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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 23:45


 

  J'ouvre quelques cartons dans le désordre d’un déménagement précaire et j'en sors une poignée de livres qui vont maintenant m'accompagner :

 

Les œuvres complètes de Roger Martin du Gard, de Perec, de Schnitzler, de Zweig, d’Anaïs de Nin,  d’Hannah Arendt, de Simone de Beauvoir, De Carson Mc Cullers,de Marcel Proust, de Paul Eluard, de Dickens, Les Frères Karamazov, Les romans de Nagib Mahfouz,L’Afrique de Depardon, les deux tomes de la biographie d’Elie Wiesel, Rythmes d’ André Chédid, le manifeste d’Henri Sztulman, Sur la lecture de Jacques Fijalkow et ses quatre livres sur la Transmission de la Shoah, Les Combats de Guerre et de paix de Germaine Tillon, quelques livres de Marguerite Duras, des livres d’André Néher, d’Emmanuel Lévinas, de Roudinesco et Derrida,, les mémoires de Pierre Vidal-Naquet, des ouvrages de Pierre Vernant, d’Edgar Morin, de Ouaknin, très peu de Freud et un peu plus de Winnicott, quelques uns de Mélanie Klein et un ou deux de Lacan,des ouvrages de travail sur la lecture, des livre sur Pessoa et des poèmes de lui, un coin Katherine Mansfield trois livres de Rémy Puyuelo L’anxiété de l’enfant ou le bonheur difficile, Héros de l’enfance, figures de la survie et contes institutionnels, la collection depuis le début de la revue Empan, un coin Charles Gardou,dans lequel se logent ses livres qui disent la force et la vulnérabilié à connaître à reconnaître en chacun, un espace pour les bébés du côté des éditions Erès, La mémoire d’Abraham de Marek Halter, Le Journal d’Anne Frank et celui d’Helen Berr, les Ecrits d’Etty Hillesum, Marseille, VIchy et les nazis sous la direction de Christian Oppettiun coin Gandhi, Vie et Destin de Grossmann, un livre essentiel de Claire Hébert-Suffrin  les savoirs, la réciprocité et le citoyen, des livres de Fred Poché, quatre livres d’art, un sur Vermeer,un sur l’art d’être mère, l’Eloge du quotidien (Tsvetan Todorov) et le dernier sur le Vienne de Zweig, deux livres de Laure Adler et Stéfan Bollman, Les Femmes qui écrivent vivent dangereusement et Les femmes qui lisent sont dangereuses, l’encyclopédie des femmes  (préface d’E.Badinter), Femmes du monde Titouan Lamazou, dans la collection Elles, L’hydre de trois livres de Noria Boukhobza, Les femmes dans l’ombre du jour, De Frédérique Roussel Les femmes dans le combat politique en France Cécile Aurejac, les femmes palestiniennes,  un coin Cimade avec notamment un très bel atlas des migrants en Europe et Bamtaare, Villages, associations et ONG en mouvement,  de nombreux livres des Editions La Brochure  dont un notamment sur Flora Tristan, un livre en cours de lecture, deux  livres prêtés, Les disparus de Daniel Mendelsohn, l’œuvre de Soren Kierkegaard, Jerusalem trois millénaires d’histoire du roi David à nos jours de Renée Néher-Bernheim, le livre de Marie-France Hirigoyen Femmes sous emprises les ressorts de la violence dans le couple, Le roman de Tristan et Iseut (renouvelé par Joseph Bédier) quelques revues « autrement » dont La marche, la vie, La gentillesse un livre-Cadeau Helen Exley.

Dans un carton, des invendus  de mes deux livres Madame, je veux apprendre à lire et La femme en retard

 

 Dans l’immense Waterloo de mon présent,  souffle le vent puissant  de ma mémoire triomphante, de la mémoire de tant de livres que j’ai dû abandonner, faute de place, de livres auxquels j’ai dû renoncer  et qui, à tout jamais, présents hier, absents aujourd’hui, m’écrivent femme de valeurs. Valeurs d’un humanisme auquel je crois et croirai envers et contre tout, un humanisme que je défendrai bec et ongles, contre vents et marées. Debout et vivante. MJC

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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 18:39

Héros de l'enfance,

figures de la survie

De Bécassine à Pinochio

de Robinson Crusoé à Poil- de -Carotte.

auteur : Rémy Puyuelo

Editeur : ESF 1998

Collection : La vie de l'enfant.

 

Le livre de la dormition.

 

 

LE BORD

Le livre dit l'énigme

elle dit l'abîme

 

Le livre dit c'est possible

elle dit le fleuve

 

Le livre dit âme ressuscitée

elle dit la dormition.

 

Enigme, abîme, possible, fleuve, âme ressuscitée, dormition.

A l'origine, le désordre, le chaos, l'incertain, le trébuchement, l'indicible, l'hésitation, le balbutiement, le frémissement, le vacillement, le manque, le trop plein mais surtout le trop.

A l'origine le temps,  le temps incertain, le temps à mille temps, celui qui fait emprise, celui qui colle, celui qui engloutit, anéantit, qui pulvérise, qui brise, le temps de la feuille blanche, " niche narcissique ".

Puis, ça s'organise, ça s'invente, ça se range, ça se classe, ça se date. C'est gagné ! C'est écrit ! C'est crée ! C'est un livre de Rémy Puyuelo. Là, commencent nos lectures, là commence la survie d'un livre. A nous lecteurs de réécrire le livre immobile, de tourner les pages, de noter, de souligner, d'encadrer, d'interroger, à nous de le représenter, de le démontrer. A nous de le lire, à nous d'inventer son âme... J'aime lire parce que lire c'est jouer et bouger. Du sens, un ordre me sont proposés. L'ordre du livre n'est  pas une chronologie. Les articles s'organisent autrement. C'est de la mémoire de R.P dont il s'agit et la mémoire et le temps chronologique ça n'a rien à voir. La mémoire c'est du désir, la mémoire c'est déjà l'avenir et toujours du présent. Avant le livre, avant l'écriture, avant la lecture, il y a le big bang de l'expérience, l'instant violent entre tous où on ne comprend rien ; enfant, nouvellement née, me voici le livre à la main, comme Bécassine, me voilà  "bête comme une oie, un chou, un pied, un pot, une cruche " Et ce livre qui insiste, qui résiste, qui m'implique et me duplique, qui me calque et me décalque, ce livre qui me traque. Stop! Je craque ! Je m'y lance ! Je m'y jette ! Voici ma version de l'histoire et puisque la mémoire est vivante que vivent ma lecture et le livre de R.P dans " le temps de la latence et du retardement ". Il est temps de quitter le livre des mains, de le saisir de mon désir et dans l'ailleurs des lignes, survivre. Il est temps de lire et de délire, de suivre sagement les sentiers de la table des matières. Il est temps de travailler de survivre et d'aimer

Survivre à quoi  ? A l'énigme que de vivre et d'exister sans jamais rien y comprendre. Pas un mot, pas une seconde. Survivre à la maladie, à la mort, à la prison, Chacun sa chacune, sa souffrance, sa blessure, son exil, son deuil. Vivre son énigme au dessus de l'abîme, lire les énigmes en abîmes. Tourner les pages et les lire.

