Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 09:54

Culture et modes de pensée
Jerôme Bruner
Retz
Petit Forum
L’Esprit humain dans ses œuvres
2008

Partie II.

Langage et réalité

P.77-143

 

         Les cinq essais dont je vous présente  la synthèse se nomment  successivement :

 

-         Le self transactionnel

-         L’inspiration de Vygotski

-         La réalité psychologique

-         Les mondes de Nelson Goodman

-         Pensée et émotion

 

Il était une fois un homme nommé Bruner qui pensait et s’interrogeait  sur l’enfant à partir de ses observations minutieuses et de ses lectures de travaux d’adultes, à partir de son élaboration de chercheur.

 

Comment l’enfant découvre-t-il  la réalité ? Seul ou avec d’autres ? De l’intérieur ou du lieu d’une culture ? Mais qu’est-ce alors que la culture ? Découvre-t-il  le monde ou des mondes ? Du lieu de son intelligence ? De ses émotions ? A partir de ses actions ? Ou des trois à la fois ? Enfant, ancêtre de l’adulte, quelle est ta saga ?

 

Petit Bonhomme comment entres-tu en transaction avec autrui ? Premier autrui  ou autrui collectif, interrogent Bruner et quelques autres, qu’il nous conte. Petit bonhomme quelle est ton entrée en intersubjectivité ? Roulette de Monte-Carlo ? Bruner raconte.  Bruner te raconte. Quand tu découvres les objets et leur manipulation, quand tu le fais circuler entre tous, quand tu découvres le sens de la mutualité de ton action. Si jeune, le dit Bruner, tu es pourvu de compétences transactionnelles, si jeune, tu peux t’adapter à la perspective d’autrui, grâce au langage. Bien sûr, au début de ta vie, tu ne sais rien de la syntaxe, mais dès tes premiers pas, tu sais la syntaxe partagée, les règles pour construire les énoncés et pour pressentir comment ça marche, l’univers.

 

         Oui, Chomsky le dit : « le langage est un organe naturel de la pensée », oui, Bruner le dit, le langage permet de faire un pas de géant vers la compréhension d’autrui ».

 

         Il était une fois le langage, organe de la pensée.

Il était une fois le langage, compréhension d’autrui, singulier ou      collectif.

         Il était une fois le langage référence entre tous, grands et petits.

         Il était une fois le langage constitutif de réalité, de création.

         Il était une fois les actes du discours : élocution et allocution.

Il était une fois l’expérience des références et non leur apprentissage.

Il était une fois les références grâce auxquelles nous découvrons les expériences d’autrui, ses expériences et ses possibles.

Il était une fois les significations et leur ambigüité.

Il était une fois le sens qui « désambiguïse » les significations..

Il était une fois les récits des hommes et le sens donné à l’humain.

 

Petit bonhomme, tu n’es pas bien à l’aise dans la « désambigüisation » mais déjà tu pressens les procédures, et tu négocies avec les autres ces ambigüités du sens mais aussi dans tes jeux, dans la construction intime de ton univers d’enfant.

 

Petit bonhomme, tu découvres très tôt le langage lié à l’apprentissage et à la culture que Bruner définie comme ce qui relie au monde et organise les moyens d’agir dans des contextes donnés.

 

Il était une fois, un anthropologue cité par Bruner qui s’appelait Clifford Geerts et qui écrivait qu’agir au sein d’une culture c’était comme interpréter un texte ambigu.

 

Il était une fois l’ambigüité. Petit bonhomme, à toi de la découvrir, avec les autres, à partir d’une conscience à deux, d’une conscience déléguée. Petit bonhomme, il était une fois un grand bonhomme, un grand chercheur que la tuberculose a emporté à 38 ans. C’est trop triste, tant d’intelligence disparue si précocement. Ce chercheur russe s’appelait Vygotski. Il était convaincu de  la dialectique entre biologie et histoire, entre nature et culture. Petit bonhomme, il t’a regardé grandir, il t’a regardé instrumentaliser tes pensées et ton discours, il t'a regardé mener  tes tâches pratiques en utilisant tes yeux, tes mains, tes mots. Il t’a observé passer de tes impulsions, à la formation de ta conscience, il t’a observé grandir avec tes parents et il a repéré cette ZPD, curieuses initiales qui signifient Zone Proximale de Développement, cette zone où les tiens sont si proches et si aimants de toi, qu’ils partagent avec toi leur conscience, qu’ils te la prêtent et te propulsent dans le monde des grands, t’apprennant à le reconnaître, à le comprendre.

