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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 12:34


Nous remercions vivement Madame Aïcha Belloutti de nous avoir confié son travail pour en faire ainsi profiter Les Inventeurs de lectures. Infiniment merci.

Madame Bellouti exerce comme psychologue psychothérapeute à Montauban.


Texte : Freud : Introduction à la psychanalyse, le transfert

CCPSO Montauban, 12 février 2010

(A.Bellouti)


C’est  dans l’avant-dernier chapitre de l’Introduction à la psychanalyse(1916), que Freud aborde la question du transfert.

D’entrée, Freud annonce à son auditoire qu’avant de clore cette série de conférences, il lui parlerait d’un « nouveau fait » qui n’est autre que le transfert  dans  la cure psychanalytique et c’est sur quoi « repose la possibilité de pratiquer la  psychanalyse».

Mais  nous savons tous que ce fait n’est pas si nouveau que cela, puisque Freud l’a traité très tôt dans son œuvre. Alors en quoi  serait-il « un nouveau  fait » ?

Aussi, avant de traiter du texte, nous proposons de faire un rappel des textes où Freud aborde la question du transfert.


1. C’est dans « les Etudes sur l’hystérie »(1895), ouvrage  écrit  en collaboration avec Breuer, que Freud parle d’amour de transfert, à partir d’un cas rapporté par Breuer (Anna « O ») et de sa propre expérience avec l’une de ses patientes (ce qui l’a décidé à abandonner l’hypnose pour « la libre association»)


2.Dans « L’interprétation des rêves »(1900), il donne la définition du transfert : « La représentation inconsciente ne peut, en tant que telle, pénétrer dans le préconscient  que si elle s’allie à quelque représentation sans importance qui s’y trouvait déjà, à laquelle elle transfère son intensité et qui lui sert de couverture. C’est là le phénomène du transfert, qui explique tant de faits frappants de la vie psychique des névropathes ». (chapitre  VII, pages 478-479). Le transfert, ici est une traduction d’une langue dans une autre (voir contenu latent et contenu manifeste dans le rêve).


3.La notion de transfert  est également traitée dans le texte « Fragment d’une analyse d’hystérie » (1905),  dans le cas « Dora » qui fut, on le sait, un échec sur lequel Freud reviendra souvent et ce, jusqu’en 1923  pour tenter d’en donner une explication.


.

4.Dans la « Technique psychanalytique »(1914), il y consacre  2 chapitres (la dynamique du transfert, et observations sur l’amour de transfert).


Comme nous l’avons dit au début, Freud annonce à ses étudiants qu’il va leur « dire un mot de la thérapeutique sur laquelle repose la possibilité de pratiquer la psychanalyse … car, ce serait vous laisser dans l’ignorance d’un nouveau fait sans lequel votre compréhension des maladies que nous avons examinées resterait tout à fait incomplet » Freud, en tant que pédagogue et scientifique, toujours fidèle à son style, veut  convaincre. C’est que la psychanalyse est une jeune science et Freud se heurte, par rapport à ses découvertes, à des « préjugés » qu’il veut ébranler.


Freud  se lance dans un rappel des conditions et facteurs qui interviennent dans la maladie : d’abord la prédisposition héréditaire qui pose des limites à l’action thérapeutique de la psychanalyse. Viennent ensuite  les évènements qui ont marqué la première enfance auxquels il accorde une importance capitale, voire centrale dans l’analyse. Enfin, tout ce qui est « renoncement réel », c’est-à- dire malheurs, misère, conditions sociales défavorables et surtout la rigueur des exigences morales qui pèsent sur la société.

 Il axe son propos sur la morale sexuelle et affirme au passage sa position quant à l’importance de la sexualité et de la place qu’elle occupe dans la genèse des névroses, répondant ainsi aux attaques dont il faisait l’objet depuis la parution des «Trois essais sur la théorie sexuelle ». Il réprouve la façon dont la société veut résoudre le problème de la vie sexuelle mais insiste sur le fait  que la psychanalyse n’a pas pour but d’amener le patient à « vivre jusqu’au bout sa vie sexuelle » ; c’est pourquoi, il met en garde les étudiants contre la tentation de prodiguer un tel conseil à leurs patients parce qu’ « il existe chez le malade, un conflit opiniâtre entre la tendance libidineuse et le refoulement sexuel, entre son côté sensuel et son côté ascétique ». Il faut se garder de favoriser l’une ou l’autre de ces tendances,  car ni l’une ni l’autre ne viendront à bout du conflit intérieur. Donc, ni suggestion, ni  conseil.


 Puis il précise que le « conflit pathogène chez le  névrosé, n’est  pas comparable à une lutte normale que des tendances  psychiques se livrent sur le même terrain psychologique ».



« Chez les névrosés, il y a lutte entre des forces dont quelques unes ont atteint la phase du préconscient et du conscient, tandis que  d’autres n’ont pas dépassé la limite de l’inconscient. C’est pourquoi  le conflit  ne peut aboutir à une solution… Une vraie solution ne peut intervenir que lorsque les deux se retrouvent sur le même  terrain. Et je crois que la seule tâche de la thérapeutique consiste à rendre cette rencontre possible ». Le rôle de la thérapeutique psychanalytique est de faire en sorte que le malade devienne indépendant et qu’il prenne les décisions qui lui conviennent.


