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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 09:39


 

Pourquoi un atelier de lectures pour des jeunes enfants  ?

 

L’idée principale en serait de donner aux enfants la possibilité de manipuler des livres, de s’exprimer sur des histoires et d’écouter en raconter dans un lien avec nous, adultes, créant ainsi du langage, des pensées, des émotions dans un rapport intergénérationnel. J’ai la conviction profonde que le livre est un objet médiateur entre les êtres humains de tous âges et que cette médiation commence dès l’enfance.

 

Manipuler des livres c’est déjà lire.

Lire c’est déjà parler.

Parler c’est déjà penser.

Penser c’est déjà aimer.

Aimer c’est déjà vivre sujet

dans une tendre dialectique

de respect mutuel avec l’autre

qu’il soit enfant ou adulte.

 

Un atelier de lecture est

 

-         un espace/temps de rencontres entre enfants et adultes

-         un espace/temps de développement de l’intelligence dans le terreau d’émotions partagées autour des livres et de leurs histoires,

-          un espace / temps de découverte de l’objet-livre qui introduit à l’acte de lire.

-         un espace / temps qui introduit à l’acte de grandir

 

Grandir est l’enjeu essentiel du verbe lire : grandir dans le respect de ses pairs et des adultes, grandir grâce à ses peurs exprimées et dépassées, grandir grâce à son imagination déployée et maitrisée, grandir dans la soif de connaître son environnement, grandir dans le mouvement de sa famille et de la fratrie, grandir en découvrant déjà les temps difficiles de l’humain, tels que la maladie, la mort, la guerre, la rivalité, la colombe blessée. Grandir pour devenir un petit homme à l’aise dans ses pulsions d’Eros et de Thanatos et dans l’épreuve quotidienne de la séparation. Grandir en étant un petit être de parole et de rêve, de rêve et de réalité, de réalité et de langage, de langage et d’images. Grandir est une sacrée histoire et lire en  permettant de découvrir tant d’histoires permet de vivre cette aventure là plus tendrement car lire est avant tout un acte de tendresse.

 

Un atelier de lecture dans une association de loisirs ou à l’école permet la démocratisation de l’acte de lire dès le plus jeune âge et cela est très important. Donner à tous, quelque soit le milieu social l’accès à la lecture est immensément citoyen et introduit TOUS les enfants à l’acte de lire et leur donne à TOUS une possibilité harmonieuse de grandir quelque soit leur milieu social. Ceci est un apport considérable au verbe éduquer, verbe fondamental de l’école. Sont alors en posés en complémentarité harmonieuse l’espace du loisir et l’espace scolaire.. En cela, manipuler des livres est un acte qui concerne les enfants dès leur plus jeune âge, dès leur premier âge... jusqu’à l’âge des étoiles..

 

Je veux encore dire un mot sur le concept essentiel de Tony Lainé, concept qui se nomme « La nidation culturelle ». Oui, les enfants ont besoin des brindilles familiales pour grandir, ces brindilles d’affection et d’amour mais ils ont besoin de s’épanouir dans une culture de livres, d’imaginaire commun et de passé pour construire et leur présent et leur futur. Le livre introduit au temps de vivre dans « une nidation » culturelle qui exprime dans les belles pages tournées l’universel dont notre fonction d’adultes responsables est de leur donner leur désir de le rejoindre un jour, cet universel, par une saine identification à nous, glorieux. Les albums sont le lieu de notre gloire et de nos espoirs, sont le lieu de ces identifications qui s’expriment par cette phrase si belle des enfants « Quand je serai grand ».

 

Oui, les livres d’enfants disent le pluriel des possibles des « Quand je serai grand »,  parce que nous portons notre enfance ; c’est cette enfance aussi que nous transmettons en lisant des livres aux enfants. Nous leur transmettons notre enfance et notre univers universel  d’adultes. Nous transmettons les deux à la fois.

 

Lire est un acte de transmission et de nidation de l’intelligence. C’est pourquoi, il est si bon, si utile, si nécessaire d’animer des ateliers de lectures avec des tout-petits

 

Durée  et déroulement de l’atelier

 

      -   De 1h à 1H30, autour d’une table avec une multitude livres.

Des temps divers :  choix des livres sur la table, raconter des histoires, en parler

 

-         Possibilité de faire participer des parents (?) A discuter.

-         Possibilité d’un petit temps convivial après (goûter ?)

-         Lire c’est dévorer.

 

 Un travail préalable de réflexion avec les responsables du lieu et les pairs professionnels doit s’élaborer en commun pour construire l’atelier.

 

Travailler autour de la lecture c’est créer aussi une nidation professionnelle. A nous tous de recueillir les brindilles.

