce n’était pas facile d’élever seule une adolescente. Flora avait su le faire. S.Zweig racontait une fois encore la compassion, l’amour jusqu’au sacrifice. Clara lirait maintenant La femme et le paysage parce qu’elle aimait le titre Lire la pansait de tellement de sentiments contradictoires. Lire avait pour elle un effet de catharsis d’un trop plein d’affects qu’elle n’arrivait pas à assumer au jour le jour.

 

Lire lui permettait de « se reconnaître et de mieux se connaître. » Dans Zweig, Clara se reconnaissait, vivante, complexe, pleine de contradictions multiples et de larmes. Elle se reconnaissait « possible. »

 

Extrait de La femme en retard . Marie-José Colet Editions La Brochure, 82.210 Angeville (adresse très courte mais efficace) 2008

 

 

Mais aussi, du côté de Zweig, toujours, Zweig que j’aime tant :

 

AMOK ou le fou de Malaisie

Oeuvres complètes de Stéphane ZWEIG

Pochothèque Tome I Pages 213-264

 

  J’avais dans un pli de ma mémoire une lecture de ZWEIG : Amok ou le fou de Malaisie. Je l’ai relue à la lumière de ce N° d’Empan.
Je cite une phrase de l’introduction avec laquelle je ne suis pas d’accord :

 « Soulignons d’une manière plus générale, que Zweig , ami et futur commentateur de Freud a voulu montrer la nature double,  ambivalente, d’un personnage dominé  par « une passion » qui, toutes proportions gardées, s’inscrit dans la lignée du Docteur Jeckyll de RLSteveson. »

                    L’essentiel de ce récit n’est pas l’ambivalence d’un homme mais l’histoire d’une femme qui avorte et qui en meurt. Elle meurt du déshonneur dont elle a peur, elle  meurt de s’être confiée à un médecin fou de rage que cette femme ait gardé fierté, orgueil et dignité, fou de colère que cette femme refusât de le supplier de l’aider ; une femme dans cette situation doit supplier l’homme, celui qui a le pouvoir ou non de l’aider, qui a le pouvoir ou non de faire passer le foetus et non l’enfant comme le dit le langage courant complice de l’opprobre sociétal.  Certainement le récit de Zweig  est romancé, un récit dans un récit écrit dans un style que même Marcel Proust pourrait envier et dont le suspens est intense mais que je casse volontairement.  La relation n’est pas celle d’un scénario mais d’une souffrance trop connue à force d’être ignorée.  Histoire séculaire d’une femme sans honneur dit-on. J’aime celle-là, fière indomptable dans son intégrité ; je meurs avec elle entre les mains « de la sale chinoise » qui l’a mutilée parce qu’un docteur a exercé son tragique pouvoir de dire « non ». Je condamne ce docteur responsable de mort de femme même si le récit en fait un être pitoyable. Oui, j’accuse tout ce qui constitue le trajet social mortifère de cette femme qui la condamne à mort pour avoir aimé un autre que son mari et pour en avoir été aimée, qui la condamne à mort au nom d’un code social qui lui pré-existe, pré-établie par des hommes sans honneur. Oui, j’accuse ce docteur, le mari, l’amant. J’accuse de responsabilité pleine et totale ce médecin qui pour moi n’est pas un fou de Malaisie atteint d’Amok.  Je pleure cette femme imaginaire si réelle, cette femme singulière, sans prénom dans le récit et si plurielle dans la vie. Un pluriel qui me fait hurler de colère sur la détresse des femmes d’hier et même de celles d’aujourd’hui, tant sont scandaleuses encore les conditions de L’IVG et la réalité du nombre de lits dans les hôpitaux malgré les efforts de beaucoup, tant est douloureuse encore la réalité physique et psychique des femmes qui avortent  comme en témoigne le lourd et splendide travail du Planning Familial. Oui, j’accuse cet homme responsable sans honneur selon mon code de femme.

 

Ma sœur, mon  amie, tu es morte dans des souffrances physiques et morales sans nom, sans prénom, dans la solitude que d’être femme.

 

  Ma soeur, mon amie, notre combat pour toi, pour nous, continue. Inventons notre trajet social qui doit être sans le risque imposé par des hommes coupables d’égoïsme millénaire, responsables trop souvent de notre mort ou de notre détresse quand il s’agit D’IVG. Ne concluons pas ce chapitre de notre histoire. Continuons de nous indigner, continuons de lutter non pour notre honneur tel que l’épellent  certains hommes mais notre bonheur d’être mère à notre heure et à celui de notre compagnon enfin aimé, enfin choisi.

