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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 14:37

Un livre de Charles Gardou

Fragments sur le handicap et la vulnérabilité

Pour une révolution de la pensée et de l’action

Erès 2005 261 pages

Collection «Connaissances de la diversité»


Introduction


Je commence donc un nouveau livre de mon ami Charles Gardou dont je vous ai présenté à plusieurs reprises la dynamique de recherche. Ce livre n’est pas le plus récent (publié, il y a 5 ans déjà) mais il exprime un tournant dans sa réflexion d’homme toujours au travail de la différence quand elle fait exclusion.


Je travaillerai ce livre chapitre par chapitre puis j’en ferai une synthèse, présentant  par là une démarche d’étude qui m’est chère.


Je lirai ce livre de ma place de femme, de citoyenne et de psychologue clinicienne, celle que j’ai été des années durant avant que la retraite ne me surprenne incroyablement fière d’une vie professionnelle faîte de résistance au jour le jour, poussée par mes toujours citoyens, jusqu’à, parfois,  l’échec. Mais qu’importe ! J’ai vécu mes vérités professionnelles dans la lumière de mes engagements de femme.


Je lirai aussi ce livre de ma place de grande lectrice depuis toujours et d’écrivaine depuis si peu.


Pour vous donc, je commence ma longue et patiente lecture, soulignant une fois encore que mon commentaire ne doit surtout pas vous dispenser de lire le livre. Il s’en veut une simple introduction et surtout une incitation à le lire, tant, je le dis déjà, il constitue un livre essentiel pour tous, quelque soit le lieu d’où on choisit de le lire.


Je commence donc mais auparavant, encore une pensée introductive.


Ce livre, comme tous les livres de Charles Gardou est un livre pensé de l’ailleurs de son savoir d’homme et de lecteur. Je me réfère par là à la splendide bibliographie qui est sienne dans la plupart de ses livres et aux citations et exergues qui émaillent et brisent son texte, écrivant l’ailleurs de ses propos et donc la distance nécessaire à toute conceptualisation mais aussi dans une référence permanente à sa parenté symbolique.


J’espère qu’il me pardonnera de citer, parmi ses nombreux exergues, celui-ci qu’il signe en début d’ouvrage :


« Tout compte fait de mes expériences écartelées et écartelantes, je crois qu’il n’y a qu’une chose qui ne se compense pas, c’est de ne pas vivre et de n’avoir pas vécu. Je suis de la religion de vivre et de permettre aux autres de vivre. J’essaie d’être digne là où la vie à son lieu : ici et maintenant »


Ces propos témoignent, j’en suis convaincue du livre qui s’avance





Chapitre 1. Susciter une révolution culturelle, désinsulariser le handicap


Ce chapitre, je l’ai lu comme une introduction au livre qui s’avance et donc dans une richesse conceptuelle importante mais non encore aboutie. Le livre sera là pour développer « les graines » semées dans ce chapitre, puis dans l’ensemble de sa recherche ultérieure, « terre de pensées », terre à labourer des pages durant entre stylo et clavier, dans la rencontres d’hommes et de femmes vivant « L’évènement- handicap »  le pensant ou le pansant,  mais surtout l’accueillant dans une dynamique de respect, générique de la seule approche possible de l’humain, en détresse ou non. La roue du temps et du destin  tourne pour tous mais le respect, lui,  doit-être toujours là, attentif aux aléas des destinées.


Nous sommes d’emblée avertis qu’il s’agit là d’un ouvrage /synthèse et donc difficile mais riches  des pensées qui l’ont précédé, élaboré et mûri dans le fil des années, des expériences de vies, intimes comme professionnelles. Donc un ouvrage d’homme dans sa maturité d’homme. Un livre tournant, vous ai-je dit.


Un texte ouvert sur des questions essentielles : la norme, le handicap, la différence, le regard sur l’autre, le destin, le silence quand il se fait violence symbolique, la machine sociale qui porte en avant certains et qui en détruit d’autres, les actes de vie et leur conscientisation, la nature du lien entre les hommes mais surtout l’objet de ce livre sera l’approche dans l’intelligence du coeur de ceux qui vivent « L’évènement-handicap ».


Qu’est-ce donc qui annonce la révolution culturelle, la désinsularisation du handicap ?


Pourquoi ces mots si précis de « culturel » et de « désinsulaire » dans le titre du chapitre ?

Désinsulaire renvoie à « île » et à Robinson. Histoire de solitude. Celui qui vit l’évènement-handicap vit dans la solitude sur île nommée différence et différence renvoie à culture. Comment la culture traite-t-elle la norme et la différence ? A ce point germent déjà les études interculturelles de Charles Gardou. Comment traite-t-on le handicap dans les différentes cultures ? Ceci étant  l’objet des recherches actuelles de Charles Gardou, anthropologue et inlassable voyageur.


