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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 15:55

Un livre de Charles Gardou
Et des chercheurs des 5 continents
Le handicap au risque des cultures
Variations anthropologiques
érès.Nov 2010
(5)

En Amérique du Nord,
La perspective autonomiste
Et le mouvement sourd
        par
Charles Gaucher
Francine Saillant

Qui sont nos deux guides pour traverser ce Canada passionnant d’intelligence, passionnant par ces questions auxquelles tous deux répondent dans leur simplicité acquise par livre et rencontres ? Simplicité et complexité telle est la matière première de ce chapitre écrit par eux.

Charles Gaucher « est professeur à l’Ecole de travail social de l’université de Moncton en anthropologie, diplômé de l’université Laval, il a œuvré dans plusieurs associations impliquées dans la défense et la promotion des droits des personnes handicapées. Ses travaux de recherche portent principalement sur l’identité et la communauté sourde du Québec. Il est l’auteur de « Ma culture, c’est les mains »,( Pul, 2009)

Francine Saillant, «  est professeure au département d’anthropologie de l’université Laval, fut directrice de la revue Anthropologie et Sociétés durant dix ans et assure désormais la responsabilité du Centre interuniversitaire d’études sur les arts, les lettres et les traditions (CELAT). Elle conduit des recherches sur les droits humains, l’humanitaire, la reconnaissance et la justice réparatrice. Elle est l’auteure de nombreux ouvrages, parmi lesquels Identités et handicaps (Khartala, 2007). »

Nos bas de pages et leurs trésors, comme ça, au hasard, à petites poignées (le trésor est immense) :

C.Taylor, « Les sources du moi » (1998)
F.Saillant, P.Fougeyrollas « L’Icône du handicap” Reliance N°25. 2007 P.81-87
S.Ebersold, « L’invention du handicap » (1997)
G.Poulin, Gonzalve, L’assistance sociale dans la province du Québec 1608-1951 (1955)
H.Lane  « Quand l’esprit entend » (1984)
Y.Delaporte. « Les sourds, c’est comme ça »(2002)
N.Lachance. « Analyse du discours sur la culture sourde du Québec. » (2002)
C.Gaucher. « L’indiscutable différence des sourds » (Montréal 2007)
Y. De laporte. « Être sourd dans un monde entendant : destin, rencontre, transmission et culture ».  Ethnologie française tome 30, juillet-août, » 2000, Page 389-399

Et d’autres et d’autres encore.

Chers inventeurs ouvrez le coffre si précieux des bas de pages: Toujours. S’envoleront, titres et références, auteurs et années, s’envoleront, comme un cadeau à vous, des heures d’études et d’amour, s’envoleront pour frapper gentiment à votre fenêtre, des oiseaux érudits, venus de pays lointains... Ouvrez la cage aux oiseaux et lisez vos bas de pages avec conscience, avec patience. Votre recherche et votre lecture prendront comme à la Géode, une multidimension qui fera de vous des lecteurs si chanceux, si sérieux.

Ccommençons la lecture de ce chapitre, que, après une brève introduction, je vous présenterai sous forme de questions, pour vous mettre au travail de l’autonomie dans votre autonomie intellectuelle à conquérir. Toujours. Rien n’est jamais acquis à l’homme, surtout son autonomie. Puis, nous quitterons à petites ailes ce chapitre avec des réponses suggérées par les deux auteurs si brillant dans l’art de nous introduire à  la perspective autonomiste et le mouvement sourd en Amérique du Nord, certes, mais à bien y réfléchir, partout dans le monde.

Les revendications identitaires des personnes sourdes en Amérique du Nord sont importantes et se posent dans  l’actualisation de leur autonomie aux autres posées selon des principes distinctifs des personnes handicapées qui sont définies par rapport à un manque à intégrer par la société. Les personnes sourdes du Canada s’insurgent avec vigueur contre cette idée d’intégration de leur spécificité qu’elles souhaitent être abordées en termes positifs, en terme de culture spécifique dans un langage qui est leur. Le problème de l’autonomie des personnes sourdes posent leur savoir dans la langue des mains, certes différente des autres langues mais constituant une langue à elles, cela est sûr. C’est en ce sens qu’on peut parler de leur culture en termes « d’autonomistes » qui veulent défendre »pied à pied », « mot à mot », « signe à signe » leur langue. Pour moi, cela est très nouveau et passionnant d’intérêt. D’autant plus passionnant que les auteurs soulèvent avec talent et nuances les questions fondamentales inhérentes à cette approche. Voici quelques questions que j’ai dégagées pour moi comme pour vous.