 

  Le droit à L’IVG n’est pas une histoire de femmes. Non, non, et non ! C’est l’histoire des couples et de tous. Continuons, faisons appliquer la loi si durement gagnée au jour le jour et pour toujours. Rien n’est gagné, rien n’est acquis, rien n’est conquis.  Des messieurs Garraud (UMP Gironde) et d’autres rôdent encore, des chevaux de Troie sont là aux contours de nos ventres. Soyons vigilantes ! Attentives...

 

Amis, amies bonne lecture et bonne lutte !

 

 

*

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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 09:30

A mes lecteurs

j’offre un brin de muguet

Un brin de bonheur

De la douceur

dans le défilé des heures


A mes lecteurs

J'offre un brin de muguet

celui de mes lectures

un brin de rêve

 celui de ma poésie


Je défile, tu défiles, il ou elle défile, nous défilons, vous défilez, ils ou elles défilent dans l’espoir de nos valeurs triomphantes.


Je triompherai, tu triompheras, il ou elle triomphera, nous triompherons, vous triompherez, ils ou elles triompheront.


Brin de muguet

Brin de révolte

Brin de paix


Ensemble on continue !

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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 18:27

Elle rêverait d’être écrivain mais perdue dans la multiplicité des instants ne parviendrait pas à écrire, elle serait à la dérive, se perdrait dans le fil des jours, dans la clarté des absolus, dans l’ombre des doutes. Ses jours seraient labyrinthes et ses secondes espaces.

 

 

Un livre, une graine, un oeuf. Un enfant.

Matrice de cuivre et rouleau d’écorce

Cheminement du désir

Parchemin du temps.

 

Curieuse partition

Sans direction

Ecrite au fil des jours

Succession de touches infinies

 Existence

Valse impressionniste

Arc-en-ciel

Symphonie

Du cafard noir à la vie en rose

Passent les saisons de la vie.

 

Femme libellule

En plein vol

Femme  plurielle

Plus d’un visage

Plus d’un âge

Plus d’un métier

Plus d’un rêve

 

Cheveux couleurs du temps

Robe couleur des saisons

 

Hommes du présent

femmes en mouvement

mouvement du temps présent.

 

Feux follets imaginaires

Valsez...

Temps fugitif d’un reflet

Dans le crépuscule

Des pages blanches.

 

Une valse à mille temps

Une valse à trois temps.

 

Miroir opaque de la feuille

D’ou surgit à tout instant

Une autre qu’elle

 

Femme illusoire

Un autre que toi

Lecteur illusoire

 

 

Au loin quelques accords

Ecoute !

Nous sommes mélodies à entendre

A reconnaître

A fredonner

A taire

 

Limpides et lumineuses

Orageuses et tumultueuses

Obscures

 

Mélodies du passé

A garder

Mélodies du futur

A inventer

Mélodies du présent

Tellement antérieures.

 

Tourne les pages

Scènes blanches

Où valsent

Dans les nuits blanches

les courbes des corps

Dans les décors changeants

De son théâtre permanent

Où chatoient des lumières illusoires

Dans lesquelles sombrent

Auteur

Lecteurs

Spectateurs

 

Le papier est écorce

La vie est sève

Etre écrivain de la mouvance.

Heures fragiles, glissantes, pâles et frêles.

Heures de tous les jours.

Se perdre dans l’ombre blanche des mots.

Ecrire le manifeste d’une cause perdue.

Sa vie à  dévoiler dans la transcription

De ses livres quand ils se font compagnons

D’une  étreinte qui s’éreinte

dans l’éternité de son identité.

 

Peut-être en 1982, toujours en 2009.MJC

.

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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 07:20

  QUATRE LETTRES D'AMOUR.

 Niall Williams

 

Editions Flammarion.1998

 

J'aime les romans d'amour qui prennent, étreignent, quand on ne peut plus respirer du premier mot au dernier, quand on oublie tout de sa vie, tout de soi, tout de sa propre réalité quand on plonge dans les mots de beauté. Ainsi ai-je aimé avec force et violence le roman de Niall Williams : " Quatre lettres d'amour "..

