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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 12:46

Un livre de Charles Gardou

Et des chercheurs des 5 continents

Le handicap au risque des cultures

Variations anthropologiques

érès. Nov 2010

          (17)

 

En Norvège, les discours des droits

et du contrôle dans une culture

        du bien-être

 

Elvind Engebretsen, Berit H.Johnsen,

Birgit Kirkebaek et Ingrid Markussen

 

Nos guides norvégiens sont quatre ; allons à leur rencontre :

 

 

Elvind Engebretsen, docteur ès lettres en histoire des idées, université d’Oslo, exerce actuellement à l’Ecole des Hautes études d’Oslo, où il est maître de conférences en épistémologie des sciences sociales et directeur du programme de master en sciences sociales.

Auteur de La protection de l’enfance en tant que texte. Une analyse de 15 dossiers des années 1950-1980, et de Qu’a  dit le client ? La rhétorique dans les dossiers de la protection de l’enfance. Il est aussi le co-auteur, avec Ingrid Markussen et Berit Johnsen, de l’introduction à la traduction norvégienne, dont il a pris l’initiative, de la Lettre au Président de la République sur les citoyens en situation de handicap de Julia Kristeva.

 

Berit H.Johnsen, docteure ès sciences, est maître de conférences à l’Institut de pédagogie spécialisée de l’université d’Oslo. Durant de nombreuses années, elle a dirigé des projets internationaux dans le domaine de Comparative Classroom Studies towards Inclusion, en collaboration avec l’université d’Addis Abéba en Ethiopie et plusieurs universités des Balkans occidentaux. Rédactrice de la série d’ouvrages Towards Inclusion, elle est également l’auteure d’Une perspective historique sur les idées d’une école pour tous (1998)

 

Birgit Kirkebaek, rédactrice de la revue L’Histoire du handicap, et professeure émérite de l’université d’Oslo. Elle a également longtemps exercé à l’Ecole de formation des maîtres du Danemark. S’appuyant sur une riche expérience dans le domaine de l’enseignement et de la direction d’établissement, elle s’est surtout consacrée au travail avec les enfants multi handicapés. Elle a écrit de nombreux ouvrages, parmi lesquels« quand les simples d’esprit devinrent dangereux (1933) ; Sotte et légère. L’institution des femmes de Sprogo (2004) ; La période de normalisation (2001)

 

Ingrid Markussen, Professeure émérite en Histoire des idées de l’université d’Oslo, a consacré une grande partie de ses recherches aux conditions de vie des enfants handicapés dans les pays nordiques. Elle est l’auteure d’une thèse de doctorat en histoire dano-norvégienne du XVIIIe siècle, où elle s’est intéressée à l’engagement de l’état dans la création et le développement de l’école primaire obligatoire. De 2000 à 2003, elle fut directrice de recherches au Conseil norvégien de la recherche.

 

Bienvenue à nos quatre guides aux travaux si divers, sur mon clavier et sur vos écrans ! Je n’ai pas noté leurs bas de page, ils me le pardonneront j’espère, le Norvégien, c’est trop dur ! Les mots norvégiens sont longs, longs ...

 

Une fois, encore Janus se loge dans notre chapitre : la législation norvégienne est pionnière par sa mise en place de textes performants pour l’inclusion des personnes handicapés mais une trop grande exigence de visibilité et de contrôle de la mise en œuvre de ces lois constitue le second visage de Janus dont le regard sur les personnes en situation de handicap devient alors stigmatisant.

 

J’aime beaucoup ce chapitre car tout au long court résistance et éthique. Deux concepts que j’aime énormément parce qu’ils font vivre notre âme,  debout, que nous soyons handicapés ou non.

 

Les auteurs, dans un premier temps, nous content les différentes phases d’une réponse qui se veut « réparatrice » du handicap. A nouveau nous rencontrons l’Histoire, l’historique qui nous confirme, une fois encore, que l’appréhension du handicap se fait, dans notre culture occidentale, par la rencontre avec l’Histoire.

 

1.     Au XVIIIe, l’approche est volontariste, la faible densité du pays autorise une décentralisation des structures d’assistance : création d’écoles pours sourds et aveugles, création de classes de soutien pour enfants en difficultés, diminution du nombre de placements en institution.