Il s'appelait Roland Barthes. A la mort de sa mère, il ne pouvait plus qualifier sa vie tant la chambre claire était obscure. Une voiture passa et le renversa. Il en mourut. C'était tout juste quelques mois après la mort de cette mère .

Il s'appelait Hervé Guibert, il inventa la machine à photographier les fantômes et à arrêter le temps et mourut dans le mouvement d'une une ultime photographie. Texte et images du désespoir. Une énigme qui ne se laissât ni dire ni photographier. Un blanc.

Elle s'appelle Annie Duperey. Elle regarde un portrait intemporel qui la représente. Histoire d'un avant et d'un après. Maman, je te ressemble tant. C'est écrit sur une page d'Annie Duperey.

Elle est morte et vivante. Elle a un fils, il est mort. Elle le porte, le ressuscite. " Elle est enfant de la Dormition vivante et morte, elle et lui, sa mère et elle mais au prix de ne pas grandir, " d'être suspendue ", " enfant de colère ", enfant errant des limbes, douleur exquise, trompe souffrance. "

Je regarde l'image La Dormition de la mère de Dieu : Zograf Dmitar.Elle est belle ! C'est une mère, encore, celle qu'on appelle la Vierge. R.P écrit qu'elle est couchée dans le sens de la lecture (et si la lecture était une dormition ? le lecteur  révélerait l'auteur et le ressusciterait ,  l'auteur révélerait le lecteur et le ressusciterait.) Elle est morte  et son fils qu'on appelle le Christ porte on âme On aperçoit une petite tâche lumineuse sur le tableau. La dormition, c'est la tâche de lumière quand le fils porte l'âme de la mère morte et la ressuscite. La dormition, c'est une histoire d'ascension, de rémission, de résurrection, de  passion et de lumière quand la solitude et la mort se transfigurent, se symbolisent, s'immortalisent, s'éternisent. Dans le livre de R.P, il n'est question que de cela, de la dormition. Ma version de l'histoire, c'est que l'auteur a cherché dans son expérience de pédopsychiatre et de psychanalyste comment cela était possible de survivre à la blessure originelle, voire même à la mort psychique. Cette tâche lumineuse du tableau, elle court dans le livre dans la quête toujours renouvelée de saisir dans l'histoire des composantes psychiques ce qui arrête le désespoir et permet la résurrection, la sublimation et l'amour parce qu'on a rien trouver mieux pour vivre et se survivre. " Mourir et ressusciter intérieurement est la voie qui amène tout sujet à exister, à être reconnu et à se reconnaître, avant que de s'aimer, aimer et être aimer "

Me voici maintenant avec Martin F. Sa blessure : être le fils de Freud, le fils d'un génie. Sa trouvaille pour ne pas en mourir, pour survivre malgré la douleur : l'écriture de son livre " Freud, mon père " (1958) Editions Denoël, 1975. Un puzzle généalogique qu'il reconstitue. Du lieu de  ce roman familial de Martin Freud, R.P énonce sa propre question  : Mon intérêt, ma tentative d'aujourd'hui, ne sont-ils pas quelque part dans le même, dans le travail sur le roman de l'autre, de mon propre roman familial (Voir A de Mijola, 1985), moi, enfant, fils, père... et psychanalyste. "

Ce dont il est question dans l'ouvrage  Héros de l'enfance, figures de la survie, c'est de l'immense capacité de chacun à survivre. L'auteur raconte ces prouesses existentielles à travers divers témoignages de psychothérapies, à travers des paroles et des dessins d'enfants,  à travers des histoires d'enfance, mais aussi avec des contes à vivre debout. R.P raconte à travers tout cela la possible appartenance à l'humanité.. Le possible, le fleuve. Ouvrons le livre à sa 2ème partie " Héros de l'enfance ". Lisons et cherchons.

Il s'appelle Robinson Crusoé. Il est seul. Sa blessure ? ça ne va pas avec son père. Son possible : une île et une rencontre couleur du jour " Vendredi ".

" Notre vie est ponctuée de rencontres : rencontres d'hommes, d'enfants, de livres, de paysages. Nous avons chacun un Robinson Crusoé qui sommeille, pré-scénario familial ignoré dans un arrière pays généalogique, matrice de notre créativité. "

Je pense aussi au Baron Perché qui, sur son arbre, ponctuait le temps de rencontres

Les rencontres sont des possibilités de résurrections, " je revis quand je te vois ". Une  possible dormition. Simple comme un regard, comme une caresse, comme un mot...

Lisons maintenant l'histoire de Bécassine. Bécassine, c'est ma cousine. Elle est sans âge. L'âge du désir peut-être. Sa blessure  ? Une histoire de nez, de mère dépressive et de parrain. Son énigme ? " Un vertige existentiel ", qui "  la confronte à une réalité psychique effrayante qui menace de la dissoudre, de l'absorber "...Son énigme c'est aussi " cette incapacité au deuil narcissique et à la bonne relation à autrui "... Son énigme encore, celle qui la fait " orpheline des 2 mondes, celui de l'enfance et celui de l'adulte. "

Son possible à Bécassine ce sont ses idées impossibles, sa gentillesse et son bon coeur et puis aussi son écriture. Pour mémoire, elle écrit  ses  mémoires. Ce qui fait dire à R.P :

" Le stylo est cette navette, " cette bobine qui ouvre l'espace à l'écriture, aux fautes d'orthographe, aux pâtés, aux ratés, qui nécessite la présence continue de l'autre. ". Mais son fleuve à Bécassine c'est sa dénomination qui survit depuis 90 ans. Drôle de Bécassine !

Chapitre suivant ! Pinocchio.

C'est l'histoire d'un livre réparateur. Moi, je connais un fleuve nommé lecture, un autre nommé écriture. Création antérieure au corps.