 

Nous sommes en Irlande. Ils sont tous là, dans l'écume et le vent, dans la tempête et dans les vagues, dans les ciels et sur la côte. Il pleut sans cesse, il faut se couvrir si l'on veut les découvrir eux tous qui s'aiment et se déchirent, vivent sous nos yeux, dans les lignes, dans les pages que l'on tourne au rythme de leurs passions. Qui sont-il ? Le peintre  chez qui Dieu a emménagé, sa femme Bette, son fils Nicholas, pas loin, sur une petite île vivent Muiris instituteur et poète,  sa femme Margaret Gore, leur fils malade, Sean et leur fille Isabelle. Et puis, il y a les autres comme des gouttes de pluie dans la brume. Ils s'aiment, se croisent, se perdent, s'attendent, se retrouvent dans le mouvement des vagues, dans l'ombre de la lune. En Irlande. Notre coeur bat avec les leurs. Nous sommes suspendus à l'incertitude de leur route, le regard plongé dans l'extraordinaire magie des lignes  qui disent que les humains, en prise avec les hasards de la destinée ne sont que passions : passion de l'art, passion de l'autre dans la caresse et l'amour, dans la simplicité de l'attente, dans la force de l'étreinte. Passion de la vie.

 

Quatre lettres d'amour qui ponctuent les rencontres entre des êtres attirés l'un par l'autre, des êtres faits l'un pour l'autre. Quatre lettres d'amour qui racontent des couples comme nous. On s'y retrouve dans ces tempêtes, dans ces embruns, dans cette Irlande de vent et de pluie. Ces ciels on les connaît, notre regard un jour, dans leur tourmente s'est attardé.

 

Ces mots, on les lit, on les relit tellement ils sont beaux ! Vous savez, quand vous nagez un jour de grand vent, quand la vague vous emporte sur le rivage, vous voulez avancer mais la vague est la plus forte. Il en va ainsi de votre lecture. Vous souhaitez aller plus avant mais la magie du style, sa violence poétique vous retient, vous rive à la phrase précédente.

 

Extraordinaire ce roman !

 

Niall Williams a écrit aussi " COMME AU CIEL ".(Editions Flammarion) Tout aussi génial ! De l'amour, rien que de l'amour, de la passion rien que de la passion. Et là encore, la magie du style qui révèle ces hasards qui écrivent les destins.

 

C'est beau ! Quelle chance !

Je vous souhaite une très, très bonne lecture.

 

 

 

 

 

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 07:37

Rosetta Loy

Madame Della Seta aussi est juive

Rivage poche/ Bibliothèque étrangère

 

 

Dans ce livre il est question d’un petite fille qui un jour deviendra écrivain, des juifs pendant la guerre, des italiens pendant la guerre, des papes Pie XI et Pie XII et de leurs obscures positions auprès des juifs et d’Hitler. De la deuxième guerre mondiale. C’est un livre très triste. Je l’ai vraiment beaucoup aimé. MJC

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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 07:27

Je veux lire pour réécrire mon passé, et enfin, tourner la page.

Mon passé est un puzzle, mon enfance est un silence 

Je suis la belle endormie et chaque auteur comme un prince me réveille d'un baiser, d'une phrase et me dit : j' existe dans l'interligne. Lire, c'est pour moi exister. Dans un livre, j'existe enfant, dans un autre, j'existe adolescente, dans un autre encore c'est la femme qui s'étire, mère de famille ou épouse, amie ou soeur. Je me perds et me retrouve auprès de chaque auteur.

Chaque livre m'enfante et me révèle. Chaque livre m'arrache à la solitude. Viens me dit-il, tu es là. Je tourne les pages et de points en virgules, j'avance, je me reconnais. Parfois, douloureusement mais si intensément. Lire n'est pas un acte passif... Chaque lecture me constitue, me  reconstitue, m' invente.

Lire me révèle vivante. Merveilleusement vivante.
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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 07:35

L'ENFANT DE SABLE

Editions du Seuil 1985

 

          J'ai ouvert la porte des sables. Sables de l'écriture, sables du temps. Ma lecture fut une longue errance dans le désert. Mirage des images, mirage des métaphores. Poussière du sens, poudre de la raison. J'ai lu et relu ce livre, sans autre clef que celle du désir, clef invisible et pesante, clef silencieuse et brillante, clef d'acier, clef de sable. J'ai parcouru ce livre labyrinthe, à petit pas, minutieusement. Je me suis arrêtée, halte immobile et patiente, dans ce manuscrit de pierres, et de grains de terre, de grains de temps. Temps de l'ailleurs, temps du désir. J'ai respiré l'air embaumé des sept jardins de l'âme, j'ai cherché cet enfant du masculin et du féminin, cet enfant d'une différence impossible, cet enfant raconté avec des verbes accordés tantôt au masculin, tantôt au féminin. Un je, deux accords. Prodige du désir. Transgression de la loi, transgression de la grammaire. Prodige du sujet. Prodige de l'écrivain. Prestigieux.

