Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 19:51

L’orthographe française

Traité théorique et pratique

avec des travaux d’application

et leurs corrigés

 

Université Nathan information

                             Formation

Linguistique française

1980

 

         Les livres ont parfois une histoire. Celui dont je vais vous parler, «  le livre de Nina » en a une, très jolie. Je vous la raconte.

 

         Ma famille maternelle, pour cause de vie remuante,  est un peu dispersée et certaines branches sont inconnues à d’autres. Nina, elle, je la connaissais bien, et je l’aimais. C’était la cousine germaine de ma mère et aussi sa meilleure amie. Elles se ressemblaient. Elles étaient amies d’enfance avant que d’être cousines. Elles avaient partagé la guerre, de nombreux engagement, des rires et des livres puis peu à peu, elles s’étaient éloignées. Vous savez la vie, comme c’est. Après la mort de ma mère, je l’avais revue. Comme je l’avais trouvé belle, bien coiffée, vêtue d’un chemisier jaune qui lui allait si bien ! La soirée avait été délicieuse. J’aimais tant son sourire ! Nous avions parlé de ses enfants, des miens, de celui de ma sœur Cathy, qui partageait le dîner avec nous. Comme nous étions bien d’être ensemble ! J’avais eu le temps d’admirer son grand bureau, jonché de feuilles et de livres. Dans le temps d’une phrase, elle me fit passer sa passion tumultueuse pour les mots. La même passion que la mienne, mais la sienne était beaucoup plus érudite ! Puis 15 jours après, un virus absurde  l’emportait à son tour, et deux mois après ma mère, elle nous quittait. J’en eus beaucoup de peine. En 1997, juste avant l’hiver.

 

         Les mois et les années passèrent. Acharnée, je travaillais les mots, j’avançai d’ateliers de lectures en atelier de lectures, j’écrivis deux modestes livres dont la gloire ne voulut pas s’ emparer, je commençai mon blog et un jour, je reçus un mail d’un cousin de la branche maternelle qui avait été ému de lire le nom de notre lignée dans un de mes commentaires, « mes ancêtres, ces inconnus ». Nous échangeâmes quelques mails. Un autre jour encore, j’eus la délicieuse surprise de trouver dans ma boîte aux lettres ce beau livre de Nina, je devrais dire Nina Catach, qui était de son vivant, Maître de Recherche au C.N.R.S, Chargée de cours à L’Université de Paris III.  Son œuvre reste accessible à tous. L’ensemble de ses travaux est largement répandu dans toute les pays francophones ; elle reste une référence dans l'enseignement du français.

 

Nous avions le même combat toutes les deux, contre l’échec scolaire. Elle par son enseignement si érudit et ses recherches passionnées et moi ; beaucoup plus modestement avec mes obstinés ateliers : nous ne voulions pas que l’orthographe soit cause de discrimination pour les plus fragiles. Et ce cousin inconnu, retrouvé par le hasard de mon blog, qui m’envoyait le livre  dans une gentille dédicace me faisait savoir avec gentillesse qu’il avait reconnu en moi, la même passion que Nina sa tante (Je crois...Tant est embrouillée pour moi l’histoire de ma famille maternelle ! D’ailleurs, la famille paternelle c’est encore pire !). Un mot encore, il y avait sur la première page du livre une dédicace et l’écriture de Nina. J’en fus réellement émue.

 

         Mais l’histoire n’est pas finie ! Je fus tellement émue de recevoir ce livre, que je décidai de le poser comme livre fétiche sur mon bureau qu’il ne quitterait jamais (avec deux autres livres fétiches et ma colombe trône sur ces trois livres).

Je veux dire par là que Le livre de Nina, m’accompagnera dans mon écriture, toujours. Comme un modèle, une identification précieuse, comme un souvenir, comme une transmission qui caresse aussi ma mère, qui aimait également tant les mots. Ainsi le temps a fait une boucle, comme j’aime, une boucle de hasard et de désir. Une boucle de persévérance dans l’espoir d’un monde où les mots s’enracinent dans la lutte contre l’injustice et l’inégalité sociale dont souffrent tant ceux qui ont « des troubles d’orthographe. »

 

         Dans son avant-propos, Nina Catach écrit que son livre s’adresse aux enseignants de Français Langue Etrangère (Fle) et que ce livre peut les aider à organiser leurs cours. Selon elle, l’orthographe est importante mais elle reste secondaire, « elle est un complément de la langue mais non son fondement » et c’est pour cela dit-elle, qu’elle est avant tout une technique, une affaire d’usage, un maniement à acquérir. Elle pose la question du passage à l’écrit et du choix pédagogique qui lui est associé avec un équilibre à respecter entre loisir, découverte et acquisitions obligées.

 

         Elle définit la pédagogie comme un choix, (objectifs limités et pondérés), comme un raccourci (éviter les tâtonnements), comme une imitation (je préfère son autre mot d’osmose et d’imprégnation de l’enfant par l’adulte), comme une improvisation calculée et enfin comme une réussite. J’aime sa façon d’écrire son souhait, qu’un jour disparaisse la notion de « faute » et le « zéro en orthographe ». La notation selon elle doit être positive.

 

         Elle présente son livre comme un cours, non encore achevé, non encore définitif. On la sent chercheuse en mouvement à l’écoute de ceux qui la liront et se laisseront imprégnée par elle, à l’écoute de leurs critiques et de leurs suggestions. Plus que didactique sa pensée est dialectique et c’est probablement ce qui en fait sa grand richesse.

 

         Je vous invite à découvrir ces 300 pages d’études sur la syllabe, le mot, ses timbres, sur les phonèmes, sur les systèmes vocaliques et graphiques, sur bien d’autres choses encore au pays si féerique mais si réel de l’orthographe. Et puis, je vous laisse aussi découvrir sa bibliographie sur les langues et leur histoire, sur la pédagogie et des articles divers. Un livre érudit, scientifique, mais sans aucun doute d’une grande clarté pour les passionnés de l’orthographe et de son enseignement.

 

         La rentrée approche ; laissez vous tenter par Le livre de Nina et que du lieu de son éternité, elle vous encourage dans vos travaux et dans votre enseignement. C’est cela pour moi, la vraie transmission : celle qui passe par le long et dur labeur de ceux qui nous ont précédés et qui pour reprendre une expression que j’aime bien de Lacan « n’ont pas cédé sur leur désir » d’être et d’exister dans le temps de leurs engagements : pour Nina : l’orthographe et l’égalité entre tous dans un monde fraternel.

 

Merci Nina pour tes livres, pour ton oeuvre toute entière, pour tes engagements et pour ton sourire si lumineux d’intelligence.  Marie-José

Partager cet article

Repost 0
Published by Marie-José Annenkov - dans Les inventeurs cherchent et trouvent
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Inventeurs de lectures
  • Inventeurs de lectures
  • : recherches sur la lecture, les ateliers de lectures et partage de livres
  • Contact

Mes publications

telechargement.jpg


 



Recherche