 

Moyens

-         moyens matériels : livres, crayons, papiers. Les enfants pourront aussi apporter leur livre : lire c’est offrir aux autres ce que nous aimons. Lire est un cadeau.

-         moyen humain : Une animatrice ou un animateur ayant réfléchi sérieusement sur son propre chemin de lectures. J’ai écrit un petit ouvrage qui relate mon expérience d’ateliers de lectures « Madame, je veux apprendre à lire ! » ( Erès, 2008) qui définit le chemin de lecture et sa nécessité éthique pour animer des ateliers de lectures

J’invite chacun à consulter régulièrement mon blog « Les inventeurs de lectures «  avec une catégorie « Les tout-petits » dans laquelle je commente tant des livres théoriques sur l’enfance que des albums. J’ai aussi une catégorie Winnicott, psychanalyste anglais qui a travaillé sur l’objet transitionnel et  l’entrée dans le culture des jeunes enfants. Ceci pour la mise au travail de la mise en place et de l’animation d’ateliers de lectures pour jeunes enfants.

 

Enfin, je précise que  je mène une thèse à Toulouse le Mirail sous la direction de Chantal Zaouche-Gaudron. Ma question de recherche est la suivante : « A quel âge le bébé reconnait-il le livre comme objet singulier ? » et cette question se double pour moi de la suivante : « pourquoi est-ce si fondamental que le jeune enfant, voire même le bébé différencie le livre comme objet singulier ?  Patience d’ici un peu plus de deux ans, je vous donnerai la réponse à cette double question si fondamentale pour son la constitution de son identité pensante, fondamentale pour sa vie de petit-homme !

 

Petit-homme deviendra grand... dans le mouvement des pages tournées de ses livres, seul et avec nous.

 

Il était une fois le bébé...

Il était une son babille

Il était une fois le livre

 

Et le monde recommencé

Dans la promesse tenue

De l’humain réinventé

 

 

Dans le monde de la tendresse

Du regard suspendu, avec ivresse

Aux caresses des livres

 

Lire c’est caresser

Je le sais

Je le sais

 

Je lis, tu lis, il ou elle lit, nous lisons, vous lisez, ils ou elles lisent des albums avec les enfants, avec les bébés, avec les nouveau-nés et même avec les fœtus  ! MJA

 

 

 

 

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Le devoir de pensée
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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 18:02

Une histoire de la lecture

Alberto Manguel

Essai traduit de l’anglais

par Christine Leboeuf

Acte sud 1998

Babel 416

 

 Chapitre

La forme du livre

P.155-181.

 

                 Des illustrations à ne pas manquer : Le maître imprimeur, Aldo Manuzio, dit Manuce. Comme j’aime son visage à l’aube d’un sourire, un visage qui traverse le temps, c’est si émouvant ! Un gravure copiée d’un bas relief, montrant une méthode de rangement des rouleaux dans la Rome antique. On remarque des étiquettes fixées au bout du rouleau. L’aurore d’une bibliothèque et déjà le classement ; cela aurait plu à Perec si attaché à Penser Classer ces livres ! et d’autres encore qui disent la préhistoire du lecteur, des livres.

J’ai aimé ce chapitre étonnant qui met en lien le contenu même du texte proprement dit du livre, de la main qui s’en saisit, de l’espace qu’il occupe, de la forme qu’il dessine. : les premiers livres de poche, les premiers codex, les premiers rouleaux si proche de l’écran de notre ordinateur qui déroule notre lecture, le grand écran, les grands livres de lois et les petits livres de religion, les premiers missels, les premiers livres d’heures, premières Torah, premiers Coran. Papyrus, argiles papier. Ma lecture me fait remonter le temps et les formes. Manguel nous confie qu’il juge un livre a sa forme, oui ce chapitre est une douce confidence de l’amour des livres et de leur histoire, de leurs formes et de leurs contenus.

Les tablettes mésopotamiennes primitives, constituées de plaques de glaises successives formaient les premières pages des premiers livres, les volumes étaient déjà reliés et le livre ressemblait déjà au livre Avec la glaise on fabriquait les tablettes, avec le papyrus on fabriquait les rouleaux. Les deux étaient déjà aisément portables. Puis vint vélin et parchemin qui créa la possible pliure et surtout advint le temps de codex en parchemin qui facilitaient les annotations et les commentaires. Déjà, le lecteur soulignait, repérait, annotait c’est à dire conversait avec l’auteur. Entendez-bien, nous étions au XIIe siècle avant J-C ! On pouvait déjà organiser le texte selon son contenu. Ce qui est intéressant de noter là c’est que le fait de tenir le livre en main (motricité), que le fait que le livre soit petit (forme et pliure) permettait l’élaboration de la pensée en autorisant le commentaire et l’inscription sur le livre. La pensée se constituait d’être gravée sur un objet maniable.

