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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 17:49

L’éducation et la paix

Maria Montessori

Desclée de Brouwer

Cultureet paix

1949 Pierson Estates 

1996. D.de Brouwer

(P.61-64)

 

Pour vous, chers inventeurs, je recopie sagement Maria Montessori ; recopier, c’est aussi s’approprier une lecture, pour la transmettre.

J’ai plaisir et honneur à le faire pour moi comme pour vous.

 

Conférence d’ouverture du congrès

Prononcée au Sixième Congrès international Montessori

Copenhague 1937

 

La cérémonie solennelle d’aujourd’hui, en présence de Votre Excellence, Monsieur le ministre de l’Education du Danemark, marque l’ouverture de notre Sixième Congrès international. Ce n’est pas un colloque pédagogique au sens étroit du mot. Le but de nos congrès est de prendre la défense de l’enfant. L’objectif que nous nous sommes fixé est d’aider le monde des adultes à connaître, aimer et mieux servir l’enfant et, par là, d’aider toute l’humanité à progresser dans son développement.

L’enfant ne doit pas être considéré comme un être faible et impuissant dont les seuls besoins seraient d’être protégé et aidé, mais comme un embryon spirituel, possédant une vie psychique active depuis le jour de sa naissance, guidé par des instincts subtils lui permettant de construire activement sa personnalité humaine. Et, du fait que l’enfant deviendra un adulte, nous devons le considérer comme le véritable bâtisseur de l’humanité et le reconnaître comme notre père. Le grand secret de notre origine git secrètement en lui. Les lois qui lui permettent de devenir un homme à part entière se manifestent uniquement en lui. En ce sens, l’enfant est le maître qui nous enseigne. Les adultes doivent, avant tout, être éduqués à reconnaître cette vérité pour pouvoir changer leur comportement vis à vis des générations qui les suivent.

En considérant l’enfant comme une tabula rasa passive, dépourvue d’orientations intérieures, ses parents le contraignent, en fait, à se plier à leur volonté et à s’adapter à l’univers des adultes. L’adulte réprime ainsi les tendances réceptives naturelles de l’enfant et les piétine, suscitant en lui des défenses et des résistances instinctives irréductibles, susceptibles de dégénérer en véritables maladies spirituelles.

La vie de l’homme commence donc par une lutte inconsciente entre l’adulte et l’enfant et, les générations se succédant, l’homme demeure un être mal développé, déformé, une personne éloignée de l’idéal de l’homme normal, qui, lui est doté d’une personnalité équilibré sur les plans affectif et intellectuel.

Notre société doit reconnaître l’importance de l’enfant comme bâtisseur de l’humanité. Elle doit découvrir les soubassements psychiques qui poussent l’adulte à poursuivre des buts soit négatifs soit positifs.

L’enfant, aujourd’hui, est un « citoyen oublié ». La société doit maintenant tourner son attention vers lui et créer un environnement qui puisse répondre à ses besoins vitaux et faciliter sa libération spirituelle.

La grande mission sociale consistant à assurer à l’enfant justice, harmonie et amour reste à accomplir. Cette tâche importante revient à l’éducation. C’est notre seule façon de bâtir un monde nouveau et de construire la paix.

Aborder le sujet de l’éducation pour la paix à un moment aussi critique que celui-ci, où la société est sous une permanente menace de guerre, peut paraître témoigner de l’idéalisme le plus naïf. Je crois pourtant que poser les fondements de la paix pour l’éducation est la façon la plus efficace et la plus constructive de s’opposer à la guerre. En effet, les simples besoins des hommes ne peuvent, en aucun cas justifier aujourd’hui un combat armé et la guerre ne peut leur offrir nul espoir d’aucune sorte d’améliorer leur sort.

L’humanité est tombée dans un tel état de barbarie et de désordre spirituel que l’individu n’est plus qu’un minuscule grain de sable dans un désert aride. Chacun demeure inconscient du vrai visage de son époque et n’a aucune idée des dangers cachés qu’elle recèle jusqu’au jour où il devient la victime impuissante des évènements.

Dans une telle situation, il ne peut y avoir aucun progrès ni aucun espoir de paix tant qu’une action puissante et prompte, orientée vers l’humanité elle-même, n’est pas engagée.

Diriger notre action vers l’humanité signifie d’abord et avant tout, la diriger vers l’enfant. L’enfant, ce « citoyen oublié », doit âtre apprécié à sa juste

Valeur. Ses droits en tant qu’être humain qui façonne l’humanité entière doit devenir sacrés et les lois secrètes de son développement psychique normal doivent éclairer notre route vers la civilisation.

