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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 09:48

Culture et modes de pensée
Jerôme Bruner
Retz
Petit Forum
L’Eprit humain dans ses œuvres
2008

(1)
Première partie :
Deux genres naturels
P. 17- 74

Cet essai traite des deux modes de pensée différenciés par Jérôme Bruner, deux modes de fonctionnement cognitif irréductibles l’un à l’autre, bien que complémentaires,  nous dit-il.

Qu’en est-il de cette irréductibilité ?

Qu’en est-il de cette complémentarité ?

Tel est l’objet de cet essai, que j’ai lu, crayon en main, passionnément, tant il raconte la saga de l’intelligence de la vie quand elle se fait pensée et lecture surtout. Quel homme érudit ce Bruner ! Quel pari, il entreprend là, de sortir de la dichotomie main droite, main gauche, de la dichotomie entre  sciences et humanités.

Pour vous mettre en appétit, je défile devant votre regard attentif, les trois parties de son livre, que je découvre, au fur et à mesure, que je vous les conte. Car, entrons dans le vif du sujet : le savoir est un récit.

Trois parties donc :

-    Deux genres naturels
-    Langage et réalité
-    Agir dans des mondes construits

Ce jour, je lirai avec vous la première partie : Deux genres naturels.

Je vais m’appliquer à écrire une synthèse des trois essais qui constituent cette partie mais je vous incite fortement à les lire, un à un, crayon en main, car les trois creusent le sillon de l’espoir d’une paix  Brunerienne réconciliant main gauche et main droite, humanités et sciences, sans pour autant tomber dans un œcuménisme centriste à la Bayrou ! Le savoir est aussi du politique, ne l’oublions jamais. Le savoir est de la main gauche et de la main droite, du politique et de l’éthique, de l’économique et de la résistance.

Les trois essais, dont je vais « créer » une synthèse se nomment successivement :

-    Pour tenter de cerner le phénomène « littéraire »
-    Deux modes de pensées
-    Possibles châteaux

Pour échapper à cette dichotomie séculaire, qui fut un temps celle de Bruner, cette dichotomie qu’il souhaite remettre à l’étude, Bruner pose comme préalable à son exploration conceptuelle le concept de Culture qu’il définit selon trois caractères : la culture est locale, construite et narrée. Comme Ricœur, il nomme comme levier essentiel de la culture, le Récit, qui dit-il, possède un don d’ubiquité entre les deux mains. Oui, le récit se niche dans la main gauche et dans la main droite. Pas de culture sans récit. Bible, histoire, loi, théologie, divan du psychanalyste, confessionnal passent par le récit et son don d’ubiquité. L’homme être de savoir est un homme qui se narre, qui narre, sortant de son noir, de son obscurantisme. De Durkheim à Marcel Mauss, en passant par Foucault, de Milton à Popper en passant par Becket, de Kafka à Todorov, et de nombreux autres encore (comme en témoignent de si riches notes bibliographiques), empruntant des chemins diaboliques et divins, des chemins du temps présent et de l’antiquité, Bruner, ivre de savoir et de métaphores nous entraîne dans une folle épopée intelligente et cultivée au service d’une paix intelligente.  Passionnant ! Ce que je veux vous confier avant toute chose, c’est l’enthousiasme qui m’a habitée, de part en part en part,  lors de ma lecture et relecture obligée, pour être au plus près du texte, pour l’intérioriser, vous le transmettre, vous le conter sans vous le prédigérer. Vous me connaissez maintenant : je ne veux pas vous économiser le travail du lire, je pose là juste, quelques balises. Une introduction à votre lecture ou relecture.

Quelques balises donc :

Main gauche et main droite, humanités et sciences penchées sur la condition humaine et le fonctionnement de l’univers, l’une ayant pour objet le  ressenti,  l’interaction entre les hommes, la réalité psychique, la réalité interne ; l’autre la perception, la réalité physique, la réalité externe. L’une et l’autre s’appuyant comme des béquilles sur des métaphores, mais les mains gauches ne lâchent jamais les béquilles de la métaphore, alors que les mains droites arrivées au sommet du savoir et de l’abstraction les lâchent. J’ai pensé à l’homme proustien du Temps retrouvé, juché sur ses échasses, ultime métaphore de la Recherche. Les béquilles,  concept clé du savoir humain, selon moi et c’est pour cela que j’ai souligné ce terme chez Bruner. Béquilles, échasses pour faire quoi ?

