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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 10:40

Clara lisait le Manifeste d’un juif libre de Théo Klein  (N°51)

Le Manifeste d’un Juif Libre

Théo Klein

Liana Lévi .2002(143 p.)


Clara aimait ce livre qui la faisait espérer la paix. Ainsi la paix était possible. Ainsi il était possible de sortir de cette violence, de cette sanglante impasse entre Israéliens et Palestiniens. Il suffisait de s’y mettre. A penser la paix


Théo Klein s’engageait. Il proposait un manifeste, un bilan, la somme de ses réflexions sur la guerre et en faisait naître des mots de paix. Clara avait été emportée par l’extrême rayonnement pacifique des pensées de cet homme qui avait été de 1942 à 1944, un des responsable de la résistance juive et de 1983 à 1989,  Président du CRIF et interlocuteur des dirigeants Israéliens.


 Clara aimait lire cette façon dont il parlait du dialogue nécessaire, du respect quand il dénonçait la violence des hommes, à Jérusalem ou à Ramallah, elle aimait quand il parlait  des combats et des chemins de la paix si fragiles qu’on les avait oubliés. La paix lisait-elle n’était pas à remettre à demain, c’était dès aujourd’hui qu’elle devait s’épeler, avec les lettres millénaires et si semblables : « Salam », « Shalom » .


Il parlait avec élan, générosité mais aussi avec une grande érudition politique. Il disait l’Histoire, Clara savait l’importance de le lire crayon en main pour ne pas trahir sa pensée. Parfois, elle sentait qu’on pouvait ne pas être d’accord avec lui mais elle sentait aussi qu’on pouvait le lui dire. Elle le lisait, homme de dialogue mais  n’excluant pas des certitudes. Il affirmait ses convictions. Il disait qu’il fallait sortir du mythe sanglant et absurde de la sécurité, qu’il y avait d’énormes difficultés mais qu’il fallait les affronter avec efficacité.  Clara pensait dans son for intérieur que parfois ce livre pouvait heurter les sensibilités des  uns, et des autres parce qu’il était porteur de nombreuses interprétations personnelles. Théo Klein était humain, attaché à ses racines, à son passé, juif laïc, il croyait en la démocratie israélienne  et parfois Clara se laissait envahir par le douté. Comment peut-on dire la paix sans dénoncer ce qui est à dénoncer : Jénine, les raids aériens, la violence militaire ? Alors, voulait en savoir plus et s’était mise à chercher sur Internet. Elle avait trouvé une lettre de Théo Klein à Ariel Sharon (Le monde, jeudi 6 septembre 2001 p.13) dans laquelle il disait une fois encore non à la violence des tanks et des missiles, non à la haine , oui à l’intelligence pour vaincre à la violence. Une  lettre courageuse en vérité.

 

En vérité, la lecture de Clara pouvait être multiple, Clara le sentait. Multiple, selon la place du lecteur, Français, Israélien, Palestinien, jeune ou plus âgé, habitant tel ou tel pays et bien sûr femme ou homme. Et c’est cette multiplicité là qui pouvait faire chemin. : la naissance de multiples germes de paix. à partir de la pluralité des propositions et des analyses. Clara lisait avec intérêt Théo Klein quand il affirmait la nécessité de reconnaître l’état palestinien et de trouver une solution politique au conflit qui poserait la souveraineté politique de deux états sur une terre commune.

 Et Clara une fois encore pensait que ce sont les hommes et les femmes de toutes les terres du monde qui emportaient la sagesse, quand ensemble ils marchaient sur le chemin de la paix, laissant  derrière eux les petits cailloux blancs de leurs mots généreux, comme ceux de Théo Klein.  Clara refermait ce livre qui disait de ne jamais renoncer à construire la paix


Un livre à lire pour toujours construire. la paix.


Clara avait aussi  lu avec intérêt, toujours du même auteur 


Une manière d’être juif (éditions Fayard Temps pour l’histoire 2007 et j’avais écrit :


Ma manière d’être juive



J’aime beaucoup le livre de Théo Klein « une manière d’être juif » parce qu’il aborde vraiment une multitude de sujets et j’aurai envie de les approfondir, jour après jour. J’aimerai en parler avec un interlocuteur pour creuser tout ça dans le langage d’un autre, dans son pareil et dans sa différence. Quand je lis, je suis trop seule, trop seule de ne pas parler et je ne progresse pas. En cela, je crois que je ne suis pas juive. A mon avis être juive c’est commenter la connaissance avec d’autres. Mon travail d’atelier de lectures et de partage va dans ce sens, mais j’ai beaucoup de travail à faire pour sortir de mon isolement intellectuel.


Il y a beaucoup de sujets traités par Théo Klein avec lesquels je suis d’accord notamment la question du conflit avec la Palestine. Je suis moins d’accord avec lui quand il définit la judéité par l’adhésion et l’assimilation du Talmud et de la Torah et non par le relais avec la Shoah


 Quant à moi,


1) Je suis juive parce que toute ma lignée maternelle était juive (Sépharade) (Egypte)


2) Je suis juive par rapport à la Shoah que j’ai complètement vécue, jusqu’au  bout de mon  identité  dans la symbolique de mon histoire. Ceci dit, je « n’abuse pas » de cette mémoire, (cf. ma lecture de Todorov « Les abus de la mémoire ») et du vécu de la Shoah. Dans le mouvement de ma mémoire j’ai crée des ateliers de lectures, j’ai crée tout simplement ma lecture, mon chemin de lectures.


3) J’aimerai un jour aller à Jérusalem, comme je suis allée à Cordoue. Découvrir le creuset interculturel du monde, voir cet étonnant soleil « qui tous les matins se lève sur la partie arabe, et se couche sur la partie juive »


4) je ne suis pas juive par rapport aux textes et à l’Hébreu que je ne connais pas et que je n’ai pas le désir d’apprendre. Je suis nulle pour les langues... En ce sens, je diffère de Théo Klein mais je ne lui reconnais pas le droit de remettre en question ma judéité pour cette raison là.