Si toute l’ère de l’histoire humaine caractérisée par des guerres incessantes peut-être qualifiée d’ « Âge de l’Adulte », alors la période dans laquelle nous commencerons à bâtir la paix sera « l’Âge de l’Enfant ».

La loi de la force brute a triomphé dans le passé. Aujourd’hui, les lois de la vie doivent, à leur tout triompher. Cette aspiration très complexe ne peut être mieux résumée que par le mot éducation.

Votre excellence, la généreuse hospitalité offerte à notre Sixième Congrès par le gouvernement du Danemark est un heureux présage de paix pour nous et pour le monde, par votre pays, aujourd’hui comme toujours dans le passé, honore la paix et les trésors de l’intelligence humaine.

Le Danemark est prêt à examiner la question de l’enfant et à promouvoir  l’éducation comme principal moyen de construire la paix.

Puis-je ajouter que notre première conférence sur les problèmes de l’enfant s’est, elle aussi, tenue dans ce pays, il y a huit ans, à Elseneur, près du château dont la légende a inspiré Shakespeare. Dans les années d’après-guerre tous les espoirs de paix étaient permis et nous, les défenseurs de l’enfant, avions choisi de nous réunir dans la patrie de ce génie que fut Hans-Christian Andersen, dont les écrits continuent à enchanter les enfants du monde entier. Hélas, la guerre n’est pas une réalité d’un passé révolu. L’humanité ne cessera  de livrer des batailles que lorsqu’elle aura entrepris une véritable reconstruction spirituelle.

Nous appelons le monde à prendre conscience de l’importance de l’enfant dans le développement spirituel de l’humanité et notre appel s’adresse, comme un reproche, à tous les mouvements intellectuels qui ne s’intéressent qu’aux adultes. Nous sommes donc particulièrement reconnaissants à tous ceux qui sont venus ici nous accorder leur soutien officiel. Nous sommes honorés de voir que beaucoup de personnalités officielles et de gouvernements nous apportent leur collaboration et que des participants venus de vingt-cinq pays se sont rassemblés ici pour ce congrès, pour avoir écouté la voix encore si ténue de l’enfant, qui n’a commencé que depuis peu à se faire entendre dans le monde. Au nom de notre Association internationale, je souhaite adresser tous nos remerciements à notre collègue Wilhelm Ramussen, directeur de l’Institut pour la formation avancée des maîtres de Copenhague, qui a bien voulu assumer la tâche d’organiser ce congrès.

Votre excellence, je souhaite également vous adresser le témoignage de ma chaleureuse reconnaissance pour le soutien officiel que vous nous avez accordé depuis le tout début.

Je voudrais aussi exprimer ma profonde gratitude à leurs Excellences Monsieur Stauning, Premier Ministre des Affaires Sociales, qui ont bien voulu parrainer l’organisation de ce congrès en acceptant le titre  de Président d’honneur, ainsi qu’à son Excellence le Docteur Munch, Ministre des Affaires étrangères, qui a accepter d’honorer ce congrès en y prenant personnellement la parole. M’adressant à vous au nom des enfants de tous les pays, je souhaite vous dire du fond du cœur : « Vive le Danemark !  Qu’il soit loué pour la noble et généreuse hospitalité qu’il offre à la cause de la paix dans le monde ! « 

De nombreux gouvernements ont témoigné de leur soutien à ce congrès dont le sujet est presque un ordre : « Eduquer pour la paix. » La Belgique, la Catalogne, le Chili, la Tchécoslovaquie, la France, la Grèce, Haïti, le Canton de Ticino, la Lettonie, le Mexique, la Roumanie, la Russie, les Etats-Unis d’Amérique et l’Egypte ont envoyé une délégation officielle, ou demandé à leur représentant diplomatique en poste dans cette capitale d’honorer ce congrès en assistant personnellement à sa session d’ouverture.

 

Maria Montessorri, au Danemark en 1937. Elle avait  alors 67 ans.

 

Je vous invite à vous rendre sur le site La défenseure des enfants : Dominique Versini et bien sûr sur le site Maria Montessori.

Et c’est donc, sans hésiter que je pose cette magnifique conférence de Maria Montessori dans ma catégorie : Ethique. MJA

        

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Published by Marie-José Annenkov - dans Ethique du blog
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