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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 13:06

Un livre de Charles Gardou

Et des chercheurs des 5 continents

Le handicap au risque des cultures

Variations anthropologiques

érès. Nov 2010

          (16)

En Italie, la culture

De la désinstitutionalisation

Alain Goussot et Andréa Canevaro

 

Nos guides :

 

Le 1er s’appelle Alain Goussot ; il est professeur à l’université de Bologne, a récemment publié Epistemologia, tappe costitutive e métodi della pedagogia speciale (Araneeditrice) Il Disabile adulto (Maggiloi Editore). Il a codirigé La difficile storia handicappati (Carocci)

 

Le second s’appelle André Canevaro ; il est professeur à l’université de Bologne, est l’un des acteurs de la dé ghettoïsation des enfants handicapés en Italie. Il est l’auteur de nombreux articles et ouvrages, parmi lesquels Enfants perdus, enfants exclus (ESF) et avec Dario Ianes, Diversabilita (Erickson). Il a codirigé La difficle storia degli handicappatti (Carocci). Il collabore à plusieurs revues italiennes et intervient dans de nombreux pays.

 

Les bas de pages sont en italien. Je vous invite à vous y référer. Les bas de pages sont toujours importants ; ils éclairent le texte qui se fissure par eux comme une blessure d’où s’échappe un plus de sens.

 

Ce chapitre me parle. Etudiante en psychologie en mai 68, je lisais Laing et Cooper, je lisais Basaglia. Basaglia, au cœur de ce chapitre dont la pensée essentielle est de montrer non qu’on vit pour « être normal » mais pour « être » tout simplement. J’ai perçu ce chapitre comme un long historique érudit de la pensée italienne sur le handicap ; le terme « historique «  est important car il me semble situer pleinement les positions des auteurs : le handicap ne peut s’appréhender que dans la place qu’il occupe dans l’histoire et par l’histoire, c’est ce qui fait de lui aussi un fait culturel Des noms, des thèses, des positions. Ainsi César Lombroso, médecin de la fin du XIXe , positiviste et scientiste fondait le handicap sur le déterminisme du corps et notamment pour « les déviants », ainsi Sante de Sancis, fondateur de la neuropsychiatrie infantile du début du XXe qui s’appuyait sur le postulat d’éducabilité et d’accompagnement, ainsi Maria Montessori qui fit reposer sa démarche pédagogique à partir de son travail avec des enfants déficients de l’hôpital de Rome.

 

Puis vint les travaux de l’après guerre marqués par les sciences sociales américaines et la psychanalyse mais surtout par le mouvement si prégnant des travaux de Basaglia sur la désinstitutionalisation qui remettait radicalement en question les institutions psychiatriques et engendra ainsi le grand mouvement d’émancipation des exclus et redonna aux personnes malades leur citoyenneté et ce par deux lois , la loi de 1977 sur l’intégration scolaire des enfants handicapés et la loi de 1978, dîtes « Loi de Basaglia » qui conduit à la fermeture des hôpitaux psychiatriques. Ainsi on assiste dans un même temps à l’intégration des personnes handicapées et à la fin de leur ghettoïsation. Toutefois, il n’y a pas uniformité et le Sud de l’Italie développe des thèses magiques relatives au handicap.

 

Les auteurs, comme tous les auteurs des chapitres précédent, à l’instar de Michel Foucault, font une analyse du handicap et de l’exclusion à partir des signifiants qui les portent et les définissent. Ils parlent certes de linguistique mais aussi d’herméneutique comme processus d’analyse des images mentales relatives aux handicap et à l’exclusion. (Référence à l’œuvre de Michel Foucault, Les mots et les choses. Ainsi nous pouvons lire une analyse détaillée des termes Handicap, handicappati, disabilita. Le dernier terme issu de l’anglais renvoie à la notion de besoin et non de déficience. Les auteurs ainsi toute l’étiologie du handicap en Italie et le rejet du mot intégration qui souligne la différence, rejet de « l’intégration » au profit de « l’inclusion » . Ceci est extrêmement important car il met en lumière la place primordiale du regard porté sur les personnes handicapées., le regard étant posé comme élément structurant de la rencontre soit en terme de domination soit en terme d’une possible expression de chacun, handicapé ou non.

 

Nous sommes en Italie, Pays de la Chrétienneté et donc les auteurs font une large place à l’influence de l’église de catholique sur la perception du handicap vécu tour à tour comme expression de la faute et du pécher (1582) ou plus tard comme expression de la volonté souveraine de Dieu. Des siècles durant, il existera un va-et-vient entre ces deux positions de l’Eglise. Une troisième notion aussi apparaît, celle du handicap comme « douleur-nécessité ». Enfin, il est cité comme très importantes, les positions de Vito Mancuso dont les réflexions portent sur la valeur éducative universelle du handicap qui forment les consciences à découvrir et à appréhender la fragilité de la condition humaine. Viennent aussi se loger dans ce chapitre les travaux de Ernesto de Martino (après-guerre) qui a approfondit la dynamique entre le handicap et l’histoire des ancêtres. A ce point là, il est souligné l’importance de l’histoire avec un H ou un petit h, l’importance du monde concret qui entoure le handicap, l’importance de la communauté. Il me semble pressentir dans ce chapitre l’énoncé, en forme de poupées gigognes,  d’une réflexion sur le handicap, entre Religion, Histoire, tradition, histoire individuelle, corps,  Ces poupées gigogne étant là pour signifier l’altération du devenir vital chez les personnes en situation de handicap et disent les auteurs, il est essentiel de circonscrire cet élan vital pour permettre son expression et sa potentialisation ; apparaît alors le terme si important de « lien » et de dépassement de notre ethnocentrisme pour inventer un nouvel humanisme qui ferait place à tous, dans le mouvement de nos différences ce qui suppose

 

-         la dénonciation de la violence faîte aux exclus « différents »

-         la dénonciation du refus culturel de l’apport des « différents » à l’humanité

-         la reconnaissance du bon sens économique  (avec rappel du concept de Primo Levi : la zone grise.)

 

Ceci nous ramène au pivot de ce chapitre : le rapport entre instituant et institué, au combat qui passe aussi par l’institution, pour le droit au savoir de tous. L’instituant ne doit pas être détruit, car il peut-être aussi  source  de meilleur, d’égalité, de citoyenneté (les auteurs citent alors, Martin Luther King et son célèbre « I have a dream) et les travaux de Basaglia qui témoigne du fait que l’institué peut être déconnecté du réel et exclure mais que l’instituant peut générer l’accompagnement et l’expression de tous, et par le présent générer le futur.

 

Les auteurs insistent donc sur le point suivant : il ne suffit pas de refuser les institutions, ils faut aussi inventer des nouveaux contextes pour les personnes en situation de handicap. C’est une telle invention qui permettra l’expression de tous, avec des droits d’égalité et dans la fraternité. Inventer sans cesse du nouveau est aussi important que de dire NON ! aux institutions passées : inventer de la vie, de l’histoire en retrouvant l’Histoire. L’anormalité est un jugement historique nous dit Ernesto de Martino et les auteurs concluent avec ses idées là de l’importance du social et du culturel, comme contextes du handicap.

 

Un très beau chapitre, érudit et humain que nous offrent Alain Goussot et Andréa Canevaro, un chapitre qui cherche et qui trouve le meilleur et l’espoir d’une égalité entre tous. A eux deux, un grand merci !

 

Chers inventeurs, je vous en souhaite une bonne lecture. MJA

 

 

 

 

 

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Force et vulnérabilité
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