Toutefois je trouve ce livre de Théo Klein très beau quand il affirme qu’il est essentiel de penser aux autres et à demain, de penser à l’amour quand il foudroie ou rejette, quand il affirme que nous sommes tous libres et responsables de notre destin, quand il réaffirme l’espérance de toujours trouver des solutions pour l’avenir. Rien jamais ne s’arrête. Continuer. Persévérer. Ainsi Théo Klein m’a aidée à me situer humaine et juive dans ma féminitude de toujours à conquérir.


Comme  Clara avait regret de ne pas avoir lu Théo Klein du temps d’Elisabeth, son amie si chérie, dont elle avait si insuffisamment partagé la judéité ! Comme elle avait regret de ne pas avoir partagé cette quête lorsque son amie était vivante ; dans le temps du souvenir, elle tentait de réparer l’irréparable.

 

Passage de la femme qui lit IMarie- José Colet inédit Février 2008


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30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 17:12

6 juillet 2002-

 

Fin août, nous avions le projet d’aller passer une semaine à Bath, dans le pays de Jane Austen. Nous l’aimions beaucoup toutes les deux. Je ne sais plus pourquoi, mais nous l’aimions et nous avions envie de faire ce voyage ensemble. Nous n’y croyons pas vraiment, à cause de ta maladie. Mais nous en parlions. Un projet très doux, comme une caresse. Nous caressions le projet. Il y a peu de temps, chacune chez soi, nous avions vu le film à la télévision « Raison et sentiments ». A la fin du film, nous nous étions téléphoné. Nous étions enthousiastes et nous avions dit « surtout, on oubliera pas les K.WAYS ! J’entends ton rire, je ressens encore, le pincement au cœur qui m’étreignait. Lors de ta dernière hospitalisation, nous n’avons pas parlé de Jane Austen. Le projet était endolori. Tu n’as pas dit et moi non plus « Nous irons l’année prochaine ». Aujourd’hui, je suis seule avec Jane Austen. De ma bibliothèque, j’ai sorti les deux tomes en 10.18 « Mansfield Park ». Je ne les ai jamais lus. Je vais les découvrir dans le temps du voyage que nous devions faire. Jane Austen, ne t’accompagnait pas dans ton dernier voyage. Il était dans le silence de ton avenir barré.

 

Mansfield Park

10.18 n° 1675 et 1676

Christian Bourgois Editeur

 

C’est l’histoire de trois sœurs. La première fait un très riche mariage. Elle épouse Thomas Bertram de Mansfield Park. La deuxième épouse un révérend et s’appelle alors Madame Norris. La troisième contracte une mésalliance avec un officier de marine « léger » et devient alors Madame Price. Les trois sœurs restent un temps fâchées, mais les années passant, elles font la paix. Madame Price, mère de 9 enfants, écrit une lettre de détresse à ses sœurs qui lui proposent d’accueillir sa fille aînée Fanny, pour lui donner une belle éducation. Fanny a dix ans. Elle arrive donc dans la famille Bertram et découvre ses cousins et cousines. Elle est très malheureuse, ses frères et sœurs lui manquent cruellement surtout son frère William qui était son meilleur compagnon de jeu. Comme toi, ma sœur chérie.

 

 

J’aime beaucoup ce passage et je l’ai relu plusieurs fois. Il dit l’ami consolateur, il dit une possible consolation. C’est un morceau de voile de vie très léger, subtil, délicat. Aimer un seul être et on peut tout affronter.  Pour moi, Jane Austen, c’est cela. L’amour subtil dans la douceur du temps.

 

J’ai lu tous les romans de Jane Austen.

 

 

 

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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 16:33
Chemin faisant clara lisait, Clara cheminait

Elle ouvrit alors l’énorme livre de Philippe Sollers Eloge de l’infini (Nrf Gallimard)  constitué d’essais  que Clara trouvait splendidement écrits.

 

Clara lisait le premier essai : Le Paradis de Cézanne.

 

Là où Cézanne mettait des couleurs Clara mettait des mots... La colère de Cézanne. La colère de Clara... Clara lisait. Clara transposait. Clara pillait... Clara restituait... Clara dans le temps de ses mots fuyait les autres puis les retrouvait, se fuyait elle, puis se retrouvait. Clara fuguait, Clara lisait jusqu’à en perdre le souffle. Clara à bout de souffle retenait son souffle. Clara comme Cézanne vivait à l’ombre de son tilleul, dans le temps de son être et de son tilleul.

 

Clara lisait ce texte doux comme le mot Venise et chemin lisant, elle avait envie d'aller à Venise dans cette ville dont le temps s’échappait des gondoles, peut-être passé mais tellement futur d’amours à éclore...

 

Clara  toute à sa lecture pensait à Calvino, à ses Villes Invisibles, de mémoire et de regards, d'eau et de temps. Clara aimait cette façon qu’avait Philippe Sollers d’écrire, elle aimait ses expressions venues de son ailleurs à lui, de sa ville invisible de lecteur, elle aimait le lire quand il racontait Proust et Ruskin, Monet aussi.  A nouveau Proust, encore, toujours Proust… Clara se laissait emporter par ce style flamboyant qui lui restituait Venise.  Clara empruntait les pas de Sollers foulait son chemin tellement lettré. , elle continuait, se laissait éclaboussée par la lumière de Venise, par ces mots précieux, raffinés, brillants, intelligents. Elle ne savait pas ce qui l’enthousiasmait le plus du  texte ou de la ville, cette Venise autre que celle qu’elle n’avait jamais pu imaginer. Une autre Venise, c’est ainsi que Philippe Sollers  avait intitulé son essai. La lecture de Clara se faisait canal ou lagune. Le cœur battant de trop rêver, elle  tournait les pages, glissant sur l’eau ; elle tenait le pari de Sollers, elle était  là tout entière dans le texte et dans la ville. Elle était là, lectrice de toujours pour toujours... Un jour, Clara irait à Venise et serait heureuse parmi les lauriers fleuris. Elle serait heureuse dans la lumière de Venise et sa solitude s’envolerait enfin dans le temps des moineaux. Elle choisirait son quartier, le visiterait en gondole et glisserait dans le silence. Elle connaîtrait l’étreinte de Venise

 

Puis, à son retour, elle feuilletterait enfin ce magnifique Vivre Venise recueil de photos, un cadeau qui l’attendait dans sa bibliothèque depuis vingt ans déjà, préfacé par Claude ROY. Textes de Dominique Fernandez. Editions Mengès. …

 

Et puis aussi,  Clara irait un jour à Florence. Là aussi il y avait des moineaux et là aussi sa solitude s’envolerait.

