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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 18:03

Un livre de Charles Gardou

Et des chercheurs des 5 continents

Le handicap au risque des cultures

Variations anthropologiques

érès. Nov 2010

          (14)

En Algérie, le handicap à l’épreuve

des contradictions culturelles

Mezhoura Cheknoune-Amarouche

 

Notre guide Mezhoura Cheknoune-Amarouche est docteure à l’université Paris 5 Sorbonne, directrice des études au Centre d’études et de recherches sur les professions et qualifications à Alger. Dans le champ du handicap, elle consacre ses recherches aux fonctionnements institutionnels et à l’accompagnement éducatif. A l’issue de sa thèse sur les représentations de la déficience mentale chez les éducateurs spécialisés, elle a réalisé pour l’Institut national d’études de stratégies globales, une étude sur la formation de ces professionnels. Elle a publié plusieurs articles et contribue à l’animation de la revue Hayet du Croissant rouge algérien.

 

Bas de pages très nombreux qui donnent envie d’approfondir. Je vous en confie quelques uns mais référez-vous au texte pour les découvrir l’ensemble. Ces bas de page valent le détour.

 

R. Malek, Tradition et révolution, le véritable enjeu, Alger, Ed. Bouchène, 1991

G. Tillon, Le Harem et les cousins, Paris le Seuil, 1966

P.Bourdieu, La misère du monde, Paris, Le Seuil 1993

J-C Vatin, L’Algérie politique, histoire et société, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1974

Freud, L’Inquiétante étrangeté et autres essais, Paris Gallimard, 1985

M.Boucebi, Psychiatrie, société et développement, Alger, Editions SNED-Médecine, 1978

M.Boucebi, Maladie mentale et handicap mental, Alger, Editions ENAL, écrits des oliviers, 1984

S.Nouredine, La femme et la loi en Algérie, Alger, Editions Bouchère, 1991

A. Maalouf,  Les identités meurtrières, Paris Grasset, 1988

 

Bon, j’arrête ! A vous d’aller voir ! A vous de travailler,  de mémoriser, de lire !

 

Il est intéressant de noter que dès le début du chapitre, Mezoura rappelle l’enjeu du livre : considérer le handicap comme construction culturelle implique que la culture allège ou alourdit les représentations du handicap. Quant à son étude elle portera sur la construction de la représentation du handicap en Algérie entre culture et culte, du « culturel au cultuel. » ; une lettre manque, le « r » et toutes les représentations se transforment. J’aime cette histoire du « r » manquant.

Le R qui manque c’est la tension entre tradition et modernité, c’est la double matrice qui définit le jeu des représentations du handicap, ce sont les pratiques difficiles des professionnelles, ce sont les pratiques magiques toujours présentes et en fin de compte c’est la souffrance des personnes des handicapées. Voilà ce qu’implique le « r » manquant. Et puis c’est aussi la politique. C’est le premier chapitre du livre où cette donnée est posée. La politique d’un pays qui doit lutter contre le terrorisme, contre l’histoire « en arrière » pour cheminer dans l’histoire « en avant » Tout en gardant ses repères cultuels, l’Algérie impose sa modernité. Je dirai : « un pas en avant, un pas en arrière », et les handicapés sont au premier plan de cette curieuse cadence d’un peuple aux prises avec la mouvance de ses repères, aux prises avec une politique tremblante, mal affirmée, aux prises avec une violence trop affirmée.

Les conceptions du handicap sont appréhendés par des rites, par des signes, par des situations. Il y a sans cesse un combat qui se livre entre pensées rationnels et mouvements irrationnels. Les violences connues par l’Algérie ces dernières années ont provoqué une graves pertes de repères tant culturels que cultuels, l’Algérie est entrée dans « un logique de l’horreur » selon l’expression d’ Abderrahmane Moussaoui » (voir son livre De la violence en Algérie, les lois du chaos, Alger ; Ed.Barzakh, 2006).

A cela il faut ajouter, une fois encore, les effets d’une rude colonisation et de la confirmation d’un exode rural qui s’est accentué avec l’Indépendance. Les villes abandonnées fut prises d’assaut et souvent dans du chaos autant économique que politique.