 

Qui est le narrateur ? Ahmed ? Zahra ? Le conteur ? Le troubadour ? Le frère de Fatima  ou Fatima elle-même ? Les lecteurs ? Amar ? Salem ? Ensemble, ils tissent cette blessure qui coule, écrites dans des mots dictés par le temps, effacés par la lune, des mots ensevelie par le sable d'où ils surgissent ; le sable du désir, le sable de la mort, le sable de l'invisible chanté par l'aveugle. Le sable de l'incertitude. Livre qui interroge sur l'identité de chacun. Chacun, chacune perdu(e) dans le sable d'un autre, un Autre d'Amour ou de Langage. J'ai creusé le tunnel et sa question". J'ai lu, ensevelissant du même mouvement, cet enfant que je découvrais. Il n'était jamais là où je lisais où je creusais. Je le croyais Ahmed et ou Zahra, je la croyais en voyage, il était dans sa chambre. Je le croyais vivant , elle était morte, je la croyais morte, il régnait sur sa mère et sur ses soeurs. Et le sable s'amoncelait devant les sept portes des sept jardins de l'âme. Le premier mot du manuscrit "homme", le dernier "morts". Entre "homme" et " morts", entre ce singulier et ce pluriel s'étendent les déserts de la vie. Celui de la Religion, celui de l'Amour, celui de la Blessure. Les déserts du désir.

 

Un enfant qui essaie d'échapper à un accord impossible. Ahmed ou Zahra ? Fuite impossible. Avec ou sans E. Pouvoir, folie, morcellement. Il voyage, elle interroge. Il ou elle se mêle à un cirque. La sciure remplace le sable, l'espace se ferme, s'arrondit. Etendue de musique et de lumière, étendue peuplée. Chacun sa place, chacun son corps. Une clef et deux accords. S'en débrouiller. Désir brouillé, désir brisé. Désir en miettes. Le sable à nouveau. Vivre, prouesse impossible, prouesse invisible, mensongère et cruelle. Prouesse d'amour, prouesse de mots. Prouesse secrète. Prouesse aveuglante, prouesse épuisante, toujours singulière, toujours unique, toujours inutile.  Prouesse merveilleuse.  

 

         J'ai lu ce texte comme un texte entier. J'ai ouvert la première porte et je n'ai rien compris, j'ai ouvert la deuxième porte et je n'ai rien compris. J'ai poussé les sept portes et je fus illuminée par ces mots chantés d'ailleurs, ceux de l'enfant blessé, de cet enfant erreur. Journal d'une blessure. Brisures du temps effacées par la pleine lune. Les mots de l'enfant de mots. Une phrase qui se referme sur elle-même. Un non-sens. Celui d'une vie. Son désert ou mes jardins. Sa vie, ma nuit.


Un pli Djellaba, qui  recouvres-tu ? Un homme ? Une femme ? Secret du corps, secret de l'âme et de sept jardins

 

Le jardin de la naissance, de l'espérance.

Le jardin de l'enfance, jardin oasis, jardin quiétude.

Le jardin de  l'adolescence. La rue se rétrécit.

Le jardin de l'apparence. Il pleut des larmes secrètes.

Le jardin de la folie et du délire.

Le jardin de la douleur. Deux moitiés

d'un même  miroir.

Le jardin de la mort.

 

         J'ai écouté l'homme au turban bleu, non sur une natte  mais sur l'espace goudronné de ma ville, au hasard d'une banquette d'autobus ou de métro. Comme au dessus d'un puits, je me suis penchée,comme dans un labyrinthe, je me suis perdue. Femme, nièce d'un oncle, Ahmed qui fut ma tante Zahra, j'ai quêté l'oubli auprès du troubadour aveugle. Je me suis retrouvée ensevelie et dévoilée par le sable de la lecture. Alors, j'ai attendu la nuit, j'ai contemplé la lune et comme à l'enfant de sable, elle m'a fait don de l'oubli et du repos. Don du pardon. MJC

                                                                                                                                                                                                                                 

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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 08:13

Lecteur prend soin de ce texte

J'ai mis cent douze ans pour l'écrire.

LA NOUVELLE SANS TITRE.

Maupassant, lecture, fracture, cassure.

Maupassant, coeur écorché par l'absence du père.