Advint aussi Rome et le temps du livre qui déjà faisait lien et cadeau aux êtres proches. Le livre cadeau ne date pas d’hier !

On inventa aussi des lieux pour ranger les codex : les premières bibliothèques donc existaient déjà dans la Rome antique et ranger livres ou codex, c’est aussi constituer une structure de pensée. Ranger c’est ordonner les objets livres et leurs pensées

Puis ce fut le temps des religions : les petits livres privés, le livre d’heures plus réservés aux femmes et des livres géants posés sur des lutrins : petits et grands livres avaient des fonctions différentes : privés ou collectifs : petites prières intimes ou grands textes de lois appartenant à tous

1440 : Gutenberg ! Et l’augmentation soudaine du nombre des livres changeait bien évidemment leur contenu et le lien du livre au lecteur, et Manguel fait alors une mise en rapport avec la lecture/ordinateur. Mais quelque soit le support, même si le support change la nature de la lecture, le livre persiste. Non ! le livre ne disparaîtra pas, il existe depuis la naissance des hommes, oui sa forme change mais le rapport du support à la pensée persistera : l’homme est un être de lecture et de pensée qui passe par la forme du support et la motricité en corrélation. C’est un triangle magique : forme, livre, intelligence. Dont dépend un autre triangle : forme, conversation avec les morts, constitution et transmission  de la pensée par la caresse du temps. Triangles  magiques qui écrivent  de  l’homme son humanité, siècle par siècle. C’est ce que nous conte avec son immense amour des livres Alberto Manguel : livres sacrés, livres quotidiens, livres d’images, livres de poche, livres de savoir, livres de lois, livre-cadeaux. Glaise, vélin, papyrus, papier, écran permettent à la pensée de se former et de se transmettre. Quelle saga ! Ne manquez pas ce chapitre, érudit et simple à la fois parce que porteur de l’intelligence des hommes et de l’espoir du savoir sous toutes « ses formes » Triangulaire et persistance, observance et persévérance, entre nos mains et par nos regards, nos pensées s’épèlent depuis la nuit des temps clamant obstinément la lumière des hommes ! MJA

 

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 22:00

 

La Shoah est la plus grande honte de l’humanité. Elle nous concerne tous : juifs et non juifs, tsiganes et non tsiganes, résistants et non résistants, homosexuels et non homosexuels, handicapés et non handicapés. La Shoah a plongé l’humanité dans la nuit. Reste à nous réparer de la noire pulsion de mort par Eros la lumière, par Eros la vie,  par Eros la pensée.

L’histoire n’est pas celle d’un devoir de mémoire mais d’un devoir de pensée car la bête immonde court toujours à travers le monde. Seule la pensée la blessera à mort.

Et donc

Je pense, tu penses, il ou elle pense, nous pensons, vous pensez, ils ou elles pensent.

Je partage, tu partages, il ou elle partage nous partageons, vous partagez, ils ou elles partagent la pensée.

Penser est un acte partagé ou n’est pas.

Je me souviens aussi et je veux l’écrire, moi la non définitive, je suis définitivement contre la peine de mort même pour les bourreaux tragiques de l’histoire. Oui, je suis contre leur peine de mort au petit matin mais je suis pour la sentence : la prison à perpétuité.

Ainsi, s’ouvre une nouvelle catégorie de mon blog, catégorie nommée :

 

Le devoir de pensée. MJA

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 10:28


 

Pensée et langage

Lev Vygotski

Traduction de Françoise Sève

Suivi de

Commentaire sur les remarques de Vygotski

Par Jean Piaget

Editons la Dispute 1997

537 pages

 

Chapitre 1

Problème et Méthode

                  de recherche

 

Etudier le rapport entre pensée et langage, nous dit Vygotski, à la toute fin du chapitre, c’est étudier les différentes théories psychologiques, c’est analyser avec soin les différentes conceptions des chercheurs qui ont cherché dans ce domaine : rapport entre pensée et langage.

Je résume maintenant, avec plus ou moins, de fidélité le travail de Vygotski, que je découvre, à 62 ans avec timidité et j’espère malgré tout avec une efficacité de transmission.

Vygotski pose le problème du rapport possible existant entre pensée et langage, dans le domaine de la conscience  et de ses différentes fonctions psychiques, de ses différentes activités, dont l’élément central serait ce rapport entre pensée et langage.

         Si rapport il y a, Vygotski nous fait souvenir, que de la psychologie, ce point a été vraiment peu étudié.

