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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 16:42

Un livre de Charles Gardou
Et des chercheurs des 5 continents
Le handicap au risque des cultures
Variations anthropologiques
érès. Nov 2010
               (22)

En France, de la charité
aux politiques sociales
Patrick Pelège

Notre guide Patrick Pelège, titulaire d’une thèse de doctorat en sociologie, préparée à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, sous la direction de Robert Castel, est directeur du Collège coopératif Rhône-Alpes à Lyon. Il dispense également des enseignements à l’université Claude Bernard-Lyon 1 et à l’université Lumière Lyon 2. Il travaille principalement sur les questions de l’exclusion, des marginalités, de la souffrance psychosociale de populations mises en minorité. Il est l’auteur de plusieurs articles et ouvrages, dont Hébergement et réinsertion sociale et Eduquer à la sexualité, parus chez Dunod qui vient d’être réédité au Chroniques sociales

Quelques bas-de pages, parmi d’autres.

R. Castel : Les métamorphoses de la question sociale. Une chronique du salariat, Paris Fayard,1995
R. Portelli, « L’Eglise des pauvres, Croire aujourd’hui, 1982
P.Pelège, Hébergement et réinsertion sociale, les CHRS, usagers, dispositif, intervenants, Paris, Dunod, 2006
C. Veil, Handicap et société, Paris, Flammarion, 1968
M.Foucault, « Le pouvoir, une bête magnifique », dans D.Defert, F.Ewald  Dits et écrits, tome III, 1946-1979, Paris, Gallimard,1994
H-J.Stiker, Corps infirmes et sociétés, Paris Dunod, 2008

Et de nombreux autres encore ! Je vous en souhaite une bonne pioche !

Ce chapitre s’enchaîne parfaitement avec le précédent qui terminait en interrogeant, "le vivre-ensemble" dans l’alternative de la reconnaissance fondamentale ou de l’expulsion de l’autre , là où Zina  parlait, à travers l’histoire, des aveugles, Patrick lui parle des personnes handicapées (en analysant le terme)  à travers l’histoire également.
Ce que je veux dire, avant de continuer plus avant, ce livre, c’est sa construction parfaite. On avance de chapitre en chapitre, chacun reprenant, là où l’autre s’est arrêté, sur un continuum qui fait sens. Ainsi, le premier chapitre, suivi du second posait l’invisibilité et l’absence de catégorisation du handicap qui était globalement définit comme « malheur et nous arrivons à la fin du livre avec la mise en place d’une réflexion sur normal et pathologique, avec au milieu du milieu du livre, le handicap définit ni comme malheur, ni comme handicap catégorisé mais culture autonomiste (la surdité, en Amérique du Nord)) ou le handicap qui exclue radicalement (en Chine) ou qui livre à l’errance au Sénégal J’invite les lecteurs à se sensibiliser, dès le début de la lecture, à cette progression construite du livre. Nous ne voyageons pas dans un espace géographique arbitraire, nous voyageons selon une logique des représentations du handicap. A ce moment du livre, son dernier chapitre avant la conclusion, il me paraissait important d’attirer votre attention là-dessus.
L’auteur porte nos pas, comme les siens sur le chemin de l’empreinte du christianisme social et nous fait souvenir des différents encycliques  qui insistent sur le rôle de l’église auprès des handicapés, toujours selon elle, « en danger » :
-    encyclique Rerum Novarum (des choses nouvelles) qui suscite un associannisme catholique
-    lettre encyclique Mater de Magistra (mère éducatrice) qui appelle à la solidarité
-    Véritatis spendor (La splendeur de la vérité) rappelle l’engagement des chrétiens auprès des plus démunis
On retrouve, une fois encore, l’idée de Handicap/faute et aide pour racheter son salut.

Puis intervient une idée nouvelle : une distinction entre les plus pauvres et démunis qui veulent s’en sortir et ceux qui ne le veulent pas. Ayant travaillé des années dans le milieu de l’insertion, je peux témoigner du fait suivant : cette idée, n’est pas l’apanage des seuls catholiques.
Apparait aussi la notion de la réinsertion par le travail : généralisation du statut salariale, souvent dans une dynamique de violence (référence aux romans de Zola et de Victor Hugo. Naissance du concept de paupérisme ;
On introduit alors, la notion d’assistance
Puis apparait l’idée d’adaptation
Et enfin, celle du pouvoir médical.
L’auteur chemine ainsi, avec nous, dans l’histoire des idées et des hommes, révélant un cadre au précis pour des catégorisations, prêtes à naître, sur ce terrain idéologique.
On en arrive à l’enfermement des êtres différents avec son corolaire de « réparation de la déficience ».
Dans les premiers chapitre du livre on a lu combien le handicap n’était pas objet de recherche mais ce qui l’était c’était et le pourquoi comment ça arrive, dans le dernier chapitre du livre on voit que l’objet des recherches portent sur le handicap même, qui s’inscrit dans le champ idéologique du normal et du pathologique : on est maintenant dans la logique du pathos, alors que dans les premiers chapitres, on était dans l’absence de pathos mais dans la toute puissance du malheur et des ancêtres.

Quelle rigueur dans ce livre, dans ce travail des chercheurs des 5 continents. C’est passionnant et je suis restée passionnée de pages en page.

Mais revenons aux recherches de Patrick Pelage :

Après étude successive dans l’histoire de l’engagement de chrétien et laïque, après étude de la faute et de sa réparation, après étude de l’insertion et de l’intégration, l’auteur aborde la spécificité des lois et des allocations. Il faut le lire crayon en main pour saisir la dynamique structurée de ses propos et enfin, comment il termine, comme il doit le faire : en nous révèlant combien, d’une certaine façon, la logique des allocations et des aides risquent, paradoxalement, de souligner l’altérité dans une discrimination positive ? Idem pour le rapport aux institutions et fondations diverses. Ainsi nous sommes au cœur du paradoxe de l’approche du handicap par nos sociétés occidentales. L’idée, n’est certainement pas de supprimer aides et allocations, institutions et fondations mais l’idée est d’avoir pleinement conscience de ce paradoxe pour en limiter les effets destructeurs sous-jacents. En avoir conscience, le poser et l’articuler, dans un chapitre de talent et d’intelligence, telle que celui que nous venons de lire.

Merci et bravo, Patrick Pelège ! merci pour un tel voyage, au cœur de la France, de son passé, comme de son présent, efffeuillant patiemment ses idéologies, au cœur de son paradoxe moderne. Votre chapitre vient terminer le livre comme il se doit : par un appel à une sérieuse réflexion, sérieuse et profonde, sérieuse et érudite, sérieuse et de terrain, sur le monde du handicap, dans nos sociétés occidentales.

De la magie et de l’invisibilité, à nos pratiques assoiffées de visible souvent totalisantes, essayons de retirer le meilleur de notre continuum pour inventer le meilleur pour et avec les vulnérables.

A vous chercheurs si féconds des cinq continents bravo et bonne continuation dans vos vies et dans votre travail si passionnant. !

Le temps est venu, maintenant, de lire et d’approfondir la conclusion de Charles Gardou. MJA



Enfin, je rédigerai ma note de lecture pour Empan, puis à petits pas, nous nous quitterons pour d’autres livres, que nous ouvrirons, que nous partagerons dans le temps de 2011 MJA

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Published by Marie-José Annenkov - dans Force et vulnérabilité
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