Maupassant, oeuvres complètes. Le père n'en finit plus de s'écrire, la femme de se perdre, l'enfant de souffrir, le foetus de mourir.

Maupassant, une identité trouée par le chagrin des hommes.

Maupassant, un corps douloureux, une souffrance existentielle qui épelle les jours et les nuits, qui rature vainement leur folie.

Maupassant, une solitude absolue, une âme perdue dans un fiacre ou dans un cimetière, dans une ferme ou dans un château, dans le quotidien éclaboussé de soleil ou dans une nuit sans lune.

Maupassant, ils sont tous là. Héros transis de terreur, hallucinés ou désespérés, ils grelottent, respirent, respirent l'odeur des morts autrefois vivants et chéris. Ils vivent, ils pleurent meurent.

Maupassant, quand malheur rime avec coeur.

Maupassant, quand passion rime avec intuition.

Maupassant, quand détresse rime avec caresse.

Alors ta lecture s'éclaire et tu espères. Tu songes à la nouvelle intitulée "L'enfant". Aujourd'hui, tu la relis et comme hier tu es émue par cette jeune femme qui accueille, la nuit même de ses noces, l'enfant illégitime de son époux alors que la mère de l'enfant, la maîtresse du mari est morte en donnant le jour à l'enfant. L'épouse dit avec simplicité et amour : "Eh bien, nous l'élèverons ce petit."

Une phrase dans ton coeur n'en finit pas de faire écho. Oui, tu le sais, Maupassant c'est enfer et folie qu'il décrit le plus souvent mais pour toi Maupassant se résume à ces mots de l'évidence, porteurs de tout l'amour d monde. "Eh bien, nous l'élèverons ce petit". Un enfant est né, sa mère est morte. Une autre femme lui donne vie. "Eh bien, nous l'élèverons ce petit.

Maupassant, lecture, fracture, cassure.

Maupassant, amour, tendresse, douceur

Maupassant, générosité.

"Eh bien, nous l'élèverons ce petit"

Tu fermes le livre. Malgré l'harmonie des pages lues, tu t'interroges. Pourquoi Maupassant a-t-il  écrit des nouvelles si différentes de contenu ?

"Le père" 1883 et 1887

"L'enfant"  1882 et 1883

Destins curieusement contraires pour une même pulsion de procréation.

Dans la première nouvelle de 1882, le destin de l'enfant sera d'être aimé, choyé, entouré

Dans la seconde nouvelle, le foetus ne deviendra pas enfant. Il sera sauvagement poignardé et la malheureuse mère mourra de sa haine, de sa détresse, de son désespoir, de sa solitude. Elle mourra noyée dans son sang. " Alors exaspérée de haine contre cet embryon inconnu et redoutable..."

Tous ces contraires t'effraient, te paralysent.

"Eh bien, nous l'élèverons ce petit".

"Alors exaspérée de haine contre cette embryon inconnu et redoutable".

Ta lecture te pèse, les mots épais t'oppressent. Ton coeur est gris. Ton âme s'égare. Tu as mal. Tu fermes le livre, tu rêves, tu vagabondes. Tu ouvres un autre livre. Ton regard s'arrête sur des mots de Roland Barthes que tu as soulignés :

"Rien n'existe en dehors du texte sinon un autre texte qu'il incite à imaginer".

Tu restes immobile et songeuse. On te croirait endormie.

Avant même que la seconde phrase ne devienne pensée, tu te lèves et d'un pas décidé tu te diriges vers ta bibliothèque d'où tu extrais sans hésiter trois petites feuilles de musique. Tu tiens entre les mains une nouvelle sans titre que tu as écrite en 1982.(cent ans exactement après Maupassant.)

********

Cela se passait en 1945. Claire avait 24 ans. La guerre était finie mais pour ceux qui avaient traversé la tourmente de ces dernières années, pour ceux qui avaient connu la lourde épaisseur des larmes et des deuils, rien n'était fini parce qu'il fallait continuer. Un nouveau combat commençait pour eux : survivre dignement. Claire était juive. Elle s'était cachée des mois durant pour échapper aux persécutions allemandes. Elle avait en vain supplié sa mère et sa jeune soeur, Judith de la suivre. Sa mère avait refusé de l'écouter, trop certaine de son innocence. Pourquoi les allemands l'arrêteraient-elle ? Pourquoi emmèneraient-ils Judith si jeune encore ? Claire avait insisté. Si seulement, le père avait été vivant, il aurait sans doute pu la convaincre, mais il était mort quelques années auparavant, emporté par une crise d'urémie. Rien ne put avoir raison de l'entêtement de sa mère. Claire partit. Elle ne devait jamais se le pardonner mais elle-même ignorait tout de l'ampleur des déportations. Ce n'est qu'après la guerre que les horreurs s'étalèrent à la une des journaux. Claire n'en parlait jamais. Elle avait trouvé un emploi dans le journal local. Chaque jour, elle venait à son travail, ponctuelle, présente,  toujours efficace, souriante. Elle était

