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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 12:30

L’apprentissage de la lecture

Jacques et Eliane Fijalkow

Les Essentiels Milan 2010

 

Un livre de tendresse. Caresser  la couverture et se l’approprier. Un bleu vert d’une grande douceur et surtout une adorable petite fille, couchée dans l’herbe, sur le ventre, ses longues jambes fines, en éventail. Une position qui dit son abandon au livre qu’elle lit. Lire est une histoire d’abandon, mais s’abandonner au désir du lire est une histoire longue et difficile que nous content avec talent Jacques et Eliane Fijalkow. Content, s’écrit là comme content. Mystère de la lecture mais vérité du sens « Conter rend content » !

 

Oui lire, les auteurs savent nous le rappeler est une histoire de sagesse et de tendresse, d’abandon au savoir et de plaisir. Sans plaisir pas d’apprentissage de la lecture, mais sans le sérieux non plus. Apprendre à lire est une aventure évidente mais toujours complexe. Apprendre à lire c’est se coltiner à la difficulté du réel quand il s’épèle avec des lettres qui font alphabet et mots, mots et phrases, se coltiner dans la jubilation et dans l’effort

 

Lire ce petit livre, si attrayant comme objet, c’est savoir se détacher de la joie immédiate d’une couverture talentueuse pour entrer dans le sens que veulent nous livrer Eliane et Jacques. Un plan, d’abord, très minutieux qui en dit long sur leur recherche. Je le recopie sagement  afin que vous saisissiez la complexité du livre et son cœur :

 

-         Aspects affectifs et ce n’est pas neutre de commencer par l’aspect affectif de l’apprentissage de la lecture !

 

-         Aspects sociaux et ce n’est pas neutre de continuer par cela !

 

-         Débuts de l’apprentissage !

-         Clarté cognitive

-         L’acte de lire

 

Et ce n’est pas neutre de définir ainsi le corps du savoir de l’apprentissage de la lecture

 

-         Evaluer et ce n’est pas neutre de prendre le temps de définir l’évaluation du « savoir lire » ! 

 

-         Parents  et ce n’est pas neutre de prendre le temps de dire la place des parents dans l’apprentissage de la lecture !

 

Et enfin un précieux temps

 

-         Approfondir, par un exigent glossaire.

-         Approfondir, dans les livres, par internet.

 

Oui, un livre calmement structuré, un livre charpenté par le savoir de ces deux chercheurs que sont Jacques et Eliane Fijalkow.

 

Je parcours, en toute simplicité à grand regards, ces petites pages, aux mots serrés, lourdes de recherches, avec des petits encadrés bleus pour faciliter synthèse et recueil de l’essentiel Milan. Une chouette édition qui met le savoir à la portée de tous, qui vulgarise sans jamais trahir, qui exige du lecteur un réel effort, un vrai travail. Lire, c’est travailler du sens, en faire sa synthèse personnel, c’est poser son puzzle dit Perec.

 

Voici mon puzzle

 

Lire qu’est-ce ?  Suivons Jacques et Eliane

 

-         C’est pouvoir raconter ce qu’on vient de lire et non dire dans la tendresse de l’enfance : « je ne sais pas, je lisais »

-         Lire est un savoir-faire et j’ajouterai même une pièce au puzzle, lire est un savoir-être (être dans le livre)

-         Lire, c’est comprendre ce qu’on lit

-         Lire c’est comprendre que l’écrit a pour fonction communiquer

-         Lire, c’est pouvoir s’informer, se distraire, se reconnaître, partager avec d’autres un vécu

-         Lire, ce n’est pas dans la tendresse de l’enfance, engouffrer le mot « maman dans le mot Mitterrand » !

-         Lire c’est dépasser un malentendu instauré entre l’enfant et l’adulte, qui croit que l’enfant sait lire parce qu’il décode.

-         Lire, c’est se situer entre connaissances déclaratives et procédurales. Lire c’est avancer dans le paysage de l’écrit come on sait marcher ou nager.

-         Lire, c’est se situer dans une histoire plurimillénaire.

