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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 11:55
Un livre d’Albert Camus : Les Justes
Gallimard 1950

 

J’ai peu lu Albert Camus ou je l’ai oublié. A part Lettres à mon ami allemand que j’ai relaté dans le blog récemment dans cette même catégorie, mes lectures de Camus remontent à l’âge de 20 ans. J’avais été passionnée par La Peste et j’avais beaucoup aimé La Chute dont le rire du héros m’a accompagnée toute ma vie.

 

La conférence de Claude Sicard que j’ai beaucoup appréciée et que j’ai relaté dans mon blog m’a redonné le goût de découvrir Camus. Pour l’anniversaire de la mort de cet auteur contesté de son vivant à gauche comme à droite et dont on parle tant en ce moment, j’ai eu envie de le lire. J’ai lu sa pièce de théâtre Les Justes.

 

Cette pièce a vu sa première représentation le 15 décembre 1949, sur la scène du Théâtre –Hébertot (direction Jacques Hébertot) ; La mise en scène était de Paul Oely, le décor et les costumes étant de Rosnay.

 

Distribution

 

Dora Doulebov             Maria Casarès

La grande-Duchesse         Michèle Lahaye

Ivan Kaliatev                  Serge Reggiani

Stepan Fedorov               Michel Bouquet

Boris Annenkov             Yves Brainville

Alexis Voinov                 Jean Pommier

Skouratov                     Paul Oetly

Foka                             Moncorbier

Le Gardien                    Louis Perdoux

 

J’ai lu cette pièce, seule, allongée sur mon lit, dans la douceur d’un dimanche. Le premier de l’année. Moi, la femme engagée dans tant d’engagements « à gauche », j’en suis sortie émue. J’ai fermé le livre et j’ai écrit à Claude Sicard un mail dont je vous livre un passage :

 

« Il me semble que les mots clés de Camus sont "accompagner les contradictions de l'engagement des hommes face à l'injustice pour enfin peut-être la vaincre". »

 

Le théâtre est propice à un tel engagement car il met en scène plusieurs personnages « parlant un même sujet, une même problématique, une même question »

 

De quoi s’agit-t-il dans cette pièce ?  D’engagement politique qui s’affirme jusqu’au terrorisme. Dans cette pièce donc, Albert Camus pose le double problème de l’engagement politique associé à la guerre ou à la paix (tuer ou ne pas tuer au nom de ses idées.)

 

La construction de la pièce est simple :

 

Acte I . Avant l’action : la bombe à jeter sur la calèche du grand-duc

Acte II. Pendant l’action. L’attente des camarades révolutionnaires : l’obstacle à l’action : la présence d’enfants.

Acte III : L’action réalisée : la bombe est jetée. Le grand-duc meurt

Acte IV : la prison. La possible trahison. Le châtiment. Le recommencement

 

Pardonnez-moi si je vous raconte l’histoire de cette pièce. Mais l’important ce sont les mots qui se disent, les mots qui interrogent l’engagement de chacun. Albert Camus a mis à plat les différents chemins de paroles de chacun et c’est passionnant d’humanité, d’intelligence, de simplicité. Jamais les phrases ne ronronnent dans du « tout fait », « du tout penser. » Le spectateur est invité à se situer, à s’identifier à tel ou tel personnage.

 

- Est-il Annenkov, le chef déterminé mais calme, analysant avec fermeté la situation mais finalement quittant la scène de l’action : « il ne lancera pas sa bombe » ?

- Est-t-il Stepan, l’homme sans concession, le révolutionnaire révolté, humilié dans son passé d’homme fragile, inventant la mort de l’ennemi ?

- Est-il Kataiëv le poète qui sait que ce n’est pas facile de tuer, qu’il n’y a pas de bonheur dans la haine mais malgré tout lançant la bombe qui tuera ?

- Est-il Skouratov qui dans une lucidité sinistre sait qu’on défend tout d’abord la justice pour finir par inventer une police ?.