Faut-il rappeler qu’à ce moment de sa recherche, Freud se réfère à une première « topique » élaborée dans l’interprétation des rêves »,  laquelle différencie l’appareil psychique en trois systèmes (inconscient, préconscient, conscient), séparés entre eux  par des censures. Cette conceptualisation de l’appareil psychique sera remplacée, en (1923), par une autre, développée dans « Au-delà du principe de plaisir »


C’est pourquoi il convient de traduire l’inconscient dans le conscient, supprimer le refoulement et par là même transformer le conflit pathogène en conflit normal et résoudre celui-ci. «Nous  ne provoquons pas chez le malade autre chose que cette modification psychique, et, dans la mesure où nous la provoquons, nous obtenons la guérison ». Mais ce n’est pas si simple que cela. Remplacer l’inconscient par le conscient, le « mettre sous les yeux du malade » ne suffit  pas. Il fait référence aux résultats qu’il obtenait avec l’hypnose, une technique  abandonnée, entre autres parce qu’elle ne guérissait pas de manière  durable, du fait qu’elle n’intervenait pas sur la résistance (voir chapitre sur la résistance et  le refoulement). « Ce que nous savons de « l’inconscient ne coïncide nullement avec ce qu’en sait le malade ». Le malade ne fait pas le lien entre ce qui a été refoulé et le symptôme dont il souffre, d’où la nécessité de rechercher dans les souvenirs, de remonter jusqu’à cet inconscient, siège du refoulement qu’il faut supprimer. Une fois le refoulement « découvert », il faut découvrir la résistance qui le maintient  et la  supprimer. Freud précise : « la résistance provient elle aussi d’un refoulement... Elle est produite par une contre-manœuvre dressée en vue du refoulement de la tendance indécente »., la remémoration, l’interprétation,  le désir de guérison et l’intelligence  du malade  vont aider à ce travail de découverte et de suppression de la résistance.

Donc : Inconscient, conflit,  refoulement, résistance, interprétation, résolution du conflit et guérison. Ce sont  les principaux concepts développés par Freud et ce sont eux qui sous tendent la technique de la  thérapeutique psychanalytique.

 


« Si nous nous en tenons à nos hystériques et à nos malades atteints de névrose d’angoisse, nous ne tardons pas à voir se présenter un autre fait auquel nous n’étions nullement préparés. Nous nous apercevons notamment  que nos malades se comportent envers nous d’une façon tout à fait singulière… et voilà que nous constatons qu’il s’est glissé

dans  le calcul un élément dont il n’a pas été tenu compte ». Le malade   manifeste  un intérêt particulier  à son médecin. Il est attentif  à tout ce que le médecin lui dit, accepte  tout ce que ce dernier lui suggère, ne manifeste aucune opposition, associe avec une grande facilité, etc. De son côté, le médecin est satisfait de voir son malade évoluer si rapidement. Il constate que son patient fait de gros progrès et que son état  s’améliore.

Mais cet état de grâce ne va pas durer. Le malade ne s’intéresse plus au traitement, ne respecte plus la règle fondamentale, n’associe plus ; il semble  préoccupé par quelque chose dont il ne veut pas parler. « On se trouve sans conteste en présence d’une violente résistance ». La cause de cette résistance se trouve dans la tendresse, voire l’amour qu’éprouve le patient pour son médecin. Freud donne l’exemple  d’une jeune fille qui tombe amoureuse de son analyste également  jeune, ou d’une jeune femme malheureuse dans son ménage  qui est prête à tout sacrifier pour son médecin…Sauf que ce phénomène se produit dans tous les cas et  quel que soit l’âge de la patiente ou du médecin.

Force est de constater que cet état n’est pas accidentel.  « Il s’agit d’un phénomène qui présente les rapports les plus étroits avec la nature même de l’état morbide ».


« Ce fait nouveau, n’est autre que ce que nous appelons le transfert. Il s’agirait donc d’un transfert de sentiments sur la personne du médecin ». Ce transfert de sentiments peut  se manifester soit de manière intense, soit de manière modérée. Mais quelle que soit la forme qu’il revêt, il a la même origine et provient d’un désir refoulé  qui réapparaît et qui a pour objet le médecin. Freud donne ici l’exemple de la jeune fille qui préfère transformer son amour pour son médecin âgé en amitié. Il note en outre que ce phénomène de transfert se retrouve également chez les hommes, qu’il apparait dans les mêmes conditions sauf que, chez ces derniers,  il est  fréquemment  sublimé.


Le transfert peut revêtir une autre forme. Celle-ci se rencontre beaucoup plus souvent chez les hommes que chez les femmes : c’est le transfert hostile ou négatif (voir l’homme aux rats).