Le handicap, n’est qu’un des aspects spécifiques de l’humanité mais qui a un rôle d’amplificateur nous-dit il par la peur de la différence qu’il véhicule, par cette façon qu’il a de nous assigner à notre miroir brisé dont nous ne voulons pas. Nous nous voulons triomphant et fort, ainsi la culture  nous assigne-t-elle chaque jour un peu plus à cette place, clôturant notre être dans du définitif qui brille. Mais la vulnérabilité dont nous sommes tous porteurs vient écrire la faille de cette force qui nous enferme dans notre être approximatif, inachevé malgré la culture du triomphe. Alors Charles Gardou vient nous rappeler que le lien qui nous unit aux autres est un lien de vulnérabilté, de singularité qui impulse pour chacun un itinéraire singulier où la destinée a sa place, la destinée et ses triomphes, la destinée et sa gloire mais aussi la destinée et son pauvre désir d’enfant fragile. Vous savez celui qui a toujours besoin de l’autre pour vivre : le premier autre, sa mère puis les autres autres, les hôtes de notre désir souvent en morceaux, de notre désir souvent fragmenté. Le titre du livre :  « Fragments sur le handicap et la vulnérabilité » mais comme ça, je dirai aussi quand notre désir nous fragmente jusqu’au handicap, avec du handicap dans le temps de notre destinée.


Alors, biens sûr , il n’existe pas de cadre à la douleur que d’être humain inachevé, il n’existe pas de cadre normatif qui nous rassurerait tant dans nos pauvres peurs chimèriques, dans nos nos fragments si fragmentés. Restent à inventer des lumières qui jaillissent de nos regards, les uns sur les autres, des regards sans compassions, des regards sans superstitions, des regards sans hostilité, des regards sans indifférences, il nous restent à inventer des regards forts sur la vulnérabilité, la leur, parfois la nôtre, la nôtre parfois la leur, il nous reste à inventer une pensée métisse, il nous reste à inventer la métis, il nous reste à inventer dans le patient travail de nos jours et de nos amours le possible de nos fragments ; ça pour l’insulaire


Il nous restent à inventer une culture où l’évènement-handicap a sa place, dans sa différence certes mais dans son droit à exister inachevé par ses membres, ses sens, ou son âme défaillants, il nous reste à inventer un droit de cité pour l’évènement-handicap dans nos âmes et notre géographie existentielle ; ça pour la culture.


Milan Kundera écrit que nous traversons notre présent les yeux bandés. Mais qu’est-ce donc qui bandent nos yeux si ce n’est ce refus obstiné que nous avons tous de nous vivre inachevé et dans le pathétique désir de vivre ensemble pour masquer notre solitude et notre impossible partage d’être dirait Lévinas.  Nous avançons dans nos vies, les yeux bandés dans un étrange tâtonnement existentiel, jour après jour. Certes, nous avons besoin de force et de triomphe mais à quoi bon dénier notre vulnérabilité et la faire porter dans un définitif adieu à l’autre, l’exilant sur une île de chagrin  tandis que nous continuons sur le continent ?


                        Une île

                        Ta vie qui file

                        Dans la différence

                        La mienne ou la tienne

                        Ne pas chanter l’inutile

                        Tous les êtres sont égaux

                        Malgré ou avec leur maux


                        Dans le silence ou dans le tapage

                        Nous vivons à tous âges

                        Nos victoires et nos gloires

                        Mais dans nos cartables d’enfants

                        Nous sommes vulnérables

                        Par nos manques à être

                        Et par notre inextinguible dette


                        D’une culture

                        Que le chagrin refuse

                        Plus obstinée qu’une buse

                        Je refuse d’être la muse

                        J’en appelle aux pouvoirs publics

                        Et à toute la clique des bien pensants

                        La douceur il faut garder patiemment


                        Contre vents et marées

                        Nous poserons les bases

                        D’une nouvelle culture

                        Où chacun aura sa place

                        Avec sa différence

                        Avec ou sans dépendance

                        A l’autre, corps ou âme


            La révolution culturelle, qui laissera à tous, une égale place, sans charité, mais avec l’intelligence du coeur, qui laisse place à la vraie transmission du savoir humain, réside nous dit Charles Gardou dans la « désacralisation de l’individu qui se voudrait parfait, immortel et auto-suffisant ».


Voilà pour l’essentiel me semble-t-il de ce chapitre qui introduit avec rigueur et exigence le livre et la recherche d’une vie à venir. MJC

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Published by Marie-José Colet - dans Force et vulnérabilité
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