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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 16:20

Un livre de Charles Gardou

Et des chercheurs des 5 continents

Le handicap au risque des cultures

Variations anthropologiques

érès. Nov 2010

          (15)

A l’ïle de la Réunion,

Quand le malheur vient à poindre

Jacques Brandibas

 

Notre guide Jacques Brandibas est enseignant à l’université de la Réunion et à l’université Paris 8 Vincennes Saint Denis, pratique l’ethnopsychiatrique clinique depuis 1996. Il est notamment l’auteur, avec Georgius Gruchet et Philippe Reignier, de Institutions et cultures, les enjeux d’une rencontre et de La mort et les morts, à l’île de la Réunion et dans l’océan indien (L’Harmattan). Il œuvre en faveur de la reconnaissance de la culture originelle et des soins traditionnels dans la compréhension et la prise en charge des désordres psychologiques survenant chez des personnes appartenant à d’autres cultures.

 

Les bas de pages de ce chapitre sont rares et renvoient plutôt à la précision du sens de certains mots ou d’explicitation de certaines traditions. Toutefois, j’ai noté les références aux livres suivants :

J.Benoist,Indouismes créoles, Mascareignes, Antilles, Paris, Editions du CTHS, 1998

J.Brandibas,Traité de psychopathologie et thérapeutique réunionnaises ». Non publié, université de la Réunion, Saint-Denis 2003. (surfez)

G.P. Murdock, Théories of Illness : A World Survey, Pittsburgh, University of Pittsburg Press, 1980.

 

A la Réunion les personnes en situation de handicap sont dans l’ensemble accueillies dans des institutions médicales ou éducatives toutefois il y a une divergence de conceptions, voire même de culture entre l’approche médicale qui parle de « handicap » et celle des familles qui parle de « malheur ».

 

L’auteur dans ce chapitre s’applique à définir le sens attribué au mot « malheur » par les Réunionnais ; il circonscrit ainsi une approche culturelle différenciée du « handicap ». Il différencie deux grande directions :

-         La transgression du tabou (Tapu, emprunté à la langue polynésienne qui désigne un interdit à caractère sacré)

-         Action d’une personne envieuse ou jalouse.

 

La question telle que l’articule les Réunionnais n’est pas celle de l’intrinsèque du handicap (qu’est-ce que le handicap considéré ? ) mais « Pourquoi cela nous arrive-t-il maintenant ? ». Une fois encore, le malheur signifie la faute et plus précisément la partie immergée de la faute. Le malheur n’est pas à chercher au fond de soi mais autour de soi et Jacques Brandibas donne plusieurs exemple d’analyse de l’entourage du « Malheur », expliquant le pourquoi  des immenses files d'attente chez les guérisseurs.

 

Il distingue aussi plusieurs étiologies du malheur :

-         Les étiologies mystiques : le malheur serait lié non à des interventions divines ou surnaturelles mais à certaines position des astres au moment de la naissance ou à des rêves, des visions qui seraient présage et causes du « malheur » qui pourrait aussi être dû à une contagion d’une substance impure. Dans ces étiologies mystiques le malheur peut-être dû à une rupture avec les ancêtres, où l’entrée dans un lieu sacré en état de souillure : Faute, souillure, perte des ancêtres, tels peuvent être des explication du malheur dans ces étiologies mystiques.

-         Les étiologies animistes expriment cette fois-ci une intervention d’une entité surnaturelle telles que des esprits, des démons qui interviendraient au cours du sommeil pour se livrer à de la malveillance. Ces étiologies sont les plus répandues à la Réunion.

-         Les étiologies magiques  font intervenir des personnes envieuses et qui seraient à l’origine des défaillances du corps ou de l’esprit. On parlerait aussi de sorcellerie.

 

Dans tous les cas, il s’agit pour les Réunionnais de repérer ce qui crée du désordre , désordre qui provoquerait « le malheur » et qui adviendrait dans la dynamique familiale. « Le malheur » n’est jamais fruit du hasard et les différentes étiologies questionnent la venue « du malheur » dans la lignée des ancêtres bien plus qu’elles ne questionnent le handicap.

 

J’aime la conclusion de l’auteur qui nous met en garde, nous occidentaux trop souvent tentés de définir ces approches en terme de « l’irrationnel » alors que ces approches recèlent des apports importants sur l’identité culturelles sur le rôle de l’entourage et donne à sa façon un sens au mot « handicap ». Il nous invite à  une décentration culturelle et nous invite à permettre l’expression des diversités réunionnaises pour approfondir ensemble la notion de handicap et à appréhender au cœur de leur culture les personnes en situation de handicap. C’est à ce prix que pourra alors être reconnu à leur tour les conceptions occidentales et que pourra s’établir un dialogue riche avec les familles aux prises avec les difficultés du handicap.

 

Merci Jacques Brandibas pour votre grande connaissance des croyances réunionnaises, pour votre expérience clinique qui emporte tant de tolérance et d’espoir de progresser par le seul dialogue possible : celui qu'implique la reconnaissance de la différence. Oui, merci pour cet espoir de votre aauthentique approche interculturelle. Une démarche difficile mais certainement efficace par sa tolérance et son humanité. MJA

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Force et vulnérabilité
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