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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 23:08

Les enfants de la Shoah

Colloque de Lacaune 17-18 septembre 2005

Sous la direction de Jacques Fijalkow

Les Editions de Paris  (Paris 2006)286 pages

Article : La représentation des enfants juifs dans la littérature jeunesse

Eléonore Hamaïde (Université de Reims, Marne-la-Vallée, au moment de l'article ) P.147-160

 

Et si le père Noël portait dans sa hotte des albums qui racontent l’histoire d’enfants juifs... comme ça pendant la Shoah. Si la transmission de l’Histoire passait par nos plus beaux livres de paix que sont les livres d’enfants ? Raconter l’humanité jusqu’au bout de sa rupture en termes simples avec de belles images. Faire un paquet cadeau et transmettre aux grands et aux petits.

 

Nathanaël  Fijalkow écrit dans la dernière phrase du livre, qu’il me pardonne de le citer, sa phrase est si belle : « La mémoire n’est pas ce qui plonge dans le passé, mais ce qui peut éviter d’y replonger ».

 

Eviter d’y replonger en rencontrant l’enfance, en la nommant, en l’accompagnant, en allant au devant, en parlant, en racontant.

 

« Il était une fois » , « il était une fois »... Quelque chose trébuche ; alors sagement, je lis l’article d’Eléonore, je l’écoute, je la suis page à page...

 

Les albums jeunesse ne sont peut-être pas « relation de l’histoire » mais réflexion sur le passé et la mémoire mais surtout sur la possible construction de soi pendant et après la guerre et la Shoah. Raconter aux enfants que c’était possible d’exister, pendant et après, à condition de mener loin, très loin, au cœur des mots et des images une interrogation sur soi, enfant dans sa famille, dans la perte et dans l’arrachement.

 

 Lever le voile et dévoiler dans le temps d’un beau livre et d’un baiser.

 

Eléonore se fait notre guide.

 

Les premiers romans jeunesse sur la Shoah firent leur apparition vers les années 1980. Ils étaient d’origine polonaise et les témoignage des pogroms dominaient : La steppe infinie d’Esther Hautzig, Sur la tête de la chèvre D’Aranka Siegal.

 

Avant de continuer, je souhaite faire une parenthèse importante : les références à des ouvrages sont très nombreuses dans le corps du texte et dans les bas de pages. C’est vraiment un article à consulter ; à s’approprier dans une patiente prise de note. Je ne pourrai citer trop de titres, mais je vous en prie prenez le temps du temps de découvrir ces titres, prenez le temps du temps de les rencontrer, ces écrivains de l’impossible, penchés sur l’enfance pour aider les enfants mais aussi les grands que nous sommes, à se construire malgré le si lourd héritage de la Shoah.

 

Dans les années 90, de nombreux auteurs de langues françaises publient et les premiers albums adressés aux plus petits apparaissent et dans ceux-ci apparaissent également les grands-parents, survivants des camps. Il est aussi questions des enfants cachés. Il y a peu de récits sur les enfants de déportés et leurs parents vivants. Mais ce qui en jeu, à chaque fois nous dit l’auteure, c’est le questionnement identitaire et c’est en cela semble t-il que ces livres sont si précieux parce que souvent, cette « chose » est si douloureuse qu’elle ne peut-être exprimée  « en cause. ».

 

Une fois son sujet introduit, l’auteure le développe en deux parties :

 

1)     Une quête identitaire : qu’est-ce qu’être juif ?

2)     Ecrire son identité.

 

1) Une quête identitaire : qu’est-ce qu’être juif ?

 

         Le temps narratif, comme l’écrit Ricœur est constitutif de soi et ce temps narratif de la Shoah va ainsi permettre aux enfants juifs de se reconnaître dans leur histoire : se reconnaître est la première condition de la constitution de soi. En cela l’évocation de la Shoah, nous dit l’auteure, est incontournable pour ces enfants. Eléonore Hamaïde indique de nombreux titres qui racontent la déshumanisation de la guerre et l’histoire des enfants qui l’ont vécue. Elle parle des enfants, elle raconte les livres et nous la suivons, avecémotion, page après page. Elle raconte comment on peut choisir un prénom, elle raconte comment une petite fille peut apaiser son grand-père de sa douleur, elle raconte le temps de la commémoration. Elle raconte l’évolution des récits avec l’évolution de l’histoire de la Shoah et de l’usage des témoignages mais toujours écrit-elle : « La question de la mémoire et de l’identité sont au cœur des enjeux de la représentation des enfants juifs dans la littérature jeunesse. ». Elle analyse aussi la forme des livres et note une spécificité des récits français.

