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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 19:37


Doctoresse Maria Montessori

L’ENFANT

Traduit par

Georgette J.J Bernard

25e mille

Desclée de Brouwer

(1934) ?

 

         Une charmante amie, rayonnante de ses 85 printemps m’a fait don de ses livres de l’orthophoniste qu’elle était autrefois. Emotion.

 

         Parmi ces livres, mon préféré sans doute, celui dont je vous parle aujourd’hui, qui a été réédité plusieurs fois mais il me semble que celui que j’ai entre les mains est une copie originale de 1934 (?). J’ai cherché en vain une année d’édition ou d’impression mais j’ai lu «Copyright by » Doctoresse Maria Montessori. J’ai adoré ce mot adossé au nom de la couverture, « Doctoresse » ; on ne voit plus ça maintenant et je trouve que ce mot « doctoresse » met une lumière féministe qui n’est pas pour me déplaire.  Je n’en ai pas fini avec cet « objet- livre ». Il est beige, avec des feuillets à découper et découpés sagement, sur sa couverture on lit le titre en lettres en gros caractères noirs. Emotion.

 

         Mais ce livre ancien est d’une extrême actualité par son contenu. Chers Inventeurs, que vous soyez parents ou grands-parents, éducateurs ou instituteurs, ou de toute profession près des enfants, je vous invite à relire Maria Montessori. Elle est un bijou d’intelligence. Elle porte au niveau sacré l’enfant et sa science. Ces termes ne sont peut-être pas les nôtres mais comme il est aisé d’y reconnaître nos concepts. Moi, par exemple, dont les pas de mes recherches m’emportent vers Bowlby et son modèle d’attachement, j’aime à lire chez Maria Montessori l’importance qu’elle accorde à « l’ambiance » créée autour de l’enfant ; ce mot « Ambiance » court à travers tout le livre et c’est passionnant de lire et de pressentir ce qu’elle introduit dans ce mot de responsabilité de l’adulte à créer un environnement heureux pour l’enfant, respectueux de l'enfant.

 

         A la lire encore, on apprend que l’avenir de l’homme, ce n’est certes pas la femme, mais l’enfant. Elle a un chapitre magnifique qui raconte comment l’enfant, à la sueur de ses pas invente l’adulte, en silence et dans une création persévérante. En la lisant ma lecture était habitée par celles que j’avait faites de Winnicott ou de Françoise Dolto et de sa fille également ou de Korczak ou plus récemment encore celle d’Eliane et Jacques Fijalkow, dans leur petit livre L’apprentissage de la lecture dont j’ai parlé récemment dans mon blog. Quel est le point commun entre tous ? Un immense respect pour l’enfant qui au cœur de sa création de l’adulte vit à une échelle différente de nous, dans une invisibilité de son vécu, de ses gestes et de son cœur qui trop souvent le rendent vulnérable à « notre brut de décoffrage d’adulte ». Et cela n’a rien voir avec l’enfance heureuse ou non. Un enfant peut avoir « une enfance « visiblement »  heureuse » comme on dit et être traversé d’irrespect invisible et destructeur, destructeur parce que pouvant l’amener à un repli désastreux, à se créer, ce que l’auteure appelle une barrière psychique, qui obturera son intelligence ou sa sensibilité ou les deux, qui mettra en péril ses apprentissages fondamentaux ou sa vie relationnelle. Le respect de l’enfant, et elle en donne de nombreux exemples de clinicienne, est le moteur de l’humanité. Respecter l’enfant, c’est générer une humanité pacifique et je vous invite à relire sa Conférence pour la paix que vous trouverez également  retranscrite dans mon blog.

 

         Mais aussi, si l’enfant est un être pétri par son « ambiance » avec sa famille, il est aussi un être social, pétri par les lois instituées par les hommes.