 

Méthode de pensée simple et efficace :

Soit pensée et langage ont été étudiés séparément, « isolément » : le problème est alors,  certes étudié mais non résolu

Soit pensée et langage ont été étudiés dans leur « liaison » mutuelle : le problème reste à étudier, non comme affirmation qui « trancherait » le nœud entre pensée et langage au lieu de « délier » ce nœud. Vigotski emploie ces deux verbes très imagés page 50

 

Quand les chercheurs parlaient de liaison c’était plus un « postulat » qu’un objet d’étude, de recherche. Le postulat était le suivant : « il y aurait invariance entre les liaisons de la conscience » (P.48) : mémoire, perception, attention. Ce postulat, selon Vygotski est faux, non démontré

 

Quand les chercheurs parlent de la déliaison du rapport existant entre pensée et langage, ils doivent s’attacher à élaborer une méthode pour analyser ce rapport entre pensée et langage. C’est sur cette méthode que Vygotski s’arrête dans ce chapitre. Il ne s’agit pas d’affirmer que Pensée et Langage sont disjoints, il faut analyser le ressort de cette disjonction psychique.

 

La première méthode serait d’analyser la décomposition en éléments. Par exemple selon le modèle de l’eau qui serait décomposée et hydrogène et en oxygène mais une telle décomposition ne permet pas de saisir pourquoi l’eau dans son entièreté chimique éteint le feu : en effet, l’hydrogène brûle et l’oxygène entretient le feu donc notre démonstration ne tient pas la route : si on analyse les éléments constituant de l’eau on ne comprend pas pourquoi l’eau éteint le feu. De même, nous dit Vygotski, si on décompose la pensée verbale, on ne comprendra pas plus les rapports entre pensée et langage. Ce qui est important, nous dit-il, c’est non pas une décomposition mais au contraire, « d’élever à la généralisation », au concept. Il ne servirait donc de rien, d’analyser le son (pur langage) tout seul ou la signification (pure pensée) toute seule pour étudier le rapport entre langage et pensée mais ce qu’il faut nous dit Vygotski avec fermeté, c’est repérer l’unité minimale qui établit le rapport minimal Langage/pensée et ce rapport minimal c’est le MOT qui établit une liaison entre langage (le son) et la pensée (la signification). Il ne s’agit donc pas d’une méthode de DECOMPOSITION (H2, O) (Langage, Signification) mais d’analyse (H2/0, Langage/Signification : ce rapport minimal étant nommé « MOT »). La signification du mot n’est pas une décomposition mais une généralisation et c’est en cela qu’il est « un acte verbal de la pensée » (p ;55). L’expression « acte verbal de la pensée » pose bien le rapport entre langage et pensée. Le mot, porteur, à la fois, de son et de signification,  unité de base trouvée par le chercheur Vygotski, articule clairement le rapport langage/pensée, son/signification

 

Ce rapport Langage /pensée est essentiel à repérer car il a une double fonction :

Une fonction de communication

Une fonction de pensée

Le rapport entre ces deux fonctions, n’a jamais fait objet de recherche, nous dit Vygotski, P.56 et portant ce rapport est essentiel car il n’y a pas de communication avec le mot seul ou avec la signification seule. Il faut les deux pour communiquer : le son du mot et sa signification

 

Vygotski cite le grand Tolstoï « quand la signification est prête, le mot est prêt » (Tolstoï, surtout lisez-le !)

 

Enfin, à la fin de ce chapitre qui a étudié de façon passionnante, une possible méthode d’étude du rapport Langage/Pensée, Son/Signification par la conceptualisation de l’unité minimale que constitue le Mot, Vygotski aborde un point d’étude qui lui est cher et que nous avons déjà rencontré dans l’avant-propos et la présentation du livre, c’est le rapport, cette fois-ci entre  Intellect et affect (Page 61) et en cela il s’inscrit en faux avec la psychologie traditionnelle qui affirme que la pensée se développerait indépendamment de la conscience. Selon Vygotsky, nous ne pouvons différencier pensée et affect, pensée et mobile de la pensée –mobile - . La pensée dit-il n’est pas « un appendice » du comportement, le comportement et la pensée sont en rapport l’un avec l’autre et j’ajouterai ce rapport, c’est l’humain.

 

Bien évidemment, Vygotsky ne peut conclure ce chapitre que sur la notion de développement qui intègre la double mise en relation

langage/pensée

pensée / affect

dans sa double fonction

fonction de communication

fonction de pensée

 

sachant que l’unité conceptuelle de base de tout ce fonctionnement de l’humain est le mot, sachant donc, je ne peux m’empêcher de l’ajouter que le livre est l’objet humain dont la fonction unique est d’engranger des mots à perte de pages, produisant de ce fait langage et pensées, pensées et affects, pensées et communication pour encore penser  et encore vivre nos affects et encore inventer nos pensées… à parler… à partager… Dans le seul temps possible de l’humain et de sa transmission.

