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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 17:20

Réinventer le Métier d’Apprendre

Hélène Trocmé-Fabre

Illustrations de Thierry Huort

Editions d’organisation 1999

 

II. Au lecteur

 

Hélène Trocmé- Fabre, dans cette partie, nous présente chacun des grands chapitres de son livre. A chaque fois, elle nous renvoie à l’inaugural que constitue son image fractale, dans le fil des pages. Elle nous présente donc Le métier d’apprendre au risque du fractal.

 

Je reprends point par point, comme l’auteure l’a fait, dans l’écriture de ce chapitre-clé qui constitue le socle du livre. A chaque partie présentée, je suis revenue sur mes pas pour associer sur l’image fractale correspondante et ça a donné une lecture littérale et imaginaire,  une lecture dans les pas d’Hélène et dans mes associations sur le fractal, associations toujours débridées ! Mais en cela j’obtempère au désir de l’auteur qui nous invite à un parcours appliqué et personnel, un parcours de partage et d’invention.

 

Apprendre est à réinventer

 

Ce livre s’inscrit, nous dit-elle, dans la continuité de :

 

J’apprends donc je suis : Les Editions d’Organisation (1987, Poche 1994)

Apprendre Aujourd’hui : Cheminement Editions (1994)

Né pour apprendre : 7 films vidéo Coproduction, Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud, Université de la Rochelle (1996)

 

Dans ce livre donc, l’auteur nous amene à réfléchir sur le néologisme qu’elle a retenu pour ses travaux : « L’apprenance » qu’elle préfère au terme d’apprentissage parce que le suffixe « ance » introduit la notion de durée.

 

Un autre objectif de ce livre sera  de souligner l’impact  de la technologie sur notre vie cognitive et de souligner à quel point apprendre  dépasse largement le cadre de l’école qui fait de l’acte d’apprendre un acte sans cesse à inventer. Elle associe aussi à apprendre l’expression « métier durable » et je pense alors au terme d’action tel que le définit Harendt. Apprendre ne serait pas à situer dans le registre du travail répétitif mais dans le registre d’une action et d’une parole durable et citoyenne. Ceci est mon hypothèse et non celle de l’auteur. Mais, j’aime à conjuguer mes recherches avec les siennes, humblement.

 

Les images fractales situées au début du livre, nous disent la nécessité de recadrer  notre cadre conceptuel et d’accueillir de nouveaux concepts. Notre vie  cognitive est constituée d’irrégularités et toujours tend vers l’infini, dans une « turbulence chaotique » à dompter par une création sur nos évènements mentaux. (cf. note bas de page : cf. B. Mandelbrot (1995) et aussi CF C.Hardy (1998))

 

La réserve du blanc, déjà mentionné (cf. commentaire précédent) et ce texte au lecteur (II) sont donc introductifs.

 

Je me reporte aux images fractales :

 

Toutes les images fractales ont la même structure de base : des ronds dans un rectangle, toujours de même dimension. Notre biographie s’inscrira donc dans une permanence rectangulaire qui nous cadre, qui cadre nos échappées colorées et circulaires. Le métier d’Apprendre se situe et implique un cadre à l’intérieur duquel s’inscrit ma biographie multiple de médiatrice du savoir mais qui toujours décrit ma circularité. Je pense au cercle de l’antipsychiatre Cooper, qui exerçait à Londres avec Ronald Laing autour des années 1970. Chaque personne disait- il, évoluait selon une ligne circulaire, parfois en haut, parfois en bas du cercle...

 

Je vous ai prévenu, je m’échappe, j’invente. Peut-être qu’enseigner, c’est cela : accepter sa biographie circulaire et transmettre à partir d’elle. Tout enseignant, enseigne du lieu du savoir, de son savoir aussi et de sa biographie...

 

Et donc : image fractale (I) celle qui dit la page blanche de résonnance. Un rectangle couleur sable sur lequel se dessine une séquence d’un grand rond, la partie droite, et sur l’espace droit de ce rond viennent s’inscrire des petits ronds. Je pense au soleil, sur les rayons flous desquels viennent s’accrocher d’autres petits soleils. La page blanche fait résonner en moi, les petits soleils du savoir d’où partent de fins chemins. Enseigner, c’est marcher, la tête haute dans les rayons du soleil, et sans cesse inventer de nouveaux soleils dans la lumière jaune pâle qui en irradie.