 

 Clara savait tout cela et dans la lumière de sa ville souriait.

 

 Certes, c’était l’hiver mais un jour, le printemps viendrait, et les moineaux s’envoleraient.

 

Clara lisait encore : La lecture et sa voix, histoire d’un mot, histoire de ténèbres, histoire de la littérature de la force de l’acte d’écrire porté par sa voix. Ecrire, quand la liberté dérange. Décidément, Clara aimait l’écriture libre de Sollers

 

Lire au jour le jour, cet Eloge de l’infini qui emportait Clara dans le plaisir de penser.

 

Extrait de la femme qui lit. Texte inédit de février 2008

 


 

 

 

 

 

 

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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 16:35

Je viens de lire les premières 55 pages du nouveau livre de Gisèle Halimi "Ne vous résignez jamais." Gisèle Halimi est pour moi un grand modèle identitaire mais là, elle m'a déçue et surtout attristée. Elle commence son livre par une interpellation très ambivalente de Simone de Beauvoir sur qui on a déjà que trop écrit et plaqué ses propres fantasmes.


1) Quand on écrit un livre style biographie, il me semble essentiel de partir de soi et non d'un miroir. Poser les questions sur le monde à partir de sa propre responsabilité est selon moi essentiel


2) Je n'ai pas aimé son ambivalence envers ce qu'elle dit être son amie. Quelle image de l'amitié elle nous renvoie là ! Je lui en veux beaucoup d'avoir fait de Simone de Beauvoir une femme froide et sans affect. Chacun vit  sa vie et ses drames comme il peut. Il n'y a pas de bon ou mauvais être au monde. Il y a des valeurs à défendre du lieu de son identité et il y a de la place pour toutes les quelques millions d'identités que nous sommes à vouloir défendre  ces valeurs. La rivalité engendre la guerre. Y en a marre des deux frères bibliques, des deux soeurs rivales. Y a trop de boulot à faire pour semer la rivalité !


Du coup, je suis bloquée et je n'arrive pas à lire le reste de son livre qui j'en suis certaine emporte d'excellentes valeurs car je la connais si bien Gisèle Halimi. Mais je me connais, je m’y mettrais et je vous raconterai. De Gisèle Halimi, j’aime tant le combat !

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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 15:00

 

 

 Perec, ce serait un prénom : Georges. Ce serait un homme né à Paris, le 7 mars 1936 de parents juifs polonais émigrés. Ce serait un écrivain trop jeune disparu, emporté par un cancer du poumon le 3 mars 1983 à Ivry.

 

Perec, ce serait des romans : "Les choses", prix Renaudot 1965, "Un homme qui dort", "Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?", "W ou le souvenir d'enfance", "La vie mode d'emploi". Ce serait une nouvelle, "Le voyage d'hiver". Ce serait un poème " l'éternité". Perec ce serait un oulipien, un compagnon de Queneau et de Calvino, "Alphabets", "la clôture" et surtout "La disparition", roman de 312 pages dans lesquelles la lettre E n'apparaît pas une seule fois. Oulipien toujours avec "Les revenentes". Perec,ce serait des mots croisés, des anagrammes, des récits, des pensées inclassables : "Penser/classer", "espèces d'espaces", "tentative d'épuisement d'un lieu parisien", "La boutique obscure",-"récit de rêves qui n'ont été rêvés que pour être écrits", "Un cabinet d'amateur". Ce serait également une traduction de l'oeuvre de Harry Matthews.

 

Perec, ce serait une intense activité cinématographique : "Récits d'Ellis Island", dialogue du film d'Alain Corneau :"Série noire", ce serait le lieu d'une fugue et une participation à la revue Avant-Scène, cinéma 233.

 

Perec, ce serait des articles et des interviews dans les revues Jungle, La quinzaine littéraire, Littérature (N°7,1983) et L'Arc (N°76), ce serait un colloque de Cerisy qui lui serait consacré en juillet 1984,ce serait un dossier du Magazine littéraire (N°193). Perec Ce serait une bibliographie très détaillée dans toutes ces revues.

 

Perec, ce serait un écrivain pour qui une fois de plus les pièges de l'écriture se seraient mis en place.

 

P comme Perec. P comme Puzzle, une métaphore qui insiste, le puzzle inachevé.. Perec, un réel en morceaux à reconstituer. Dans "La vie mode d'emploi, il écrit "l'art du puzzle commence avec les puzzles de bois découpés à la main lorsque celui qui les fabrique entreprend de se poser toutes les questions que le joueur devra résoudre, lors lieu de laisser le hasard brouiller il entend lui substituer la ruse, le piège, l'illusion. (...) On en déduira quelque chose qui est sans doute l'ultime vérité du puzzle : en dépit des apparences,  ce n'est pas un jeu solitaire : chaque geste que fait le poseur de puzzle, le faiseur de puzzle, l'a fait avant lui."

 

Perec écrit, fait le puzzle, le lecteur lit, pose le puzzle. Un puzzle dont les morceaux sont imprimés dans le blanc du parchemin par une écriture qui morcelle, sépare, isole, cisèle, efface, annule, hache. Une écriture en miettes. Une écriture qui amasse, accumule, inventorie, puise, épuise, creuse, amoncelle, décrit mais surtout ne crie pas, ne hurle pas, une écriture qui déchire, qui noue, qui dénoue, perce, raccommode, colle, colmate. Une écriture qui sculpte. Une écriture qui collectionne, fragmente, éclate, remembre, rassemble, jaillit. Une écriture qui fuse. Une écriture qui tisse, qui ratisse, qui condense, qui coule, se répand, envahit, contourne, une écriture qui zigzague, qui ruse, se donne, se cache, enferme, libère, brise, plie, ploie, énumère. Une écriture qui organise l'impossible. Une écriture qui inscrit, traque, marque, masque, démasque un réel chaotique, lui donne un ordre. Une écriture  qui classe, étiquette. Etiquettes à lire, étiquettes à voir.  Perec écrivain, est aussi homme de cinéma. Il manie plume et camera. "L'oeil" est le premier mot du roman "Les choses",  "La vie mode d'emploi"

 

D’une extraordinaire odyssée dans  l'espace, il a ramené des livres dont l'ensemble constitue un puzzle dont les morceaux insistent,se répètent d'un titre à l'autre. Un puzzle qui lui et-même fragment d'un puzzle plus large, toujours inachevé : la littérature, cette hypothétique étagère dont chaque nouvel ouvrage vient modifier la belle ordonnance.