Son premier chapitre s’intitule : « La question sociale de l’enfant. ». C’est douloureux à lire : elle montre comment l’adulte a laissé son héritier et son ancêtre (car l’enfant est les deux à la fois) sans « lois », en a fait un hors-la loi. Certes la première édition de ce livre a été fait en 1934 mais n’oublions pas comment, actuellement, l’enfant social est remis en question avec le vacillement du poste de défenseur des enfants, certes, il y a maintenant une Convention des droits des enfants mais doit-on oublier, dans nos villes et dans nos campagnes, le traitement des enfants étrangers ? A Montauban, une famille et leur enfant de 6 jours auraient été condamnés à errer en plein moins d’août 2011, dehors, toute la journée, sans le secours de la vie associative, RESF, CIMADE, AMAR. Moi, j’appelle ça un crime contre l’enfance et Maria Montessori est toujours d’actualité. Soyons vigilants et ne permettons-pas que des enfants, étrangers ou non, soient hors-la loi, car plus tard, soyons-en- sûrs ils deviendront « graine de violence » ou pire encore « graine de guerre ». Oui, œuvrer pour l’enfance c’est œuvrer pour la paix. Maria Montessori écrit : « L’enfant est la partie la plus importante de la vie de l’adulte ». Prenons soin de nous en prenant soins de nos enfants. « Ne déformons pas leur âme », sculptons les dans l’argile de notre meilleur et de notre tendresse.

 

         Et puis, il y a des chapitres ponctuels et presque pragmatique qui content le désir d’ordre de l’enfant, l’amour du rythme et du cadre, le besoin d’ordre intérieur, le besoin de dormir. Elle parle du lit des enfants, elle parle de leur naissance, elle parle de leur environnement, elle raconte page après page leur concret et leur vie psychique, leur imaginaire, de leurs jouets, elle parle de leurs silences et leurs chagrins, elle parle de leurs peurs. Elle parle aussi du rôle de la main pour saisir le monde et j’ai pensé aux travaux de Bruner, elle parle de voies nouvelles de l’éducation. Chaque chapitre est une porte ouverte sur l’âme des enfants, de nos enfants, chaque chapitre interpelle l’adulte que nous sommes ou l’enfant que nous avons été et que nous sommes encore.


     Penser l’enfance est un « devoir de pensée », un « devoir de mémoire » de l’humanité

 

Hier, je vous parlais de Nathalie Pigem, aujourd’hui de Maria Montessori. Leur écriture est différente mais leur enjeu est le même : reconnaître l’enfant dans son invisibilité, au delà de sa visibilité immédiate, au de-là de notre brut de décoffrage désespérèment « cohérent ».

 

         Pour finir ce commentaire, je vous fais cadeau d'une très belle citation :

 

"Un enfant est une personne qui bouge, qui court, on ne le voit pas passer : on ne peut saisir que quelques traces périmées de son passage"

 

(Pédagogie relationnelle du langage par Chassagny,) un autre « Grand » de l’enfance  ( P27 PUF 1977). Je vous invite à surfer pour le découvrir.

 

         Oui, j’ai beaucoup aimé ce livre ‘L’Enfant » et je me reproche vraiment de l’avoir découvert si tardivement. Je voudrais ajouter une dernière chose avant de vous quitter : je trouve que Maria Montessori et Françoise Dolto, toutes deux, auraient dû être honorées du prix Nobel de la paix avec mention très bien.

 

         A tous, bonne lecture de rentrée avec à l’honneur ces deux Grandes de l’Enfance vers qui ma colombe aime à s’envoler pour parcourir leur œuvre dans le charivari des enfants...

 

 Bonne rentrée à eux aussi. L’école ça peut être un truc sympa ! Faut s’y mettre, c’est tout !  Tiens, ça me rappelle aussi, relisez ce si bon bouquin de Dominique Pivetaud, « Comment lisent les enfants du Chaperon Rouge ? (Lire et écrire au C.P. Enjeux et pratiques.) Editions l’école et puis aussi relisez Prévert, son cancre et sa page d’écriture, et puis relisez Tardieu et Charlemagne .

 

Bref, bonne rentrée et bonnes lectures !   MJA

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Le devoir de pensée
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