Ainsi, dans des conditions précaires pour tous, la prise en compte du handicap est vraiment difficile. Entre cultuel et culturel, entre superstitions et religions, entre économie et politique, les personnes handicapées sont malmenées. Restent une fois encore les familles et les structures associatives. Mais là encore des difficultés apparaissent : le handicap apparaît comme une malédiction qui pèse sur la famille et les mentalités sont cruelles, mal arrimées dans une bonté qui serait pourtant si nécessaire aux personnes handicapées. Bonté et reconnaissance. Mais on en est loin du fait d’une dualité tragique entre la loi des hommes, déjà tardivement élaborée et la Shari’a ; Amin Maalouf rappelle une fois encore le pouvoir des regards destructeurs. De nombreux obstacles viennent faire trébucher une connaissance objective du handicap : obstacles religieux et superstitieux, obstacles historiques, obstacles économiques et politiques. On ne peut donc en Algérie parler de l’intégration des personnes handicapées ni de leur autonomie, ni d’un accompagnement efficace. La situation signe du désarroi.

 

Merci à Mezhoura Cheknoune-Amarouche, pour son chapitre si clair malgré des multiples données souvent contradictoires, vraiment merci pour tant et tant de travail . Oui, grâce à elle, nous connaissons mieux les représentations incertaines du handicap en Algérie et nous pressentons, l’énorme travail à accomplir pour introduire des valeurs humaines auprès des personnes handicapées. Nous pressentons aussi l’universel par rapport aux autres chapitres : les superstitions, les mythes, le poids de la violence, le poids d’une politique. C’est cela son grand mérite, c’est d’avoir articuler le discours politique à tous les autres discours notamment cultuels et culturels. Oui, cette fois-ci la lettre manquante n’est pas le « e » de Georges Perec qui signifiait son histoire d’enfant aux prises avec la guerre mais cette fois-ci la lettre manquante est le « r » qui signifie des millions d’individus, dont de nombreux handicapés,  aux prises avec la  violence et guerre. Pour cette nouvelle année, souhaitons aux Algériens, handicapés ou non, de tout notre cœur, qu’ils connaissent enfin la prospérité et  la paix. MJA

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Published by Marie-José Annenkov - dans Force et vulnérabilité
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commentaires

Auteure de la contribution 29/12/2010 08:30


A propos de l'humour décapant du peuple algérien concernant les discours tenus par ceux qui nous dirigent et qui ont nos destinées en main, une blague connue des petits et des grands: "L'Algérie
est au bord du précipice, (El hamdou lillah: grace à Dieu), elle a fait en pas en av ant!"... A méditer!


Marie-José Annenkov 29/12/2010 09:45



je vous remercie pour cet humour tragique qui s'applique à tant de situations politiques ou individuelles. Contournons nos gouffres avec nos livres, nos intelligences, nos engagements d'amour et
de vie. Amitiés MJA



Mezhoura Cheknoun Amarouche 28/12/2010 17:34


Mes meilleurs voeux à l'occasion de la nouvelle année: cette idée de site de lecture est magnifique! J'attends avec impatience de lire votre interprétation de l'ouvrage sous forme de synthèse.
Merci pour ce beau retour!


Mezhoura Cheknoun Amarouche Auteure de la contribu 28/12/2010 14:41


Un grand merci pour votre profonde analyse! Les contributions que vous pervevez, ne sraient- elles pas le reflet des ambiguités, de l'ambivalence des représentations individuelles et collectives?!
A méditer!


Marie-José Annenkov 28/12/2010 16:20



chère amie,


Merci pour votre commentaire confiant qui offre  aux inventeurs un sujet de méditation que je retiens avec intérêt. En effet, après lecture de l'ensemble des chapitres et travaux si
passionnants, je me propose d'écrire une synthèse qui, je l'espère, rendra compte avec efficacité, des questionnements du livre dans son ensemble et l'ambivalence dont vous parlez est
certainement l'axe central. D'ailleurs, à plusiurs reprises, les auteurs nomment Janus. Mais patience, je finis le livre, je médite en silence et j'interroge ! 


Je vous souhaite une heureuse fin d'année et que 2011 soit riche de vos projets de femme intellectuelle et de femme tout court ! Amitiés sincères et encore bravo pour votre chapitre et vos
travaux ! MJA



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