 

Le livre, porteur de mots, objet nécessaire à l’humain ? Non, absolument nécessaire !

 

A suivre… MJA

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Le devoir de pensée
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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 18:43

 

  Pensée et langage

Lev Vygotski

Traduction de Françoise Sève

Suivi de

Commentaire sur les remarques de Vygotski

Par Jean Piaget

Editons la Dispute 1997

537 pages

 

Présentation

Lucien Sève

 

Rappel de Lucien Sève :

« Pensée et langage » est paru en 1934 à Moscou. Cet ouvrage est resté inaccessible aux Français un demi-siècle. L’œuvre de Vygotski est une œuvre de l’ombre, en Russie, comme en France, une œuvre de résistance au totalitarisme stalinien, une œuvre féconde et fécondante pour les chercheurs, une œuvre nourrie d’économie avec Marx mais aussi de psychologie, de pédagogie, d’esthétique, de philosophie. Une œuvre du savoir.

Depuis 1995, dans l’avant-propos de ce livre, Yves Clot nous l’a montré, Vygotski, traduit dans plusieurs langues est maintenant mieux connu. Mais il reste à faire, il reste à l’inscrire dans dictionnaires et encyclopédies, il reste à mieux le faire connaître au public français, intellectuel ou non, au grand public. Il reste à puiser dans l’introduction capitale d’A.N Léontiev en russe des Œuvres de Vygotski et aussi dans le recueil en Espagnol Vygotski – Mémoriay vigencia, composé et édité en 1984 par Guillermo Blank,  psychiatre argentin qui a recueilli de nombreux éléments auprès d’une de ses filles, auteur d’une biographie sur son père (1992)

 

Et donc,

 

Il était une fois un nourrisson, Lev né le 5 novembre 1896 (ancien calendrier russe), le 17 novembre (calendrier actuel). Moi, ça me fait toujours rêver les différents calendriers, les différents solfèges des hommes ; je trouve qu’il réside dans la manière d’épeler le temps quelque chose de très fort, au cœur des cultures à respecter ; ça m’émeut toujours, comme un battement de coeur.  Bon, je continue…

Lev naquit dans la petite ville d’Orcha en Biélorussie. Sa famille était juive et l’année suivant sa naissance, elle s’installa à Gomel, ville la plus importante de la Biélorussie. Le père de Lev travaillait dans une banque, sa mère éduquait les huit enfants ; Lev était le second des huit.

Dans la Russie tsariste, les juifs subissaient de nombreuses discriminations : restrictions de droit de déplacement, d’accès aux études, interdits d’être professeur mais il régnait à Gomel une riche vie intellectuelle. De par sa mère, il apprit l’Allemand, il découvrit Heine. Il n’alla pas à l’école et fit ses études primaires auprès d’un précepteur, selon la méthode socratique. Puis, ce fut l’entrée dans un lycée réservé aux enfants juifs. Il fut un élève brillant dans toutes les matières : math, latin, grec, hébreu, français, anglais. Un vrai feu d’artifice d’intelligence mais sa passion principale fut le théâtre ; il se fit metteur en scène, récitait des vers. Il n’était que création.

En 1913, ce fut la fin de ses études secondaires. Juif, ne pouvant être professeur, il s’inscrivit en médecine pour plaire à son père, puis en droit, puis s’inscrit à Chaniavski, créée en 1911, où se retrouvent les meilleurs étudiants exclus de l’Université pour activité anti tsariste. Là, il étudie, philosophie, littérature, psychologie.

 

En 1915 ; il a dix huit ans quand il écrit essai sur Hamlet

En 1917 : il est gradué de droit puis rentre à Gomel où hélas, il n’a pas le droit d’exercer.

 

Il enseigne alors à l’école du travail, langue et littérature russe, pour les ouvriers, donne des cours de psychologie et de logique à l’Institut pédagogique, d’esthétique et d’histoire de l’art au Conservatoire, il dirige une rubrique théâtrale dans un journal. Il est au centre de la vie intellectuelle d’avant-garde. Il lit Spinoza, Hegel, Marx et Engels, Freud, Pavlov et Potebnia, grand linguiste de Kharkov.

 

En 1919, il contracte la tuberculose mais il redouble d’activité. En 1924, il se marie et il aura deux filles issues de ce mariage. Lui, mourra jeune mais sa femme vivra jusqu’en 1979.