" Survivre est l'itinéraire de Pinocchio "

Le fleuve et le possible. " Le petit Pinocchio qui est en chacun de nous ".  Epeler avec lui et ses doubles, la mémoire des possibles. Références aux écrits de Paul Auster sur la solitude et la mémoire. Paul Auster, des livres qui eux aussi disent la dormition quand elle rime avec création.

Empruntons maintenant, le chemin qui mène à la maison des Lepic. Ecoutons Poil de Carotte celui- là qui n'a pas la chance d'être orphelin. Son énigme à lui c'est l'abîme de Jules Renard. Tant de désespoir et de solitude ! tant d'impossible amour ! mais aussi encore une fois le fleuve, la création, la dormition. Créer Poil-de Carotte, qui portera son âme douloureuse ." Un enfant à créer pour se sauver " La dormition suppose le double, celui qui porte et ressuscite. Vendredi, Pinocchio, Poil de Carotte, Bécassine,  etc...Se sauver de l'abîme .

R.P écrit : " Mon hypothèse est que lorsque apparaît chez un humain le désir d'anéantissement ou lorsque les événements de la vie le confrontent par leur violence au risque d'anéantissement un dédoublement salvateur peut s'opérer. IL devient deux ".. " garant d'immortalité, le double est aussi l'étrange avant-coureur de la mort ". Attention ! que le fleuve ne devienne Styx.. " L'Ocèan à vider  à la petite cuillère ". A la manière de, j'écrirai "Vider son enfance à la petite cuillère ", la maintenir en vie, l'éclairer de lectures de contes et de comptines. Poser son énigme, la dire, la reconnaître et elle aussi la vider à la petite cuillère. Inventer ses doubles, vivre en bonne intelligence avec eux. La lecture est un long fleuve tranquille, je vous emmène tous, Bécassine, Pinocchio, Poil-Carotte-, Robinson. Prendre aussi Alice celle du Pays des merveilles,  et Le Petit Prince et puis le Petit Poucet pour le chemin du retour, prendre Aladin et sa lampe, Marcel Proust et Georges Perec et marcher aux côté de Katherine Mansfield. Génial !

A mon insu, me voici cheminant sur le sentier de la dénomination. Survivre par son prénom. R.P a écrit un bien beau chapitre sur le prénom, sur ce " sentiment continu de l'existence. Il S'appelle R comme... Y comme.... Moi, c'est Marie-José sans E. Dans ce chapitre là il parle d'identité et d'identification, il parle de l'école maternelle. Il dit que " le prénom est la scansion, le  Bip Bip, la fréquence du bain sonore dans lequel se trouve l'enfant. " Il se souvient quand le n° tatoué identifiait à la place du prénom, meurtre symbolique qui précédait le meurtre réel, c'est bien de l'avoir écrit, on ne le répétera jamais assez, l'horreur existe. Il faut la dire sinon elle redouble. Redouble aussi le bonheur de cette phrase :  " Tant que l'on peut dans le secret de soi se répéter son prénom et se raconter les noms et les prénoms de ceux que l'on aime, on reste libre et vivant. "

Dans ce même chapitre, une petite Bérénice met de l'ordre dans sa tragédie en travaillant son prénom. Etonnante analyse !

Notre lecture progresse. La question s'articule ainsi : ne pas être ou renaître ? Ne pas être parce que ça fait trop mal ou renaître grâce à la partition : sublimation, symbolisation, création, déplacement, expérience poétique, élaboration du roman familial, figuration, nomination.

A ce point de l'ancrage théorique de l'ouvrage, je ne résume pas, je souligne, je recopie, je m'arrête, je mémorise, je reviens à la ligne précédente, je m'essouffle, je repars, j'apprends, je rame, je persévère, je m'accroche et enfin, avec humilité je progresse.

Ces repères théoriques sont indispensables pour habiter ces rencontres avec ces hommes et ces femmes qui ont mal de ne pouvoir s'y reconnaître tant ils sont engloutis par leur catastrophe narcissique.

A ce point de la souffrance de l'autre, je me tais.

Je lis et recopie les mots de Mélanie qui savait qu'elle allait mourir.

" La vie sonne faux à l'oreille

  et juste pour les aveugles "

Cette phrase me hante. Je ne sais pas pourquoi.. Elle m'échappe et me tient.

 

J'avais un maître, lors de mes études à Montpellier. On l'appelait le Docteur Ribstein. Il disait qu'à chaque époque de notre vie, nous recommencions notre légo. J'aimais ce maître et cette image qui nous faisait don de notre enfance. En lisant ce livre, je pensais à mon légo en perpétuel travail. Pour mon légo, j'avais une nouvelle pièce, bleue comme la couverture ... Une pièce bleue à poser entre énigme  et abîme, entre possible et fleuve, entre survie et dormition. C'était difficile !

 Alors, j'ai placé toutes mes pièces sur ma feuille blanche quadrillée, je les ai posées, disposées, agencées, j'ai cherché puis j'ai écrit : " Le livre de la dormition ".

J'espère que mon légo donnera à d'autres le désir de lire cet ouvrage passionnant et souvent émouvant qui célèbre la Dormition du Mozart assassiné qui meurt en chacun de nous mais dont l'âme s'élève jusqu'à la création.


  MJC  Montauban. Printemps 1999

 

P.S La petite pièce R.P renvoie au nom de l'auteur / Rémy PUYUELO

Article publié dans La Journee.Psychiatrie Privée N°7

 

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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 15:42

 

François VILLON                     François Villon       

 Poésies                                  Jean CASTELNAU

 Editions Tallandier 1942 251 p.         NRF Gallimard 255p   



Marie-José Colet à la manière de François Villon

 

                                     


La ballade du Mal-Renommé.



         Frères humains, qui après toi vivons

         N'avons les coeurs contre toi endurcis

         François des Loges ou François Moncorbier

         Ton nom incertain fut la première énigme

         Tu es né emprés Pontoise, à Paris

         Dans ton premier poème  tu l'écris.

         De signe de richesse, jamais tu ne possédas

         De bon pain souvent tu manquas.


         En ces temps, la guerre de cent ans

         Ravage les campagnes et les champs

         Moult maux écrasent les miséreux

         Pillages et destructions,

         Brasiers et bûchers

         Empourprent les ténèbres

         Le pauvre François, de toit n'a plus

         Il s'en va seul, par le sort lâché.


         Or, crimes et jouissances frénétiques

         Dans un même ciel apocalyptique

         d'un mortel partage

         Tous dépérissent, c'est la guerre !.