bien au-delà de sa présence, dans une planète où toujours, il faisait nuit. La lune,  elle-même, était endeuillée. Les étoiles n'existaient plus, bannies à tout jamais du ciel par les étoiles jaunes. La guerre était finie mais Claire sentait encore la brûlure de l'insigne pâle qui l'épinglait juive infâme et proscrite. Août 1945. Elle était seule dans un cimetière sans sépulture. Sa mère était morte, son frère aîné avait été fusillé, son fiancé emporté par une pneumonie. Claire était vivante toute entière habitée par la  mort. Elle continuait à travailler, relatant l'amour des autres, dans la rubrique des faits divers. Elle partageait avec une amie, une chambre mansardée. Cette amitié lui était précieuse mais ne la sauvait pas du désespoir. Pourquoi survivrait-elle à tous ceux qu'elle avait si tendrement chéris Que pouvait-elle vivre dans ce monde d'après-guerre alors que seul comptait pour elle l'avant-guerre ?

 Claire s'enlisait lentement dans l'indifférence. Elle n'était même pas chavirée. Elle avait trop souffert pour être terre d'émotions. Les bottes ennemies avaient piétiné sa jeunesse heureuse, son coeur, son avenir, ses illusions. Il ne lui restait plus rien que son corps qu'elle prenait en horreur d'être vivant. Elle voulait le faire mourir mais ne songeait même pas à se suicider ; cela aurait été déjà un choix, une émotion. Elle souhaitait la mort sans la provoquer, elle attendait.

Un jour, en se rendant au travail, Claire, toute à ses rêveries intérieures, bouscula dans une rue, un enfant qui tomba, puis se releva et la regarda. Quelque chose, dans le coeur de Claire, vacilla, quelque chose qui ressemblait à un bourgeon : le désir d'avoir un enfant  qui ne connaîtrait rien de cette souffrance, un enfant à elle, un enfant à aimer qui éclairerait sa nuit. Un enfant à partir duquel tout pourrait recommencer. Un enfant. Le désir imprégna son corps, rendit Claire encore plus belle. Claire resplendissait d'une beauté sombre, profonde comme sa peine. Claire travaillait dans un milieu d'hommes ; pour son enfant, elle voulait un père qui fut aussi beau qu'intelligent, aussi sensible que hardi, aussi tendre que brillant. Claire, patiemment se mit à côtoyer les hommes  comme autant de pères possibles. Le soir, elle en parlait avec son  amie, qui bien que déroutée par la lucide détermination de Claire, pressentait combien un enfant la rattacherait à la vie.

Quelques temps après, Claire aima l'homme qu'elle trouva assez parfait pour être le père de son enfant. Il était marié mais avait su entendre la douleur de Claire. Comme la meilleure amie de Claire, il avait deviné qu'un enfant sauverait d'une mort certaine, cette femme qui s'offrait à lui sans se donner. Un lundi de novembre, peut-être au lendemain de la Toussaint, ils conçurent cet enfant qui naquit au coeur de l'été suivant. Ce fut une fille. Au plus fort de leur passion, ils firent le serment de ne plus jamais se revoir. Leur amour était une péripétie de la guerre. Les années passèrent. Deux exactement. Claire rencontra un homme plus âgé qu'elle. Elle retrouva le bonheur. Sa fille eût un nom, eût un père.

Le temps s'écoula. L'enfant de Claire devint une belle adolescente puis une femme. Parfois Claire la regardait. La fille ressemblait au père, même pli sensuel sous les yeux, même regard grand ouvert sur le monde, même bouche volontaire. Le blé avait repoussé. L'homme et l'enfant avait triomphé du joug mortifère des nazis.

Claire vivait.

********

Tu lis cette nouvelle. Ta lecture erre de Claire à Maupassant. Dans la clarté du jour présent, tu entends soudain : " Eh bien, nous l'élèverons cette  petite".