 

Chacun des livres de Georges  Perec est diffèrent de celui qui le précède, par le style, par la forme littéraire, par le sujet, par son lieu d'émergence, mais l'ensemble de l'oeuvre est parcouru par une même écriture soutenue par un même désir, un même manque, une même lettre, un même nom. La métaphore du puzzle. Un puzzle dont les morceaux sont des traces, des souvenirs, des rêves, des histoires de vengeance, de cruauté, d'indifférence, de tendresse. De l'humour aussi, du baroque, du mystère,. Un puzzle dont les morceaux sont des choses. La bassine de plastique rose  de l'homme qui dot, des objets rares d'antiquaires mais aussi des objets quotidiens. Un puzzle dont les morceaux sont des prénoms simples : Sylvie et Jérôme, Isabelle, Béatrice, Véra. Des noms construits, élaborés tels que Bartlebooth, des noms qui rusent  tels que Anton Voyl et son ami Conson, des noms qui ne se donnent pas facilement. L'identité de l'homme qui dort ne nous est révélée qu'à la fin d'un autre roman, nous le reconnaissons grâce à la bassine de matière plastique rose. Un personnage à reconnaître dans une sensation de déjà lu.

 

Un puzzle dont les morceaux sont des espaces éclatés sur le vide, un espace vide à habiller d'espèces d'espaces. Un espace à investir, un espace qui s'inscrit dans une prolifération du manque, un espace qui fait tâche d'huile. La page comme un lit. Du lit à la chambre, de la chambre à l'appartement, de l'appartement à la rue, de la rue au quartier, du quartier à la ville, de a ville à la campagne, de la campagne au pays, du pays au monde, du monde à l'espace. Espace en jeu. Jeu gigogne. Espace d'une écriture fluide dans laquelle on s'enfonce. Une écriture de sable mouvant. Une écriture de sables mouvants. Des espèces d'espaces aux contours incertains, aux couleurs du réel, mais aussi des espèces d'espaces solidement charpentés. Un immeuble parisien. Des appartement bourgeois, confortables,  des escaliers, des caves , des greniers, des paliers. L'ascenseur, la loge de la concierge.  Des espaces métaphores. A découvrir, à explorer, à identifier. "La vie mode d'emploi'". De la façade à l'immeuble, jusqu'à l'image de couvercle d'une boîte de biscuits en passant par un collectionneur d'étiquettes, tout est méticuleusement décrit, énuméré 695 pages durant. Nous apprenons une nouvelle langue : celle des objets, à la fois simple et complexe, cachée et immédiate, exigeant une très grande disponibilité de celui qui l'écoute, la pratique.  Une langue envoûtante.

 

Un espace encore,  l’espace blanc, symbole du vide, du manque, de la mort.

 

Un puzzle dont les morceaux sont une grammaire. Des noms sujets, des noms compléments qui s'accumulent, s'énumèrent, ponctués par des virgules qui fendent, par des points qui hachent. Des verbes qui se conjuguent au présent d'une réalité qui s'affirme, au conditionnel d'un réel évanescent, au futur qui aspire au sûr, à  l'imparfait rassurant. Une oeuvre en quatre temps, dont le temps fort est ce conditionnel qui râpe, interpelle, déstabilise. La déstabilisation du réel se dit dans la mouvance des pronoms sujets. Le Je autobiographique de  "W" ne peut s'écrire lorsque la mère disparaît, le je qui se casse dans le on ou dans le"ça". ça durait.

 

Si parfois, le "je" se rompt, il lui arrive aussi de se fondre dans le "Tu" insistant de L'homme qui dort ; un "je" aussi qui devient "il" de chaque personnage de "La vie mode d'emploi". Je, tu, ils,on, ça autant de pièces d'un sujet exulté de lui-même, ayant choisi l'écriture comme terre d'asile. Un puzzle dont les morceaux ne sont jamais des dialogues. Ici on ne parle pas, on tourne. Un film d'Ettore Scola -Le Bal-. De la musique, des regards, des corps qui s'étreignent, se séparent pour mieux s'élancer les uns vers es autres. Répétition de l'Histoire,  des histoires, répétition des couples. Une piste qui s'emplit ou se vide au rythme du temps qui passe. Une salle à feuilleter, les pages du temps à tourner. Un flash, une photo, des photos. Toujours la même, jamais la même. Quelque chose qui se fige. Quelque chose qui s'éternise. Du réel encore. "La vie mode d'emploi", un roman sans tâche d'huile. "C'est le 23 juin 1975" il n'est pas loin de huit heures du soir."  Ce temps capté par le regard de Perec va remonter lentement, très lentement par le cheminement des objets, jusqu'en 1833, cheminement labyrinthique, cheminement brisé d'un temps en morceaux en morceaux. Un ultime morceau de ce temps-puzzle tombe vers le futur et c'est le quinze août de la même année. C'est l'épilogue. C'est une toile qui demeurera blanche.

 

Un puzzle inachevé dont les morceaux sont des mots. Les mots, puzzle d'une vie. Un personnage : Cinoc, le tueur des mots qui sa vie durant a mis à jour les dictionnaires et qui à sa retraite a décidé de rédiger un dictionnaire  des mots oubliés. Une fois de plus çça annule. Le puzzle inachevé du langage, lieu de fugue, lieu de ruse, lieu du jeu. Lieu du je, où les mots se croisent, où les lettres se substituent, lieu de la métaphore, lieu de a clôture. Lieu à ouvrir. Un cliquetis de clés. Clés pour le Réel. Un réel de lettres. Lettres hébraïques. La clé juive chez Perec ouvre la porte de la non-appartenance, de la non-inscription, ouvre la porte sur un monde fissuré. La fêlure. La fracture encore et toujours.

