Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 11:13

Un livre de Charles Gardou

Et des chercheurs des 5 continents

Le handicap au risque des cultures

Variations anthropologiques

érès. Nov 2010

          (12)

Au Sénégal, handicap et errance

        Aliou Sèye

 

 

Notre guide, Aliou Sèye, docteur en anthropologie et en sciences de l’éducation, est chercheur au Centre de recherche d’ADEFI sur la vulnérabilité et l’exclusion sociale. Il consacre ses recherches à la condition des personnes sans abri, en situation de handicap et, plus largement aux victimes de privation de droits. Il est l’un des responsables du Groupe de recherche sur les mouvements de jeunesse en Afrique de l’Ouest. Enseignant-chercheur à Dakar, il a codirigé l’ouvrage Polytoxicomanies, action individualisée, approche communautaire. Expériences franco-sénégalaise (éditions Chronique Sociale) 2000

 

Bas de pages passionnants à ne pas manquer. Je vous en cite quelques uns :

A.   Sadj : Tounka, Paris, Présence Africaine, 1965

A.   Honneth : La lutte pour la reconnaissance, Paris, Cerf, 2002

P. Ricœur :Parcours de la reconnaissance. Trois études, Paris, Stock, 2004

E.Goffman Stigmate. Les usages sociaux des handicaps,Paris, Editions de minuit, 1975

H.Becker, Outsiders. Etude de sociologie de la déviance. Paris Métaillié, 1985, 1er édition 1963.

B.Diallo. Le totem, Recueil des contes du Burkina-Faso, Paris, l’Harmattan, 1993

Chez les Wolofs de Dakar, « Le vieux » est synonyme de « Sage »

R. Bastide,« Le rêve, la transe et la folie », Paris le Seuil, 2003.

 

Et d’autres encore... A vous de noter !

 

Qu’en est-il des personnes handicapées au Sénégal ?

 

On ne peut comprendre leur situation sans approfondir le lien établi entre elles et les systèmes social et symbolique.

 

On ne peut comprendre leur situation sans approfondir les rapports qu’elles savent établir entre la vulnérabilité de leur handicap et la force, voire même la puissance qui émanent de chacune d’elles pour (sur) vivre.

 

Ce chapitre est un chapitre dur, très dur à lire par la misère et l’injustice qui en émanent mais il est également étonnant  par le potentiel illimité de l’être humain à faire face à des choses très difficiles.

 

Ce qui caractérise ce chapitre, c’est l’ambivalence de la société sénégalaise face à ses handicapés : à la fois rejet et répulsion et à la fois presque « bienveillance » car on espère, par de la charité envers eux, s’attribuer les bonnes grâce d’un Dieu à la fois unique, à la religion monothéiste du Sénégal mais aussi multiple par le recours quotidien aux mythes ancestraux. Beaucoup de « à la fois » lourds à porter par les personnes handicapées qui vivent dans une extrême indigence que l’auteur qualifie de « Lèpre sociale ». Mais hélas, au Sénégal, la lèpre n’est pas exclusivement sociale elle est aussi réelle et c’est sans doute l’origine de cette métaphore si cruelle : « lèpre sociale » qui signifie l’altérité identitaire totale de personnes handicapées jusqu’à leur exclusion spatiale, jusqu’à l’éloignement de la communauté, jusqu’au mépris radical, jusqu’à la déchirure de l’être porteur d’un douloureux handicap. De la pure injustice et pour être sincère le chagrin m’a souvent envahit le cœur à la lecture de ce dur chapitre.

 

Mais les Sénégalais s’inscrivent dans la dynamique du don et du recevoir, d’où la place important de la mendicité si difficile à vivre pour ceux qui la pratiquent mais aussi révélant étonnamment leur dignité et leur survie. Pour eux, c’est une histoire de « maraboutage », une histoire de fatalité. On comprend alors, comment tout approche médicale est difficile dans un tel contexte. Ce chapitre recèle de nombreux exemples de vies et d’attitudes souvent indignes face aux handicap. Pour nous, lecteur occidentaux, c’est vraiment difficile à lire, à accepter. Mais une fois encore, nous sommes confrontés à la forge du langage du vivant, là-bas au Sénégal. Je veux dire, lire, le regard grand ouvert sur la page (c’est à ce prix que nous comprendrons la réalité  du handicap au Sénégal ) les expressions suivantes :

 

Lii moo sama juddu :  Ceci préexiste à ma naissance

Lu Yalla Toudeu :  Ce que Dieu a décidé : Dieu seul donne le bonheur ou le malheur

Waa Yala :  Homme de Dieu, ami de Dieu, compagnon de Dieu

Nguir Yallah :Au nom de Dieu.

 

C’est avec ces mots que les personnes handicapées sénégalaises élaborent des douloureuses et obstinées stratégies d’adaptation, c’est avec ces mots qu’elles vivent l’errance et l’exclusion. Elles vont voir des marabouts ou des charlatans, elles vont consulter des dëms, sorciers anthropologues, elles s’arque boutent, jusqu’au bout de leur forces et certaine mêmes arrivent à se faire reconnaître dans leur don. C’est alors que la force rencontre leur vulnérabilité si tragique même si elle est divine. Ainsi peut-on lire, cette phrase si triste, qui m’a fait monter les larmes aux yeux : « Quand j’ai appris ma maladie, c’était comme si le soleil s’était éteint ». La maladie en question, c’est la lèpre  qui contamine, défigure, c’est la lèpre honteuse qui exclue de la communauté, c’est la lèpre de la solitude et du chagrin. C’est la lèpre du désastre, c’est la lèpre qui fait des humains « des encombrants ». Je n’irai pas plus loin dans mon récit de chapitre si triste. Je m’arrêterai sur cette idée là,  quand l’humain joue sa mélodie de vie et de maladie sur le solfège de « l’encombrement »

 

Enfin, bien sûr, encore et encore, toujours la colonisation. Surfez ! Ouvrez vos livres d’histoire, mettez vous au travail, de la colonisation au Sénégal. Oui, leur histoire est la nôtre, oui, leur histoire est notre honte. Oui, handicapés ou non, les Sénégalais luttent, à l’ombre de leur Dieu et de leurs mythes pour leur reconnaissance. Je ne peux résister à vous citer la dernière phrase de l’auteur, il me pardonnera : elle est si belle, si terriblement significative :

 

« Dans le passé lézardé du colonialisme comme dans le présent du postcolonialisme et de l’économie de marché mondialisée, le mythe d’un avenir radieux n’a plus de place. Une seule voix possible : le respect sans condition, des droits de tous et de chacun. »

 

Deux bas de page importants définissent le postcolonial comme une non linéarité de l’histoire et l’impossible dépassement du colonialisme  (néo colonialsme) et  le marché mondialisé avec un titre à ne pas manquer :

 

A.Appadurai : Après le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation, Paris Payot, 2005

 

Merci Aliou Sèye pour ce chapitre si triste mais qui dit aussi les mythes, la force de chacun, dans son histoire de vie et dans l’Histoire écrite par la cupidité des  hommes. Merci pour ce chapitre qui nous fait souvenir de l’exclusion des malheureux et de la tragédie du colonialisme. Merci aussi pour ce chapitre si érudit qui nous fait souvenir que le savoir est le meilleur de l’homme et qu’il nous faut continuer par nos écrits et par nos livres à inventer le respect de tous et de chacun. MJA

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Marie-José Annenkov - dans Force et vulnérabilité
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Inventeurs de lectures
  • Inventeurs de lectures
  • : recherches sur la lecture, les ateliers de lectures et partage de livres
  • Contact

Mes publications

telechargement.jpg


 



Recherche