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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 22:42

Marcel Proust

Le  Temps retrouvé

Edition établie par Pierre Clarac et André Ferré

Avec la collaboration d’Yves Sandre

Bibliothèque de la Pléiade

Nrf Gallimard 1914/1954

 

Marcel Proust

Le  Temps retrouvé

Edition établie par Pierre Clarac et André Ferré

Avec la collaboration d’Yves Sandre

Bibliothèque de la Pléiade

Nrf Gallimard 1914/1954

 

Le Nouvel homme islamiste. La prison politique en Iran

Chahla Chafiq

Edition du Félin. 2002

 

J’aime copier, recopier. C’est pour moi, d’une certaine façon, une appropriation infantile de mes lectures.

 

P.1033 « Mais pour en revenir à moi-même, je pensais plus modestement à mon livre,  et ce serait même inexact de dire en pensant à ceux qui le liraient, à mes lecteurs. Car ils ne seraient pas, selon moi,  mes lecteurs, mais les propres lecteurs d’eux-mêmes, mon livre n’étant qu’une sorte de ces verres grossissants comme ceux que tendaient à un acheteur l’opticien de Combray ; mon livre, grâce auquel je leur fournirais le moyen de lire en eux-mêmes. »

 

*******

 

Je ne sais ce qui en moi, ce dimanche après-midi, me presse de recopier cette phrase de Marcel Proust.   Ce matin, l’automne étant beau, je me promenais près du canal que j’aime tant. Mon regard plongeait dans l’eau calme, reflétant les arbres, à peine d’automne, encore feuillus et verts, mes pensées prenaient un chemin insolite et tressé.

 

Je nouais mes préoccupations de thèse, l’appropriation du livre par le jeune enfant, mes lectures de Marcel Proust et l’Iran dont on nous parle tant en ce moment. Ce nœud de pensées divergentes m’habitaient, je ne sais pourquoi, elles se nouaient là, dans mon cœur automnale, mélancolique. Autrefois, dans mon jardin que j’ai dû quitter, j’avais un tilleul que j’aimais et qui abritait mes pensées de femme, noueuse comme lui. Je disais toujours que le jour où je quitterai ce tilleul, je mourrai. Je l’ai quitté, un 21 septembre, sans me retourner, sans un adieu, et je n’en suis pas morte. Il faut croire qu’on dit souvent n’importe quoi.

 

J’aime Proust, parce qu’il ne parle pas. Il écrit le temps dans un curieux paradoxe : dans une absolue nécessité mais sans urgence. Le temps de Marcel Proust est celui de la Narration qui ne se fait jamais urgence, il prend le temps d’écrire plusieurs milliers de pages pour nous confier combien il est important pour lui de retrouver la petite madeleine goûtée précieusement chez sa tante Léonie. Cela lui est immensément nécessaire ; cela lui permet de retrouver le temps de son ipséité, le temps de sa narration qui médiatise son identité si définitivement blessée par l’attente intolérable du baiser de sa mère. Retrouver ce temps, c’est pour lui, se retrouver sujet de son écriture dans le temps géant sur lequel prennent pied les hommes, ce temps géant qui tout à la fois, les traverse et leur colle à la peau. Nécessité absolue d’écrire cela, mais en prenant son temps pour mieux le retrouver, ce temps perdu à ne pas écrire, obsédé par une petite madeleine ou par l’unique perte qui a fait de lui un être inconsolable la mort de sa mère, voire même la mort de grand-mère du narrateur, qui l’entravait dans une vie mondaine pour pallier cette perte et retarder l’écriture du grand écrivain de génie qu’il devait être.