Arrière, anglais... Arrière

         La belle Jeanne sur son bûcher trépasse

         Du combat centenaire, les âmes sont lasses.


        

         François Moncorbier, tes plus jeunes années

         Furent le théâtre d'atroces misères

         Qui écrasèrent ces pauvres hères.

         Tes compagnons de jeux, de pauvres gueux.

         Tandis que le peuple démuni s'enfuit

         Toi, tu assistes à l'exode des hordes

         Une misérable vie du bonheur ferme l'huis

         Et dans le ciel aucun espoir ne luit.

 

La pauvreté écrit sur ton âme étonnée

De ta pauvre vie, la tragédie.

Les heures de ton enfance malmenée

Tressent à jamais ta détresse

Qui de vain répit ne te laisse.

Du monde cherchant l'oubli

Pour éclairer ta longue nuit

Du vin, tes vers tu remplis.

 

Toutefois, un havre tu connus,

Par un bon père tu fus aimé et reconnu.

Il s'appelait Maître Guillaume de Villon.

Près de lui, à Paris tu grandis

Rue Coupe-gorge  et Coupe-gueule

Rue Saint-Jacques et petit pont

Rue Quinquampoix et Saint-Jean-le Rond

D'une rive à l'autre, écolier tu devins.

 

Tu découvris les comment, on te dévoila les pourquoi

De l'univers tu connois toutes les lois.

En 1449, on te décerna le titre de bachelier des arts

En 1452, tu portas le bonnet de maître es-arts.

C'est alors, qu'on te nomma François Villon

A l'histoire et à la légende obscure tu naquis.

De longues épopées en vers tu racontas.

Villon, tu devins un mauvais garçon et même pis

 

Cabarets et auberges abritèrent tes nouveaux manuels

Mendiants, volant, pilant

D'une bataille des rues, tu sortis le plus fort.

Franc buveur tu devins et joyeuse vie tu menas.

Chopines et bon manger, jours et nuitées

Tes mauvais coups et tes vaines querelles

Des prisons te firent découvrir l'ennui mortel.

 

 

Mais, dans ta poésie tu vivais.

.De tes folles équipées tu te reposais

Tes chagrins, tes souffrances tu confiais

Ton oeuvre était de ton âme le refuge

Tes ballades, un abri pour ta muse.

Tu souffris mille douleurs

Mais tu les chassas avec ardeur.

Au rendez-vous de la vie, tu fus toujours à l'heure;

 

 

Ainsi, de longues années passèrent.

Du vin pour oublier, de l'encre pour raturer.

Tu te trouvas seul et ivre

Mais tu voulais vivre.

Alors, ta place tu trouvas chez les coquillards

Malfrats et paillards

Voyous et pillards

Et leurs vies tu décrivis.

 

Tu fus banni et rejeté,

Maintes fois au Châtelet enfermé

Puis libéré pour encore mendier

En compagnie de pèlerins endiablés.

Bons vins, bonnes chères

Belles dames et beaux vers

Feux de joie, le peuple danse

François Villon tu t'élances.

 

Te voici, en marge de la morale et du droit

En marge de toi-même et de la loi.

Ton génie puise ses racines dans la débauche

Ecrivant toujours, de quelques vers l'ébauche

Désespéré puis mécréant, tu devins

Dans les cabarets tu bois ton vin

Tu mendies ton pain, rue de Huchette

A la fameuse Pomme de Pin ou rue Saint-Séverin.

 

Dans les tavernes, dans les auberges

Tu connais des amours sans lendemain

Tu ris, joues et mignonnes.

Près des servantes, de Cupidon, du bon temps tu te donnes

La belle Gantière, Blanche La Savetière

Guillemette La Tapissière

L'hypocras coule à flot sur tes livres

De cannelle et gingembre, ta poésie s'enivre.

 

Dans de mauvais coups, tu te laisses saisir

Et de l'âme humaine, tu connais le pire

Riment alors avec tes rimes, tes légendaires crimes

Ta mémoire se charge d'effroyables souvenirs

François Villon, la potence te guette

De la mort tu deviens le poète

De la vie tu descends la pente

Du caveau, l'ombre te hante..

Le néant te fait frémir et pâlir

Tout passe, tout s'évanouit

Tout s 'effondre et décrépit

Le pis comme le meilleur

Les souffrances comme le bonheur.

Tes rimes tissent la vie et la mort

L'an et la chute

De tes vices tu n'es pas vainqueur.

 

Prisonnier du prévôt

La question tu connus

Et faillis être pendu.

A temps tu écrivis une ballade

A temps tu fus entendu

Et la Rédemption tu connus

Encore quelques années de poésie

Avant que ne s'achève ta jeune vie.

 

Du pauvre Villon, le testament tu écrivis.

A l'envoi, tu informes chacun

Qu'il boira "un trait" de bon gros vin rouge

Quand la mort de Villon

Sonnera le carillon.

Frères humains, qui après toi vivons

N'avons les coeurs contre toi endurcis

François des Loges ou François Moncorbier.

 

De la vie autant en emporte ly vent

Mais grâce à Dieu, de ta poésie

Le vent n'a point voulu

Et des outrages du temps

Tes vers furent épargnés

Dans nos âmes à l'abri, toujours on les lit

François Villon, ton éternelle poésie

A jamais chantera la vie.

 

 

  J'ai écrit ce poème en décembre 92 , il a été publié dans SCRIBANNE N°6/ JUIN 93

*

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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 15:16

LA VIE DEVANT SOI

Emile AJAR

Editions : Mercure de France

FOLIO N°1362. 273 Pages

Il était une fois un petit garçon, qui s'appelait Mohamed mais tout le monde l'appelait Momo. Lui, il préférait aussi. Mohamed, ça faisait trop lointain. Personne, pas même lui, ne savait son âge avec précision. A l'école, on avait dit qu'il était plus jeune que son âge et on ne l'avait pas gardé. Il était sans date. Ce dont on était sûr, c'est qu'il avait eu un jour, un père et une mère parce que la dessus la nature ne transigeait pas. Ce dont il était également  certain, c'était d'être un bon musulman. C'était madame Rosa qui l'affirmait et d'ailleurs elle l'avait élevé comme tel. Il avait grandi à Belleville comme ça sans date de naissance et dans la religion. Ce qu'il savait encore, c'est qu'il n'était pas un enfant gratuit. Cela lui avait donné le plus gros chagrin de sa vie de l'apprendre. Il avait découvert que Madame Rosa touchait un mandat pour l'élever. Pour lui et pour Moïse,  pas pour Banania qui vivait gratuit de puis quatre ans. Banania, il était tout noir, toujours heureux, même sans prétexte. Madame Rosa, avec tous ses kilos, elle élevait des enfants de putes. Les putes ce sont des femmes qui se défendent avec leur cul du côté de Pigalle, sur les trottoirs. Ces femmes, elles ne pouvaient pas élever leurs enfants, mais les aimaient bien parce qu'un enfant ça les changeait des clients et puis c'était l'avenir.