Tu demeures douloureusement éblouie par l'étonnante vérité de l'écriture de Maupassant et par l'écho de ta lecture. L'un et l'autre, dans le mouvement de l'émotion, dans l'éternelle humanité vécue, racontée, transmise, révélée ont tressé un lien entre 1882,1945,1982,1994

.

Tu le sais maintenant, de l'autre côté du temps, la nouvelle sans titre se nomme :

"L'enfant"

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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 06:02

 

Molloy

Les éditions de Minuit (poche N°7)

Je suis une intermittente. Spectacle barré à moi-même, je suis le metteur en scène, il est mon auteur, j’ai perdu le spectateur. Il est seul en quête de lui-même. Molloy défie la loi. Le commissaire ne comprend rien à cette histoire de chien écrasé. Moi, je trébuche, douleur fulgurante au genou gauche. Non droit. Qu’importe ! L’autre aussi, il a mal, au même genou. Ce n’est pas important cette histoire de genoux. Ce qui est  à retenir, c’est qu’il est seul, l’autre. Molloy. A la dérive sur ses béquilles. Moi, je suis borgne comme Molloy sur ses béquilles.  De mon oeil borgne,  je contemple sa région à lui, toute petite, celles qui n’a pas de limites et se fond dans les autres, les voisines, les toutes seules, les pas pareilles. Je ne les franchis pas. Je reste dans la région où il y a ma mère, sa mère. On a une histoire à régler avec elles. Il y a aussi Moran, celui qui enquête sur Molloy. Moran, il a mal au genou, il va découvrir les béquilles, il a un fils. Avec son fils il a une histoire à régler. Histoire filiale qui fait histoire dans Molloy. Je lis les conflits qui font mon histoire et qui défont l’histoire. De Molloy. Des histoires en miroir qui s’emmêlent. Je pense à Paul Auster. Une histoire de Quinn qui enquête dans une Trilogie New-Yorkaise. Je suis seule à la dérive, j’ai mal au genoux et je lis les histoires en miroir. Ma solitude, la leur, je dis, je lis, j’invente. Il dit, je le lis , à chaque fois c’est inventer. Il a perdu son nom. Molloy, ça lui revient. J’ai perdu celui de ma ville. Identité incertaine. La sienne, la mienne. Monologues des silences intérieurs. Et puis merde ! Quelle absurde malchance que sa vie, que ses béquilles, que son oeil borgne, que sa solitude innommable ! Et la mienne donc ! J’entends un bruit de pierre qu’on suce et dans un éclat de rire je tourne les pages. Une histoire de cailloux dans des poches et de pierres à sucer, quatre par quatre ou un à une ! Et ça dure et on rit ! Quelque chose à rééquilibrer dans le rire comme si on pouvait rééquilibrer  la solitude, comme si on pouvait sucer des mots ou bourrer ses poches de lettres ! Il traverse sa vie à vélo, Molloy. Il est enquêté par l’autre Moran. Il y a Yodi aussi. Tous trois traversent le spectacle. Jusqu’à l’écriture de Beckett,  génial prix Nobel de Littérature en 1969.

 

De Molloy, de son vélo, de ses béquilles aucun éditeur n’en voulait ! Aïe ! Aïe ! Molloy, un chef d’oeuvre.

Je suis à la fin du livre. Je rentre dans ma ville dont j’ai perdu le nom. J’avance à l’intérieur, je suis borgne. Je suis seule. Mais je ris d’être moi. Molloy rit au détour de chaque mot. Il rit du spectacle qu’il invente. Il invente sa vie avec humour et presque tendresse. Il invente son histoire, et l’humour du spectacle nous fait trembler de rire, vaciller d’émotion... Des béquilles pour lire, entre larmes et rires. Nous sommes seul (e)s et après ? Pas de quoi fouetter un chat encore moins écraser un chien. En perdre son nom à la rigueur. Sur son vélo, sur mes béquilles, je ne sais plus sur quel pied me poser ni quelle pierre sucer, sur quelle pensée m’arrêter. J’enfourche alors le vélo de Perec, celui qui a un guidon chromé et qui est au fond de la cour et je pédale, je pédale et voilà mon nom me revient, je suis une intermittente du spectacle et je m’appelle oui c’est ça, je m’en rappelle, je m’appelle, Marie-José Colet

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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 08:36

Un livre d’Assia Djebar

Femmes d’Alger dans leur appartement

Albin Michel 1980 et 2002

 

En couverture : Femmes d’Alger dans leur appartement 1834 Eugène Delacroix

 

Je dirais une version Des Causeuses de Camille Claudel. Version peinture.

