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25 juillet 2010 7 25 /07 /juillet /2010 13:09

Un beau livre d’Hélène Trocmé-Fabre 

Le langage du vivant

Une voix, une voie en sommeil


Editions Etre Connaître 2004


 

Combien, j’ai aimé ce livre moi, l’amoureuse de la vie, moi l’amoureuse du langage, moi, l’amoureuse de mes prochains !

 

Lecture faisant, j’ai écouté la voix des mots quand ils décline le mot « culture » au pluriel, j’ai cherché ma voie intérieure et celles des Autres. J’ai tourné les pages dans la lenteur du bonheur que je découvrais :  les mots habitent la vie, j’habite les mots de ma vie, j’en suis responsable dirait Levinas. Etre responsable de l’autre à partir du langage qui nous préexiste certes, dirait Lacan, mais sur lequel nous pouvons avoir prise, parce que nous avons l’ extraordinaire chance d’être en partenariat du vivre dirait Hélène Trocmé –Fabre.


  Que signifie « partenariat du vivre ? » ?


  Cela signifie d’abord de renoncer à l’omniprésence de notre verbe « avoir » qui réside dans les langues européennes avec une obstination mortifère, qui nous lie à nos relations d’objet (j’ai un livre), aux relations temporelles et spatiales (j’ai cinq minutes pour vous le dire, j’ai une  petite chambre),  à nous-mêmes, (j’ai de la mémoire)


  Ce qui signifie encore ne pas immobiliser le verbe être et y accoler toujours « en devenir »

 

Ce qui signifie aussi porter avec intelligence et amour, notre regard sur les autres cultures et là le livre « Le langage du vivant » se fait pur bonheur. L’auteure nous fait découvrir des équivalences de nos expressions en d’autres cultures. C’est splendide !  L’écume de l’humain jaillit dans nos regards érudits. L’équivalence que j’ai préféré, mais il y en a de nombreuses autres, c’est :

 

« Avoir un ami » se dit en hébreu  « un ami vers moi » Quand la tendresse se fait mouvement vers l’autre. Pour moi, c’est ça l’amitié et même l’amour « Aller au devant » et certainement pas « Posséder »


  J’aime bien aussi : « Avoir froid », dans le centre Afrique se dit « être avec le froid »


  Et encore, dans le langage des signes, « j’ai trois filles »  se dit « filles moi trois ».


  Comme écrit l’auteure avec grande finesse, dans bien d’autres cultures, l’autre garde son statut de sujet, auteur et acteur et surtout « personne n’est au bout d’une laisse ».


  Je crois que c’est déjà poser la non exclusion, la dignité, le sujet et comme je suis passionnée de ce qui fait douloureusement illettrisme, vous le savez à me lire régulièrement, réfléchir à ce qui fait partenariat avec notre vie, c’est réfléchir déjà aux possibles apprentissages des plus précaires. Ils sont êtres en devenir, nous ne sommes pas possesseurs de savoir mais passeurs d’un potentiel de vie, nous sommes là pour les aider à révéler leur potentiel de savoir, pour leur permettre de « s’y retrouver »,  existant malgré leur vulnérabilité .


  Etre en partenariat du vivre, c’est savoir (re) connaître nos « paysages mentaux » leurs structures et leurs espaces,  sur lesquels nous pouvons accueillir les autres dans un respect citoyen et démocratique qui pose l’égalité entre tous.


  Etre en parteneriat du vivre, c’est connaître les lois du vivant en devenir avec ses mots-clés que nous donne l’auteure : « advenir, se relier, recevoir et son corolaire donner, indépendance et enfin émerger. »


  C’est à partir de là que chaque sujet peut construire sa vie, (ré)-organiser son potentiel de savoir toujours en possible devenir, pourra innover, c’est à dire créer et surtout peut mettre en commun avec les autres..


  Être en parteneriat du vivre, c’est être en partenariat avec ceux qui vivent dans la pluralité des cultures, dans la pluralité des langues, dans la pluralité des paysages mentaux, dans la pluralités du symbolique. C’est à ce prix là, que vivre sera synonyme d’ « actualiser son potentiel de vie », c’est à ce prix là, qu’on pourra  dans un quotidien qui aura la simplicité du mouvement vers les autres, effectuer un recadrage du langage qui nous permettra de toujours mieux (re)connaître les autres. (Références nombreuses à Edward T.Hall)


  En fin de livre, Hélène Trocmé-Fabre nous confie une bibliographie essentielle  à ce partenariat avec la vie et des travaux pratiques. Il s’agit d’expressions du français qu’elle nous invite à traduire dans d’autres cultures. Ce que nous pouvons faire, après la lecture attentive de son livre.


  Ce livre me paraît très important, certes pour une approche anthropologique,  certes, pour une approche symbolique chère aux psychanalystes,  certes, pour une approche du monde interculturel qui écrirait une possible paix entre les hommes, mais ce livre me paraît essentiel aussi à  ceux qui travaillent avec des personnes en situation d’illettrisme ; il nous confie ce qui est à l’aube de nos postes de lecteurs potentiels ou de la vacance de certains à ce poste.


A l’aube de notre acte de lire est  le langage dans sa dimension symbolique de partenariat avecle vivre. Lire, c’est vivre avec des mots, les déchiffrer dans leur alphabet  mais ne l’oublions pas si les mots sont à lire, les mots sont à vivre aussi, à vivre et à partager.


  A l’aube de l’acte de lire, dans le ciel des mots, s’inscrit, le désir de vivre, ensemble, avec tous les autres dans cet étonnant partenariat avec le vivre.


  Merci Hélène Trocmé-Fabre pour votre livre si essentiel, qui sait si bien interroger  cette voie de l’humain à emprunter pour entendre la voix de la vie et de son lire MJC

 

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