Pour traverser l’incertitude d’exister, pour traverser nos multiples possibles, ce que Bruner nomme notre subjonctif à l’œuvre dans nos lectures, pour habiter grâce à ce subjonctif, notre processus de subjectivation. Je vous l’ai dit, je ne vous économiserai pas votre lecture. Découvrez par vous-même, dans la solitude de votre subjonctif, la rigueur conceptuelle étonnante de Bruner qui nous emporte dans une cartographie du savoir de la condition humaine, comme j’en ai rarement lu. Entre vérification et falsification, entre vicissitudes des intentions humaines et poursuites d’objectifs à atteindre malgré moult obstacles à vaincre et vaincus par le savoir en mouvement. Bruner n’en finit pas de construire des viaducs avec l’intelligence de tous, avec le savoir de ceux qu’il a lus et intériorisés, des viaducs entre main gauche et main droite, différenciées par leurs objectifs et leurs méthodes mais jointes par la ferveur de construire une culture de l’humain digne de son nom, la ferveur de nommer l’humanité et de la construire par sa culture.

Bruner nomme par ses lectures, par ces concepts qui traversent le temps, de l’antiquité à nos jours, et comme c’est précieux de  découvrir une fois encore que le désir de savoir de l’humain est millénaire. Mais, il nous fait don aussi de toutes ses expériences. Car Bruner est un chercheur qui n’en finit pas de chercher, d’interroger, de questionner, de jouer. Bruner est un enfant qui met en place des expériences, des variables, des hypothèses, des conclusions, avec des livres, avec des cartes, avec des mots, avec des couleurs, avec des intuitions et des métaphores. Il est trop fort ! Il vérifie, lutte contre la falsification, invente. Je vous l’ai dit, je ne vous livrerai rien de son travail que je ne veux surtout pas vulgariser ou vous dévoiler. Je veux lancer le coup d’envoi de votre lecture ! Vous verrez comme à chaque fois à le lire on s’exclame « BUT ! » Main gauche et main droite sortent de leur dichotomie mortifère, le savoir de tous est le seul vainqueur et c’est un vrai bonheur !  Toutes les fables sont possibles, parce que l’homme ne fabule que pour chercher sa vérité. C’est cela le merveilleux paradoxe du savoir des hommes : fabuler pour trouver, trouver à travers des personnages fictifs et des expériences réelles, trouver des conclusions aux hypothèses de l’humain, entre sciences et littérature, sur la grande scène du théâtre qui génère nos vies si splendidement réelles et désirantes.

Trouver, continuer d’écrire et de penser, trouver, continuer d’inventer de nouveaux possibles, ouvrant main gauche et main droite, à la mesure de l’empan, inventer de nouveaux possibles, entre humanités et sciences, entre personnages et expériences, entre hypothèses et conclusions, entre expérimentations et narrations.

Pour reprendre, le titre d’un récit de  Gisèle Halimi - Ne jamais se résigner-

Ne jamais se résigner, parce que de nos jours, plus que jamais, le risque de perdre l’humain est immense : la Grèce, la Syrie,  les centrales nucléaires (on en parle plus du Japon... il fait froid en France alors parlons verglas...), les déclarations si inquiétantes de notre ministre de l'intérieur, monsieur Guéant, le Front national, l’incertitude de l’issue des prochaines élections, (là il ne peut y avoir de viaduc entre main gauche et main droite),  la bête immonde qui rôde à travers le monde. Oui, unissons nos travaux des humanités et des sciences, lisons Bruner, son érudition littéraire et son exigence scientifique, tournons ses pages, soulignons ses phrases, intériorisons son livre, partageons le avec nos amis et espérons que l’humanité s’en sortira de son presque désastre... Joignons nos mains et lisons, étudions.

Voilà, ce que je voulais écrire de « ma subjonctivité »,  suite à ma lecture de la première partie de Culture et modes de pensée.

Prochainement, je vous conterai, la deuxième partie. 

A bientôt donc, livre et crayon en main, espoir au cœur, exigence de savoir chevillé au corps.

Au présent de nos modes de pensée, libre et créatif, conjuguons nos verbes d’humanités et de sciences

Je  lis, tu lis
Je cherche, tu cherches
Il ou elle lit
Il ou elle cherche

Nous lisons,
Nous cherchons,
Vous lisez,
Vous cherchez
Ils ou elles lisent
Il ou elles cherchent !

Main gauche, main droite
Main dans la main
Inventons nos demains
Inventons nos possibles


Que perdure l’humain
Toutes hypothèses vérifiées
Toutes conclusions partagées
Dans le sourire du savoir

Si jeune et si âgé !

MJA

 

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Published by Marie-José Annenkov
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