Revenons un petit peu en arrière et voyons quelles sont les conditions qui président à l’apparition du transfert et quels sont les mécanismes qui le provoquent. Le transfert  « se manifeste dès le début du traitement »sauf qu’au début, nous l’avons vu, l’amour éprouvé à l’égard du médecin se manifeste sous formes d’intérêt pour le traitement, d’attentions  à l’endroit du thérapeute, d’adhésion inconditionnelle à toutes les interprétations. Dans ces conditions, le transfert « représente le ressort le plus solide du travail ». Ce n’est que lorsque le travail s’arrête, que le transfert  se mue en résistance qu’il faut s’en préoccuper. La résistance  peut être provoquée par une exaspération des sentiments amoureux. Elle peut également résulter de la transformation des sentiments tendres en sentiments hostiles. Notons que  « les sentiments hostiles apparaissent plus tard que les sentiments tendres derrière lesquels ils se dissimulent »

 

Comment surmonter ces difficultés et venir à bout de cette résistance ?

En premier lieu, prendre en compte ce transfert, garder une attitude neutre, montrer au patient que ses sentiments à l’égard du médecin reproduisent une situation antérieure,  une réédition de faits anciens. Le patient répète en acte un fait refoulé.


«  Nous le forçons ainsi à remonter de cette production au souvenir » Faire en sorte que cette répétition débouche sur la remémoration  et l’abréaction.  C’est  ce que doit faire l’analyste.


Le transfert occupe la place centrale du traitement, puisque tout  est ramené « aux relations entre le patient et le médecin ».


 « Le transfert peut ainsi être comparé à la couche intermédiaire entre l’arbre et l’écorce, couche  qui fourni le point de départ à la formation de nouveaux tissus et à l’augmentation d’épaisseur du tronc ». Nous avons affaire à une  « névrose nouvellement  formée et transformée qui remplace la première»


« Névrose artificielle », donc,  puisque c’est le transfert qui l’a provoquée et c’est dans et par le transfert qu’elle va être résolue.

« Surmonter  cette nouvelle névrose, c’est supprimer la maladie engendrée par le traitement. Ces deux résultats vont de pair, et quand ils sont obtenus, notre tâche  thérapeutique est terminée »

Freud  précise ici que ce nom de névrose de transfert est aussi attribué aux névroses hystériques, névroses d’angoisse et névroses obsessionnelles par rapport  à l’importance et à l’intensité que le transfert  y occupe.  C’est aussi la preuve que « l’importance des symptômes  tient à leur qualité de satisfaction libidineuse substitutive »

C’est l’attitude du patient à l’égard du médecin qui va déterminer l’issue du traitement. Si le transfert est positif, la tâche  du médecin sera relativement facile, mais s’il est négatif, ou  indifférent, ce serait peine perdue. « Les  arguments qui n’ont pas pour corollaire le fait d’émaner de personnes aimées n’exercent et n’ont jamais exercé la moindre action dans la vie de la plupart  des hommes » .

En fait, c’est la capacité d’investissement libidinal d’objets qui conditionne le succès d’une analyse.


Pour conclure, Freud  aborde encore une fois la question de la suggestion dans la cure. Il rappelle que l’ancienne technique ,l’hypnose, avait été fondée sur le principe que tous les hommes étaient suggestibles (ce qui est une tendance au transfert), sauf que dans cette technique, on  n’a pas tenu compte ni du transfert négatif, ni du lien  de dépendance  qui existe entre  « la suggestibilité d’un côté,  la sexualité, l’activité de la libido de l’autre.» Alors oui, la suggestion se  retrouve dans la technique  psychanalytique,  mais sous la forme du transfert. Et Freud  propose d’aborder cette question à un autre moment ,ce qu’il fera dans le dernier chapitre « la thérapeutique analytique »


Au cours de cette conférence, Freud a abordé la question de la cure  analytique avec les psychotiques. « Ces malades paranoïaques, mélancoliques, déments précoces, restent  réfractaires  au traitement psychanalytique …Nous sommes là en présence d’un fait que nous ne comprenons pas, de sorte que nous sommes  tentés de nous demander si nous avons bien compris toutes les conditions du succès que nous avons obtenu dans les autres névroses. »La réponse, il l’apportera l quand il abordera la question du transfert  dans la névrose narcissique. Ces malades, dont la libido s’est détachée des objets et s’est transformée en libido du moi, sont dans l’incapacité de  faire un transfert sur la personne du médecin. Selon Freud, la thérapeutique psychanalytique ne peut leur être appliquée.

 

Cet article est signé Aïcha BELLOUTI et n'engage que son auteur.


  S.Freud : « Introduction à la  à la psychanalyse »,petite bibliothèque Payot,page408

Ibid page408

Ibid,page410

Ibid page 410

Ibid,page 412

Ibid p.413

Ibid,p.414

Ibidp.416

Ibid,p.418

Ibid,p.419

Ibid,p.419

Ibid,p.420

Ibid,p. 420

Ibid,p.421

Ibid,p.421

Ibid,p.422

Ibid,p.422

Ibid.p.422

Ibid.p.423

Ibid.p.423

Ibid.p.416

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