 

1924, année de son mariage, se tient aussi à Léningrad le deuxième congrès panrusse de psycho-neurologie. Kornilov a marqué par ses travaux l’orientation marxiste en psychologie ; Vigotski quant à lui présente son rapport : « Méthode de recherche réflexologique et psychologique ». Son travail produit chez Kornilov une vive impression. Kornilov est le nouveau directeur de l’Institut de psychologie de l’université de Moscou. Vygotski est alors âgé de 28 ans.

1925 : création du laboratoire de psychologie pour l’enfance anormale ; lutte contre l’analphabétisme et la défectologie. Les termes de l’époque sont très choquant, pour nous contemporains, et m’ont choquée, mais néanmoins les travaux sont précurseurs, m’a confié un ami très engagé dans le travail du handicap. Il faut replacer le langage dans l’époque et la culture ; C’était d’ailleurs une idée clé de l’œuvre de Vygotski.  La réputation de son travail acharné s’étend en Union soviétique et malgré une grave rechute de sa tuberculose, il avance dans ses travaux et sa théorie historico-culturelle voit le jour mais en 1934, il doit être hospitalisé. Il meurt dans la nuit du 10 au 11 juin 1934 à l’âge de 37 ans. Il laisse une œuvre en devenir de 184 titres dont les derniers s’intitulent Psychologie de l’art, la signification historique de la crise en psychologie, Histoire du développement des fonctions psychiques supérieures, Théorie des émotions et d’autres titres concernant la psychologie de l’enfant et l’adulte. Il laisse une « œuvre vaste et inachevée » nous dit Lucien Sève.

Cette œuvre est éclairée par la dialectique matérialiste. Le point de départ de toute psychologie serait la psychologie du travail et si Freud porte magistralement « une psychologie des profondeurs, » Vygotski nous a donnés à cerner « une psychologie des hauteurs »écrit Lucien Sève, avec la notion de conscience portée à son plus haut point généré par la culture. Politzer s’inspirera et reprendra les travaux de Vygotski.

Mais advint l’obscurantisme du stalinisme où on reprocha à Vygotski tout et son contraire ; on discrédita le travail de sa vie de chercheur, il fut alors relégué dans l’ombre, dénié dans son talent de grand intellectuel, psychologue et pédagogue jusqu’au temps de la déstalinisation avec la politique de Khrouchtchev. Une tragédie, de l’ignorance et du pouvoir, qui toujours se répète. Mais la lumière sur ses travaux qui commentaient les plus grands Piaget, Stern, Köhler toujours dans l’invention de nouveaux concepts du développement scientifique de l’enfance, inadaptée ou non. Ses objets de recherche c’était l’enfance, la pensée, le langage. Lucien Sève est à l’aise, comme un poisson dans l’eau, il nous conte l’intelligence et la vie de cet homme. C’est vraiment beau à lire : une vie de chercheur malgré la maladie et l’obscurantisme. Une vie d’amour, une vie passionnée par des travaux dont je ne peux encore vous parler, je ne pas assez travaillé, mais ça viendra, je vous le promets.

 

Ce que j’ai retenu, c’est la place de la culture dans le développement de l’intelligence de l’homme et c’est la place de l'intelligence de l’homme dans le développement de la culture, ce que j’ai retenu c’est l’importance du langage générateur de culture et d’humanité, ce que j’ai retenu c’est l’intelligence potentielle de l’enfant, intelligence toujours en mouvement, mouvement que nous devons saisir pour aider l’enfant à devenir une personne inscrite dans du social et de la culture.

 

J’ai été très émue par ce chapitre de Lucien Sève qui raconte la vie d’un intellectuel juif, russe, résistant par son savoir et son travail intellectuel  à l’obscurantisme du totalitarisme, grâce à sa quête inassouvie du désir de comprendre les mystères de l’intelligence humaine. Une vie inachevée, une œuvre inachevée mais sauvée par la transmission d’un savoir exigeant et pionnier par d’autres chercheurs. Chercher c’est trouver mais c’est aussi transmettre. Le savoir de Vygotski, celui qu’il a trouvé, qu’il a transmis révèle « les hauteurs dialectiques de la conscience ». Oui, me voilà à l’aube de lire 500 pages, me voilà au seuil d’une immense découverte intellectuelle pour moi. Oui, je suis heureuse, étonnamment heureuse et puisque nous dit Vygotski, le sens est une appropriation de la signification par les émotions de la vie, alors oui, je ferai une lecture vivante et lumineuse, puis, je l’inventerai et vous la raconterai,  je vous le promets… MJA

 

 

 

 

 

 

 

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 17:21

 

 

 

Pensée et langage

Lev Vygotski

Traduction de Françoise Sève

Suivi de

Commentaire sur les remarques de Vygotski

Par Jean Piaget

Editons la Dispute 1997


 Avant-propos de Yves Clot

 

J’ai aimé cet avant-propos ; il présente clairement la pensée de Vygotski, pensée essentielle de l’éducabilité cognitive. Vygotski  interroge avec rigueur les rapports entre pensée et  langage, au cœur de la psychologie cognitive qui définit le sujet dans sont rapport à la culture et aux « sédiments de culture » (écriture, lecture, mathématiques etc.). L’idée est de comprendre les processus de toute création humaine inscrite dans le social, le culturel, le symbolique.

