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18 juillet 2014 5 18 /07 /juillet /2014 21:27

  Elle différait sans cesse le temps de l’écriture. Elle lirait des livres écrans de son silence. Silence enfance. Elle lirait pour ne pas écrire pour ne plus  souffrir de vivre. Elle vivrait entre les deux, son corps balancerait entre la feuille lue et la feuille qui s’écrirait peut-être dans un conditionnel trébuchant.

 

Aujourd’hui, elle serait dans l’herbe, à l’orée d’une forêt pyrénéenne. Elle débuterait sa quatrième relecture de Marcel Proust. Le plaisir qu’elle aurait à lire cet océan de mots serait inépuisable. Le soleil chaufferait son corps bercé par la présence des montagnes à l’horizon. Le ciel serait infini comme son plaisir de lire. Tout près d’elle, ceux qu’elle aime.

 

Elle viendrait de relire un passage dans lequel Marcel Proust parlerait de  cuisine de Françoise.  Il lui semblerait qu’elle serait là, dans cette cuisine, alors que déjà il lui semblerait avoir déjà oublié les mots la décrivant, spacieuse et propre prête à enfanter les plats magiques du savoir-faire de Françoise.  Sa mémoire serait une plage d’huile, une plage savonneuse sur laquelle coulerait le sable des lettres.  Elle aimerait apprendre sa lecture par coeur, retenir la cuisine et les légumes de Françoise. Proust et elle, un homme et une femme  dans le soleil, à travers les nuages dans l’ombre et les lumières du temps qui passerait immobile et nacré. Elle apercevrait des oiseaux s’envolant, elle serait saisie par la fragilité des fleurs sauvages, elle chasserait des moucherons inopportuns. Elle vivrait. Elle lirait. Elle n’écrirait pas. Elle avait lu dans le hasard d’un livre que l’écriture était le corps de la mère. Sa mère. Un jour, elle dirait... Un jour, elle écrirait. Mais le temps ne serait pas encore venu. Elle serait un caméléon de l’âme... Elle inventerait des pages qui diraient la multitude de son âme caméléon. Elle aurait l’obsession du temps qui passe. De la naissance à la mort.

 

Malgré tout, 32 ans plus tard, elle dit, elle écrit.

Malgré tout,  32 ans plus tard, elle a presque fini une jolie thèse sur 21 enfants, qui avec leur maman, découvrent un joli album intitulé

«La chenille qui fait des trous ».


C’est le temps de l’espoir et du sourire. Qui sait ? Son temps retrouvé ?

Printemps 1982 et peut-être printemps 2009, mais avec certitude, été 2014.


Ainsi s'achève mon 999ème article. MJA

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Published by Marie-José Annenkov - dans Marcel Proust
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