 

Prendre son temps pour dire le nécessaire, pour dire la nécessaire paix. Je ne suis pas Marcel Proust,  je ne possède pas, peu s’en faut, son merveilleux talent d’écriture, mais j’ai en commun avec cet auteur, cette patience à dire ma nécessité si patiemment. Plus de 2000 pages constituent déjà mon blog dont l’unique travail, l’unique quête, est de cueillir des coquelicots du savoir, des coquelicots de paix. Nous ne devons pas parler de paix, au pied des portes de la guerre, comme maintenant en Iran, nous devons en parler dans  le temps de nos engagements et de nos livres, sans jamais cesser, en le faisant chaque jour. C’est pour cela, chers Inventeurs, que je tiens mon blog presque quotidiennement, que je vous parle, rarement dans le mouvement de l’actualité mais dans le mouvement de mon ipséité, celle pour qui la paix dans le monde est une nécessité absolue, parce que ma perte première, n’a pas été le goût d’une petite madeleine, mais le baiser jamais reçu, ni le matin, ni le soir, par une grand-mère, définitivement absente de mon temps, parce que déportée. Parce que ma perte première fut celle de mon enfance que m’a volée la guerre mondiale, dîte seconde, ayant définitivement traumatisée ma mère. Ma perte première, non pas du côté de chez Swann, mais du côté d’Hitler Alors, vous le comprendrez, chers Inventeurs, le temps de la paix, le temps de mes livres, ce temps géant me colle à la peau et me fait écrire, me fait chercher.

 

Chercher du côté des livres d’enfants, ces enfants qu’il nous faut si fort  protéger de la guerre, ces enfants auxquels nous devons demander pardon pour le monde que nous leur offrons aujourd’hui.

Chercher comment ils s’approprient ces livres, avec nous près d’eux, pour leur raconter, pour leur raconter l’humanité, la leur et la nôtre. Raconter dans une longue confidence d’images et de mots, la promesse que nous avons tenue, la promesse de notre naissance et les inciter alors à tenir la leur de promesse, de leur naissance.

 

Cette promesse Arendentienne, qui nous colle aussi fort à la peau, que le temps Proustien.

 

Et que vient faire l’Iran dans mon propos, me direz-vous perplexe. ?

Chers inventeurs, je vous invite, pour mieux comprendre, l’étrange chemin de mes pensées au bord du canal ce matin, à relire dans mon blog, catégorie Empan, mon commentaire ayant trait à un livre de Chala Chafiq Le Nouvel homme islamiste. La prison politique en Iran Edition du Félin. 2002. Mon ami depuis si longtemps, tout autant que mon éditeur, avait invité cette passionnante et courageuse dans ses engagements, Chala Chafiq. La salle était déserte mais le débat lourd de désir de paix et de liberté, malgré différences et parfois incompréhensions flottantes. La paix n’est pas un long fleuve tranquille.

Je remercie très fort Empan, d’avoir publié cet article, cette année là, de ce livre là, du côté de l’Iran.

Chers Inventeurs, c’est par de tels débats citoyens, menés sans relâche, c’est par l’écriture de tels livres et leurs lectures inventées par tous qu’on construit la paix. Ce n’est pas en parlant de nucléaire, maintenant, à tout vent, dans une cacophonie médiatique qu’on bâtit la paix. Non ! Par de tels propos, on fait peur au quidam et on crée la guerre, on l’accélère, cette guerre qui fait feu de tous les bois de peur pour embraser  notre ciel.

Merci à mon si grand ami Jean-Paul Damaggio d’avoir invité, un doux samedi après-midi de paix à Montauban, il y a quelques années déjà, (comme le temps passe) cette écrivaine, venue d’Iran, pour nous informer sur l’Iran, sans les flonflons des médias. Merci à tous ceux qui étaient dans la salle, si peu nombreux mais sachant écrire les lettres de la paix par leur désir de parler et de connaître, l’Iran et ce qui s’y passait. Parler et connaître sont les moteurs de la paix. Se taire et avoir peur sont les moteurs de la guerre.

La paix doit se construire dans une nécessité patiente, de tous. La guerre est toujours aux portes de l’urgence de la folie des hommes.

Je suis contente, parce que mon écriture de cette après-midi, m’a fait dénouer, cet étrange nœud d’une matinée d’automne qui tressait, de façon insolite Marcel Proust, ma thèse et l’Iran. Je le sais maintenant, sur le canal clair de ma ville, se reflétait une fois encore mon désir de paix, au jour le jour.

Merci de votre fidélité à me lire, surtout un jour comme aujourd’hui, où je porte haut et fort, la clamant, cette curieuse pensée, étrangement formulée, et qui je vous l’avoue m’a intriguée vivement  : « Proust, la paix et moi ! »

 MJA

 

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Published by Marie-José Annenkov - dans Ethique du blog
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