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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 12:31

Réinventer le Métier d’Apprendre

Hélène Trocmé-Fabre

Illustrations de Thierry Huort

Editions d’organisation 1999

 

5(bis)

7

Ingénierie du métier d’apprendre

 

 

Nature, rôle et statut de l’ingénierie

 

«Ingénierie »  est un mot d’origine anglaise.

 

Trois aspects permettent d’approcher un concept :

 

sa nature

sa fonction

le statu dans le contexte en question

 

(Peut-être à reprendre dans ma recherche d’élaborer un nouveau concept : le lecteur vacant) ?

 

Trois postulat à la base de l’ingénierie du métier d’apprendre :

 

L’humain est toujours en devenir et donc l’homme se construit dans ce devenir

  1. on ne peut se construire seul : médiation et accompagnement
  2. des passages obligés sont nécessaires.

 

Le concept d’ingénierie invente dynamique et mouvement du métier d’apprendre. Son objectif est de se coltiner au vivant du langage, à la logique du vivant et donc d’apprendre à entreprendre dans des conditions optimales.

 

L’ingénierie du métier d’apprendre ou ingénierie d’apprentissage est structure et matrice de l’acte d’apprendre, elle permet le passage du non-encore appris à l’appris, elle accomplit ce que je nomme  souvent par la métaphore « la randonnée ». Une randonnée se prépare, se balise, se vit entre certitude de la carte et toujours incertitude du chemin de nature. La randonnée d’apprendre, se fait, pour reprendre les termes d’Hélène, « chemin faisant. » ; Oui, cette expression me plait, car elle dit la structure de l’apprentissage « chemin » et son dynamisme créateur « faisant ».

« Chemin faisant entre statique et mouvement... »

 

Favoriser l’acte d’apprendre, éviter les violences et la désertification

 

Préparer la randonnée, c’est inventorier les possibles et les impossibles, c’est borner le réalisable et éviter les écueils. Eviter surtout « le marécage de la déploration ». J’aime cette expression de l’auteure. Je la trouve très imagée, prenant à bras le mot cette situation que j’ai souvent rencontrée avec mon public en situation d’illettrisme. Je les sentais aux prises avec une difficile marche dans un marécage d’apprentissage. Quelque chose qui les immobilisait. J’ai toujours vécu mon travail de formatrice comme « une mise en mouvement ».

Je disais souvent :

 

« allez on cherche ! allez on avance ! En marche ! L’idée, c’était de les sortir de ce marécage qui faisait violence blanche sur eux.

 

Dans ce sous-chapitre, Hélène Trocmé-Fabre aborde cette problématique de la violence blanche. Une violence qui exclurait du verbe apprendre, médiation et accompagnement, qui ferait stagner l’autre dans la douloureuse perte du sens et de sa reconnaissance. Epeler les lettres, les déchiffrer, c’est déjà les reconnaître dans le contexte de l’alphabet et des mots porteurs de sens, porteurs de mémoire et de pluriel. L’accompagnement, la médiation aident l’apprenant à ce situer dans cette immense plaine de pluriels. L’antidote à la violence, c’est la conscientisation et cela  ouvre à la suite du chapitre :

 

Lieu de naissance de l’ingénierie : à l’interface...

 

Sortir enfin !

De cette histoire , de cette relation unilatérale maître /enfant

Réinventer la boucle : maître /enfant /maître : c’est déjà mieux

Mieux encore ! inventer le systémique

Expertise du domaine/expertise du pédagogique/expertise de l’apparence

 

Hélène Trocmé-Fabre, explique :

 

Expertise du domaine : prendre en compte la matière enseignée : ses règles de base, ses savoirs et ses savoir-faire, ses raisonnement, sa recherche

Expertise pédagogique : la didactique, sa progression, son évaluation

Expertise de l’apprenance. La question n’est pas de repérer le points faibles et les points forts mais de repérer les stratégies mises en place pour apprendre et donc

D’entrer dans une démarche de reliance, boucles et flux inversés.

 

 

                                               qui                 quoi        

                                     quand                                 ou

apprendre

                                         pourquoi                  pourquoi faire

comment

 

Les relations entre ces termes sont à établir dans la situation éducative.