 

Je tourne la page. Je contemple l’image fractale : Au lecteur (II). Le chapitre que j’étudie en ce moment et qui présente tous les chapitres du livre.

 

Le fond du rectangle est couleur feu. Le savoir enflamme l’image fractale et nous voyons se dessiner comme un chemin d’étoiles, ou plutôt une poudre d’étoiles qui vient se jeter dans un nuage mordoré vaporeux. Le savoir c’est de la nuance qui s’écrit dans un firmament solaire dans une fulgurante vitesse qui autorise l’invention. Si le savoir était lourd, il serait figé sur la page, on ne pourrait l’inventer. Mais le savoir s’envole, à nous,  dans l’élan vital de notre être, de le rattraper pour le transmettre  dans l’acte d’apprenance.

 

La partie III que Hélène Trocmé-Fabre nomme, « J’existe donc j’apprends » dit le vivant de l’apprenance. Que me dit l’image fractale ? Je tourne mes pages en arrière. Ce mouvement là, de ce chapitre, qui me fait tourner les pages dans les deux sens « arrière avant » puis le contraire, me livre une clé du savoir. Le savoir ce n’est pas qu’une marche en avant, c’est aussi savoir regarder en arrière, plonger dans les images fractales du passé. Que me dit donc celle-ci  dans laquelle plonge le chapitre III  « J’existe donc j’apprends »

 

Le fond du rectangle est constitué de dégradé de bleus très lumineux dans lequel à partir du centre s’échappent des grandes traînées vertes. Je pense à la mer profonde, aux eaux foetales et au vert de la vie à laquelle j’ai dit oui, par ma naissance. J’existe et j’apprends depuis les eaux foetales de ma mère et je m’étale dans le bleu de ma vie si bleue de son savoir, si verte de son espoir dans la douceur des courbes des possibles de la page. Je creuse les fondations de bleu et de vert, j’écoute l’environnement dans lequel l’appartenance va se dérouler.

 

La partie IV c’est la partie qui nous dit les fondements l’archéologie et les ressources.

 

Le savoir c’est le possible des pages des livres qui nous font vivre. Le possible qui dessine nous dit l’auteur des espaces questionnements, de résonnances dans lesquels vont se dérouler nos représentations. L’image fractale nous dit ça. Dans le bleu se  creusent les hippocampes sous- marins du savoir. Le savoir c’est le secret apprivoisé du fond des mers et des océans qu’on vide à la petite cuillère mais qu’on s’obstine à vider dans une archéologie précieuse que nous livrent les ressources de l’humain. Hippocampes ou perles rondes nacrées, je ne sais. Mais ce que je sais, c’est que c’est du précieux. Le savoir c’est du précieux tout bleu.

 

La partie V  Architecture et matériaux s’engage à donner la durabilité à l’acte d’enseigner, durabilité et problématique éducative.. Apprendre est un métier qui doit s’appuyer sur des référentiels de valeurs et de durée. Il sera présenté dans le chapitre concerné par « L’arbre du savoir apprendre »

 

L’image fractale, comme la première, couleur soleil et sable avec des ronds de toutes tailles d’où s’échappent d’autres rayons encore. Infini du savoir, structuré sans doute de ses sous-ensembles et de ses références mais inextinguible comme un feu intérieur qui nous dévore : « en savoir toujours plus dans le mouvement d’une vie qui ne nous rassasie jamais. Voilà, ce que doit faire naître l’apprenance : une architecture à un savoir trop volubile, à une vie  trop gourmande. Structurer le feu, apprivoiser les flamines, inventer le rond de chaque soleil. Le savoir est un soleil, l’apprenance nous autorise à nous en approcher sans nous brûler en apprivoisant son feu. Johnny Halliday chante « allumer le feu ». Non, l’éducateur n’allume pas le feu, il lui donne une forme pour qu’il dure. Faire durer le feu de l’image fractale, sans jamais s’y brûler les ailes, inventer sa structure et ses formes, une fois encore faire jaillir la chaleur et le rayonnement à partir de la mise en forme des matériaux dans du pulsionnel dompté. J’aime cette image fractale. Elle me rappelle ma pratique auprès d’un public tellement dans le froid de l’hiver d’une détresse d’exclusion. Fasse que du lieu de mes ateliers de lectures, comme autant de petits soleils de savoir, je les ai réchauffés !

