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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 23:29

Entre trauma et protection

Quels devenir pour les enfants juifs

cachés en France (1940-1944) ? (1)


Préface de Marie Rose Moro

Volte face de Boris Cyrulnik


Collection La vie de l’enfant

Editions érès 2009


Dans les jours à venir, je vous présenterai ce livre dont le contenu traite des enfants cachés. Marion Feldman, ethno psychanalyste a interviewé avec empathie 35 enfants qui ont vécu « 13 parcours singuliers en devenir." Elle nous livre ainsi le fruit de ses réflexions qui recouvrent tant un espace psychologique, que psychanalytique, qu’historique, qu’anthropologique, qu’ethnologique. Lire la table des matières c’est déjà entré dans le vif du sujet : la complémentarité des savoirs.


Dans le commentaire de ce jour, je vous présenterai les 30 premières pages qui, me semble-t-, donnent le coup d’envoi de ce livre essentiel de l’enfance en chagrin et de la transmission de ce chagrin immense qu’est celui de « se cacher »

Un livre autour du trauma et de sa transmission.


Les 30 premières pages sont constituées de trois séquences :


1) Une préface écrite par  Marie Rose Moro  : Ce que nous apprennent les enfants juifs cachés pendant la seconde guerre mondiale : comment se reconstruire malgré la rupture du familier, malgré la menace et la peur

2) Une volte-face écrit par Boris Cyrulnik

3) Un préambule clinique écrit par Marion Feldman.


Marie Rose Moro situe la clinique de Marion Feldman dans une clinique qui a une histoire, une géographie, un contexte géopolitique c’est à dire une clinique qui se place dans un contexte international avec des apports transculturels. Elle cite les travaux de Cécile Rousseau (Canada), de Roberto Beneducce (Italie, d’ Arthur Kleinman, Carolyn Sergent (Etats-Unis) de l’ école de Devereux ou de Bobigny (en France.)


Elle mentionne aussi comment la psychologie et la psychopathologie des enfants juifs cachés en France pendant la Seconde guerre mondiale et restés en France depuis la Libération ont été bien insuffisamment abordées pour diverses raisons :


- la souffrance de ses enfants a été déniée, ignorée, non perçue, déniée par les enfants comme par leurs agresseurs.

- La légitimité de ceux qui pouvaient le faire était mal repérée

- Comment aborder ce sujet délicat sans le simplifier et le transformer en objet idéologique

- La méthode d’élaboration d’un tel travail s’avérait difficile

- Comment progresser sans oublier d’intégrer les immenses progrès du développement en pédopsychiatrie transculturelle ?


Marie-Rose Moro présente le travail de Marion Feldman comme lieu de réflexion de ces points énoncés ci-dessus.


La lecture de cette préface nous amène à réfléchir sur la complémentarité des savoirs « histoire, psychologie, psychiatrie, anthropologue, psychanalyse.. »

Les enfants ont vécu des traumatismes, des ruptures graves qui demandent pour être approchées des savoirs divers et complémentaires


Le travail de Marion Feldman quant à l’approche de la vulnérabilité mais aussi de la créativité associée à cette vulnérabilité continue la réflexion d’Anna Freud et de la clinique transculturelle. Mais surtout, l’essentiel de ce travail  tourne autour du trauma et non sur le trauma : la nuance est importante car elle situe le trauma non comme une identité immobile mais dans une dynamique possible de transmission.


Comment approcher le trauma dans son acte de transmission, comment saisir le blanc de l’histoire, le trou laissé par un nom sur une liste ? Je pense à ces milliers de noms des Murs de La Commémoration de la Shoah à Paris et à Marseille. Je pense au titre du livre de Yoram Mouchenik (2006) que nous cite Rome Marie Moro : « Ce n’est qu’un nom sur une liste mais c’est mon cimetière ».


Le trauma de l’enfant caché se redouble du cimetière de son histoire laissé souvent par la déportation de ses parents.


Enfin, Rose Marie Moro termine sa préface sur l’ambivalence de la France qui a caché et livré des enfants. A la fois mère protectrice et menaçante. L’enfant caché est celui qui a vécu entre menace protection. N’est-ce pas là énoncer la vraie nature du traumatisme : quand l’enfant ne sait pas à quel sein se vouer ?


Boris Cyrulnik dans une brève volte-face fait suite directement à ce tragique là : on cache l’enfant parce qu’il est condamné à mort…Et ce par des Nazis, par des Turcs, par des Hutus et d’autres encore. Quand les enfants sont victimes du fanatisme des adultes. Par associations, je pense aux enfants soldats. Ceux là, on le les cache pas on les enrôle.


Boris Cyrulnik reprend fort à propos la théorie du trauma qui assignerait le trauma à résidence de son fantasme et non de sa réalité et revient à ce qui est cher, à lui Boris : les êtres en devenir : les enfants cachés puis « décachés, » les enfants réduits au silence puis entendus dans la dimension de la réalité de leur trauma : « tu te tais ou tes parents meurent, tu te tais et tu changes de religion. Surtout tu ne fais pas de bruit. Le vrai trauma pour un enfant : le réduire à l’immobilité et au silence, lui faire porter la responsabilité inhumaine de la possible mort de ses parents. Et là, on sent bien comment l’enfant est en proie à la réalité et au fantasme. Les deux sont intimement liés.


Boris Cyrulnik emploie l’expression prégnante de « personnalité cryptique », défensive, structurante. L’enfant, être en devenir, s’adapte. Mais alors comment de cette adaptation faîte de sociabilité et d’angoisse va naître la transmission du trauma ?


C’est l’enjeu si humain du travail de Marion Feldman.

Dans son préambule clinique Marion Feldman présente la transmission d’un trauma par la présentation d’une famille ou la petite-fille exprime le trauma parental en « cachant » des objets, de la nourriture, des camarades.


Le coup d’envoi est donné, le livre peut commencer ! Je vous invite donc à lire ce livre avec moi dans les jours qui viennent.


Bon travail à nous ! Il s’agit de l’enfance qui a eu mal et des enfants de ces enfants. Il s’agit du verbe transmettre à lire, à intérioriser, à défricher, à humaniser. Il s’agit de nos grands parents, de nos parents, de nos enfants. Il s’agit une fois encore de la guerre qui détruit tant… Il s’agit encore d’un livre au travail du meilleur : réparer l’enfance. Il s’agit… A suivre ! MJC


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Published by Marie-José Colet - dans La Shoah
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