 

 Perec s'inscrit comme juif dans une rupture première. Rupture qui se traduit  dans  une rupture première. Rupture qui se traduit par une altération de l'alphabet hébraïque, altération qui signe et la reconnaissance de la langue maternelle (puisqu'il y fait allusion) et sa perte (puisqqu'il la déforme). Ainsi la lettre initiale donnée dans "W" est une lettre qui trébuche à se nommer et son nom aurait été  gammeth ou gammel". Gammeth, je lis aussi gamète.  Méiose. Origine de la vie, origine de l'écriture,  genèse du roman  "W ou le souvenir d'enfance". Gammel.  Lire aussi Gamelle, mot d'origine latine  qui signifie coupure. Un croisement entre le yiddish et le latin, une lettre carrefour : X.  Lettre chromosomique, lettre de l'inconnu mathématique, lettre qui rature, chiffre latin,  lettre qui prolongée à ses extrémités devient croix gammée, tels sont les traitements effectués par Perec à la lettre X. Le poids d'une lettre en surcharge. Surcharge de l'histoire, . H comme Histoire, E comme enfant, W comme Perec, Perec comme non X.

 

L'écriture de Perec soulève le poids du langage quand il est réel. Le travail des lettres sur les lettres ; le langage devient matière, devient pâte pour mots croisés et anagrammes, devient réseaux pour les lettres. Ainsi "W"   est dédié à E , ce E qui disparaît ("la disparition") ou ce E qui exclue toute autre voyelle ("les revenantes"). Un H qui tranche, un H clé du temps, le grand H de l'histoire devient la grande hache des camps nazis  qui envahit le mot AUSCHWITZ. Deux lettres voisines : HW. Mot blessé par deux consonnes : H, deux lignes parallèles coupées para une troisième, H, une lettre  qu'on peut plier dans les deux sens, plié encore le W, lettre brisée. H, W, deux lettres qui sectionnent un mot, deux lettres qui fracturent une vie ; H, W, deux lettres imprimées se substituant à deux lettres du livre blanc, celui qui est écrit avec le singulier alphabet du désir. Ecriture substitutive, écriture métaphore obturant le temps de la lettre. Ecriture, écriture métaphore obturant le temps de la lettre. Ecriture qui cherche et ne veut pas trouver, qui veut oublier le manque et composer avec le blanc. Une lettre brisée, une autre oubliée qui tente d'épouser le vide laissée par la lettre volée. La lettre disparue. Disparition meurtrière d'un E qui provoque l'effondrement du nom du Père, rendant le Patronyme Perec, indicible. P R C , un mot qui ne peut s'écrire sur une page, on peut le vivre, de même H,W au milieu d'un mot, on peut l'écrire. E,H, W ne sont que des lettres et seul le papier s'en trouve égratigné. Des traces sur du blanc. Mais un père qui meurt trop tôt, une mère qui disparaît sur le quai d'une gare, en laissant entre les mains de son enfant un illustré, une mère engloutie par Auschwitz, non le mot mais le camp,, alors ça, ça laisse non des traces d'encre mais des traces de manque ; ça brise non plus une lettre (W), ni un nom (Perec), ça troue la vie d'un enfant, qui pour survivre à ce deuil  impossible, d'une mort jamais nommée, deviendra écrivain. C'est à partir de ce manque qu'il écrira, pour ne plus se souvenir. Il écrira pour ne plus être aspiré par le vide laissé par la disparition de ses parents, pour ne pas disparaître à son tour dans ce puits sans fond, pour ne pas se laisser anéantir par une recherche incessante de l'objet perdu. A la recherche de l'objet perdu va se substituer la recherche de la lettre perdue. Alors peut commencer le dit du W. Proust écrivit ses plus belles pages "fécondées" par la souffrance que lui infligea Albertine si différente de lui. Ce qui féconda Perec, c'est ce manque cruel rencontré trop tôt. Cruel parce qu'impossible à nommer. Origine de la vie, origine de l'écriture. La différence. La faille. La blessure. Celle qui ne cicatrise jamais.

 

Perec, une oeuvre fissurée, un texte qui bascule vers d'autres textes, une écriture blessée, pensée par d'autres écrits, pensée d'ailleurs, une écriture tissée de celle des autres. Une des originalités de G.Perec, et non des moindres est l'absence de prétention à une originalité quelconque. A n'en revendiquer aucune, il en est tout entier habité. "Le voyage d'hiver" est une nouvelle dont le sujet est le plagiat par anticipation. Ce serait un auteur H.Vernier, qui aurait plagié Mallarmé, Verlaine et de nombreux autres. En fait, il aurait été édité avant eux ! C'est un autre écrivain qui, faisant cette découverte fantastique, découverte littéraire sans précèdent, va chercher jusqu'à la folie, à en accumuler les preuves. La propriété du symbolique n'existe pas. A la fin de "La vie mode d'emploi" on peut lire ce post-scriptum :"Ce livre comprend des citations modifiées..." Suit une liste d'auteurs. Perec s'inclut dans la liste. Dans "Espèces d'Espaces", on trouve une note qui renvoie à un bas de page : "j'aime beaucoup les renvois en bas de page même si je n'ai rien de particulier à préciser." Cet important métatexte chez G.Perec confère à son écriture une spécificité certaine. Le lecteur est toujours dirigé ailleurs avec le sentiment d'avoir insuffisamment lu et le texte de l'auteur et d'autres textes. Quelque chose de l'ordre de l'impossible épuisement de la lettre. Auteur et lecteurs  participent d'une même blessure. Là, où G.Perec a phantasmé une île de feu (qui veut dire aussi défunt), là où il a décrit une cité d'ordre concentrationnaire, là où il a bâti des puzzles en forme d'immeuble, d'espaces ou de livres, là où il a rêvé une maîtrise du temps, là où il a ménagé pour notre oeil un chemin que nous avons suivi, là  où nous avons été aux prises  avec ce même réel,  à la recherche de cette même lettre perdue, pas tout à fait la même. L'espace blanc de l'écriture à la lecture. Mais avec G.Perec, nous avons découvert ou redécouvert  qu'un immeuble même solide peut s'écrouler, que la lettre E, la plus usitée peut disparaître totalement d'un texte, , avec lui nous avons redécouvert comment la Hache de l'histoire, pouvait trancher nos destinées individuelles. Toute son écriture témoigne de cette impossible évidence : même si nous trouvons un mode d'emploi à la vie, il nous faudra lâcher cette vie comme le dernier objet à perdre, quand l'inéluctable se produira, quand à notre tour nous deviendrons un blanc. C'est sur cet ultime roc, que Perec nous fait buter. La mort qui transforme notre vie en puzzle inachevé, la mort qui nous surprend une lettre à la main. C'est le 23 juin mille neuf cent soixante quinze et il n'est pas loin de huit heures du soir. Bartlebooth tient dans sa main une dernière pièce en forme deW alors que le trou noir du puzzle  a la forme de l'X, de l'inconnue, de la rature. Echec et mat ! Dernière ironie du faiseur, dernière ironie de l'écrivain. Nous refermons le livre. La lettre brisée ne se substituera jamais à la lettre volée. Impossible pliure d'un blanc dans lequel on peut inscrire une virgule mais non la lettre disparue. Virgule, symptôme d'un texte qui n'acceptant pas le blanc, le fend, le redoublant du même coup. W,X. Intervalle entre la quête et son inaccessible étoile, entre la lettre et le néant, entre la vie et la mort. La différence entre le O et le 1, tous deux aussi  impossibles à atteindre. Echec de Bartlebooth, échec de l'homme qui dort. Entre le zéro et le un, une vie d'homme, une vie d'écrivain. Entre le W et le X, entre la lettre symptôme qui ne veut pas se souvenir de la lettre volée,, de la lettre disparue qui ne cesse de la chercher, qui ne cesse de la représenter. Une écriture, une oeuvre, qui dès le premier souffle était destinée à l'incomplétude. Mais de l'une comme de l'autre, il reste des traces comme des livres, ses livres comme un sourire, le sien. MJC