 

VI Habiter en apprenance, en toujours fuyant les recettes toutes faites, en toujours inventant les outils transversaux. L’image fractale explose d’espoir dans tous ses dégradé de verts, qui disent les prairies de l’apprenance au travail dans le fil des jours et des toujours. Des ronds de verts, des ronds tous verts, des ronds tout vert. J’adore ! J’adorais ma pratique obstinée, ma pratique de chaque jour, où du matin au soir, à petits pas de formatrice, j’inventais un tapis vert à mes stagiaires, pour qu’enfin, ils apprennent à lire ! Pour qu’enfin, ils s’y mettent à être et à naître. Mes robes de chaque jour, toutes mousseuses, disait la mousse des forêts, qui toute douce, accueillait une grammaire sans concession ! Habiter en apprenance, c’est ne jamais faire de concessions à l’ignorance ; l’image fractal l’affiche bien : du vert, rien que du vert !

 

Il faut savoir franchir le seuil du savoir qui doit être tremplin et non obstacle nous dit l’auteure ! Comme je la suis. Un savoir, tremplin de vie, tremplin de rire, tremplin d’existence, tremplin de paroles, tremplin de reliance. L’apprenance c’est une reliance qui fait régénération de toutes générations confondues...

 

VII Mise en perspective est la conclusion de l’ouvrage : proposer au monde éducatif, une remise en chantier de sa propre vision, de travailler avec d’autres, d’explorer des concepts nouveaux d’apprentissages solidaires dans une communauté éducative. Image fractale de toutes les couleurs, des petits ronds, des spirales, du mouvement, des chemins. Une image fractale qui dit la vie. C’est cela, le savoir c’est la vie. L’auteure conclue sur le vivant de l’apprenance. Comme elle a raison et combien est belle la photo de Thierry Huort !

 

Annexe I. Né pour apprendre : lente ascension d’une image fractale qui dit le mouvement ascendant des soleils, mouvement triomphant du jaune sur le noir. Le jaune avec ses petitssoleils qui gagnent du terrain sur le noir.

 

Le savoir, c’est triompher du noir.

 

Annexe 2. Paroles en partage propose le recadrage de l’acte d’apprendre. Recadrage dans le temps du rose sur un fond bleu, dans le temps des mots qui viennent structurer les ronds. Beaucoup de douceur dans ce temps du partage des paroles.

 

Bibliographie

 

L’image fractale nous livre du bleu, du bleu foetal ou du bleu du ciel je ne sais, mais ce dont je suis sûre, c’est que vient s’inscrire des soleils sages et sobres bleu marine. Presque sévères. Oui, recadrer par les paroles mais aussi par le sèrieux des livres.

 

Enfin, j’ai aimé le dernier paragraphe de ce chapitre qui dit combien l’apprenance est vie, potentiel, mouvement à révéler dans le « continent » de notre vie.

 

Merci à Hélène Trocmé-Fabre pour ce chapitre qui conjugue rigueur et poésie, qui décline le mouvement du savoir, qui affirme nos potentiels de vie et  d’apprenance.

 

Merci à Thierry Huort pour ses illustrations qui m’ont emportée sur mon continent de femme, parfois trop imaginative,  je le concède volontiers (!) mais femme si passionnée de savoir et d’apprenance depuis la mise en place de mes ateliers de lecures, depuis ma mise au travail de ce curieux concept qui me résiste et dont je fais un objet de  recherche du côté de l'illettrisme : le lecteur vacant. Vacant de son potentiel d’apprenance et de livres, vacant de son alphabet et de sa grammaire, vacant au monde du savoir,  des soleils et de ses chemins enroulés, de ses chemins déroulés... vacant....

 

Lecteur vacant, je te rejoindrai. Je t’en fais la promesse ! MJC

 

 

 

 

 

 

 

 

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