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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 14:59

J’invite le lecteur à lire Fragments 1, 2, 3 (10,11,12 mai catégorie Force et vulnérabilité) et 4 et 5 (samedi 19 juin) et Césure (dimanche 20 juin 2010), Fragments 6 (le 22 juin 2019)


 

  Un livre de Charles Gardou

Fragments sur le handicap et la vulnérabilité

Pour une révolution de la pensée et de l’action

érès 2005 261 pages

Collection  «Connaissances de la diversité.»

 

 

Le chapitre étudié  se nomme :


Composer avec le divers

Refuser l'étiquetage

Cheminer vers le métissage

Interroger le pouvoir de la norme

Ce chapitre a été écrit en collaboration avec Jean-Pierre Audureau et Denis Poizat


Ce chapitre a pour objet l’enfance lorsqu’elle est frappée de l’injustice du handicap. Sa lecture m’a emportée vers du chagrin.  Mais reste le savoir des auteurs : Charles Gardou, Jean Pierre Audureau et Denis Poizat.


De quoi nous entretiennent-ils ?


Ils nous entretiennent des soubassements sociaux et anthropologiques concomitants à la possibilité d’écoles inclusives qui respecteraient la différence d’enfants parfois porteurs de douleurs tout en permettant leur avancée avec tous.


Ils nous entretiennent de la comparaison entre différents pays  et les façons différentes d’aborder ce problème


Ils nous entretiennent des passionnants travaux de Janus Korczac, dont à tort, je remets toujours à demain de vous le présenter, lui et son travail au cœur du ghetto de Varsovie, lui et son assassinat avec les enfants par les nazis, lui qui disait, nous rappellent les auteurs de ce chapitre qui  « Réformer le monde, c’est réformer l’éducation ».


Ils nous entretiennent de Lévi Strauss et de la différence d’aménager les divisions de l’humain selon les cultures.


Ils nous entretiennent de Michel Foucault et de G.Canguilhem

Ils nous entretiennent de la nécessité d’interroger la norme et son pouvoir.

Ils nous entretiennent « du clos et de sa délimitation mais aussi du trouble et de sa métamorphose ». J’aime le mouvement de cette phrase qui conclue le chapitre.


Vous l’avez compris. Il s’agit d’un chapitre très dense, d’une extrême intelligence, à lire crayon en main.


Enfin, dans une note en bas de page est citée une auteure que j’apprécie beaucoup et sur qui j’ai écrit une note pour la revue Empan, (N°59) qui a publié cet article. Mais si vous me le permettez, pour vous éviter toute recherche, je vous là copie, là, la nichant avec tous ces gens de talent, parce que dans son roman, elle a su merveilleusement raconter l’école, la différence et bien sûr la lecture. Voilà ce que j’écrivais du roman de Jeanne Benameur, il y a quelques temps :


Les demeurées Jeanne Benameur

Editions : Denoël, 2000

 

Ecrire, lire, c’est construire sa métaphore . Apprendre à lire à l’autre c’est l’aider à broder un nom , le sien ou celui des autres, broder un nom qui fait secret.


J’ai aimé le livre de Jeanne Benameur parce que le savoir des lettres en constitue sa métaphore. Apprendre de l’autre, apprendre à l’autre  est une histoire d’amour qui peut aller jusqu’à la mort, qui se vit dans l’excès, dans la folie, jusqu’au mutisme ou jusqu’à l’éclat de rire. Une passion.


Luce, elle est fille de demeurée et demeurée elle-même, elle n’apprendra jamais à lire. C’est le village tout entier qui l’a dit, mais la loi c’est la loi, elle ira à l’école. L’institutrice, elle s’appelle Solange. Sur le tableau noir, elle écrit le nom de Luce et de la poussière de craie jaillira fièvre, maladie et presque mort. Tabou violé. Du nom, des lettres, de l’alphabet tout entier, Luce ne veut rien savoir mais Solange insiste. Mur de craie ou mur noir du tableau de l’autre côté du mur, la mère. Solange la tierce , Solange son ordre, son savoir, son alphabet, son amour. Apprendre à lire à l’enfant mais dans le respect comme le lui a enseigné son vieux professeur.

           

Les Demeurées conte ou récit ou  roman, je ne sais pas. Les mots sont très denses et tracent un immense chagrin de solitude. Les mots sont là, tous là, serrés, enfouis , tressés, brodés. J’ai été émue par Luce, par sa mère, par Solange, par ces trois femmes prise dans la tourmente d’apprendre et cette émotion a fait écho à ma passion de l’alphabet quand je le lis, quand je le transmets. Apprendre à lire, c’est transmettre un ordre, celui d’un groupe humain, d’un village avec son boulanger, son école et son cimetière comme l’écrit Jeanne Benameur. Permettre à l’autre de lire les étiquettes, les lettres brodées, le journal, les livres mais aussi les noms sur les tombes. Lire c’est ordonner la vie et la mort, c’est prendre place dans le secret du monde.

 

            Ce livre est court, écrit dans un style pur. Il nous emporte  sur un chemin de lettres, d’amour et de mort. Nous nous déplaçons de mots en mots dans une histoire brodée par trois femmes, Luce, La Varienne et Solange. C’est très intense, très fort. Prenant de bout en bout, parce que les mots sont là :

           

            Le savoir –quand ça ne peut plus s’arrêter -  

 

Epeler l’alphabet

            sans jamais tomber

            vivre dans le souffle de ses lettres

            tracer les lettres

            lire le meilleur et le pire

            écrire son nom et exister.

 

 Apprendre à l’école avec sa différence, avec tous. Apprendre dans le souffle des lettres les secrets de l’humanité dans la nécessité d’exister.

 

Merci aux auteurs de ce chapitre, chercheurs érudits, une fois de plus au service de l’humain quand il se fait différence mais surtout quand il se fait enfance à l'école. MJC

 

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Published by Marie-José Colet - dans Force et vulnérabilité
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