Extrait d'un texte inédit : La Femme qui lit. 1995

J'ai écrit cet article dans les années 90

 

 

 

 

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 16:00

Clara retrouvait Flora en mouvement, l’inventait, se souvenait. Après la mort d’Alexandre, elle était toute mince, portait des jupes droites serrées à la taille par une large ceinture serrée, elle se regardait dans la glace, mettait les mains sur les hanches et disait en riant :

-  Je suis une belle garce !

C’était alors que s’était produite sa première démission. Elle avait cessé de teindre ses premiers cheveux blancs. Elle avait quarante ans à peine. En l’espace de quelques mois, tous ses cheveux avaient blanchi et Clara s’en était désolée sans pouvoir la convaincre. Flora commençait déjà sa route : tout en paraissant toujours plus jeune que son âge pour donner le change, elle commençait à vieillir intérieurement  précocement. Clara pensait que Flora vieillissait trop vite puisque Flora était morte avant l’âge. Sarah avait été déportée à 53 ans. Sa vie avait été interrompue par la déportation. La mémoire de Clara l’emportait toujours vers Sarah. Flora avait vécu avec ses morts enfouis au fond d’elle ou projetés en Clara et Sylvie.

Clara aurait lu un très beau livre d’Hélène Piralian : « L’Enfant malade de la mort. » Clara en le lisant aurait retrouvé des analogies avec sa propre histoire : quatre femmes, Sarah, Flora, Sylvie, Clara dont le lien serait la maternité difficile dans une obscurité de la mémoire. Clara ne pouvait imaginer Flora enceinte parce que Flora n’en avait jamais parlé. Flora avait longuement parlé de ses amours toujours idéalisés mais n’avait jamais parlé de ses maternités, de ses bébés. Pour Clara c’était un manque de ne pouvoir imaginer le début de sa vie. La guerre avait anéanti l’histoire de Flora, ses repères. Flora n’existait plus. Lui restait l’amour. Lui restait ses amours. Voilà pourquoi Clara ne pouvait dater sa propre histoire. Lui restait des souvenirs épars comme ceux de son adolescence quand Flora lui parlait de Sarah : « Ta grand-mère était très douce, elle t’aurait aimée. » S’il y avait une chose à quoi avait tenu Flora c’était bien à transmettre ce message à Clara et Clara l’avait reçu. Clara se battait avec sa mémoire pour le transmettre à son tour parce qu’elle trouvait que c’était un beau message de paix qui méritait d’être connu et entendu. La douceur de Sarah, Flora ne se l’était pas autorisée parce qu’elle avait en elle trop de colère contre guerre et déportation. Ses colères lui avaient été nécessaires pour survivre à l’horreur et à sa culpabilité d’avoir survécu à sa mère. De toute sa vie Flora n’avait pas décoléré une seule seconde et cela lui avait permis de vivre mais cela lui avait beaucoup nuit. 

Les souvenirs s’emmêlaient. Clara était en miettes, sa mémoire la traquait, la harcelait sans repos. Elle rassemblait ses souvenirs éparpillés, reconstituait Flora la quotidienne. Quand Flora mangeait des olives avec du fromage Saint Marcellin, quand elle mangeait des amandes et des cacahuètes, quand elle buvait de la Vodka. Flora adorait les apéritifs et reprochait souvent à Clara de ne pas soigner cette heure. Clara appréhendait toujours ce moment  parce que le diabète de Flora faisait mauvais ménage avec l’alcool même si la gaîté précédait l’explosion de colère. Clara avait toujours connu Flora mangeant des olives avec du Saint Marcellin ; à quand remontait cette habitude ? Clara serait incapable de le dire. Flora aimait aussi les piments très forts. Elle toussait, pleurait mais continuait. Elle aimait les goûts violents, n’aimait pas les douceurs, miel et chocolat. Clara trouvait que cela allait bien avec son caractère mais ne savait expliquer pourquoi. Flora aimait aussi les fèves à l’huile d’olive et puis les soupes, poule au pot, pot-au-feu, Bortsch. Clara lui avait fait découvrir la potée mais elle n’avait pas aimé. Flora trouvait que la potée était « un plat bête. » Comme gâteaux elle aimait les palmiers bien secs, l’éclair au café, le mille-feuilles et surtout les tartes aux pommes d’Alain. Flora n’avait jamais oublié les saveurs épicées de son Egypte natale. Elle était une exilée du palais. Flora ne s’était jamais définie comme exilée mais elle disait toujours qu'Alexandre et elle étaient « des déclassés. » Toute son enfance, Clara avait entendu ce mot. Alexandre était expert-comptable alors qu’il connaissait couramment quatre langues : le russe, le français, l’allemand et l’anglais. Quant à Flora, elle ne s’était jamais sentie à sa place nulle part. Elle connaissait un grand sentiment d’infériorité qu’elle compensait par son dynamisme. Elle allait toujours de l’avant. Toujours. Puis un jour, elle s’était arrêtée, c’était écrit sur un de ses carnets que Clara avait trouvé après sa mort et la catastrophe de la fin de sa vie était arrivée.