 

 L’essentiel est de retenir la mise en mouvement de ces termes qui permettent de sortir de cette histoire immobile, rigide, frigide (car l’enseignement c’est aussi de la sexualité, ça c’est moi qui le dit dans les pas de Freud et non Hélène Trocmé-Fabre) qu’est l’enseignement décrit dans son rapport et sens exclusifs maître/enfant

 

Puis, elle élargie approfondit, de schémas en schémas,  que je vous laisse découvrir, je ne veux pas vous « transmettre Hélène-Trocmé Fabre dans le rapport immobile MJC/Lecteur !), elle en arrive à la

 

La charte cognitive pour le Métier d’apprendre.

 

Passionnant ! Cette charte, sans précèdent, je pense, je dis, j’ affirme et je confirme : il existe des devoirs de celui qui apprend. En fait, je perçois cela comme l’éthique de notre travail. Et pour avoir travaillé des années durant  en terrain difficile, je peux vous dire combien cette charte ma paraît nécessaire et combien elle doit savoir s’énoncer dans un dialogue simultané  tant avec les apprenants qu’avec les financeurs.

 

Cette charte  s’appuie nous dit Hélène Trocmé-Fabre sur les travaux de Malcom Knowles et Howard Gardner, tous deux « déclencheurs » de  nombreux travaux. J’aime cette expression « déclencheurs de travaux ». Elle est tellement vivante, si près d’une naissance et d’un accouchement de nos savoirs. Enseigner, c’est peut-être permettre à l’autre d’accoucher de ses savoirs, de son potentiel de savoir.

(Du côté de Socrate ?). A chercher, à approfondir dans le cours de nos lectures actuelles, être vigilant aux presque lieux communs. Approfondir avec  Hélène Trocmé-Fabre et Chantal Zaouche-Gaudron. J’associe aussi avec l’ouvrage de Claire Héber-Suffrin, préfacée par Philippe Meirieu : Les savoirs La réciprocité et le citoyen (Desclée de Brouwer)

 

Et donc, que nous propose cette charte ?

 

de reconnaître chez l’apprenant, le potentiel tant physique que cognitif, affectif que spirituel

de s’atteler du fond de soi-même à développer chez l’apprenant son intelligence (dans l’acception la plus large du terme)

de le respecter

de découvrir avec lui la joie d’apprendre et de faire fructifier cette joie en savoir

de vivre développement et évolution de l’apprenant

de coopérer avec lui dans le mouvement de l’apprenance

de se sentir libre d’errer dans la découverte de soi

d’être responsable de l’application de ces droits

 

Ceci n’est pas du littéral. J’invite les lecteurs à se reporter au texte original, si beau, qui nous conte nos devoirs dans l’acte d’apprendre aux autres.

 

Cela suppose pour l’enseignant de se mettre à l’écoute de l’apprenant, de l’ensemencer de savoir (je reviens sur la dimension « pulsions sexuelles du savoir ), d’ouvrir un espace de questionnement (je renvoie à Ouaknin), de pratiquer du transdisciplinaire et surtout de construire une relation d’accompagnement, jusqu’au moment merveilleux,  où l’apprenant se sent enfin responsable de son savoir.

 

Cette charte, nous dit Hélène Trocmé-Fabre contribue largement à œuvrer pour ce que Edgar Morin nomme « Une démocratie cognitive »

 

Oui, enseigner, j’en suis convaincue, EST le plus bel acte de démocratie qui soit, si on accepte d’en faire un acte d’enfance, si on accepte, soi-même de retrouver son enfance et d’y errer librement et de retrouver ainsi le temps de ses difficiles identifications, (et si c’était le temps du savoir apprendre ?) pour permettre à l’autre de s’y retrouver sujet de savoir  apprendre. Je n’affirme pas, je cherche, et dans l’obscurité de mon travail, permettez-moi de tâtonner humblement.

 

 Mais déjà, je glisse dans l’ouvrage dirigé par Chantal-Zaouche Gaudron : La problématique parentale. Décidément, je ne tiens pas en place, cet été. Mais bon, apprendre, c’est bouger !

 

Je lis, je bouge, tu lis, tu bouges, il ou elle lit, il ou elle bouge, nous lisons, nous bougeons, vous lisez, vous bougez, ils ou elles lisent, ils ou elles bougent... comme des enfants !

