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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 21:37

Idées reçues

La Lecture

Jacques Fijalkow

Eliane Fijalkow

Le Cavalier bleu  2003


J’ai aimé ce livre mais ce n’est qu’en lisant sa conclusion que j’ai compris pourquoi. Les auteurs écrivent alors  :

 

« « Déshabiller » les idées reçue liées à la lecture demandait de distinguer soigneusement trois objets :

la réalité de la lecture, le discours des chercheurs autour de ce thème et celui des médias, véhicule privilégié des idées reçues. »

 

Ce que j’ai aimé c’est la démarche intellectuelle du livre, qui à chaque fois, aborde l’idée reçue sur son socle idéologique et politique. Parler lecture c’est parler politique.

 

Eliane et Jacques pour chaque idée démonte avec une brève lenteur le mécanisme de l’idée reçu et se faisant ils posent leurs idées de chercheurs.

 

Les auteurs posent la question du capital symbolique de tous et de la crainte ancestrale des clercs détenteurs de ce capital de voir chacun se situer dans un choix possible pour organiser ses loisirs dans un savoir-vivre et savoir être qui lui appartient comme sujet au monde de la vie associative au bricolage en passant (pourquoi pas) par l’art de lire.

 

Les auteurs posent la question de la mutation de l’écrit qui ne fait pas pour autant disparition de l’écrit.

 

Les auteurs posent la question des rapports nuancés existant entre ordinateur et livre. Peut-être ne s’agit-il pas d’une rivalité mais là encore d’une autre organisation du savoir.

 

Les auteurs posent la question de l’illettrisme non pas dans sa fonction d’exclure mais dans la dimension un fois encore de la personne qu’ils nomment alors non pas illettrée mais en situation d’illettrisme. Il n’y a pas là un phénomène radical, irréductible, « d’essence » mais des êtres en situation de souffrance, de manque, de différence à reconnaître, à entendre. Ils analysent avec efficacité les ressorts politiques du processus qui engendrent ces situations. Ils reconnaissent combien la tâche est ardue de comprendre ces processus « d’illettrisme » ou « d’échec scolaire ». Cela varie d’un pays à l’autre, d’un temps à l’autre. L’exigibilité sociale n’est plus la même et change à chaque fois la donne des recherches. Il est difficile de s’accorder sur l’objet de la recherche « illettrisme » comme autrefois avant Binet, il était difficile de s’accorder sur l’objet de la recherche « Intelligence. « L’objet d’une recherche c’est ce qu’elle cherche dirait la Palisse. Oui, mais alors quelle mouvance mais peut être aussi et heureusement quelle vie, quel dynamisme possible, quelle ouverture possible.

 

Les auteurs posent la question de l’apprentissage de la lecture, avec le code, avec le sens, avec les phonèmes. Ils distinguent le savoir lire du savoir relire, du savoir dire, le livre ouvert, le livre fermé, le livre à l’envers, le livre dans tous les sens, le livre dans le mouvement de l’expérience de la classe, le livre dans la classe, quand le livre fait jaillir la lecture et taire la pseudo lecture, le livre avec les parents. J’ai aimé cette phrase que je recopie pour mon ami Dominique Piveteaud :

 

« Apprendre à lire est suffisamment important pour que cette étape du cursus scolaire implique non seulement l’apprenti lecteur mais aussi ses parents. »

 

Les auteurs posent aussi l’âge de la lecture  et lors d’un chapitre cite en exergue Jean-Louis Baudry cet auteur que j’aime tant. Je vérifie une fois de plus l’adage « Les amis de mes amis sont mes amis ».

 

Et puis c’est le douloureux chapitre de la dyslexie : les opinions, les contre verses, la sciences, les savants,les gauchers et les autres. La coercition encore sur les différents. Tout le monde est droitier  alors pourquoi être gaucher ? Moi, ça m’épuise ces gens qui ne peuvent reconnaître la différence autrement qu’en la combattant.

 

J’en arrive alors à ce que j’aime le plus dans ce livre : sa non-violence. Être non violent c’est l’être dans sa vie, dans ses recherches. Eliane et Jacques sont des non violents. Pour chaque idée reçue, ils posent leurs arguments. Ils ne s’opposent pas aux autres. Ils ne se confrontent pas. Ils articulent leurs idées comme les pièces d’un puzzle symbolique à reconstituer dans l’intelligence de l’humanité, dans la complexité et la pluralité de tous pour que nos enfants, s’y logent. Une transmission douce que me chantait ma maman.

 

Enfin, au détour d’une page, la douceur d’une rencontre inattendue avec Nina Catach,  auteur entre autres ouvrages de L’orthographe française, la cousine germaine et meilleure amie de jeunesse de ma mère. Je la revoie, elle, Nina, belle souriante dans un éclatant chemisier jaune quelques semaines avant sa mort. Quand le savoir se fait souvenir dans la saveur d’une Madeleine de Proust et de sa jolie phrase :

 

« La pédagogie est une imitation : quand tout est clair dans la tête des maîtres, le reste importe peu. Les manuels eux-même ne serviront à rien, si la raison d’être des matières échappe à celui qui les enseigne. Au contraire, c’est sans y penser, comme par osmose, que les connaissances les plus ardues imprègnent l’enfant quand le maître en est imprégné. »

 

Et si nous tous donc, les inventeurs de lectures nous formions une famille unie où tous différents, nous chercherions, patiemment, penchés sur le même puzzle des alphabets ? J’imagine déjà « L’arbre aux chercheurs » où chacun sur sa branche inventerait dans une sève commune. Les branches se rejoindraient, se noueraient, se délieraient , s’élanceraient dans le ciel de nos livres ! Et ensemble, chercheurs d’or, chercheurs de sciences, chercheurs de terrains, chercheurs de nos humanités,  nous inventerions la paix !

 

Mais pour revenir sagement au patient travail d’Eliane et Jacques Fijalkow, il faut nommer un glossaire rigoureux et une bibliographie qui donnent envie de lire et de s’associer à ce travail contre les idées reçues qui tuent la lecture et la lutte pour la lecture.

 

Avec Eliane et Jacques Fijalkow, bon travail  et ... montons aux arbres du savoir et de la paix ! MJA

 

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Empan
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