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 15:46
La femme en retard Editions La Brochure 82210 Angeville (20 euros +2 euros frais d'envois))

PROLOGUE/ 1943

 

La carte postale (p.13)

 

I / 1997

 

1 : La mort de Flora (p.17)

2 : L’enfance cachée (p.69)

3 : Roger (p.80)

4 : Les larmes (p.96)

 

II / 1959

 

1 : Correspondance entre Flore et Alexandre (p.133)

2 : Voyage en Union soviétique (p.191)

3 : Sainte Geneviève des Bois (p.209)

4 : Le classeur marron tout rafistolé (p.213)

 

III / 1998

 

1 : Le retard (p.229)

2 : Etat-civil d’une vie (p.237)

3 : Lectures (p.239)

4 : La fin de Flora (p.266)

 

IV / LA CESURE

 

Poèmes de solitude. Clara (p.271)

 

EPILOGUE /2005

 

Le Mur des noms (p.295)

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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 22:25

LE QUATUOR D'ALEXANDRIE

Lire ou relire  Le Quatuor d'Alexandrie. Se perdre dans une écriture limpide, sensuelle, jouer de ses reflets. Le Quatuor est un feu d'artifice de vérités mouvantes, qui à peine lues dans le ciel d'Alexandrie, s'évanouissent dans la nuit du livre refermé. La quête de soi, (écrivain ou lecteur), tel est l'enjeu de ces presque deux milles pages ; une quête longue , difficile, soumise aux aléas du temps, de la mémoire, du narcissisme. Une quête  d'Alexandrie, une quête de la ville d'Alexandrie dont le panorama diffère du nord au sud, de l'est à l'ouest, à midi ou à minuit. Chacun sa ville, chacun son crépuscule, chacun sa solitude. Récit d'une cité dans la multitude et dans la détresse, dans l'allégresse et dans la fête. Dans la création foisonnante. Sur les cieux mauves et roses d'Alexandrie, s'écrivent les vies comme autant d'architectures possibles d'une même ville. Alexandrie apparaît à travers les prismes superposés et simultanés de la mémoire de ses habitants, mémoire du présent permanent qui est la véritable histoire de "cette anecdote collective". 

 

 

Alexandrie la réelle est fugitive, elle court dans l'instant de chacun. C'est une Alexandrie insaisissable. L'Alexandrie imaginaire est celle ramenée dans le filet de métaphores jeté sur le réel de la ville par l'auteur pluriel qu'est Durrell, incarné dans le roman par les écrivains Arnauti, Darley, Pursewarden. De ce réel, ils veulent tout savoir, tout capter. Ils vont et viennent, promenant dans un jeu de miroirs, leurs fantasmes, conjuguant les verbes vivre, aimer, mourir. D'autres aussi : chercher, intriguer, espionner, souffrir, soigner, mentir, pleurer, se suicider, voyager, peindre , se souvenir, écrire, créer. L'Alexandrie imaginaire, celle de l'amour "qui prend tout ou perd tout", qui fait les enfants mais les  enlève aussi, celle qui viole les femmes et les fait avorter. Alexandrie l'infidèle, la tendre, la passionnée. Celle qui mutile et celle qui répare. Alexandrie la réelle. Alexandrie l'imaginaire mais aussi la symbolique. Alexandrie, la cage, la loi, la réalité héraldique, ses noms propres, ses cinq religions,ses cinq cultures. Alexandrie, son Histoire. Alexandrie la symbolique, celle où tout le monde est parlée par tout le monde, celle qui situe chaque personnage dans le battement de deux paroles, qui place chacun à une certaine distance de l'autre. Cette distance est symbolisée par une distance géographique : l'île de Darley. Cette île vide de tout savoir n'est elle pas une métaphore de l'absence et du silence qui permettront à Darley de symboliser Alexandrie dans le creux de l'écriture, dans ce plein de la lecture du manuscrit d'Arnauti ou du journal de Justine ? Jeu gigogne. Géant. Quant au lecteur, à lui de reconstituer sa ville. Il est renvoyé à une page blanche, seul avec lui-même, comme dans le livre de Pursewarden. La simultanéité de toutes ces Alexandries donne une harmonie absolue à la création parfaitement achevée du Quatuor.

 

Seuls des peintres pourraient commenter le style de l'auteur. Un peintre nommé Seurat. Pointillisme des paragraphes. On ne reste jamais plus de 10 lignes avec le même personnage. Un peintre nommé Degas pour les effets de miroirs qui démultiplient la réalité qui nous fait parvenir Justine et les autres dans un effet de profondeur, dans une écriture stratifiée. Un peintre nommé Monet, pour les couleurs, Van Gogh pour la tourmente, Magritte pour "La durée poignardée". Un peintre nommé Picasso. Portraits brisés, lignes épurées, portraits reconstitués.

 

Laurence Durrell, peintre du verbe, a écrit une fresque du temps d'Alexandrie traversée par la solitude où les vérités de chacun surgissent pour mieux disparaître se confondant avec l'éternité et l'infini, avec l'amour et le dérisoire, avec le sublime et la mort. Jusqu'au passage à l'acte. Le temps d'Alexandrie n'est pas un temps proustien fait de réminiscences. C'est la mémoire du présent capté dans la spirale d'un temps relatif, d'un présent continu, celui du calendrier du désir.

 

Dans les crépuscules d'Alexandrie, nous menons une inlassable quête du réel. Une fiction toujours à renouveler, le désir en causes : l'Amour, la femme, la Vérité, l'art, les Cultures, les Religions, la Sexualité, la Création, l'Ecriture. Nous lisons, nous lisons. Nous tournons, nous tournons comme sur un manège. Le manège de la condition humaine.