Momo, il en savait des choses sur la vie même s'il avait mal à sa date de naissance. Il savait par exemple que la tranquillité  ça n'existait pas sauf si on est mort, que la vie n'avait pas d'odeur, c'était pas comme la mort. C'était peut-être pour ça que Madame Rosa, elle se mettait toujours plein de parfum, pour parfumer la vie. Madame  Rosa et son disque triste de juive. Momo, lui, il pensait que les juifs c'était des gens comme tout le monde, mais Madame Rosa elle avait connu Auschwitz, l'horreur et la  peur. Madame Rosa, avec tous ses papiers, pas un seul de vrai,  prouvait à qui le voulait,  qu'elle n'était pas juive et ce depuis plusieurs générations. Tout était dans un coffre. Madame Rosa,  il faut la découvrir avec Momo, dans le mouvement des jours et des nuits, dans le mouvement des pages, avec amour, tendresse,  avec poésie, avec magie, Momo sait bien qu'il n'y a pas besoin de raison pour avoir peur. C'est Madame Rosa qui le lui a dit. Mais ce dont il a vraiment peur, c'est qu'un jour Mme Rosa meure et qu'aucun parfum ne lui rende la vie. Il a peur de perdre Madame Rosa, qui lui a appris que le noir et le blanc parfois se mélangeaient, que Moïse était juif et que Momo était musulman mais que cela aurait pu être le contraire, mais puisque cela n'était pas, il fallait s'y tenir, que les pauvres et les riches c'était pas pareil et qu'il ne fallait pas confondre les quartiers, chacun sa place, chacun sa religion, chacun sa vie. Elle lui avait appris à reconnaître le bon, le généreux, de ce qui ne l'était pas. Ainsi, Momo savait que danser autour de Madame Rosa si malade, comme le faisaient ceux du foyer noir, monsieur Waloumba  et quelques autres c'était bien et que ce qui ne l'était pas c'était de l'obliger à vivre avec des organes qui ne le veulent plus. Madame Rosa, elle en avait pas un en état. Les vieux, pensaient Momo, il faut les respecter même quand ils sont usés mais quand ils sont trop épuisés, il faut les tuer avant qu'ils ne soient trop sclérosés du cerveau.

Ainsi, Momo, l'enfant sans date, l'enfant de Belleville sait plein de choses sur la vie, sur les êtres, sur l'histoire, sur la religion, sur la maladie, sur la mort. Mais, il y a une chose qu'il ne sait pas : Est-il possible de vivre sans quelqu'un à aimer ? Cette question, il va la poser à Monsieur Hamil qui sait tant de choses. Ne lit-il pas dans une même ferveur Victor Hugo et le Coran, emmêlant parfois l'un avec l'autre ? Cette question de l'amour court de page en page, de la première à la dernière, roule comme une boule de feu, une boule  de mots. Elle roule, elle roule et enfin avec le récit s'arrête avec cette certitude :  Aimer.

Voilà, où l'enfant sans date, Mohamed mais aussi Moïse, Banania, Madame Rosa, Monsieur Hamil et bien d'autres encore nous mènent : Aimer. Aimer, c'est simple comme la vie qui passe, c'est une panique au jour le jour, c'est une mémoire à sauver. Certes, les enfants ont besoin d'amour mais comme ils ont besoin d'aimer aussi ! Momo en sait quelque chose, lui qui aime si fort, au delà du possible autorisé

- Dis, est-ce qu'on peut vivre sans quelqu'un à aimer ?

- Non

Cet article a été publié  dans Scribanne Déc.92 N°4 "JULES VERNE"

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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 19:25

UN TRAMWAY NOMME DESIR

SUIVI DE

LA CHATTE SUR UN TOIT BRULANT

Tennessee Williams

Editeur : R.Laffont

Livre de poches. 431 pages

Blanche ou la vie, Blanche : l’antidote de la mort c’est le désir

Blanche prend un tramway pour la rue du désir, en prend un autre pour la rue du cimetière, laisse passer six stations et descend aux Champs-Elysées. Nouvelle Derrière elle, "Belle-rêve", la maison de son enfance. Un parfum d'opulence mais aussi les relents  aigres de la maladie du père et les échos de vieilles femmes murmurant la mort. Derrière elle encore, un mariage douloureux dans le tonnerre d'un coup de feu. Elle ne veut pas devenir Blanche ou la mort, alors elle s'enfuit dans la vie, dans la mouvance.

Emouvante Blanche, si légère, si troublante, telle une funambule entre rêve et réalité , entre vérité et mensonge , ailleurs que dans le monde qui vit, travaille et lutte. Le monde de Stanley son beau-frère, qui connaît si bien le code Napolèon, Stanley attachant dans son acharnement à défendre sa dignité d'homme, ébréchée durement par l'inconscience de Blanche. Un choc de titans, des sensibilités différentes voyageant dans un même tramway d'alcool. Blanche n'aime pas la réalité, ce qu'elle aime c'est la féerie. L'alcool lui permet d'en trouver. Elle boit à sa façon de femme seule qui  a vécu un drame trop lourd. Lui, n'est pas alcoolique. Il boit entre deux parties de poker, entre hommes. Il ne supporte pas qu'on le nomme le Polack et veut être considéré comme le citoyen américain qu'il est juridiquement.

Blanche, Stanley, Stella, soeur de Blanche, épouse de Stanley, Stella la douce, l'affectueuse Stella. Et puis Mitch, celui qui aurait pu comprendre, celui qui aurait pu entendre.

"Un tramway nommé Désir". De l'indicible, de la violence, de la passion, de l'inachevé. Un tramway qu'on ne peut que manquer à vouloir le raconter.

A défaut de le prendre, asseyons- nous sur un banc, une pause dans la ville et lisons. Laissons Viviane Leigh et Marlon Brando tourner les pages au rythme de leur corps ; au loin un air de jazz couvre les mots de la tendre et fragile Blanche, du brutal et primaire  Stanley; deux être terriblement  vulnérables  qui s'affrontent jusqu'aux limites de leur folie ou de leur néant. Jusqu'au désir.