-         Lire, c’est lire à haute voix et à voix basse, à l’école et à la maison, avec le maître, avec les copains et avec les parents, à table ou devant la télé. Lire, c’est investir l’écrit pour le faire fructifier dans l’être. Bénéfice bonheur d’être avec les autres.

-         Lire, c’est parfois, s’autoriser, le doigt comme béquille dans l’étrange acte enfantin, mal assurré : suivre du doigt ou dans l’acte de l’aïeule qui perdant la vue, perd le texte et essaie de le rattraper.

-         Lire, c’est rattraper un texte en fuite.

-         Lire, c’est vivre courageusement l’être en fuite, c’est le rattraper par des lettres.

-         Lire c’est tout un poème et c’est ce poème, au cœur de l’humain que nous racontent Eliane et Jacques.

 

Mais ils nous disent aussi, si l’apprentissage m’étaient conté. C’est alors, pour moi, une autre série de pièces de puzzle, en forme de points d’interrogation. Les auteurs sont des chercheurs,  en tant que tels ils interrogent des pratiques et des comportements, tant des enfants que des maîtres.

 

Laisser au temps le temps de l’apprentissage. L’histoire n’est pas d’apprendre à lire avant Noël ! Savoir lire, demande des années. On commence à la naissance et adulte, c’est à peine si on sait lire. Apprendre à lire, c’est avant renoncer à l’immédiateté du verbe être. Apprendre à lire c’est cultiver patiemment le gérondif. (ça s’est moi qui le dit !) Le rôle de l’enseignement est « d’écrémer «  avec les enfants, l’essentiel des processus d’apprentissage. C’est un lourd métier. Non, l’enfant n’apprends à lire, jamais seul, même si parfois au cœur d’une communauté religieuse (l’exemple est intéressant : apprendre à lire par des prières, par toute une symbolique qui relie à l’Eternel).ou d’une vie télévisée (l’exemple est également intéressant, apprendre à lire par le mouvement dis images quotidiennes), l’acte d’apprendre passe toujours par des adultes qui véhiculent l’écrit. Oui, ma pièce de puzzle est » un bonhomme adulte » qui s’encastre dans ma pièce « bambino ». L’apprentissage, c’est avant tout, peut-être, des rencontres réussis entre enfants et adultes, c’est peut être le cœur d’une expérience transgénérationnelle.

 

Apprendre à lire à l’enfant, c’est le solliciter en permanence, le structurer et en même temps qu’on structure sa connaissance de l’environnement, en situant les mots dans du texte, dans du contexte, c’est lui faire comprendre dans la lenteur du temps, mais dans aussi par des exercices d’une intelligence fulgurante, la place privilégiée de l’écrit dans son identité et dans celle du monde qui l’entoure, c’est lui apprendre à être, grâce à l’écrit, avec les autres, c’est développer sa clarté cognitive et sa maître de l’automatisation de sa lecture qui lui permettra alors, une lecture autonome, qui le rendra à son tour autonome. La lecture est une histoire de liens et d’autonomie ; c’est cela sa grande complexité, c’est cela le paradoxe de la lecture, c’est cela son enjeu, qui dure toute la vie et non pas jusqu’à Noël !

 

Il y a encore une multitude de petites pièces dans mon puzzle, mais je vous laisse faire le vôtre !

 

J’ai adoré, le glossaire et comme toujours la bibliographie. La bibliographie, c’est l’avenir d’un livre. Certes, on le ferme à regret, on le quitte, mais on sait grâce à l’auteur, en l’occurrence, grâce aux auteurs, qu’on va pouvoir continuer le chemin, avec d’autres, leurs amis, leurs collaborateurs, avec d’autres chercheurs qui cherchent et trouvent. La bibliographie, c’est l’espoir du savoir qui continue.

 

Alors, j’ai noté, noté, noté !

 

Merci, Jacques et Eliane Fijalkow pour votre petit livre de tendresse et de savoir, pour vos chemins de chercheurs qui cherchent et trouvent.

 

Bonne lecture à tous, pédagogues, parents ou tout autre professionnel du livre. Un puzzle sympa et surtout efficace vous attend ! MJA

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Les inventeurs cherchent et trouvent
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