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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 18:02

Une histoire de la lecture

Alberto Manguel

Essai traduit de l’anglais

par Christine Leboeuf

Acte sud 1998

Babel 416

 

 Chapitre

La forme du livre

P.155-181.

 

                 Des illustrations à ne pas manquer : Le maître imprimeur, Aldo Manuzio, dit Manuce. Comme j’aime son visage à l’aube d’un sourire, un visage qui traverse le temps, c’est si émouvant ! Un gravure copiée d’un bas relief, montrant une méthode de rangement des rouleaux dans la Rome antique. On remarque des étiquettes fixées au bout du rouleau. L’aurore d’une bibliothèque et déjà le classement ; cela aurait plu à Perec si attaché à Penser Classer ces livres ! et d’autres encore qui disent la préhistoire du lecteur, des livres.

J’ai aimé ce chapitre étonnant qui met en lien le contenu même du texte proprement dit du livre, de la main qui s’en saisit, de l’espace qu’il occupe, de la forme qu’il dessine. : les premiers livres de poche, les premiers codex, les premiers rouleaux si proche de l’écran de notre ordinateur qui déroule notre lecture, le grand écran, les grands livres de lois et les petits livres de religion, les premiers missels, les premiers livres d’heures, premières Torah, premiers Coran. Papyrus, argiles papier. Ma lecture me fait remonter le temps et les formes. Manguel nous confie qu’il juge un livre a sa forme, oui ce chapitre est une douce confidence de l’amour des livres et de leur histoire, de leurs formes et de leurs contenus.

Les tablettes mésopotamiennes primitives, constituées de plaques de glaises successives formaient les premières pages des premiers livres, les volumes étaient déjà reliés et le livre ressemblait déjà au livre Avec la glaise on fabriquait les tablettes, avec le papyrus on fabriquait les rouleaux. Les deux étaient déjà aisément portables. Puis vint vélin et parchemin qui créa la possible pliure et surtout advint le temps de codex en parchemin qui facilitaient les annotations et les commentaires. Déjà, le lecteur soulignait, repérait, annotait c’est à dire conversait avec l’auteur. Entendez-bien, nous étions au XIIe siècle avant J-C ! On pouvait déjà organiser le texte selon son contenu. Ce qui est intéressant de noter là c’est que le fait de tenir le livre en main (motricité), que le fait que le livre soit petit (forme et pliure) permettait l’élaboration de la pensée en autorisant le commentaire et l’inscription sur le livre. La pensée se constituait d’être gravée sur un objet maniable.

Advint aussi Rome et le temps du livre qui déjà faisait lien et cadeau aux êtres proches. Le livre cadeau ne date pas d’hier !

On inventa aussi des lieux pour ranger les codex : les premières bibliothèques donc existaient déjà dans la Rome antique et ranger livres ou codex, c’est aussi constituer une structure de pensée. Ranger c’est ordonner les objets livres et leurs pensées

Puis ce fut le temps des religions : les petits livres privés, le livre d’heures plus réservés aux femmes et des livres géants posés sur des lutrins : petits et grands livres avaient des fonctions différentes : privés ou collectifs : petites prières intimes ou grands textes de lois appartenant à tous

1440 : Gutenberg ! Et l’augmentation soudaine du nombre des livres changeait bien évidemment leur contenu et le lien du livre au lecteur, et Manguel fait alors une mise en rapport avec la lecture/ordinateur. Mais quelque soit le support, même si le support change la nature de la lecture, le livre persiste. Non ! le livre ne disparaîtra pas, il existe depuis la naissance des hommes, oui sa forme change mais le rapport du support à la pensée persistera : l’homme est un être de lecture et de pensée qui passe par la forme du support et la motricité en corrélation. C’est un triangle magique : forme, livre, intelligence. Dont dépend un autre triangle : forme, conversation avec les morts, constitution et transmission  de la pensée par la caresse du temps. Triangles  magiques qui écrivent  de  l’homme son humanité, siècle par siècle. C’est ce que nous conte avec son immense amour des livres Alberto Manguel : livres sacrés, livres quotidiens, livres d’images, livres de poche, livres de savoir, livres de lois, livre-cadeaux. Glaise, vélin, papyrus, papier, écran permettent à la pensée de se former et de se transmettre. Quelle saga ! Ne manquez pas ce chapitre, érudit et simple à la fois parce que porteur de l’intelligence des hommes et de l’espoir du savoir sous toutes « ses formes » Triangulaire et persistance, observance et persévérance, entre nos mains et par nos regards, nos pensées s’épèlent depuis la nuit des temps clamant obstinément la lumière des hommes ! MJA

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Le devoir de pensée
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