 

Petit bonhomme, seul tu ne peux pas grandir. Tu deviendrais un enfant sauvage, trempé de solitude et de douleur, incapable de parler. Petit bonhomme, tu as besoin d’interactions pour grandir, même, si tu as en toi, le potentiel du monde. Un potentiel à actualiser si tu veux exister dans un beau processus de subjectivation.

 

Il était une fois un chapitre « Réalité psychologique » trop difficile pour moi, je passe. A vous de vous y coltiner ; tout seul ! Je ne vous délègue pas ma conscience tâtonnante dans trop de notions de linguistique que je ne maîtrise pas. Malgré tout, je l’ai lu ce chapitre. Pour le plaisir de côtoyer les mots de Bruner, de m’abriter dans la force de son savoir qui plante mes pensées dans l’intelligence de mondes multiples, dans l’intelligence d’un autrui collectif de savants et de chercheurs passionnés et exigeants, que je pressens. Apprendre, c’est aussi pressentir. Transmettre, c’est aussi permettre à l’autre de caresser le savoir, en l’espérant.

 

Il était une fois les mondes de Nelson Goodman. Il était une fois un questionnement qui dépasse la question binaire du monde, de son vrai et de son faux, de sa quête de vérification mais qui inscrit dans une écriture méthodique et progressive dans un court chapitre efficace, la question du fonctionnement des opérations mentales pour construire, non le monde, mais les versions du monde. J’aime cette idée des versions du monde qui dit l’invention des possibles. La  question n’est plus celle d’un savoir statique sur un monde préexistant à nous, mais la question est de comprendre comment le savoir nous est venu, par quel processus e surtout comment nous l’avons construit ce savoir, avec toi petit bonhomme, juste avant toi. Juste un peu d’avance pour nous permettre de te guider. Le monde n’est pas « une réalité ultime », le monde est pluriel, construit, par l’art bien sûr, par la littérature bien sûr, mais par la science aussi. Nous prenons alors le risque de perdre les notions de vrai et de faux mais l’essentiel n’est-il pas d’établir des relations entre les mondes que nous construisons ?  L’idée n’est pas le vrai et le faux, l’idée de l’humain est la mise en relations, la mise « en cultures » des vérités construites par tous. Ces dans ces mondes liés et reliés que tu grandiras petit bonhomme, inventant tes vérités avec celles des grands, construisant ton self, privé, public, par des partages mentaux avec autrui, avec des autruis, entre immédiateté et médiations, entre cognition et émotions, entre cognition, émotions et actions. Petit bonhomme, c’est à partir de tes possibilités d’imaginer des perspectives multiples des autres et du monde que tu parviendras à la maîtrise du langage, c’est à partir de ce multiple que tu découvriras l’attente, l’attitude et l’intention, les trois ressorts qui te permettront d’entendre, de voir, de participer aux mondex plurielx, de lex créer en prolongement de tes pensées et de tes émotions, non clivées mais en interactions, mises en relation par le langage qui les transportent et qui te transportent dans des contextes sociaux qui vont les signer. J’aime cette approche de Bruner quand il dit que le contexte social est une signature, quand il dit qu’il ne faut pas séparer action, pensées, émotions, quand il dit qu’elles correspondent entre elles, signées par le contexte social.

 

Bruner est un homme qui construit des ponts, entre sciences et humanismes, entre réalité et langage, entre réalité psychologique et linguistique, entre actions, pensées et émotions, « trois facettes d’un diamant » écrit-il. Mais le vrai diamant, c’est toi, petit bonhomme que j’aperçois sur ses ponts Bruneriens, dans ton premier éveil à la vie, au langage, aux mondes et aux autruis ; petit bonhomme, je t’aperçois dans ce livre, Culture et modes de pensées et j’en suis si heureuse. Pour moi, le savoir, n’a d’autres sens que de créer des ponts entre tous les chemins de la connaissance, pour qu’avec nos consciences déléguées, tu puisses grandir heureux et courir, courir, courir dans le mouvement des espaces / temps de ta vie d’enfant.

 

Petit enfant deviendra grand. Prenons soin de lui. Avec Jerôme Bruner, construisons ponts et viaducs et cherchons le sens des mondes presque meilleurs. Construisons-les ces mondes, obstinément, tous ensemble, toutes cultures et tous savoirs confondus et différenciés.. Prenons-le par la main et inventons-lui de jolis lendemains.

 

 Mais que de travail ! Qu’avons-nous fait de notre enfance ? MJA

Partager cet article

Repost 0
Published by Marie-José Annenkov - dans Les inventeurs cherchent et trouvent
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Inventeurs de lectures
  • Inventeurs de lectures
  • : recherches sur la lecture, les ateliers de lectures et partage de livres
  • Contact

Mes publications

telechargement.jpg


 



Recherche