-    Les sourds, sont-ils des handicapés ou des « disabled people » c’est à dire faisant une référence au terme de handicap dans les pays francophones qui pose le handicap en terme de responsabilité collective bien plus qu’en termes de manque liés au handicap ? en termes de responsabilité collective identique pour tous citoyens handicapés ou non ? Cette notion me séduit énormément. L’idée est que les sourds ne demandent rien plus que d’être des citoyens à part entière et non des citoyens pris en charge. Oui, quelle évolution ce serait dans les mentalités que de poser, de penser le handicap, quelque soit le handicap, ajouterai-je,  de cette façon là. C’est ce que les auteurs nomment « l’autonomie fondatrice ».
-    Les sourds posent-ils la question d’un manque à réparer ou celle d’une autonomie fondatrice à revendiquer haut et fort dans leur dignité de citoyen identique à tout citoyen ?
-    Une autre question associée à celle-là est la suivante : peut-on penser la différence en terme de spécificité positive  et en termes autres que ceux imposés par le schéma médical qui implique une asymétrie totale avec le porteur du handicap ?
-    Mais alors disent les auteurs nous sommes face à un paradoxe : le sujet est-il individu spécifique ou membre citoyen d’une communauté qui le fonde individu ? Nous sommes alors dans l’interrogation vieille comme le monde : individualisme ou collectivisme ? Qu’est-ce qui détermine l’homme dans sa fonction essentielle d’autonomie ou de dépendance ?  De qui dépendons-nous ? De notre liberté ou de celle qui nous assigne membre d’une communauté ? Pour les sourds cela signifierait : « être autonomes comme les autres ? »  ou « être autonomes par rapport aux autres ? »
-    Le sourd est-il porteur d’une différence culturelle qui serait liée à sa langue des mains ? Car tout sujet existe et se définit sujet dans son rapport au langage et c’est par la reconnaissance de leur langue comme langue « positive » et « spécifique » et porteur de leur culture qu’ils réclament leur identité culturelle spécifique
-    Peut-on parler alors d’une notion de culture sourde et si oui, les sourds peuvent-ils rejoindre les mouvements nationalistes de nature culturo-linguistique spécifique qui inscrirait leur émancipation en termes positifs et non en termes de manques ?
-    Autonomie et émancipation des sourds peuvent-elles se poser en des termes politiques, citoyens qui viendraient prendre le relais de l’omnipotence médicale, sans bien sûr l’exclure ?

A toutes ces questions les auteurs envisagent certaines réponses ou plutôt indiquent des pistes pour penser et se mettre au travail d’une rencontre « interculturelle », d’une rencontre métissée avec les sourds. Il s’agit d’affirmer combien l’autonomie est une valeur centrale de notre réflexion parce qu’elle engendre une réelle politique constructive de citoyenneté et d’égalité. Rien n’est jamais acquis à l’homme surtout son égalité avec ses prochains. Enfin et surtout les auteurs réaffirment la nécessité de penser le monde des sourds et leur culture spécifique, leur langage des signes en traçant tendrement  différentialisme et universalisme. Voilà, me semble-t-il une approche anthropologique difficile mais riche d’intelligence génératrice de meilleur dans l’approche de la surdité. C’est un point d’éthique me semble-t-il. A mon avis, on ne parlera jamais assez de l’éthique dans une réalité de terrain si douloureuse que parfois elle nous fait perdre le sens de notre humanité, de notre être au monde et de celui de nos prochains.

Voilà ce que je voulais écrire et peut-être dire à propos de ce chapitre.

Infiniment merci à Charles Gauchet et Francine Saillant de nous avoir mis au travail d’un interculturel pas comme les autres mais oh ! combien passionnant. Un travail difficile. Un travail nécessaire. Un travail novateur. Du pain quotidien pour l’humain, du pain à rompre avec les sourds. Dans notre bruit et leur fureur. MJA


 


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Published by Marie-José Annenkov - dans Force et vulnérabilité
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