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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 11:37

Lettre au président de la République sur

les citoyens en situation de handicap

A l’usage de ceux qui le sont et de ceux

qui ne le sont pas

Julia Kristeva

Fayard 2003

 

 

J’ai aimé cette lettre douce et bien construite qui s’adressant au Président de la République témoignant du désir profond  de poser le handicap en terme de citoyenneté. C’est un livre court, à peine cent pages,  mais efficace. La construction en est la suivante :

 

Par cette présente note, je vis tenter de rendre compte brièvement de l’enchaînement rigoureux de ces quatre parties.

 

Le président de la République à qui s’adresse lettre est Jacques Chirac.

C’est à une réflexion sur le sens de la vie que Julia nous invite. Une sens de la vie qui laisse place à la différence des êtres en souffrance qu’il est urgent de reconnaître dans leur être intime et citoyen bien plus que de les situer sans fin dans une dynamique de compassion et de réparation. Ce dont il est question dans cette longue lettre, c’est de donner aux êtres, qui parfois apparaissent comme différents, un statut de sujet sur le plan politique et social en intégrant, en se souvenant du handicap à travers l’histoire, les situant soit comme lieu d’une horreur, soit comme des « seigneurs ». Personne ne mérite ni cet excès d’honneur ni cette indignité. Il s’agit simplement et humainement de permettre à chacun, porteur de handicap psychique ou physique. de réintégrer son statut de sujet de droit, sur les plans aussi bien politique que social en évitant de tomber dans le modèle médical toujours binaire où l’autre est définit exclusivement comme lieu de maladie à soigner, excluant toute parole de sujet, le chosifiant à partir d’un handicap.

 

Une telle approche en terme de sujet, approche de l’autre porteur de différence, porteur de handicap suppose selon Julia Kristeva

 

Julia Kristeva insiste : il n’est pas question de dénier la souffrance psychique où de se réfugier dans un vague masochisme qui s’exprime dans la phrase « ça peut m’arriver à moi » mais de donner le statut du sujet avec sa souffrance et son manque. C’est le choix d’une société qui doit accepter d’être plurielle, de reconnaître l’humain qui la constitue jusqu’à ses extrémités de différences : visages différents, corps différents, fonctionnements de la pensée différents. C’est à partir de cette reconnaissance de chacun, de Lévinas (irréductibilité du visage qui ne se livre pas à Hannah Arendt (l’homme ne serait être superflu) que peut se construire une société citoyenne et démocratique laissant à chacun de ses membres une possibilité d’être et de vivre dans le lien social bien plus que de vivre comme être « à réparer ».

 

Mais Julia Kristeva nous dit que si cette conception du handicap est en cheminement de progrès en terme de philosophie qui pense l’homme dans les faits il y a encore bien à faire. Ainsi, entre autre, nous cite t-elle Le Tribunal d’honneur présidé par le Docteur Roger Salbreux et l’association Droit aux soins et à une place adaptée (DSP). Elle cite aussi les terribles conclusions du rapport Thévenot-Quémada qui livrent des chiffres indignes d’une société digne de l’humain (à lire absolument). Ils constituent un « J’accuse ! » à connaître et qui dénonce un violent manque de respect des personnes en souffrance Je ne peux tout résumer, j’invite mes lecteurs à lire avec fidélité les chiffres de Julia Kristeva.

 

C’est pour défendre la philosophie politique exprimée précédemment, c’est pour dénoncer l’inhumain des chiffres cités que Julia Kristeva invite  à sensibiliser, informer, former. J’aime à lire comment elle défend le terme de « sensibiliser » qui signifie dépasser indifférence et résistances liées à nos peurs de la différence qui nous renvoient à notre propre inachèvement. Sensibiliser, informer, former à la conception même du handicap. Voilà ce qui en jeu

 

Pour clore ce livre si efficace par sa brièveté et précision, Julia Kristeva rappelle des exemples concrets d’actions. A lire lentement, crayon en main.

 

J’ai aimé ce livre d’une grande sobriété, d’une grande efficacité qui dit, avec simplicité mais exigence, l’urgence de mieux penser le handicap pour mieux y répondre. Ce qui est en jeu c’est l’humain quand il se fait solidarité dans une société qui se doit de reconnaître à part égale chaque membre qui la constitue. Mais que de travail pour passer des mots aux pensées construites et des pensées aux actes.

 

Merci, Julia Kristeva pour votre lettre écrite du lieu de votre intelligence et de votre générosité de femme au travail. MJC

 

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Published by Marie-José Colet - dans Force et vulnérabilité
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