Au centre de cette approche nous trouvons le concept fondamental de Vygotski, « La zone proximale de développement » que Yves Clot traduit dans cet ouvrage par « Zone prochaine de développement », et que les Italiens quant à eux traduisent par « zone potentielle de développement » : autant de nuances de traductions qui traduisent des nuances théoriques à approfondir. Mais ce qui est à retenir de ce concept fondamental c’est que l’être humain ne pense que par interactions avec son entourage et « la zone proximale de développement » est constitué par l’ensemble des interactions entre êtres humains qui permet à chacun de progresser dans son travail d’acquisition d’une tâche concrète (pour le bébé) ou d’élaboration plus symbolique (pour l’enfant) et ceux grâce à une interaction avec un adulte tuteur qui étaye l’activité sur son propre savoir.

Un petit tour du côté de quelques bas de pages de ce chapitre pour donner le désir de penser, d’étayer son jugement sur d’autres écrits. Les bas de pages sont très nombreux. Je vous en cite quelques uns seulement.

 

JPBronckart et B.Schneuwly, Vygotski aujourd’hui, Delachaux et Niestlé, Lausanne, 1985

Enfance, 1-2/1989

A.Rivière,La psychologie de Vygotski, Mardaga éditeur, Liège, 1990

.PBüchel (sous la direction de), l’éducation cognitive, Delachaux et Niestlé, Lausanne, 1995

M. Deleau, Les origines sociales du développement mentale », Armand Colin. Paris 1990

 

Et de nombreux autres titres encore ! A vous de les découvrir.

Je n’analyserai pas ce chapitre point par point mais j’irai en son cœur qui décrit  « 4 champs conceptuels » (selon l’expression de G.Vergnaud) de la pensée de Vygotski quand il s’applique à décrire les possibles de la pensée dans son rapport au langage. Il est important de saisir que selon Vygotski « le langage n’exprime pas la pensée mais la réalise » (page 11)

 

Quel est donc le programme conceptuel de cette réalisation ?

 

Premier champ conceptuel définit par les « instruments ».

Vygotski différencie les instruments techniques des instruments psychologiques. Les instruments techniques changent l’objet, les instruments psychologiques ne le changent pas. Les instruments psychologiques s’adressent au psychisme et au comportement (P.14). L’activité impliquée par l’instrument est relative à soi mais non à l’objet. Bruner le dit, la culture nous modifie mais si elle nous modifie ce n’est pas dans un rapport d’immédiateté et je pense à la définition de l’œuvre, telle qu’elle apparaît dans La condition de l’homme Moderne, d’Hannah Arendt. La culture nous modifie dans le temps de l’élaboration de l’acte culturel. L’activité du sujet n’est ni causale ni immédiate, elle passe par le sens des mots. Et nous arrivons ainsi au deuxième « champ conceptuel » dégagé par Vygotski

 

Deuxième champ : différence entre « sens » et « signification »

Les mots ont, certes, une signification mais le sens jaillit de l’activité du sujet, de son activité, de ses émotions et affects divers ; le sens jaillit de la vie. La signification et son sens  donnent  à l’activité symbolique ses « deux racines » écrit Yves Clot page 15. Nous arrivons ainsi au troisième « champ conceptuel

 

Troisième champ conceptuel : « concepts quotidiens » et « concepts scientifiques. « 

 

Les premiers relèvent de l’expérience et de l’empirisme, les seconds relèvent de la conceptualisation et ils sont bien évidemment irréductibles les uns aux autres. P.16, Yves Clot cite Vygotski lorsqu’il écrit dans Pensée et Langage « Les concepts scientifiques s’avèrent dans une situation non scientifique tout autant inconsistants que les concepts quotidiens dans une situation scientifique »

 

4) Quatrième champ conceptuel : créer des "passages"

Mais c’est justement « cette discordance qui est créatrice » met en lumière Yves Clot et la psychologie se doit de créer des « passages » entre les premiers et les seconds créant ainsi une activité humaine centrifuge et centripète entre objectivation et subjectivation. Et c’est là, « le chantier » (terme d’Yves Clot) que nous laisse Vygotski. Un beau chantier de travail de l’humain, de sa pensée et de son langage

J’ai avancé timidement dans ce chapitre de ce livre dont la lecture est pour moi toute nouvelle. J’invite donc les Inventeurs à s’y rendre et à le découvrir par eux mêmes. Apprendre est une merveilleuse aventure qui demande humilité et orgueil mais surtout persévérance. Ne pas avoir peur de faire des faux pas, avancer à son rythme. Le mien est lent mais passionné. J’essaie de vous transmettre l’écume de ma passion à défaut  de l'intelligence du texte qui serait sans faille.