Brick ou l'oubli. Margaret ou le bruit. Tous deux sur un toit brûlant. Lui se tait, elle miaule déchirant le silence. Ce qu'il a oublié, elle va le lui rappeler toutes griffes dehors, avec dureté, avec excès : qu'elle aime et qui ne l'aime plus, cet homme qui attend qu'une certaine dose de whisky provoque le petit déclic dans sa tête qui le mettra à l'abri de ce qu'il veut oublier, refouler : la mort de son meilleur ami, cet autre lui-même, tué par l'alcool, par le silence. Peut-être de tout cela, il ne veut rien savoir. Le whisky est là pour lui permettre d'oublier le regard de Margaret sur cette amitié si pure, un regard trouble, un regard insistant. Elle parle, emmêle les mots et les souvenirs. Le passé et le présent, la mort et la vie. Celle qui se retire du père de Brick, la vie qu'elle ne peut porter, la vie que Brick ne peut donner. Un couple à la dérive de Père et de Mère, un soir d'anniversaire, tous réunis mais si désunis : les préférences de Père, l'indulgence deMère, les jalousies des uns et des autres. Un toit qui brûle, un homme qui boit "pour oublier qu'il n'est plus jeune  et qu'il ne croit plus à rien, une femme qui aime cet homme. Un toit d'ardoises et de mots, un décor plus fort que les mensonges. Mais quels mensonges ? Au spectateur de le découvrir.

"Un tramway nommé Désir". Une chatte sur un toit brûlant", du désir nommé alcool, de l'alcool nommé oubli, de l'oubli nommé désir, du théâtre nommé plaisir. Un auteur Tennessee Williams, à  applaudir longuement avec de nombreux rappels.  

Cet article a été publié dans Aujourd'hui l'Alcoologie N°44  Décembre 1990  sous le titre Blanche ou la vie, Brick ou l'oubli.

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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 17:29

SOUS LE VOLCAN

Malcom LOWRY

Editions : Grasset (445p)

SOMBRE COMME LA TOMBE OU REPOSE MON AMI

Malcom  LOWRY

Editions Denoël (300p)

Sombre comme la tombe où repose mon ami, sous le volcan, dans l'ombre de la mort, au loin le rigaudon de l'ivrogne. Un livre. Des livres. Délivre. Le singulier d'un auteur Malcom Lowry,

On atteint Malcom Lowry de deux manières : par la mémoire ou par le regard. Ses livres se présentent différemment selon qu'on y vient par commentaire ou par rêve.

La première manière est par la mémoire. Laissons le plaisir de la lecture entier, laissons à l'auteur sa parole. Une lettre à lire comme un passeport pour le Mexique de Malcom Lowry. Le commentaire encore. Une écriture. un désir, une architecture. Une cathédrale. Une réminiscence Marcel Proust. Une oeuvre. Un triptyque que la mort a interrompu. Un jeu de miroirs entre l'auteur et ses personnages, entre les personnages eux-mêmes, à l'intérieur d'un même et d'un livre à l'autre Une descente aux enfers, au fond d'un cratère, une remontée vers la lumière, une tentative de reconstruction. Une tragédie inhumaine de l'alcoolisme dans les vapeurs du mescal et des mots. Des livres qu'on boit comme de la Tequila.

La seconde manière d'accéder à l'oeuvre est clandestine, sans passeport. On y arrive alors par le regard, en buvant lentement chaque mot. On découvre l'ivresse de lire. Avec le Consul on glisse dans un océan de ouate blanche, avec lui de quelque côté qu'on se tourne, l'abîme nous guette, tout s'effondre, dans un bruit de lave, dans le vacarme  de l'explosion de l'âme et de l'éruption du monde intérieur. De la fumée noire embrase le livre, le Consul boit, hurle à la mort, le Consul se noie, un cadavre de chien au fond d'un ravin, une descente vertigineuse. La chute. Et pourtant, Malcom Lowry remonte au coeur de son deuxième roman.  Avec Sigbjorn, il ne renonce pas à l'espoir, il n'entre plus dans la grotte aux araignées et aux mouches bleues, il n'aperçoit plus des reptiles gluants ou dorés. La compagne de son écriture, de notre lecture est une fidèle bouteille de Tequila. Une dose quotidienne indispensable. Un chapitre ou même simplement un nom couleur Mexique, le réchauffe, nous réchauffe. Le regard tremble, le mot titube, la phrase vacille. Et puis la cassure, l'incendie de sa maison. Son manuscrit brûlé. Tout recommencer. Encore boire, encore écrire. Se détruire, errer jusqu'à plus soif, faire comme si l'odeur du Mexique était familière, comme si tout cela était "semblable à cela mais pas cela"

Malcom Lowry est le guide d'une expédition périlleuse sous le volcan, le temps de son tourment, le temps de sa vie, sombre comme la tombe où repose son amour. A lire jusqu'au délirum.

Cet article a été publié dans Aujourd'hui l'alcoologie N°  45 Février 91 sous le titre : "Les livres et le désir"

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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 16:05

 

NEIGE.

Maxence Fermine

Arléa Janvier 1999. P 804 (96 p)

 

Le haïku est un genre littéraire japonais. Il s’agit d’ un court poème composé de trois vers et dix-sept syllabes. Pas une de plus

 

1

Yuko Akita avait deux passions

le haïku

et la neige.

2

Il voulait saisir

l’eau qui coule

et regarder le temps passer

3

Il voulait saisir

l’indicible mot

et voyager sans bouger

4

Le père dit à Yuko

choisit

devient prêtre ou guerrier

5

Yuko choisit la neige

les poèmes

et des belles syllabes

6

La neige est blanche

elle glisse

et protège l’âme

7

Chaque hiver

le temps venu

Yuko composait des haïku

 

 

Il écrivait l’immobile

du blanc parfum

de l’écriture

2

 Puis vinrent le maître Soseki

l’amour

et Flocon de Printemps

 

 

3

Puis vint la lumière

la couleur

et la femme funambule

4

 Temps du récit

le temps de la poésie

le temps de l’écrit

5

C’est la création

la solitude et la passion

de Yuko

6

Amour funambule

 Au-dessus des mots

et de la neige


Un récit à lire

pour les jeux de neige

et de haïku

 

MJC

 

 

 

 

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22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 11:05
La conversation amoureuse
Alice Ferney
Actes sud