- Est-il Dora qui rêve parfois du soleil, de l’amour de Kataïev dans ce monde si difficile de l’engagement ?

 

Le spectateur est-il ou n’est-il pas pris par sa conscience : aucune idée ne permettra de tuer des enfants. Les enfants comme limite des engagements de guerre, les enfants comme principe de paix. Où commence l’engagement ? Où finit-il ?

 

Le spectateur s’interroge : veut-il que les héros lancent la bombe pour « un monde meilleur sans injustice »  où ne le veut-il pas ? Veut-il l’idéalisme de Kataïev qui engendre la continuation de l’action ou le recommencement de la violence. Qui recommence la violence : le bourreau ou l’homme engagé jusqu’au bout du chemin de sa vie, jusqu’à sa mort ?

 

J’ai aimé ce texte  qui fait vivre à tous ses héros leurs contradictions. Il me semble, qu’être engagé c’est porter avant tout des contradictions, mais dans la « non  toute impuissance » continuer simplement au jour le jour. Continuer à croire et à porter ses valeurs contre l’injustice qui existe partout dans le monde, continuer à croire la paix car la guerre tue des enfants et cela est impossible à porter. En tout cas, moi je ne le porte pas.

 

J’ai aimé cette pièce de Camus qui nous aide à nommer nos contradictions pour mieux les dépasser, qui nous aide à les articuler pour mieux les transcender. Je me sais femme de contradictions mais femme d’engagements « à gauche » parce que je me retrouve dans les valeurs « de gauche », parce que je sais que ces valeurs existent, qu’elles ne sont ni celles de Sarkozy, ni celle d’Hortefeux, ni celles d’Eric Besson. Mais je ne tuerai personne pour défendre mes valeurs car ma valeur suprême est la vie. J’écrirai jusqu’à épuisement pour inventer la paix et parler avec chacun. Il me semble que mon engagement premier est l’écriture de mes valeurs. Fasse que je n’ai pas à connaître la guerre ! Je suis une fleur de démocratie et je peux donc défendre les bourgeons de mes fleurs voisines. C’est ma chance et mon espérance. Il y a longtemps, ce champ de fleurs a été détruit et Stéfan Zweig s’est suicidé…Je ne sais pas... Je n’aime pas le suicide qui est une autre forme de violence.

 

Mais nous n’en sommes pas là. A chaque jour sa peine, à chaque jour son engagement, à chaque jour ses contradictions, à chaque jour la lecture d’un livre. Aujourd’hui, Les Justes de Camus. Je vais lire d’autres livres de Camus car j’aime comme il me fait penser, dans la lenteur des mots, dans la pesanteur des idées, dans mon inachèvement enfin. Je suis une femme engagée mais une femme inachevée. Voilà ce que je voulais vous dire aujourd’hui, après ma lecture des Justes d’Albert Camus

 

Et donc, bonne lecture  ! MJC

 

 



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Published by Marie-José Colet - dans Albert Camus
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commentaires

denis 15/01/2010 21:51


il faut demander à adhérer à notre communauté et on valide la demande


denis 05/01/2010 21:36


j'ai aussi été enthousiasmé par cette pièce lue en 2009 je crois
on vit ce drame de "terroristes" qui se montrent humains et qui se révèlent comme tels
leur foi politique les conduit tout de même à l'acte mais plus tard pour ne pas tuer des innocents
Camus aura été vraiment un grand homme
vous devez savoir que j'ai créé une communauté Camus et j'ai vu que vous avez fait de même dimanche. A voir si c'est intéressant d'en avoir deux ou de vous rattacher à nous
Camus aimait trop la liberté pour que je vous impose quoique ce soit
comme promis je mettrai un lien sur notre blog
amitiés
Denis


Marie-José Colet 05/01/2010 22:04


Merci pour votre mail. En fait, je suis nulle en informatique. J'ai voulu rejoindre votre communauté et j'en ai crée une dont je ne sais que faire !!! Pouvez me conseiller utilement pour réparer
mes bêtises et vous rejoindre ! Marie-José


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