 

2)     Ecrire son identité :

 

L’auteur, là encore,  parle de la forme quand elle analyse le roman  De berthe Burko-Falcman : « l’enfant caché » qui se lit à deux niveaux de récit : celui d’Esther, l’enfant cachée et Anne, la narratrice, amie d’Esther : quarante deux extraits du journal d’Esther dans lesquels Esther raconte sa survie au fait d’avoir été élevée par de paysans qui l’ont baptisée et l’ont nommée Estelle mais en même temps, elle a découvert le mensonge et « une protection déstabilisante ». l’enfant cachée va se révéler petit à petit dans sa culpabilité d’être. Berthe Burko-Falcman, nous dit Eléonore n’a de cesse de donner une image unifiée de l’enfant, malgré sa grande absence de repères familiaux et sa quête d’elle-même. Entre quête et unité se déroule ce roman, entre mémoire et survie aussi. Elle analyse les images, les temps, les espaces qui s’enchevêtrent dans la mémoire et pour la retrouver, tout à la fois, jusqu’à la fin de l’ouvrage qui dit la possible transmission et l’échec du projet génocidaire.

 

         L’auteure conclut sur la diversité actuelle des approches de la littérature jeunesse dans sa représentation des enfants juifs où témoignages et fictions s’enchevêtrent dans un désir de permettre dans un même mouvement dialectique une constitution de soi et une appropriation de sa propre histoire traversée par une interrogation intériorisée qui se fait moteur de cette dialectique générée par une mémoire médiatisée par les livres.

 

         Eléonore Hamaïde conclut splendidement :

 

        « L’indicible ne se dit pas. Il se transmet pourtant »

 

         Et si, il se transmettait par le père Noël qui dans sa hotte, transporterait ces livres pour les enfants juifs et les enfants non-juifs pour qu’ils se découvrent et s’aiment, différents et tendrement pareils, dans leur désir de vivre et de se reconnaître mêmes descendants d’un génocide qui concerne les juifs et les non-juifs, pour qu’ils se reconnaissent enfants d’une même humanité ?

 

         C’est le temps de Noël et des cadeaux mais c’est surtout le temps de la paix. Offrons ces livres qui disent le transgénérationnel des désastres de ces crimes contre l’enfance. Non, pas de trêve de Noël pour dénoncer de tels crimes ! Noël est la fête des enfants, alors c’est peut-être le moment dans parler avec des livres de talent.

 

         Eléonore, j’ai surfé pour mieux vous connaître et j’ai découvert que vous étiez enseignante à l'Université de Lille 1, que vous meniez des recherches sur la littérature pour la jeunesse dans le cadre de l'équipe d'accueil "Textes et cultures" de l'Université d'Arras, que vous aviez soutenu en octobre 2008 une thèse de doctorat sur l'influence de Perec sur la littérature de jeunesse.et que vous étiez par ailleurs, par trésorière de l'Afreloce.

L’Afreloce, association créée en 2001, réunit des chercheurs qui, appartenant à de nombreuses disciplines, travaillent sur les objets culturels de l’enfance: livres et littérature pour enfants; produits des industries culturelles (imagerie, presse, jouets, jeux de société, jeux vidéos, multimédia, dessins animés); objets élaborées par les sociétés traditionnelles (contes, comptines, chansons, jouets et jeux).  

    Les approches des spécialistes de littérature, de linguistique, d’histoire du livre ou d’analyse de l’image, celles des sémiologues, des psychanalystes, se rencontrent; leurs recherches peuvent être mises en perspective avec les travaux des sociologues de l’enfance, des ethnologues, des spécialistes des sciences de l’information (en particulier pour la presse enfantine) et des sciences de l’éducation. Ces croisements donnent des repères pour comprendre les enjeux éducatifs de tous les objets culturels de l’enfance. Les historiens quant à eux retracent les étapes et les processus de la constitution progressive des cultures d’enfance — au moins dans le monde occidental.

    Créer un lieu pour confronter et enrichir les approches disciplinaires des objets culturels de l’enfance, telle est la mission scientifique que se donne l’Afreloce.


Merci Eléonore Hamaïde ; avec vous, ne renonçons pas à notre hiver de paix et continuons de lire la littérature enfantine. Ne l’oublions surtout pas, le livres d’enfants sont des livres comme les autres, à découvrir et à lire pour se construire sujet de notre histoire et porteur d’Histoire à transmettre.

 

Il était une fois, nous, descendants d'un génocide.  MJA

 

 

 

 

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Les tout-petits
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