 

 

Point d’orgue

 

 

La lecture comme espace transitionnel

 

 

Le lecteur établit un permanent va-et-vient par sa lecture entre moi et non-moi, entre intérieur et extérieur, entre projection (c’est pas moi, c’est lui le personnage) et introjection (je suis le personnage, je dévore le livre). Je répare ce que j’ai fantasmatiquement abîmé, je sublime, je transforme dans l’aire neutre qu’est le livre. C’est en cela que je peux parler d’aire intermédiaire, que je peux parler d’un espace transitionnel dans lequel je peux élaborer, créer une activité ludique, culturelle, réparatrice et vivre une nouvelle relation d’objet : je ne suis pas l’autre, le personnage ou l’auteur, je suis comme l’autre, le personnage ou l’auteur. C’est peut-être avec ce « comme » que se débat l’illettré. Un « comme »,  qui trace une distance d’avec l’absence, celle qui organise les lettres. Ce « comme » mal maîtrisé peut-être générateur d’angoisse et de chaos. Chaos que traduit tragiquement le chaos des lettres car l’illettrisme est un chaos de lettres métaphore probable d’un chaos archaïque venu de l’enfance et de l’être, un chaos lié à de la séparation mal digéré. Je dirais « Illettrisme ? Chercher la mère ».

 

L’objet transitionnel est  un objet crée qui est déjà là sur lequel on peut inscrire sa trace.  Ce qui est le cas pour livre. Je tends la main pour le saisir, pour le lire mais aussi pour inscrire ma trace, le feuilleter, marquer la page, le souligner.. Le livre s’use comme un nounours.

 

Le livre est, comme l’objet transitionnel aux confins du monde intérieur et du monde extérieur, aux confins du processus d’introjection (j’avale, je dévore le livre) et de projection  ( je projette mes affects, mes fantasmes). C’est par ce double jeu d’introjection et de projection que le livre est un viatique pour me construire et construire le monde (comme l’objet transitionnel). C’est cette activité symbolique qui fait identité.

 

Les deux registres de la lecture : la toute puissance du texte et ma liberté de reconstruire le texte. (exemple de Kassan et du texte tchétchène). marquent aussi la transitionnalité du livre : jeu entre illusion et désillusion

 

Mettre en place une aire transitionnelle c’est mettre en place une aire de création qui peut se substituer à la mère. (sein créé, retrouvé dans l’absence). Ce qui est le cas dans la lecture qui est une aire de jeu et de reconstruction.

 

Lire comme créer comme jouer c’est se situer dans l’absence représentée par la création, le jeu, le livre. Dans la lecture tout est absent : L’auteur, la réalité décrite. Tout est substitué par les mots et leur organisation. Le lecteur réorganise le morceau de monde crée, proposé par l’auteur. Cette organisation est re-création, récréation (Voir Picard). Le lecteur produit sa lecture. Picard : « le lecteur passe de l’imaginaire, de la solitude, de la détresse d’une durée répétitive ou morcelée au Symbolique, aux totalités, à la temporalité »....  « C’est bien de lui qu’il est  question. Il ne subit pas sa lecture il la produit » (Picard p.52). C’est cette production qui est un jeu et il joue gros nous dit Picard. Coloration d’une attitude face à une réalité extérieur. J’aime ce mot de coloriage.

.
La lecture comme collage, découpage et maintenant coloriage comme autant d’indices de l’enfance. C’est peut-être avec ces indices là que les personnes illettrées ne peuvent jouer. Quelque chose qui les englue à leur enfance.

 

Les phénomènes transitionnels sont à l’origine de la créativité et de l’expérience culturelle nous dit Winnicott.

 

Le livre comme décrivant une aire transitionnelle va bien être à l’origine du développement culturel, celui dont Freud dit qu’il me protège contre toutes pulsions de violences et de destruction cette aire culturelle qui dit notre prise sur le monde mais non notre maîtrise du monde. Créer c’est trouver le monde qui est déjà là , qui nous attend avec les livres.

 

Lire c’est tendre la main vers les livres qui nous attendent pour être dévorés, avalés, transformés, introjectés, projetés. Lire c’est inventer, sublimer, imaginer, bouger. Lire c’est renaître de notre naissance inachevée. Lire c’est splendide et c’est pour cela que je conçois mon métier de formatrice non pas comme « apprendre à lire » mais générer de l’être lisant toujours en mouvement. Accoucher l’autre de ses lettres hésitantes, balbutiantes pour lui permettre d’être enfin lecteur. MJC

 

Le point d’orgue de ce jour est constitué d’un passage de Madame, je veux apprendre à lire ! Marie-José Colet (Editons érès 2008)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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