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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 10:26

Un livre de Charles Gardou

Et des chercheurs des 5 continents

Le handicap au risque des cultures

Variations anthropologiques

                  (2)

érès.Nov 2010

 

Patrice Godin : En pays Kanak,

Des malheurs et des hommes

 

Patrick Godin est un anthropologue qui vit en Nouvelle-Calédonie depuis 1982.

 

-         Sa recherche :  il la mène dans la région de Hienghène, au Nord de l’île.

-         Ses publications : Batefo, La Vannerie, un art des femmes dans le nord de la Calédonie (2003) et Tami Tok, l’année-igname en pays Kanak (2009). Il a également contribué aux Chroniques du pays Kanak (2009) avec Les conceptions Kanak de la personne.

-         Il a été Président de l’atelier du diagnostic du Schéma d’aménagement de Développement de la Nouvelle-Calédonie.

 

En bas de page de son chapitre vous trouverez des titres de livres. Je ne vous les cite pas tous, je vous cite ceux qui m’ont fait rêver ; je ne vous cite pas les références exactes, vous chercherez ou vous achèterez le livre ! Voici donc quelques titres sympas :

 

-         OMS : classification internationale des handicaps : déficiences, incapacités et désavantages.

-         Y.Mouchenik, l’enfant vulnérable. Psychothérapie transculturelle en pays Kanak (2004)

-         C.Salomon-Nékirrai, Savoirs et pouvoirs thérapeutique des Kanaks (2000)

-         M.Leenhart, Do kamo. La personne et le mythe dans le monde mélanésien (1947)

-         Godin . Les conceptions Kanak de la personne (1999)

 

Et d’autres encore... Des livres pour dire... Des livres pour approfondir... Des livres pour chercher... Des livres à lire.... avec Patrice Godin, notre cher guide.

 

Que nous dit-il ?

 

Il nous dit que si dans notre société occidentale le handicap est pensé en termes de manques, il en va tout autrement en Nouvelle-Calédonie où le handicap est pensé par rapport : au social, aux ancêtres, à la faute interfégénérationnelle, au magique mais surtout, il nous le précise comme déroulant un fil rouge dans ses propos : le handicap s’inscrit dans une histoire, singulière, unique. Cela est essentiel pour le diagnostique comme pour le soin. Cet « unique » là constitue la première difficulté du médecin occidental. Ce n’est pas du « handicap » dont il s’git mais « des désordres » qu’il implique. Ce qui est à rencontrer, ce n’est pas le corps défaillant mais un entrelac étroit du corps et de l’âme. D’où le magique qui prend en compte l’âme qui a transmis la faute de l’ancêtre. Ce qui est premier c’est une conception de la filiation. : totems, esprits des défunts, ancêtres tutélaires. Ce qui est en jeu dans la perception du handicap chez les Kanaks c’est la dualité exprimée par la vie (marik) et le nom (yat). C’est à partir de cette bipolarité que les Kanaks rencontrent le handicap :

 

-         La vie : la mère et le frère de la mère : place essentielle de cet oncle maternelle (le sang qui forme le corps dans le ventre de la mère (cenen) et l’âme ( hnana) sont les deux sous ensembles de la vie.

Nawen : désigne à la fois l’esprit de la personne et l’esprit des ancêtres. Ainsi au cœur même du langage vit la problématique du handicap

-         Le nom (yat) : le père qui vient fixer, le sang, le corps de l’enfant dans le ventre de la mère, et ce rôle est bien plus large que le don du sperme. Le yat est donné à la naissance par le père et correspond à un tertre qui sera le lieu du social : la maison, la terre à cultiver, les échanges dans les cérémonies, la chefferie. Le Yat élabore la vie sociale de l’enfant.

 

La mère transmet la vie, le sang, l’âme, le père transmet le statut social, le nom et c’est dans cette transmission du sang et du nom, de la mère et du père que s’inscrit la rencontre avec les personnes handicapées bien plus que la prise en compte du handicap.

 

Il faut lire la passionnante page 36 qui nous donne la liste des diagnostics et des catégories des maladies avec les noms Kanak. Nous somme au cœur d’une approche anthropologique que je vous laisse découvrir, le cœur battant, le cœur lisant.

 

De tout cela découle bien sûr une approche thérapeutique différente : bien plus que de soigner le handicap, pour les Kanak, il s’agit de soigner les rapports sociaux du corps et de l’âme inscrits dans la transgénération comme dans le présent. Ainsi donc, l’approche est radicalement différente que dans nos société occidentales ; Ce qui me semble par contre identique c’est qu’on soigne le handicap dans le rapport du handicap à la culture. Le handicap est soigné dans un lien à la culture qui le rencontre.et le définit. Le handicap serait donc certes un objet médical ou social selon la culturel mais dans les deux cas seraient un objet culturel (à approfondir par la lecture des autres chapitres).

 

Dans la fin de son chapitre l’auteur aborde le problème des lois, très insuffisantes pour ne pas dire inexistantes dans ce domaine en Nouvelle-Calédonie, engendrant une grande situation d’abandon des personnes handicapées ; En fait, c’est plus subtil que cela : à la fois la structure familiale porte la personne handicapée, à la fois les lois inexistantes engendrent de l’abandon. L’auteur nous révèle, avec des exemples douloureux à lire, avec beaucoup de talent anthropologique ce paradoxe et cette ambivalence. Jusqu’à présent c’est surtout un système associatif qui s’occupent des personnes handicapées. Peu l’état.

 

L’auteur parle aussi, évidemment des effets néfastes de la colonisation.

 

J’ai trouvé cet article, vraiment intéressant et d’une grande clarté dans son exposé. Il m’a fait réfléchir sur des différences que je ne pressentais même pas si grande est mon ignorance du monde comme il tourne mais j’ai aussi retrouvé du pareil : l’importance de la culture, du politique, de l’histoire, de la vie associative, des diagnostics pour générer des traitements. Oui, du magique mais tout les autres facteurs dont on ne peut faire l’économie. Voilà, c’est selon moi

 l’ anthropologie : entre totems et dévoilement des structures qui nous racontent notre vie dans un quotidien dont parfois nous perdons le sens et celui des autres.

 

A tous, je vous souhaite une heureuse lecture de ce chapitre, que j’ai lu le cœur battant, émue par tant d’intelligence et de talent. Merci Patrice Godin ! Vraiment merci pour votre travail qui enrichit nos vies ! Bonne continaution dans votre pays, qui à moi, me paraît si lointain ! MJA

 

 

 

 

 

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Force et vulnérabilité
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