Dans la chaleur de juin, une femme dans une robe légère, portant une écharpe de mousseline jaune désire en silence l’homme qui marche à ses côtés. L’homme en silence la désire. Elle s’appelle Pauline. Il s’appelle Gilles.  Ils sont mariés tous deux. Les années vont passer sur leur désir tremblant , sur leur désir puissant, sur leur désir fou. Histoire d’un sourire et d’un ravissement, histoire d’un couple aux racines des corps. De la fin du jour jusqu’à leur peut-être nuit sombre, sacrée, nimbée d’impossible dans le coeur des années qui bougent ou s’immobilisent dans le songe de leur vie. Il y a leurs enfants aussi. Lui, un garçon, elle, une fille. Il y a leur compagnon, Marc et Blanche. Quelque chose qui continue, quelque chose qui recommence, puis le ventre blanc et lisse de Pauline qui s’arrondit. Le désir s’enracine alors dans le lacis des mots, dans le quotidien des existences, dans la surprise des jours et des regards brûlants, dans l’inconnu des rencontres advenues quand les moment se nouent au temps d’aimer. Le feu et l’eau dans les quatre saisons de l’amour. Une terre qui s’embrase ou se calcine. Ils se fourvoient , se trouvent, jamais ne se retrouvent. Les femmes et les hommes sont deux cadrans différents et les aiguilles souvent ne tournent pas dans le même sens
D’autres couples viennent habiter cette conversation amoureuse, cette quête ancestrale de l’humanité, ce rendez-vous manqué toujours à inventer, à commencer, à recommencer de tremblements en certitudes, de dévoilements blancs en secrètes obscurités, de sourires en ondes douces, d’éclairs en tonnerres, dans la foudre du malentendu et des larmes. Alice Ferney, dans le quotidien et l’extraordinaire, dans le silence et dans le fracas raconte l’amour et nous la suivons  comme si nous ne savions rien des hommes et des femmes, de nous et de l’autre, de celui-ci tellement amoureux, de ceux-là qui divorcent, de celle la qui pour plaire enfile sa plus jolie robe, de ceux-là qui parlent sport, de celle là qui,  le visage bouffie boit dans la solitude du couple, de toutes celles qui parlent des heures entières, confidentes jusqu’au rire de leurs âmes amies.. Tom, Louise, Sarah, Max, Eve, Mélusine, Pénélope,  Marie, Jean et leurs enfants à tous à peine nommés mais si présents. Des maternités impossibles aussi. Stérilité douloureuse et fragilisante. Tous conversent l’amour et habitent nos coeurs  dans le crépuscule de nos amours couchants, dans l’aube de nos amours naissants. Une conversation amoureuse qui se fait manège lent ou rapide selon nos propres balbutiements, selon nos propres amours sereins et tourmentés, selon nos corps qui s’étreignent et s’enlacent, se donnent ou se dénouent, selon nos « je t’aime » conjugués à tous les temps, à tous les modes du possible et de l’impossible , un manège qui tourne dans le rythme des pages d’Alice Ferney, au rythme du foisonnement de ses mots, toujours poésie et mystère. Un style travaillé, ciselé, parfait. Le pur plaisir de l’écriture, le pur plaisir de lire.

Dans le temps des dernière lignes, l’auteur dit ce qu’il faut dire pour qu’enfin nous vivions, pour qu’enfin nous continuions d’habiter ce manège malgré la différence et les malentendus, la fin et les débuts, malgré les silences, les cris et les chuchotements, malgré la si parfaite solitude que d’être homme, que d’être femme dans la différence de l’autre, de temps en temps, tout le temps, à tout jamais. C’est comme ça depuis toujours et pour toujours. Alors Alice Ferney nous dit avec sagesse, avec tendresse qu’aimer n’est pas capturer mais peut-être bien tenir une promesse : rendre l’autre nécessaire, lui dire dans le chaque jour des mots tus et dits, lui dire le besoins qu’on a de lui ou d’elle, de son existence, pour toujours et pour la vie :  Un joli toujours que cet amour là.

J’ai aimé ce livre et en le lisant mon coeur battait  d’amou
Bonne lecture !

Marie-José Colet.

Montauban le 10 août 03

 

P.S d’Alice Ferney , j’ai lu aussi et beaucoup aimé L’élégance des veuves  et Grâce et dénuement. Je n’ai pas encore lu Le ventre de la fée mais le titre me plaît.

 

 

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19 juin 2009 5 19 /06 /juin /2009 22:38

Le génie féminin 1.

Hannah Arendt

Julia Kristeva

 

Gallimard Folio Essai

Librairie Arthème Fayard, 1999

 

Julia Kristeva  raconte Hannah Arendt et son livre se lit comme un roman qui n’en finit pas de commencer. D’ailleurs, le mot-clé selon moi pour lire Hannah Arendt c’est le mot « commencement » .

 

Je présente le plan du livre de Julia Kristeva.

 

Chapitre I : Le livre est un récit

 

Le commencement par la narration quand elle fait lien entre tous, quand elle fait échec à l’acosmisme dont a tant souffert le peuple juif et dont souffrent toujours les parias, les exclus.

 

Raconter une histoire à quelqu’un, raconter son chagrin c’est mieux le supporter par le lien créé.

 

Raconter une histoire à quelqu’un, raconter son chagrin c’est créer du pluriel, du lien si nécessaire aux humains pour se révéler humains en transcendant le Dasein d’Heidegger.

 

Raconter une histoire à quelqu’un, raconter son chagrin c’est commencer par le Désir, continuer par la mémoire, c’est témoigner du temps, c’est tricoter de l’avenir, du présent, du passé. Une maille à trois temps avec une laine hors-temps, celle de la pensée.

 

Raconter une histoire à quelqu’un, raconter son chagrin c’est dire le commencement, « l’initium » sans lequel aucune liberté ne peut s’articuler. La liberté a soif de commencement.

 

Raconter une histoire à quelqu’un, raconter son chagrin, c’est poser l’amour dans le respect. C’est la longue saga d’une lecture de Saint-Augustin. Une histoire où l’amour se révèle à partir de singularité et de pluralité comme dans un noeud, comme dans une trame.

 

Raconter une histoire à quelqu’un, raconter son chagrin c’est déjà poser le un et le deux de la politique. La narration c’est du politique qui a souvent nous dit Hannah Arendt était pour elle oeuvre de désespoir et désir de la fuir. Mais pour notre bonheur à tous, elle ne l’a pas fuit. Elle en a fait un récit.