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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 17:55

 

L'humanitaire expliqué à mes enfants

Jacky  Mamou

Seuil

 

       Jacky Mamou est pédiatre. Il a été Président de l'association Médecins du Monde de 1996 à 2000.

 

       Je te dirai des réfugiés

       des drames dans le monde

       Je te dirai l'exode  des kurdes

       le génocide des rwandais

       je te dirai le Zaïre et le choléra

 

       je te dirai l'action humanitaire

       sur la terre

       je te dirai de ne plus te taire

       de secourir, de soigner les blessures

       des corps et des âmes.

 

       De ce qui se voit et se terre

       je te dirai le soutenable et l'insoutenable

       Je te dirai travaille, soigne témoigne

construis et  reconstruis

       une possible solidarité.

 

        Je te dirai un homme qui s'appelait Henri Dunant

       et ces hommes qu'on appelait French Doctors

       je te dirai Médecins du Monde

Médecin Sans Frontières

       militants de l'humanitaire et du droit à la vie.

 

       Je te dirai ces hommes qui pour sauver des vies

       vont là où les autres ne vont pas

       et lisent Dostoïevski quand il écrit

       "Tous les hommes sont responsables, et moi plus que tous les autres."

 

       Je te dirai la Somalie la Turquie et l'Iran

       je te dirai les conventions de Genève

       quand le nom à l'horreur, à la peur s'élève

       quand la dignité s'exprime et se clame

       ailleurs que dans l'urgence

 

       je te dirai le calme de la paix qui s'élance

       qui s'affirme, se tente, se gagne

       dans le possible toujours du combat humanitaire

       difficile et complexe, facile et évident

       comme le mouvement de rotation de la terre

 

       Je te dirai qu'il faut mieux parler que se taire

       je te dirai encore et encore jusqu'à extinction de mon stylo

       les enfants qui ont si mal

       leur regard et ce sourire devant le pire.

       Je te dirai les Tziganes, la Tchéchènie et le Mali

 

       Je te dirai comment Rom veut dire "être humain"

       Je te dirai le monde comme une tragique ronde

       comme un poème.

       Je te dirai tout cela,

       je t'expliquerai comme je peux

 

       Avec mes mots à moi

       avec son texte à lui

       j'éveillerai ton possible

       et ensemble nous lutterons

contre l'impossible

 

 

 

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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 15:57

EN AFRIQUE

Raymond Depardon

Seuil 1996

 

       De passage à Paris, je suis allée au cinéma voir " Afriques  : comment ça va la douleur ?". Presque trois heures d'émotion, d' images bouleversantes de beauté, un texte sobre et intelligent sur l'Afrique et l'humanité, sur l'art aussi, une réflexion riche sur les cultures africaines, un apport profond et grave. Et puis, la voix chaude et cassée de Raymond Depardon. En sortant de la salle obscure j'étais nouée, émerveillée, émue. Presque dans un état second. Sous le choc de l'Afrique.  Devant le cinéma, étaient affichés les panneaux "critiques du film." Je les ai regardés et j'ai eu le bonheur de lire qu'il existait un livre du film avec photos et texte de Depardon. De retour dans ma ville, je suis allée chez mon libraire. Voilà, j'ai lu, j'ai voyagé avec Depardon, écrivain. Quelle chance !

 

Il nous mène tout au bout du continent africain écouter la douleur de l’Afrique dans un voyage subjectif à travers ses désirs et ses peurs

 

Nous regardons, projetés dans un espace géographique diffèrent du nôtre,  dans un temps autre. Double magie de l'image et de son texte. Double prouesse.

 

Il parle de la mémoire et de la pudeur de la douleur, entre "silence et cris". C'est, me semble-t-il le trait dominant du film comme du livre. Une grande pudeur. L'homme est seul avec sa caméra, avec son stylo, dans l'image et dans l'écriture. Quelque chose se cherche, se donne à voir, se dit dans le mouvement d'un art qui se dévoile, qui interroge, qui délivre.

 

Johannesburg, Soweto, l'Angola, une enfant et sa poupée mutilée à Luanda,, trois adolescents nus de dos, des visages de vieillards, des hommes en marche, des mères portant leurs enfants et puis aussi le Rwanda. Là, il dénonce le génocide et la grille ethnique, les étiquetages des linguistes, ethnologues et anthropologues.

 

Il parle du Sida et des maladies d'Afrique, de la politique de l'OMS. Il nous emmène au Tchad et en Ethiopie, en Tanzanie aussi, véritable "camp de l'humanitaire". Il livre ses réflexions sur l'humanitaire, sur l'urgence mais aussi la nécessité de trouver des solutions politiques. Il écrit combien l’action humanitaire est nécessaire parce qu’elle permet de sauver, de rassurer, de faire savoir, de montrer que l’Afrique n’est pas abandonnée mais il ne faut pas travailler dans l’urgence, il faut penser le durable et trouver une réelle issue économique aux difficultés

 

Il photographie un enfant perfusé. La perfusion est attachée à une branche d'arbre...

 

Il nous confie ses peurs, ses doutes, son sentiment d'impuissance qui va qui vient puis s'en va. Il nous dit ses haltes et ses nouveaux départs, ses interrogations et ses certitudes. Un amour aussi. Une femme qu'il a filmée comme il n'a jamais filmé. Avec force... C'est beau, comme il raconte cet amour ! Il nous parle aussi de Sandrine Bonnaire et de La Femme captive, de son retour après le tournage et de ses pensées.

 

Il écrit que ces voyages relativise le temps et les problèmes

 

Ce travail constitue un précieux carrefour entre photographie, écriture, lent et respectueux mouvement de la caméra, entre réflexions politiques et réflexion sur les cultures Africaines et tout simplement  réflexion entre histoire de l'Afrique et géographie de l'Afrique. Un livre à la recherche du temps d'un continent. Une douleur retrouvée .

 

A vous, bonne lecture et je vous le souhaite : allez en Afrique. Vous ne sortirez pas indemne de ce voyage, vous reviendrez différent  mais vous porterez en vous la profondeur d’exister.

 

 

 

 

 

 

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