2.     Succède alors une période de pessimisme liée aux théories de la dégénérescence qui font des personnes handicapées « des malades de la société. » C’est le début des catégorisations scientifiques étayées par la notion de diagnostic. Les experts détiennent alors le pouvoir de qualifier la dangerosité du public et de leur capacité d’avoir des enfants. Charles Darwin, Bénédicte-Augustin Morel, César Lombroso, Mendel, Francis Galton sont alors à l’honneur. L’idée était de réduire le nombre des enfants dits « dégénérés »

3.     Mais bien sûr, la seconde guerre mondiale et la Shoah remirent en question sérieusement ces données scientifiques et leur terrible risque éthique. On envisagea alors d’autres stratégies dont les Norvégiens furent les pionniers. Ce fut le temps d’une recherche d’un « bien-être pour tous » et de l’essor du « principe de normalisation »  qui voulait rompre avec l’institution et qui instituait les principes de « proximité »  et de « visibilité ». La responsabilité des personnes handicapées fut transférée de l’état à la commune (Réforme de 1987-1989),  De nombreuses lois communes furent votées entre 1970 et 1980, une autre en 2006(ONU) une autre encore décisive en 2009 : processus de ratification de la convention en matière des Droits de l’homme

 

Tout cela se fit par étapes successives :

 

1)   Tout d’abord  l’idée d’une école « concrète s’imposa dans les esprits de tous tout d’abord en concordance avec le rejet croissant de la ségrégation et avec l’engagement des associations reflet des idées de la population favorable à une école pour tous. Cette école unitaire reposait sur une longue tradition du peuple Norvégien, une école qui serait gratuite et mixte pour « tout un chacun ». Durant l’union monarchique Norvège et Danemark, on y enseignait la catéchèse.

2)   Dans les années 1850, l’école rassemblait toutes les catégories de la population et ce en ville comme à la campagne quelque soit les origines sociales, économiques, géographiques. C’est en 1889 que fut voté une loi affirmant ses principes. Ecole gratuite pour tous mais qui paradoxalement et progressivement impliqua une exclusion des enfants en difficulté

3)   C’est en 1960, qu’il fut question d’accueillir aussi les enfants en difficultés et les enfants handicapés. En 1970 le comité Blom, nommé par le gouvernement, proposa un loi très importante qui soulignait combien il était essentiel que les personnes handicapés soient à part entière citoyen du pays et cela bien sûr confirma le rôle et les objectifs de l’école qui devait préparer égalitairement les enfants à devenir des adultes vivant dans l’égalité, à part entière dans le pays de Norvège. Ainsi se succédèrent les lois de 69, de 75, de 87, de 98. J’invite les Inventeurs à lire attentivement le contenu de ces lois essentielles, telles que nous les présentent les auteurs qui nous disent combien ces lois eurent un effet favorable dans le sens du recul de la ségrégation et dans l’évolution de l’inclusion.

 

Mais hélas, les auteurs soulignent aussi combien l’histoire n’est pas gagnée, ils soulignent aussi l’écart entre les lois et la pratique et combien la voix des experts médicaux est encore lourde de pouvoir.  Enfin et surtout ils parlent du "contrôle " et de l’exigence de visibilité moderne qui viennent pervertir les lois. Ayant travaillé plusieurs années en association d’insertion, ce passage du chapitre me parle malheureusement énormément. A vouloir prouver notre travail avec les « êtres différents », nous créons tragiquement leur différence. Alors, les auteurs savent trouver des termes forts qui disent leur résistance à un tel contrôle, à une telle exigence de visibilité. Nous sommes dans un paradoxe mortifère et j’aime leur façon de l’écrire.

 

J’ai vraiment beaucoup aimé ce chapitre structuré, exigent d’histoire et d’éthique. Il m’a beaucoup appris et m’a confirmé dans mon éthique de résistance. D’ailleurs, j’ai fait un curieux lapsus écrit. J’ai nommé mon fichier ordinateur du travail de ce chapitre : « Au risque de l’éthique ». Merci, chers amis Norvégiens de nous rappeler le combat permanent que nous devons mener pour faire appliquer les lois sans qu’elles ne soient transgresser par des bureaucrates qui dévitalisent notre travail. Merci, Elvind Engebretsen, Berit H.Johnsen, Birgit Kirkebaek et Ingrid Markussen de porter haut et fort, du lieu de vos intelligences, une splendide résistance. Bravo ! Bravo ! Bravo ! MJA

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Force et vulnérabilité
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