 

Raconter une histoire à quelqu’un, raconter son chagrin, c’est inventer le théâtre des relations humaines et de ses passions.

 

Raconter une histoire à quelqu’un, raconter son chagrin c’est inscrire l’espace de la parole quand elle est déjà action et durée, quand déjà de « n’importe où » et « n’importe quand », elle surgit dans cette « polis » chère aux grecs, dans ce lieu si humains de « l’inter esse » de ces paroles humaines qui fondent « la phronêsis », la sagesse pratique de l’humanité. (A lire Hannah Arendt et Julia Kristeva j’ai bien envie de me mettre au grec, c’est plein de jolis mots qui disent concepts et sagesse, mémoire et histoire... (Mais j’ai déjà des projets d’hébreu et je ne suis pas douée pour les langues !)

 

Raconter une histoire à quelqu’un, dire son chagrin c’est dire le commencement de l’être grâce à sa mémoire et à son témoignage, grâce à sa splendide singularité et à sa nécessaire pluralité.

 

Raconter une histoire à quelqu’un c’est faire advenir et révéler « le qui » , concept cher à Hannah Arendt qui dit le psychologique, le philosophique, le politique de chacun d’entre nous –si  obstinément unique-.

 

Mais soudain, et c’est Le chapitre II :  « L’humanité superflue » Le commencement s’avère impossible et s’effondre dans le néant de la cruauté. Julia Kristeva fait l’analyse  de l’oeuvre majeure d’Hannah Arendt  « Les origines du totalitarisme ». Elle saisit Hannah Arendt dans sa pensée en plein vol, toujours en mouvement. Quand l’espace politique perd son singulier/ pluriel, quand l’un comme l’autre devient néant dans une dialectique mortifère nommé totalitarisme  d’Hitler à Staline. Julia  Kristeva, avec son talent de conteuse de la pensée humaine met en évidence les origines du travail de Hannah Arendt sur le totalitarisme, travail qui s’origine dans ses réflexions et prises de positions sur le débat palestino-israëlien, la réalité américaine et la culture européenne. Elle analyse et fouille avec minutie et clarté Les origines du Totalitarisme ». C’est passionnant et limpide. L’espace me manque pour raconter à mon tour alors, je vous invite vivement à vous glisser dans ces pages si intelligentes dans lesquelles, entre autre, est interpellé la responsabilité française, l’universalisme des droits de l’homme et le rôle des états-nations dans l’antisémitisme moderne et dans lequel est dénoncé, conceptualisé, défriché, élaboré cette tragique et innommable superfluité de l’individu, tragédie de l’extermination.

Quand on a lu Hannah Arendt, la lecture précise, rigoureuse, perçante, analysante des Origines du totalitarisme que nous offre Julia Kristeva  nous sommes incités à relire cette oeuvre difficile mais si essentielle mais tout à la fois cette même oeuvre nous est présentée comme une première lecture innovante.

 

Enfin, advient Le chapitre III : Penser, Vouloir, Juger

 

Quand le commencement recommence dans la naissance, dans le pardon et dans la promesse, dans la volonté et dans le jugement. Quand la naissance se fait liberté,

Quand la liberté se fait volonté, quand la volonté se fait jugement, quand le jugement se fait pardon, quand le pardon se fait promesse. (Sauf, et cette réserve est importante, si le Mal est irréductible). Ce chapitre est un hymne à la vie, à l’espoir, à la pensée cicatrisante de tant de solitude, de ce deux-en-un de Socrate, jusqu’à la faille, jusqu’à la suture. Penser, cicatriser pour retourner au pluriel, dans une singularité jubilatoire, assumée, reconnue, portée. Magnifique ! Un vrai poème en prose, où l’on retrouve Saint Augustin que je n’ai pas encore lu, mais cela ne serait tarder. Ce chapitre dit l’humain, seul avec tous grâce à la loi qui porte volonté et jugement et grâce à la pensée cicatrisante qui transporte l’homme au seuil de l’Eternité.  Du pur Toujours. Agir, vivre, aimer, parler dans la reliance et dans la singularité, dans la volonté et le jugement, dans la béatitude possible, dans l’attente de la naissance qui viendra, dans le pardon retrouvé, dans la promesse choisie.

 

Julia Kristeva nous décrit une Hannah Arendt, femme d’espérance, malgré des illusions aux contours parfois sombres, mais, malgré les Ombres, écriture de jeunesse et permanence de sa jeunesse, Hannah Arendt sait se faire lumière et Julia Kristeva sait nous la restituer lumineuse.

 

Un vrai bonheur que cette lecture !

 

MJC

 

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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 19:22

Dimanche 29.décembre 1985

 

Ce matin je me suis éveillée avec l’intense désir d’écrire mais une fois de plus mon désir est sans support ; je me perds dans la pluralité de mes possibles. Je ne sais la forme de ce que je veux écrire : un journal, un roman près ou loin de la réalité, près ou loin de ma réalité intérieure, sur un cahier ou sur un carnet, des nouvelles ou des remarques sur la vie. Quelle pagaïe que mes rêves ! Quelle pagaïe que mes lectures ! Hier Durrell, aujourd’hui Perec. Que sera demain ? Je n’ai aucune de ligne directrice autre que mon désir d’écrire au jour le jour. Il y a tant de façons de traiter le temps, les fantasmes, l’amour. Ne trouverais-je jamais la mienne ?

 

Je cherche, je cherche. En cette fin de printemps 2009, j'en suis au blog ! A ce point, j’introduis la déesse vaquante


 

La déesse vaquante.

 

 

En relisant Schnitzler

Je compris

Comme une déesse vaquante

de toujours en toujours j’erre

 

J’aurai pu être écrivain

j’aurai pu être psychanalyste

mais chaque jour en vain

j’erre sur la piste

 

Ce n’est pas Dieu

 qui me fit déesse vaquante

c’est ma mère la violente

qui en moi créa l’épouvante

 

L’éprouvante épouvante

hier m’éprouva

toujours m’épouvanta

Maintenant je vais je va

 

Je suis la déesse vaquante

pleine de sève vivante

abritant des toujours

à jamais perdus

 

Sans emploi sans fonction

à la dérive de moi-même

dans l’exil de mon talent

je suis « l’étincelle d’un autre monde »

 

Silence je vais je va 

vaquante à moi-même

je vis poste restante

lettre en instance.

 

Marie-José Colet

11.10.02

Référence à SCHNITZLER : « Le Dieu vaquant » Nouvelles Tome 1

 

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