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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 15:44

Une si longue lettre 

Mariama Bâ  

Le serpent à Plumes (1979)

 

J’ai aimé ce roman qui raconte une fois encore les femmes. J’avais pour marque page une jolie carte sur laquelle je lisais :

Ecrire est un acte d’amour, s’il ne l’est pas, il n’est qu’écrit.

Mon regard, toujours flottant, a lu

Lire est un acte d’amour, s’il ne l’est pas, il n’est que lecture.

Vous l’avez compris, je vais vous parler d’amour.

L’héroïne, Ramatoulaye est sénégalaise. Elle est en deuil, et selon la tradition elle vit sa période de réclusion. C’est durant ce temps qu’elle écrit à sa meilleure amie Aïssatou, Une si longue lettre.

L’amitié qui unit ces deux femmes est parfaite, fusionnelle comme une étreinte qui n’en finit pas de se vivre, de se dire, de s’écrire, de se lire, de se partager, de s’élancer dans les mots de Ramatoulaye. Cette amitié si bien racontée m’en a restitué une autre, maintenant déchirée par la mort et les larmes me sont montées aux yeux, si forte est la lecture quand elle se fait amour. Mon amie, à tout jamais partie : « Si les rêves meurent en traversant les ans et les réalités, je garde intacts mes souvenirs, sel de ma mémoire. »

Vous le devinez l’écriture de ce roman est parfaite et s’enroule autour de la mémoire et se projette sans cesse dans le présent. J’aime quand l’écriture fait cet aller-retour-là, j’aime quand ma lecture se fait  spirale du temps. Cela fait alors secret en fuite et je vis la plénitude de lire, d’aimer, de partager, de me souvenir de ce que je n’ai jamais vécu et d’oublier toute ma vie pour n’être plus que...

Ramatoulaye raconte les couples désunis que furent le sien et celui de son amie. Un  effet miroir de femmes ou presque. L’une a rompu, l’autre s’est laissée portée et a provoqué la rupture. Toutes deux ont vécu la polygamie sur laquelle l’auteur poursuit une réflexion passionnante. On est loin du journal de 20 h. Les deux amies ont dit non, chacune à leur façon. Aïssatou dans la révolte ouverte : « Je me dépouille de ton amour, de ton nom. Vêtue du seul habit valable de la dignité, je poursuis ma route. Adieu, », Ramatoulaye a inscrit  le NON dans une lourde soumission blessée et de la blessure coulent liberté et écriture : « Alors que la femme puise dans le cours des ans, la force de s’attacher, malgré le vieillissement de son compagnon, l’homme, lui, rétrécit de plus en plus son champ de tendresse. Son oeil égoïste regarde par- dessus l’épaule de sa conjointe. Il compare ce qu’il a eu à ce qu’il n’a plus, ce qu’il a à ce qu’il pourrait avoir. » ... « Je pleurerai tous les jours »

Mais Ramatoulaye n’est pas que pleurs et souffrances d’amour. Elle avance dans un pays nouveau. Elle parle  d’égal à égal avec les hommes :  « Presque vingt ans d’indépendance ! A quand la première femme ministre associée aux décisions qui orientent le devenir de notre pays ? Et cependant...La femme a hissé plus d’un homme au pouvoir. »

Ramatoulaye et Aïssatou sont des femmes engagées dans leur vie, dans leurs pensées malgré les larmes et l’amère déception dues à leur couple, à leur chagrin. Elles vivent au jour le jour, traditions et modernisme : « Eternelles interrogations de nos éternels débats. Nous étions tous d’accord qu’il fallait bien des craquements pour asseoir la modernité dans les traditions. Ecartelés entre le passé et le présent, nous déplorions « les suintements » qui ne manqueraient pas... Nous dénombrions les pertes possibles. Mais nous sentions que plus rien ne serait comme avant. Nous étions plein de nostalgie, mais résolument progressistes. »

Ramatoulaye écrit à son amie ses idées sur la vie comme ses sentiments de femme, d’épouse bafouée, de mère attentive à ses nombreux enfants filles et garçons. Elle les voit grandir, découvrir leur vie –pas la sienne-, épouser d’autres valeurs mais elle les rejoint toujours dans l’amour. Comme j’aime cette phrase que je pourrais faire mienne !

« Et puis, on est mère pour comprendre l’inexplicable. On est mère pour illuminer les ténèbres. On est mère pour couver, quand les éclairs zèbrent la nuit, quand le tonnerre viole la terre, quand la boue enlise. On est mère pour aimer, sans commencement ni fin ». Et la suite est aussi belle. Je vous laisse découvrir. La Mère.

Dans le mouvement de son écriture Ramatoulaye écrit la femme aimante et engagée qu’elle est. Et moi, je me projette ! Je m’identifie ! Je m’aime comme je l’aime et je retrouve l’interculturel que j’aime qui ne dit pas « sa culture » mais qui dit une culture différente et pareille à la mienne. Ça c’est mon idée fixe : le différent et le pareil et j’aime Ramatoulaye, femme porteuse de la paix dans le monde quand elle écrit en phrases simples tout cela :

«  Le sang des blessures coagulé dessine sur le sol des tâches sombres et répugnantes. Tout en les brossant, je pense à l’identité des hommes : même sang rouge irriguant les mêmes organes... Les mêmes remèdes soignent les mêmes maux sous tous les cieux, que l’individu soit noir ou blanc : tout unit les hommes. Alors, pourquoi s’entretuent-ils dans des batailles ignobles pour des causes futiles au regard des massacres de  vies humaines ? Que de guerres dévastatrices ! »


Enfin, pour conclure cette note, je livre cette certitude de Ramatoulaye : « Je reste persuadée de l’inévitable et nécessaire complémentarité de l’homme et de la femme »


Un beau livre dont la lecture ne peut-être qu’un acte d’amour sinon elle ne sera que lecture. MJA

 

 

 

   

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans femmes
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