 

Un roman qui dit la dialectique entre conversations, jamais figées me semble-t-il et mouvement de libération des femmes tel est l’enjeu littéraire de ces nouvelles. Je vais essayer de restituer ce mouvement de « ce qui parle dans ce livre », de « celles qui parlent », de « celles qui causent ». Les Causeuses.

 

Elles parlent du lieu de leur enfermement, le voile, les voiles qui les cachent au regard, du lieu de leurs barreaux, autrefois la prison de Barberousse, elles parlent du lieu des générations passées, quand le récit s’enroule dans « la nuit du récit de Fatima, elles parlent du lieu de leurs morts dans « Les morts parlent », elles parlent du lieu de leurs larmes dans « La femme qui pleure », (et j’ai pensé à Marguerite Duras), elles parlent du lieu de leur exil si douloureux dans « il n’y a pas d’exil », elles parlent du lieu de leurs délires, de leur rêves et du lieu du Hamman  dans « Femmes d’Alger dans leur appartement. » Elles parlent, elles vivent, elles pleurent jamais ne rient. Elles attendent ou se révoltent. Parfois soumises à la loi des hommes parfois non. Organigramme des paroles des femmes qui se disent de nouvelles en nouvelles. Des nouvelles qui forment un tout. Le tout de la cause des femmes, là-bas en Algérie, ailleurs en exil.

 

Des nouvelles qui s’écrivent dans le temps d’une nuit, dans le temps présent des conversations, dans le temps d’hier et d’ une post-face érudite qui analyse ce qui fait regard, ce qui fait parole, ce qui fait murmure des générations, ce qui fait libération. Des femmes.

 

J’ai beaucoup aimé « La nuit du récit de Fatima ». Cette nuit s’enroule dans les propos, de trois vies de femmes, de trois générations de femmes : Arbia, sa fille Fatima, la bru de Fatima, Anissa. Ce sera la déchirure de la quatrième génération qui s’épellera dans le prénom de la petite Meriem. Un rapt. Un fait divers comme on entend à la radio et qui s’éclaire de l’intérieur des mots de femmes, des faits de femmes. « Des mots torches », des faits dans la lumière des coeurs et des traditions. Dialectique des mots aux actes. De Delacroix à Picasso. Ce qu’il fallait écrire. Mais fallait-il que cela se vive ainsi ? Le drame d’une enfant enjeu entre tradition et modernité, entre femme soumise et femme libérée ? L’enfance déchirée. Insoluble des vies passées au tamis des générations. Irréductibilité des désirs. Deslarmes au fond des yeux j’ai tourné la page.

 

J’ai aimé le prodigieux style de la longue nouvelle Femmes d’Alger dans leur appartement. Du présent, presque que du présent. Un peu de passé dans une cicatrice bleue, dans le récit de Sarah la musicienne, la mort de sa mère. Elle était emprisonnée. Les larmes ne pouvaient couler. Maintenant dans le présent de l’histoire elles coulent, libérées. Du figé à la libération des larmes. De Delacroix à Picasso. Sarah et son amie Anna qui n’est revenue que pour mourir mais elles ne mourra pas. Un jour Sarah et Anna partiront et verront la ville quand elle  tremble de lumière . Il faudrait parler aussi de  Fatma, la masseuse. Son poignet déchiré après une mauvaise chute elle délire et c’est beau mais beau ! Elle, l’exclue, elle à qui on a lancé l’interdit, elle, l’humiliée qui ne cause que dans le délire de la douleur de sa main blessée... A lire absolument. Un texte  parfait qui coule comme sur le marbre du malheur. Un texte comme une psalmodie. La description des baigneuses au hammam est parfaite. Comme sont émouvants ces mots pétris dans des corps flétris. Et cette eau chaude qui coule, qui coule. Des femmes secrètes en pleine lumière qui parlent. Oui, j’ai beaucoup aimé cette nouvelle. Les autres aussi mais la place me manque. J’aimerais parler de toutes, citer les phrases onctueuses, littéraires, mouvantes d’Assia. Du mouvement dans les mots, du mouvement des femmes, des femmes en mouvement dans l’ombre des secrets de toutes Du mystère aussi. Des confidences dans le temps qui passe. Des voiles qui se dévoilent...

 

J’ai aimé ce livre, j’ai aimé ces nouvelles. Mais je m’arrête. Je vous laisse les découvrir entre Delacroix et Picasso. Je vous laisse lire, entendre. Les Causeuses et je disparais.MJC

 


 

 

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