 

Dans les jours qui suivront, je tenterai avec vous d’approfondir, l’émouvante  vie de Vygotski contée par Lucien Sève, après cet alléchant avant-propos de Yves Clot, puis je choisirai un autre chapitre…

 

A vous de vous y coltiner maintenant ! j’ai débroussaillé la première allée mais attention aux buissons du sens rebelle et souvent piquant parce que vivant de notre activité et de nos émotions d’apprenant et de lecteur au travail … MJA

 

 

 

 

 

 

 

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 12:14

Alberto Manguel :

La bibliothèque, la nuit

Acte Sud, Babel poche : 937

2006. Traduit de l’anglais par Christine Le Boeuf

 

Il était une fois, un chapitre d’Alberto Manguel. Il était une fois son récit des plus belles bibliothèques du monde dans un chapitre appelé « Les formes ». Les formes de la connaissance immense des hommes à travers l’histoire, le temps et l’espace.

Un chapitre qui commence par une douce confidence : les pierres du mur survivant au temps, mur  principal de sa bibliothèque, étaient nommées par les poseurs de briques : Majuscules et Minuscules. Il était une fois, le mélange des lettres et des pierres.

Un chapitre parsemé de photos, que longuement je regarde, dans la chamade de mon cœur : l’accueillante Bibliothèque de référence de Toronto, la Bibliothèque du Roi Buckingham House, la coupe de la bibliothèque en forme de cerveau de la Freie Universität de Berlin, les tours en forme de livre de la Bibliothèque de France à Paris, plan au sol de la bibliothèque de Wolfenbüttel, le plan d’une bibliothèque par un monastère carolingien, la bibliothèque idéale telle qu’imaginée par Boullée, la salle Labrouste à la Bibliothèque nationale à Paris, premier croquis de la salle de lecture dessinée par Panizzi et datée du 18 avril 1852, la salle de lecture de la British Library représentée dans la Illustrated London News, ma photo préférée : un lecteur devant les rayonnages de la Bibliothèque Nationale qui étaient accessibles sans échelles, précise la photo : leur dimension étaient déterminées par l’envergure et la hauteur d’un corps d’homme, la première esquisse de Michel-Ange pour la bibliothèque Laurentienne, La bibliothèque Laurentienne, l’escalier de Michel-Ange, plan au sol de la bibliothèque de Pergame

Oui, mon cœur battait la chamade en lisant ce chapitre qui me semblait être un des plus beau chapitre de la littérature française parce qu’il nous confie avec obstination que la création de l’homme est liée au cadre de son élaboration mentale. Alors avec la même obstination ,Alberto non conte les cadres du seul possible sursit pour l’homme : son savoir et sa transmission. Il entrecroise avec la naïveté de l’enfance la création de sa bibliothèque et les immenses bibliothèques du monde. : il décrit leur forme, leurs carrés et leurs cylindres, leur cercles et leurs brisures, leurs angles droits et leurs divisions, leurs bancs et leurs voûtes, leur silence et leur bois, leur passé et leur solitude, leur chuchotements et leurs caresses, leurs plans et leur achèvement. Il nous livre de chacune le paradoxe entre forme et savoir. Il les énumère une à une avec sa patience de lecteur et de voyageur dans un ciel d’anthropologie et d’immédiat. Il nous décrit les lourds plafonds et les hauts escaliers, les rayonnages et les sculptures, il nous trace les plans et les fragments, il nous suggère l’unité et le parcellaire 

 Il nous fait découvrir dans une tendresse érudite les bibliothèques du monde. C’est merveilleux à lire, comme un conte plein de magie. C’est au court de ma lecture passionnée que naît en moi, la non-voyageuse, la femme tellement sédentaire, immobile lectrice dans mes chambres successives, depuis l’enfance, depuis ma vie, depuis toujours, l’étonnant projet que j’articulerai ainsi : un jour je ferai un tour du monde structuré par mon désir de découvrir les bibliothèques de notre planète : je préparerai mon voyage avec ce chapitre d’Alberto Manguel. Je chercherai encore avec d’autres ouvrages, les bibliothèques de notre terre si ronde, paraît-il, et d’avion en avion je découvrirai la longue transmission des humains. Ce sera le voyage de ma vie. Je vous rencontrerai. Je vous raconterai. MJA

 

 

 

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